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Suites numériques et récurrence — Cours en autonomie — Terminale spécialité

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Terminale spécialité · Cours en autonomie

Suites numériques et récurrence

FAIRE LES 2k\(\pi\)

Suites numériques

et raisonnement

par récurrence

Cours en autonomie

Terminale générale

Spécialité mathématiques

Comprendre les notions, construire les preuves,

choisir une méthode et apprendre à vérifier.

Année scolaire 2026–2027

Un cours à lire, à chercher et à reprendre

Une suite permet de décrire une grandeur à des instants numérotés. Le raisonnement par récurrence permet d’établir une affirmation pour une infinité de rangs. L’étude des limites cherche ensuite à comprendre ce qui se passe lorsque le rang devient aussi grand que l’on veut.

Ces trois idées se rencontrent sans se confondre. Calculer quelques valeurs aide à chercher ; démontrer explique pourquoi une propriété continue d’être vraie ; déterminer une limite décrit un comportement à long terme.

— Ce que vous allez apprendre

À l’issue du parcours principal, vous devez pouvoir :

  • lire une définition de suite et calculer les bons termes ;

  • reconnaître les modèles arithmétiques, géométriques et affines ;

  • construire une preuve par récurrence, avec son point de départ ;

  • démontrer des variations, des bornes et des encadrements ;

  • comprendre une limite, choisir un théorème et vérifier ses hypothèses ;

  • étudier une suite récurrente jusqu’à sa limite, sans raisonnement circulaire ;

  • chercher un seuil et interpréter un programme dans le bon calendrier ;

  • expliquer une erreur, la corriger et vérifier une nouvelle tentative.

Deux grandes parties, un même fil conducteur

La première partie construit le langage des suites et le raisonnement par récurrence. Les rappels de Première y sont réenseignés lorsqu’ils servent : termes généraux, sommes, variations et bornes.

La deuxième partie étudie les limites et le comportement global. Elle relie les calculs de limites aux preuves d’existence, puis aux modèles récurrents et aux algorithmes.

Les approfondissements et passerelles sont signalés à part. Ils permettent de travailler les suites adjacentes, les récurrences d’ordre deux, la méthode de Héron et l’utilisation du logarithme pour certains seuils. Ils ne sont pas nécessaires pour commencer le parcours principal.

Ce volume porte sur les suites et la récurrence : il ne contient pas un cours de dénombrement. Les sommes étudiées servent à calculer des cumuls et à comprendre les suites.

Choisir votre façon de travailler

Pour découvrir.

Suivez l’ordre des unités. Lisez d’abord la question posée, puis l’exemple de référence. Refaites au moins un calcul sur une feuille avant de passer à la méthode suivante.

Pour reprendre une difficulté.

Cherchez le mot ou le geste dans le sommaire : indices, récurrence, quotient, encadrement, point fixe, seuil. Les rappels utiles et les corrections se trouvent dans l’unité concernée.

Pour réviser.

Repérez les définitions et résultats numérotés, les blocs « À retenir » et les problèmes de synthèse. Revenez à la démonstration dès qu’une hypothèse ou une étape ne vous paraît plus claire.

— Faut-il tout lire à la même vitesse ?

Non. Un rappel déjà maîtrisé peut se lire rapidement ; une première preuve de récurrence demande souvent plusieurs essais. La longueur d’un paragraphe ne mesure pas sa difficulté. Le bon point d’arrêt est une étape que vous savez expliquer et refaire, pas nécessairement la fin d’une page.

Comment utiliser une activité corrigée

Chaque activité présente d’abord une consigne. Recopiez-la ou couvrez la correction avant de chercher. Un indice peut donner le premier geste sans faire tout le travail. La correction sert ensuite à comparer les démarches, pas seulement les valeurs finales.

En cas d’erreur, repérez la première ligne qui ne convient pas. Demandez-vous quelle règle aurait dû être appliquée, puis refaites l’essai proposé. Une tâche à reprendre plus tard permet de vérifier que le raisonnement reste disponible après avoir fermé le modèle.

À retenir — Lire une correction et savoir refaire sont deux actions différentes

Une bonne réponse accompagnée d’une justification fausse reste à réparer. Une réponse différente de la formulation proposée peut être parfaitement correcte si elle contient les bonnes hypothèses, les bons arguments et une conclusion précise.

Ce que signifient les intitulés mathématiques

Définition.

Elle fixe le sens d’un objet ou d’un mot. Elle ne se démontre pas : on apprend à la reconnaître et à l’appliquer.

Notation ou convention.

Elle explique une écriture ou un choix, par exemple le premier rang d’une suite. Un choix de notation n’est pas un théorème.

Propriété, proposition, théorème.

Ces mots désignent des résultats affirmés sous des hypothèses précises. Ils ne représentent pas trois degrés de certitude. Le titre met surtout en valeur leur rôle dans le cours.

Lemme.

C’est un résultat auxiliaire préparant une démonstration. Son utilité est indiquée lorsqu’il est introduit.

Corollaire.

C’est une conséquence d’un résultat précédent. Le lien avec ce résultat est expliqué.

Démonstration.

Elle établit un résultat par un raisonnement général. Quelques valeurs favorables ou un dessin ne suffisent pas à la remplacer.

Exemple.

Il montre comment une définition ou un résultat fonctionne dans un cas précis.

Contre-exemple.

Il réfute une affirmation générale en présentant un cas autorisé où sa conclusion est fausse.

Le mot proposition a aussi un sens logique : une phrase mathématique dont on étudie la vérité. Ce sens est précisé dans l’unité consacrée à la récurrence.

Rappel utile — Démontrer, admettre, utiliser un résultat antérieur

Les démonstrations accessibles sont développées. Certains fondements restent admis au niveau du lycée, notamment le principe de récurrence sur les entiers et le théorème de convergence d’une suite monotone bornée. Une admission est annoncée : elle ne se déguise ni en exemple ni en dessin.

Un résultat déjà étudié, comme une propriété de l’exponentielle, est rappelé avec ses conditions lorsqu’il est utilisé. Vous n’avez pas à deviner l’énoncé derrière son seul nom.

Un premier repérage, sans calculatrice

Sur une feuille, effectuez ces quatre petites tâches avant de lire les réponses.

  1. Développer \((n+1)^2\).

  2. Réduire \(\frac12+\frac13\).

  3. Résoudre \(-2x\leq 6\).

  4. Expliquer pourquoi cent valeurs observées ne prouvent pas qu’une formule est vraie à tous les rangs.

Réponses expliquées et points de reprise

1. Un carré est un produit. On écrit les quatre produits : \[\begin{aligned} (n+1)^2&=(n+1)(n+1)\\ &=n\times n+n\times1+1\times n+1\times1\\ &=n^2+n+n+1=n^2+2n+1. \end{aligned}\] Si le terme \(2n\) vous surprend, revenez aux deux produits \(n\times1\) et \(1\times n\) : ils sont distincts avant la réduction.

2. Additionner des parts de même taille. Le dénominateur commun est \(6\). On multiplie en haut et en bas par le même nombre : \[\frac12=\frac{1\times3}{2\times3}=\frac36,\qquad \frac13=\frac{1\times2}{3\times2}=\frac26.\] Donc \(\frac12+\frac13=\frac36+\frac26=\frac56\). Les dénominateurs ne s’additionnent pas.

3. Diviser par un nombre négatif inverse l’ordre. Comme \(-2<0\), on obtient \[\frac{-2x}{-2}\geq\frac6{-2},\qquad\text{donc}\qquad x\geq-3.\] Le coefficient \(-2\) est simplifié ; aucune hypothèse \(x\neq0\) n’est nécessaire. Le contrôle \(x=0\) donne \(0\leq6\), en accord avec la solution.

4. Un nombre fini d’essais ne couvre pas tous les entiers. Une suite peut valoir \(0\) aux rangs \(0,\ldots,99\), puis valoir \(1\) à partir du rang \(100\). Il faut une règle générale et un raisonnement pour affirmer ce qui arrive à tous les rangs.

— Que faire si une explication ne suffit pas ?

Notez l’expression de départ, votre tentative et la première ligne qui vous pose problème. Une question comme « Pourquoi le sens de cette inégalité change-t-il ? » permet une aide précise. Une difficulté locale indique un geste à reprendre ; elle ne dit rien de votre capacité à apprendre le chapitre.

Suites et raisonnement par récurrence

1. Lire, définir et construire une suite

— Ce que vous allez apprendre

Lire sans confusion un indice et une valeur ; calculer des termes par deux modes de génération ; traduire une règle d’évolution ; vérifier qu’une définition permet réellement de poursuivre les calculs ; lire un tableau ou un graphique sans lui faire dire davantage qu’il ne montre.

Une valeur à chaque rang

Une réserve d’eau est mesurée chaque lundi, une figure est agrandie étape après étape, un algorithme améliore une approximation : ces situations ont en commun une succession d’étapes numérotées. Une suite associe une valeur à chaque numéro. Elle n’est pas nécessairement croissante, régulière ou donnée par une formule simple.

Définition 1.1 — Suite réelle et terme

Une suite réelle est une fonction définie sur un ensemble d’entiers, le plus souvent tous les entiers \(n\ge n_0\), à valeurs dans \(\mathbb{R}\). À chaque rang autorisé \(n\), elle associe un unique nombre réel noté \(u_n\).

Le nombre \(u_n\) est le terme de rang \(n\). La notation \((u_n)_{n\ge n_0}\), ou simplement \((u_n)\) lorsque le domaine est clair, désigne la suite entière.

Convention 1.2 — Le premier rang

Dans ce cours, \(\mathbb{N}=\{0,1,2,3,\ldots\}\). Le rang initial est toujours indiqué. Si la suite commence au rang \(0\), son premier terme est \(u_0\), son deuxième terme est \(u_1\). Si elle commence au rang \(1\), son premier terme est \(u_1\).

Le mot « premier » décrit une position dans la liste ; l’indice décrit le numéro choisi pour cette position. De la même manière, le rez-de-chaussée d’un bâtiment peut porter le numéro \(0\) sans être un étage inexistant. Cette comparaison aide seulement à comprendre la numérotation : les termes d’une suite ne sont ni des étages ni nécessairement des nombres croissants.

Exemple 1.3 — Le rang n’est pas la valeur

On définit \(u_n=5-2n\) pour \(n\ge0\). Alors \[\begin{array}{c|rrrr} \text{rang }n&0&1&2&3\\ \hline \text{terme }u_n&5&3&1&-1 \end{array}\] Le terme de rang \(2\) vaut \(1\). Le nombre \(2\) est ici une entrée, et le nombre \(1\) la sortie correspondante. Deux rangs peuvent avoir la même valeur : pour \(v_n=(-1)^n\), les rangs \(0\) et \(2\) donnent tous deux \(1\). Cela n’empêche pas la suite d’être une fonction, car chaque rang possède bien une seule valeur.

Notation 1.4 — Lire les indices composés

\(u_{n+1}\) est le terme de rang \(n+1\), donc le terme suivant \(u_n\). \(u_n+1\) est le nombre obtenu en ajoutant \(1\) à la valeur \(u_n\). \(u_{2n}\) est le terme de rang \(2n\), et non le double du terme \(u_n\). Enfin, \(u_n^2=(u_n)^2\) est le carré de la valeur \(u_n\).

Exemple 1.5 — Quatre écritures, quatre opérations

Pour \(u_n=n^2+2\), on a \(u_2=2^2+2=6\). Ainsi \[u_{2+1}=u_3=3^2+2=11,\qquad u_2+1=6+1=7,\] \[u_{2\times2}=u_4=4^2+2=18,\qquad 2u_2=2\times6=12.\] Le calcul à effectuer dépend de la position du symbole : à l’intérieur de l’indice, il modifie le rang ; à l’extérieur, il agit sur la valeur.

À vous 1.6 — Repérage : lire avant de calculer

Une suite commence au rang \(2\), et vérifie \(a_n=3n-4\) pour \(n\ge2\).

  1. Quel est son premier terme ? Calculer ce terme et le troisième terme.

  2. Calculer \(a_3\), \(a_{3+1}\), \(a_3+1\) et \(a_{2\times3}\).

  3. La définition donne-t-elle un terme \(a_0\) ?

Essayer sans la correction. Si « troisième terme » bloque, écrire d’abord la liste des trois premiers indices.

Correction de l’activité 1.6

Les trois premiers indices sont \(2,3,4\). Le premier terme est donc \(a_2=3\times2-4=2\), et le troisième est \(a_4=3\times4-4=8\). On n’utilise pas l’indice \(3\) au seul motif que le mot « troisième » apparaît.

Ensuite, \[a_3=3\times3-4=5,\qquad a_{3+1}=a_4=8,\] \[a_3+1=5+1=6,\qquad a_{2\times3}=a_6=3\times6-4=14.\] Le rang \(0\) n’appartient pas au domaine annoncé. La formule \(3n-4\) pourrait servir à définir un prolongement à \(n=0\), mais ce serait une extension de la définition, pas un terme déjà donné dans l’énoncé.

Si les erreurs concernent les indices, reprendre la distinction entrée/sortie. Si elles concernent les produits ou les soustractions, remplacer d’abord chaque \(n\) par le nombre choisi, puis effectuer les opérations.

Deux façons principales de donner les termes

Une formule explicite : partir du rang

Définition 1.7 — Formule explicite

Une suite est donnée par une formule explicite lorsque son terme \(u_n\) est exprimé directement en fonction du rang \(n\). Pour obtenir \(u_n\), il n’est alors pas nécessaire de calculer tous les termes précédents.

Méthode 1.8 — Remplacer toutes les occurrences du rang

Lire le domaine, repérer chaque occurrence de \(n\), puis remplacer toutes ces occurrences par le rang demandé. Si le rang est une expression, la placer entre parenthèses avant de réduire. Vérifier les dénominateurs et les éventuelles racines carrées.

Exemple 1.9 — Calculer un terme et écrire le terme suivant

Soit \(u_n=\dfrac{2n+1}{n+2}\), pour \(n\ge0\). Comme \(n+2\ge2\), le dénominateur n’est jamais nul.

Pour \(u_3\), on remplace \(n\) au numérateur et au dénominateur : \[u_3=\frac{2\times3+1}{3+2}=\frac{6+1}{5}=\frac75.\] Pour écrire \(u_{n+1}\), le rang à substituer est maintenant l’expression \(n+1\) : \[\begin{align*} u_{n+1} &=\frac{2(n+1)+1}{(n+1)+2}\\ &=\frac{2n+2+1}{n+3}\\ &=\frac{2n+3}{n+3}. \end{align*}\] La distribution \(2(n+1)=2n+2\) est indispensable. L’écriture \(\frac{2n+1}{n+2}+1\) aurait calculé \(u_n+1\), pas \(u_{n+1}\).

Contrôle sur un rang : prendre \(n=2\) dans la nouvelle formule donne \(\frac{2\times2+3}{2+3}=\frac75=u_3\). Ce contrôle détecte certaines erreurs, mais l’identité générale est établie par la substitution précédente.

À vous 1.10 — Essai guidé : changer le rang

Pour \(b_n=\dfrac{n-1}{2n+3}\), \(n\ge0\), calculer \(b_0\), \(b_2\), puis écrire \(b_{n+1}\) et \(b_{2n}\).

Indice après une tentative : commencer par \[b_{n+1}=\frac{(n+1)-1}{2(n+1)+3},\] sans effectuer immédiatement les réductions.

Correction de l’activité 1.10

Le dénominateur \(2n+3\) est au moins \(3\) : tous les termes annoncés existent. Les deux valeurs sont \[b_0=\frac{0-1}{2\times0+3}=-\frac13,\qquad b_2=\frac{2-1}{2\times2+3}=\frac17.\] Pour le terme suivant, \[b_{n+1} =\frac{(n+1)-1}{2(n+1)+3} =\frac{n}{2n+2+3} =\frac{n}{2n+5}.\] Pour le rang double, \[b_{2n} =\frac{2n-1}{2(2n)+3} =\frac{2n-1}{4n+3}.\] Le premier changement remplace \(n\) par \(n+1\), le second par \(2n\). On ne double ni toute la fraction ni seulement son numérateur.

Une relation de récurrence : partir d’un terme déjà connu

Définition 1.11 — Définition par récurrence

Une suite peut être définie par un ou plusieurs termes initiaux et une règle de passage donnant le terme suivant à partir d’un ou plusieurs termes déjà connus. Par exemple, \[u_0=-1,\qquad u_{n+1}=\frac12u_n+1\quad(n\ge0).\] Les valeurs initiales nécessaires et la règle forment ensemble la définition.

Le mot « récurrence » désigne ici une façon de construire une suite. Le raisonnement par récurrence, étudié dans l’unité suivante, est une façon de démontrer une propriété portant sur tous les entiers. Ces deux usages sont liés, mais ne désignent pas la même action.

Exemple 1.12 — Un calcul qui utilise le résultat précédent

Pour la suite de la définition, le premier passage utilise \(u_0=-1\) : \[\begin{align*} u_1&=\frac12u_0+1\\ &=\frac12(-1)+1\\ &=-\frac12+\frac22=\frac12. \end{align*}\] Le deuxième passage doit utiliser la valeur obtenue \(u_1=\frac12\) : \[\begin{align*} u_2&=\frac12u_1+1\\ &=\frac12\times\frac12+1\\ &=\frac14+\frac44=\frac54. \end{align*}\] Puis \[u_3=\frac12\times\frac54+1=\frac58+\frac88=\frac{13}{8}.\] On ne remplace pas \(u_n\) par \(n\). La règle applique une opération à la valeur courante, pas au numéro de l’étape.

— Pourquoi faut-il un terme initial ?

La règle \(u_{n+1}=\frac12u_n+1\) ne choisit pas seule une trajectoire. Avec \(u_0=2\), le terme suivant vaut \(\frac12\times2+1=2\), puis tous les suivants valent encore \(2\). Avec \(u_0=-1\), les valeurs sont celles de l’exemple précédent. Une même machine de calcul peut donner des suites différentes selon la valeur qu’on lui fournit au départ.

À vous 1.13 — À chercher : la même règle, deux départs

On considère les suites \[a_0=3,\quad a_{n+1}=2a_n-1, \qquad b_0=1,\quad b_{n+1}=2b_n-1.\] Calculer leurs trois premiers termes. Expliquer pourquoi la connaissance de la règle de passage ne permettait pas de prévoir une seule liste. Puis dire ce qui changerait si la règle était « enlever \(1\), puis doubler ».

Correction de l’activité 1.13

Les trois premiers termes comprennent le terme initial : \[a_0=3,\quad a_1=2\times3-1=5,\quad a_2=2\times5-1=9,\] \[b_0=1,\quad b_1=2\times1-1=1,\quad b_2=2\times1-1=1.\] Les données initiales étant différentes, les mêmes opérations reçoivent des valeurs différentes. La règle n’impose donc pas la même suite.

« Enlever \(1\), puis doubler » se traduit par \(c_{n+1}=2(c_n-1)\). La distribution donne \(2c_n-2\), et non \(2c_n-1\). Avec \(c_0=3\), on aurait \(c_1=2(3-1)=4\) puis \(c_2=2(4-1)=6\). L’ordre des opérations appartient au modèle.

Une justification suffisante distingue terme initial, règle et ordre. Dire seulement « les résultats sont différents » constate l’effet sans expliquer son origine.

Vérifier que les termes existent

Une formule peut avoir l’apparence d’une définition sans donner un réel à chaque rang annoncé. La vérification ne se limite pas à constater que le premier calcul fonctionne.

Contre-exemple 1.14 — Une formule explicite interrompue

L’expression \(u_n=\dfrac1{n-2}\) ne définit pas une suite réelle pour tous les \(n\ge0\), car au rang \(2\) son dénominateur vaut \(0\). Elle définit en revanche une suite sur les rangs \(n\ge3\). Il faut modifier le domaine annoncé, pas donner arbitrairement une valeur à une division par zéro.

Contre-exemple 1.15 — Une règle de passage qui finit par échouer

Supposons que l’on annonce \[z_0=2,\qquad z_{n+1}=\frac1{z_n-1}.\] On calcule \(z_1=\frac1{2-1}=1\). Mais \[z_2=\frac1{z_1-1}=\frac1{1-1}\] est impossible dans \(\mathbb{R}\). La règle ne définit donc pas une suite réelle pour tous les rangs naturels avec ce départ.

Pour une récurrence affine \(u_{n+1}=au_n+b\), avec \(a,b,u_0\) réels, chaque passage ne comporte que des opérations définies sur les réels. En revanche, une racine carrée impose un radicand positif ou nul ; une fraction impose un dénominateur non nul. Plus loin, on apprendra à conserver tous les termes dans un intervalle où la règle est autorisée : c’est la méthode de l’intervalle stable.

À vous 1.16 — Repérer la première difficulté

  1. Pour \(n\ge0\), l’expression \(r_n=\sqrt{n+3}\) définit-elle tous les termes ?

  2. Pour \(t_0=0\), \(t_{n+1}=1/(t_n+1)\), calculer \(t_1,t_2\). Ces deux calculs prouvent-ils à eux seuls l’existence de tous les termes ?

  3. Expliquer néanmoins pourquoi cette dernière règle peut être poursuivie indéfiniment en observant ce qu’elle fait à un nombre positif ou nul.

Correction de l’activité 1.16

Pour \(n\ge0\), on a \(n+3\ge3>0\). La racine carrée existe donc à chaque rang autorisé.

Pour la seconde suite, \[t_1=\frac1{0+1}=1,\qquad t_2=\frac1{1+1}=\frac12.\] Ces calculs ne concernent que deux passages. Il faut un argument qui puisse être réutilisé à n’importe quelle étape.

Cet argument est le suivant : si la valeur courante \(t_n\) est positive ou nulle, alors \(t_n+1\ge1\), donc son inverse existe et est strictement positif. Le départ \(t_0=0\) satisfait la condition. Chaque passage fournit ainsi une nouvelle valeur réelle positive, à laquelle la règle s’applique encore. Cette justification sera formalisée par un raisonnement par récurrence.

Tableau, graphique et modèle

Une suite n’est pas une courbe continue

Pour représenter \((u_n)\), on place les points de coordonnées \((n;u_n)\). L’abscisse est le rang et l’ordonnée la valeur. Les rangs sont des entiers : on ne dispose pas automatiquement d’un terme \(u_{2,5}\).

Lecture du graphique. Le point d’abscisse \(2\) a pour ordonnée \(\frac54=1{,}25\). Les sept points dessinés sont les premiers termes de la récurrence \(u_0=-1,\ u_{n+1}=\frac12u_n+1\). Ils semblent monter et se rapprocher de la droite horizontale de hauteur \(2\). Ce sont des conjectures à démontrer : ni le nombre de points, ni l’apparence de rapprochement ne prouvent ce qui se passe à tous les rangs. Les points ne sont pas reliés, afin de ne pas créer de valeurs à des rangs qui n’appartiennent pas au domaine.

Point de vigilance — Une liste finie ne détermine pas toute la suite

Les premiers termes \(1,2,3,4\) sont compatibles avec \(u_n=n+1\) pour \(n\ge0\). Ils sont aussi compatibles avec une suite qui vaut \(n+1\) jusqu’au rang \(3\), puis \(0\) à tous les rangs suivants. Sans règle générale supplémentaire, observer quatre valeurs ne détermine pas les suivantes. Un tableur très long reste une liste finie.

Donner un sens précis aux nombres

Exemple 1.17 — Un stock : conserver puis ajouter

Une réserve contient initialement \(80\) litres. Chaque semaine, elle perd \(25\,\%\) du volume présent, puis reçoit \(10\) litres. On note \(s_n\) le volume, en litres, après \(n\) opérations hebdomadaires. Ainsi \(s_0=80\).

Perdre \(25\,\%\) signifie conserver \(75\,\%\), soit multiplier par \(\frac{75}{100}=0{,}75\). L’ajout intervient ensuite : \[s_{n+1}=0{,}75s_n+10.\] Les premiers termes sont \[s_1=0{,}75\times80+10=60+10=70,\] \[s_2=0{,}75\times70+10=52{,}5+10=62{,}5.\] Le volume peut être non entier, ce qui est cohérent avec des litres. Ajouter d’abord, puis perdre \(25\,\%\), donnerait \[0{,}75(s_n+10)=0{,}75s_n+7{,}5,\] un autre modèle. Une même phrase avec un autre ordre produit donc une autre récurrence.

À vous 1.18 — Passer des mots à la règle, puis à une date

Au début de l’année \(2026\), une quantité vaut \(50\) unités. À chaque anniversaire de cette date, elle diminue de \(10\,\%\). On note \(q_n\) sa valeur après \(n\) diminutions annuelles.

  1. Donner \(q_0\), la règle de passage et \(q_1,q_2\).

  2. Que représente \(q_3\) ? Pourquoi le nombre \(3\) n’est-il pas une année civile ?

  3. Si \(5\) unités étaient ajoutées après chaque diminution, quelle règle remplacerait la précédente ?

Correction de l’activité 1.18

Le départ est \(q_0=50\). Diminuer de \(10\,\%\) laisse \(90\,\%\) de la valeur, donc \(q_{n+1}=0{,}9q_n\). \[q_1=0{,}9\times50=45,\qquad q_2=0{,}9\times45=40{,}5.\] Le terme \(q_3\) correspond à trois années après la date origine, donc à l’anniversaire de cette date en \(2029\). Le rang compte des intervalles de temps ; l’année civile est \(2026+n\).

Avec un apport après la diminution, la nouvelle règle serait \(r_{n+1}=0{,}9r_n+5\). Il faut changer le nom de la suite ou annoncer que l’on change de modèle ; les termes calculés pour le premier modèle ne peuvent pas être réutilisés silencieusement.

Réparer une confusion et vérifier ses acquis

Point de vigilance — La première ligne à corriger

Une copie écrit, pour \(v_n=2n+5\), \[\text{« }v_{n+1}=2n+5+1\text{ ».}\] L’erreur est déjà dans cette première ligne : elle ajoute \(1\) à la valeur au lieu de remplacer le rang. Sur un exemple plus simple, si \(w_n=3n\), alors \(w_2=6\) et \(w_3=9\), tandis que \(w_2+1=7\). Le terme suivant et la valeur augmentée de \(1\) sont deux objets distincts.

À vous 1.19 — Nouvel essai après cette erreur

Pour \(h_n=4n-2\), écrire \(h_{n+1}\), puis comparer \(h_{n+1}\) et \(h_n+1\). Revenir ensuite à \(v_n=2n+5\) et corriger la ligne précédente.

Correction de l’activité 1.19

On remplace d’abord le rang : \[h_{n+1}=4(n+1)-2=4n+4-2=4n+2.\] À l’inverse, \[h_n+1=(4n-2)+1=4n-1.\] Les deux expressions diffèrent de \(3\). Dans le problème initial, \[v_{n+1}=2(n+1)+5=2n+2+5=2n+7.\] La correction porte sur le sens de l’indice, pas seulement sur le nombre final. Pour contrôler, prendre \(n=0\) : \(v_1=7\), alors que \(v_0+1=6\).

À vous 1.20 — À retenter plus tard, avant de relire

Une suite est définie pour \(n\ge1\) par \(a_n=\dfrac{3n+2}{n+1}\). Une autre vérifie \(b_1=2\) et \(b_{n+1}=3b_n+2\).

  1. Calculer le deuxième terme de chaque suite.

  2. Écrire \(a_{n+1}\), puis expliquer pourquoi la même substitution ne permet pas de calculer directement \(b_{100}\).

  3. Donner une information qui manquerait si l’on effaçait \(b_1=2\).

Indice si nécessaire : avec un départ au rang \(1\), le deuxième terme a le rang \(2\).

Correction de l’activité 1.20

Pour la formule explicite, \[a_2=\frac{3\times2+2}{2+1}=\frac83.\] Pour la récurrence, le deuxième terme s’obtient depuis le premier : \[b_2=3b_1+2=3\times2+2=8.\] La substitution symbolique donne \[a_{n+1} =\frac{3(n+1)+2}{(n+1)+1} =\frac{3n+3+2}{n+2} =\frac{3n+5}{n+2}.\] La règle de \(b\) donne \(b_{100}\) en fonction de \(b_{99}\), non directement en fonction de \(100\). On peut itérer les calculs, programmer cette itération, ou chercher une formule explicite avec d’autres méthodes. Effacer \(b_1=2\) laisse plusieurs départs possibles, donc plusieurs suites.

À retenir — Ce que je dois pouvoir faire seul

Je distingue le rang, le terme et la suite entière. Je repère le premier indice avant de compter les termes. Je remplace toutes les occurrences du rang dans une formule explicite. Dans une récurrence, j’utilise la valeur précédente et je conserve le terme initial. Je vérifie les opérations autorisées. Enfin, je distingue ce que montre une liste finie de ce qui est prouvé pour tous les rangs.

2. Comprendre et rédiger un raisonnement par récurrence

— Ce que vous allez apprendre

Comprendre ce qu’une affirmation portant sur tous les entiers demande de prouver. Distinguer une observation, une hypothèse provisoire et une conclusion. Construire une récurrence en choisissant la propriété, son premier rang et le calcul qui permet de passer d’un rang au suivant. Savoir relire une preuve, repérer sa première erreur et la réparer.

Une suite comporte une infinité de termes. Nous pouvons en calculer quelques-uns, mais nous ne pouvons pas les vérifier un à un jusqu’à un hypothétique dernier terme. Le raisonnement par récurrence permet de démontrer certaines propriétés pour tous les rangs en accomplissant deux tâches finies : vérifier un départ et établir une règle de transmission valable à chaque étape.

Rappel utile — Indices et égalités

Le terme \(u_k\) est une valeur de la suite ; \(u_{k+1}\) est la suivante. Dans une formule explicite, passer de \(k\) à \(k+1\) demande de remplacer chaque occurrence de \(k\). Ainsi la formule \(u_k=2k+3\) devient \(u_{k+1}=2(k+1)+3\), et non \(2k+3+1\).

Une égalité se transforme en effectuant des opérations justifiées. Une formule que l’on souhaite démontrer n’est pas une donnée dont on peut partir comme si elle était déjà vraie.

Avant de prouver : lire exactement l’affirmation

À vous 2.1 — Repérer ce qu’il faut démontrer

Répondez sans chercher une méthode de récurrence pour l’instant.

  1. Les nombres \(0^2\), \(1^2\) et \(2^2\) sont inférieurs à \(5\). Cela prouve-t-il que \(n^2<5\) pour tout entier naturel \(n\) ?

  2. Pour réfuter « tous les termes d’une suite sont positifs », faut-il trouver plusieurs termes négatifs ?

  3. Une formule contient \(\frac1n\) et concerne \(n\ge1\). Peut-on commencer sa démonstration au rang \(0\) ?

  4. Écrivez l’affirmation au rang \(k+1\) correspondant à \(P(k)\) : « \(u_k=3k^2+1\) ».

Correction de l’activité 2.1

1. Vérifier n’est pas généraliser

Les trois calculs sont exacts, mais \(3^2=9\) n’est pas inférieur à \(5\). L’affirmation est donc fausse dès le rang \(3\). Une vérification sur certains rangs ne contient aucune information automatique sur les suivants.

2. Un seul contre-exemple suffit

Un terme strictement négatif contredit déjà l’affirmation. Attention au mot « positif » : ici il signifie positif ou nul. Un terme nul ne suffit donc pas à réfuter cette version ; il réfuterait « tous les termes sont strictement positifs ».

3. Respecter le domaine

En \(0\), l’expression \(\frac1n\) n’est pas définie. Il faut initialiser au premier entier du domaine annoncé, ici \(1\). Une initialisation en un rang où la propriété n’a pas de sens ne peut pas être réparée par un calcul.

4. Changer le rang partout

L’objectif suivant est \(u_{k+1}=3(k+1)^2+1\). Si l’on développe le carré, il devient \(3k^2+6k+4\), car \[3(k+1)^2+1=3(k^2+2k+1)+1=3k^2+6k+4.\] Si cette substitution est difficile, entraînez-vous d’abord à changer un indice dans une formule ; la logique d’une preuve ne compense pas une substitution incorrecte.

Définition 2.2 — Propriété dépendant d’un entier

Une propriété \(P(n)\) est une affirmation dont le sens dépend d’un entier \(n\) appartenant à un domaine précisé. Une fois cet entier fixé, l’affirmation est vraie ou fausse. L’écriture \(P(n)\) est un nom donné à la phrase, pas un nombre ni une valeur de suite.

Par exemple, \(P(n)\) peut être « \(2^n\ge n+1\) ». Alors \(P(3)\) est la phrase « \(8\ge4\) », qui est vraie. Une autre propriété, \(Q(n)\) : « \(n\) est pair », est vraie en \(0\) et fausse en \(1\). Les deux propriétés sont définies sur les entiers naturels, mais elles ne disent pas la même chose et ne se démontrent pas de la même manière.

Notation 2.3 — « Pour tout » et « il existe »

« Pour tout entier \(n\ge n_0\), \(P(n)\) » demande que la propriété soit vraie à chacun des rangs autorisés, sans exception.

« Il existe un entier \(n\ge n_0\) tel que \(P(n)\) » demande au moins un rang convenable. Il peut y en avoir un, plusieurs ou une infinité.

Pour montrer qu’il existe un entier dont le carré dépasse \(100\), donner \(11\) et calculer \(11^2=121>100\) suffit. Pour montrer que tous les entiers \(n\ge11\) ont cette propriété, il faut un raisonnement général : \(n\ge11>0\) entraîne \(n^2\ge121>100\). Cette seconde preuve peut être directe ; la récurrence n’est pas obligatoire dès qu’un entier apparaît.

Définition 2.4 — Implication, réciproque et contre-exemple

L’implication « si \(A\), alors \(B\) » affirme que chaque situation vérifiant \(A\) vérifie aussi \(B\). La phrase \(A\) est l’hypothèse, la phrase \(B\) est la conclusion.

La réciproque est « si \(B\), alors \(A\) » : c’est une autre affirmation. Un contre-exemple à l’implication initiale doit vérifier \(A\) et ne pas vérifier \(B\).

Exemple 2.5 — La conclusion ne suffit pas à retrouver l’hypothèse

Si \(n\) est un multiple de \(4\), il est pair : écrire \(n=4p\) donne \(n=2(2p)\). Mais si \(n\) est pair, il n’est pas nécessairement multiple de \(4\) : \(6=2\times3\), alors que \(6\) n’est pas un multiple de \(4\). La première implication est vraie, sa réciproque est fausse.

Dans une récurrence, on construit l’implication « si la propriété est vraie au rang \(k\), alors elle est vraie au rang \(k+1\) ». Cette implication ne démontre pas, à elle seule, que la propriété est vraie au rang \(k\) : elle établit un passage conditionnel.

Tester une implication : vérifier aussi son hypothèse

À vous 2.6 — Essai guidé : une implication et sa réciproque

On considère l’affirmation suivante, pour un réel \(x\) : « Si \(x\ge2\), alors \(x^2\ge4\). »

  1. Identifier l’hypothèse et la conclusion.

  2. Démontrer l’implication en précisant pourquoi élever au carré conserve ici le sens de comparaison.

  3. Écrire sa réciproque. Est-elle vraie ? Si elle est fausse, donner un nombre qui vérifie son hypothèse mais pas sa conclusion.

Premier appui après tentative : la réciproque commence par « Si \(x^2\ge4\) ». Ne remplacer aucun mot avant d’avoir écrit la phrase entière.

Correction de l’activité 2.6

L’hypothèse est \(x\ge2\), et la conclusion est \(x^2\ge4\). Sous cette hypothèse, \(x\) et \(2\) sont positifs. La fonction carré conserve leur ordre, donc \(x^2\ge2^2=4\). On pourrait aussi écrire \(x^2-4=(x-2)(x+2)\ge0\), car les deux facteurs sont alors positifs ou nuls.

La réciproque est : « Si \(x^2\ge4\), alors \(x\ge2\). » Prenons \(x=-3\). Son carré vaut \(9\), donc l’hypothèse de cette réciproque est vraie ; mais \(-3\ge2\) est faux. C’est un contre-exemple valide. Il ne contredit pas l’implication initiale, dont il ne vérifie pas l’hypothèse.

À vous 2.7 — Chercher seul : un sens peut être faux et l’autre vrai

Pour un réel \(x\), étudier l’affirmation : « Si \(x^2>x\), alors \(x>1\). »

  1. La démontrer ou la réfuter par un contre-exemple.

  2. Écrire puis étudier sa réciproque.

  3. Pour tout contre-exemple proposé, vérifier séparément l’hypothèse et la conclusion qu’il doit contredire.

Ne lire la correction qu’après avoir écrit les deux phrases.

Correction de l’activité 2.7

L’implication donnée est fausse. Pour \(x=-1\), on a \(x^2=1>-1=x\), donc l’hypothèse est vraie, mais \(x>1\) est faux.

La réciproque est : « Si \(x>1\), alors \(x^2>x\). » Elle est vraie. En effet, sous l’hypothèse \(x>1\), les nombres \(x\) et \(x-1\) sont strictement positifs. Ainsi \[x^2-x=x(x-1)>0,\] d’où \(x^2>x\). Un exemple favorable n’aurait pas suffi à prouver cette réciproque ; la factorisation justifie tous les réels qui satisfont son hypothèse.

À vous 2.8 — Réparer un contre-exemple qui ne convient pas

Une copie prétend réfuter « Si \(x\ge3\), alors \(x^2\ge9\) » en prenant \(x=1\), car \(1^2<9\).

  1. Pourquoi ce choix ne réfute-t-il pas l’implication ?

  2. Reprendre le critère simple : pour contredire « si \(A\), alors \(B\) », quelles valeurs de vérité doivent avoir \(A\) et \(B\) ?

  3. Nouvel essai : réfuter « Si \(x>0\), alors \(\frac1x>1\) ». Le choix \(x=-2\) convient-il ? Trouver un choix valide et le justifier.

Correction de l’activité 2.8

Pour \(x=1\), l’hypothèse \(x\ge3\) est fausse. L’implication n’affirme rien sur ce qui se passe pour ce nombre : le fait que la conclusion y soit fausse ne la réfute pas. Il faut une situation où \(A\) est vraie et \(B\) fausse.

Dans le nouvel essai, \(x=-2\) ne convient pas non plus, puisqu’il ne vérifie pas \(x>0\). En revanche, pour \(x=2\), on a bien \(x>0\), le quotient existe, et \(\frac1x=\frac12\) n’est pas supérieur à \(1\). Ce contre-exemple vérifie toutes les conditions demandées. La réparation porte sur le contrôle de l’hypothèse, pas seulement sur la recherche d’une conclusion fausse.

Le principe de récurrence et le rôle de ses deux conditions

Théorème 2.9 — Principe de récurrence — admis sur les entiers

Soit une propriété \(P(n)\) définie pour les entiers \(n\ge n_0\). Si les deux conditions suivantes sont établies :

  1. \(P(n_0)\) est vraie : c’est l’initialisation ;

  2. pour un entier \(k\ge n_0\) quelconque, l’hypothèse \(P(k)\) permet de démontrer \(P(k+1)\) : c’est l’hérédité ;

alors \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n\ge n_0\).

Ce principe est utilisé comme un fondement du raisonnement sur les entiers. Nous ne prétendons pas en donner une démonstration à partir d’un dessin. L’image d’une transmission de proche en proche aide à comprendre son rôle : le départ est établi, et aucune étape de transmission ne manque. Le dessin ne représente cependant qu’un nombre fini d’étapes ; la preuve de l’hérédité doit porter sur un entier \(k\) arbitraire.

— Pourquoi a-t-on le droit de supposer ce que l’on veut prouver ?

On ne suppose pas la conclusion « \(P(n)\) est vraie pour tous les rangs ». On fixe un rang \(k\) et l’on examine ce qui suivrait de \(P(k)\). Cela permet de prouver une implication. L’initialisation et le principe de récurrence transforment ensuite cette chaîne d’implications en une conclusion sur tous les rangs. Confondre ces deux niveaux conduit à un raisonnement circulaire.

Contre-exemple 2.10 — Une transmission sans départ

Sur les entiers \(n\ge0\), prenons \(P(n)\) : « \(n\ge1\) ». Si \(k\ge1\), alors \(k+1\ge1\) : la propriété se transmet. Mais \(P(0)\) est fausse. La conclusion « tous les entiers naturels sont au moins égaux à \(1\) » est donc fausse.

La transmission conditionnelle ne crée pas le premier cas vrai. Cette propriété pourrait être démontrée à partir du rang \(1\), mais pas à partir du rang \(0\).

Contre-exemple 2.11 — Un départ sans transmission

Prenons \(Q(n)\) : « \(n=0\) », pour \(n\ge0\). L’initialisation \(Q(0)\) est vraie. Pourtant \(Q(1)\) est fausse : l’implication du rang \(0\) au rang \(1\) échoue. Un bon départ ne compense pas une hérédité absente ou incorrecte.

Point de vigilance — Un pas de deux ne couvre pas tous les rangs

La propriété « \(n\) est pair » est vraie en \(0\) et se transmet de \(n\) à \(n+2\). Cela ne prouve pas qu’elle est vraie pour tous les entiers : seuls les rangs \(0,2,4,\ldots\) sont atteints depuis \(0\). Pour traiter séparément les deux chaînes de rangs d’une transmission de pas \(2\), il faudrait des départs adaptés en \(0\) et \(1\). Le principe ordinaire ci-dessus utilise un passage de \(k\) à \(k+1\).

Une démonstration complète, de la recherche à la rédaction

Exemple 2.12 — Découvrir puis démontrer une formule

On définit \(u_0=2\) et, pour tout entier \(n\ge0\), \[u_{n+1}=3u_n-2.\] On veut démontrer que \(u_n=1+3^n\) pour tout \(n\ge0\).

Comprendre les données et préparer le calcul

La règle donnée définit chaque terme à partir du précédent. Elle ne contient aucune division ni racine : partir d’un réel produit toujours un réel. Les premiers termes sont \[u_1=3\times2-2=4, \qquad u_2=3\times4-2=10, \qquad u_3=3\times10-2=28.\] Les écarts à \(1\) sont \(1,3,9,27\). Cela suggère la formule proposée, mais cette observation ne démontre rien sur tous les rangs suivants.

Pour préparer l’hérédité, écrire côte à côte : \[\text{hypothèse : }u_k=1+3^k, \qquad \text{objectif : }u_{k+1}=1+3^{k+1}.\] La règle \(u_{k+1}=3u_k-2\) est le lien entre ces deux rangs. Le premier geste naturel est donc de partir de cette règle et d’y remplacer \(u_k\) par la formule autorisée par l’hypothèse.

Rédaction complète de la récurrence

Pour chaque entier \(n\ge0\), notons \(P(n)\) la propriété « \(u_n=1+3^n\) ».

Initialisation

Au rang \(0\), la formule proposée donne \[1+3^0=1+1=2=u_0.\] Ainsi \(P(0)\) est vraie.

Hérédité

Fixons un entier \(k\ge0\) et supposons \(P(k)\) vraie, c’est-à-dire \(u_k=1+3^k\). Nous voulons obtenir la formule au rang \(k+1\). En utilisant d’abord la relation de définition, puis l’hypothèse au rang \(k\), nous obtenons : \[\begin{align*} u_{k+1} &=3u_k-2 &&\text{relation de définition}\\ &=3(1+3^k)-2 &&\text{hypothèse de récurrence}\\ &=3+3\times3^k-2 &&\text{distributivité}\\ &=1+3^{k+1} &&\text{car }3\times3^k=3^{k+1}. \end{align*}\] La dernière égalité est exactement \(P(k+1)\). L’hérédité est établie.

Conclusion

L’initialisation et l’hérédité permettent d’appliquer le principe de récurrence. Pour tout entier \(n\ge0\), \[\boxed{u_n=1+3^n.}\]

\(\square\)

Contrôler sans confondre contrôle et preuve

La formule donne \(u_2=1+9=10\), ce qui correspond au calcul successif. Ce contrôle peut révéler une erreur de signe ou de rang. Il ne remplace pas la récurrence : la conclusion pour une infinité de rangs repose sur l’initialisation et la transmission générale.

Méthode 2.13 — Construire sa propre récurrence

  1. Préciser le domaine et écrire la phrase \(P(n)\) complète.

  2. Écrire ce que sera \(P(k+1)\). Cela fixe la cible du calcul.

  3. Vérifier séparément le premier rang demandé.

  4. Fixer \(k\) dans le domaine ; supposer uniquement \(P(k)\).

  5. Partir d’une donnée vraie, souvent la relation définissant la suite. Utiliser l’hypothèse au rang \(k\), puis justifier chaque transformation jusqu’à la cible.

  6. Conclure sur tous les entiers du domaine, sans oublier le premier rang.

La rédaction suit un ordre logique. Au brouillon, on peut chercher à rebours depuis la cible pour trouver une factorisation ; il faut ensuite présenter un enchaînement qui établit réellement cette cible.

S’entraîner avec un départ différent de zéro

À vous 2.14 — Premier appui : une formule au rang initial 1

On définit \(v_1=5\) et \(v_{n+1}=v_n+4\) pour \(n\ge1\).

  1. Calculer \(v_2\) et \(v_3\).

  2. Démontrer par récurrence que \(v_n=4n+1\) pour \(n\ge1\).

  3. Dire exactement ce que la preuve permet d’affirmer au sujet de \(v_0\).

Indice après une première tentative : le départ est \(1\), et l’objectif de l’hérédité est \(v_{k+1}=4(k+1)+1\).

Correction de l’activité 2.14

Calculs préalables

\(v_2=5+4=9\), puis \(v_3=9+4=13\). La formule proposée donne bien \(4\times2+1=9\) et \(4\times3+1=13\), mais il reste à la démontrer.

Propriété et départ

Notons \(P(n)\) : « \(v_n=4n+1\) », pour \(n\ge1\). En \(1\), le membre de droite vaut \(4\times1+1=5=v_1\). L’initialisation est donc établie au rang autorisé.

Transmission

Fixons \(k\ge1\) et supposons \(v_k=4k+1\). Alors \[\begin{align*} v_{k+1}&=v_k+4\\ &=(4k+1)+4\\ &=4k+5\\ &=4(k+1)+1. \end{align*}\] La dernière transformation regroupe \(4k+4\) en \(4(k+1)\). Nous avons obtenu exactement la formule au rang suivant.

Conclusion et domaine

Par récurrence, \(v_n=4n+1\) pour tout \(n\ge1\). Le terme \(v_0\) n’a pas été défini. Remplacer \(n\) par \(0\) dans la formule ne crée pas automatiquement un terme de la suite initiale : cela proposerait un prolongement, qui serait une définition supplémentaire.

À vous 2.15 — Fermer le modèle et rédiger seul

On définit \(a_0=1\) et \(a_{n+1}=2a_n+3\) pour \(n\ge0\). Démontrer que \(a_n=4\times2^n-3\) pour tout \(n\ge0\). Dans votre rédaction, soulignez l’endroit exact où vous utilisez l’hypothèse de récurrence, puis vérifiez séparément le rang \(2\).

Correction de l’activité 2.15

L’affirmation à prouver est \(P(n)\) : « \(a_n=4\times2^n-3\) ». Le domaine commence en \(0\).

Initialisation

\(4\times2^0-3=4-3=1=a_0\), donc \(P(0)\) est vraie.

Hérédité

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(a_k=4\times2^k-3\). La règle de la suite donne \[\begin{align*} a_{k+1}&=2a_k+3\\ &=2(4\times2^k-3)+3\\ &=8\times2^k-6+3\\ &=4\times2^{k+1}-3. \end{align*}\] L’hypothèse intervient dans le passage de la première à la deuxième ligne. Le produit \(8\times2^k\) est réécrit \(4\times2\times2^k=4\times2^{k+1}\). La propriété se transmet.

Conclusion et vérification

Par récurrence, la formule est vraie pour tout entier \(n\ge0\). Le calcul successif donne \(a_1=2\times1+3=5\), puis \(a_2=2\times5+3=13\). La formule donne aussi \(4\times2^2-3=16-3=13\). Elle est cohérente avec ce contrôle local.

Diagnostiquer une preuve incorrecte

À vous 2.16 — Repérer la première faute, pas seulement le résultat

Voici une rédaction à propos de la suite précédente :

« On calcule \(a_0=1\) et \(a_1=5\), donc la formule est vraie. Supposons \(a_{k+1}=4\times2^{k+1}-3\). Alors on retrouve \(a_{k+1}=4\times2^{k+1}-3\). La récurrence est donc démontrée. »

  1. Distinguer ce qui est exact de ce qui ne prouve rien.

  2. Dire quelle phrase suppose déjà la conclusion attendue.

  3. Réécrire seulement le début correct de l’hérédité, puis poursuivre le calcul sans utiliser la formule au rang \(k+1\) comme hypothèse.

Correction de l’activité 2.16

Les valeurs \(a_0=1\) et \(a_1=5\) sont exactes. Elles ne montrent que deux cas. La phrase « donc la formule est vraie » est insuffisante si elle vise tous les rangs ; il manque une transmission générale.

La phrase « supposons \(a_{k+1}=4\times2^{k+1}-3\) » suppose précisément ce que l’hérédité doit établir. Répéter ensuite la même égalité ne crée aucune preuve : la conclusion a été introduite comme donnée.

Le début correct est : « Fixons \(k\ge0\) et supposons \(a_k=4\times2^k-3\). » Puis \[a_{k+1}=2a_k+3 =2(4\times2^k-3)+3 =4\times2^{k+1}-3.\] La donnée de départ est la relation de récurrence ; la substitution est autorisée au rang \(k\). Le calcul arrive au rang \(k+1\), qu’il ne supposait pas connu. L’initialisation déjà vérifiée permet alors la conclusion générale.

Point de vigilance — Des phrases courtes peuvent cacher des tâches non réalisées

« C’est vrai au début » doit indiquer quel début et vérifier l’égalité ou l’inégalité annoncée. « L’hérédité est immédiate » n’explique pas quelle règle transmet la propriété. « Donc par récurrence » n’est une conclusion valide que si les deux étapes qui la précèdent sont réellement établies. La longueur n’est pas une garantie de rigueur ; l’absence d’une étape nécessaire, même dans une longue copie, reste un défaut.

À vous 2.17 — Réparer une confusion de rang

On sait seulement, pendant une hérédité, que \(b_k=5k+2\), et que \(b_{k+1}=b_k+5\).

  1. Une copie remplace \(b_k\) par \(5(k+1)+2\). Pourquoi est-ce interdit ?

  2. Refaire d’abord le calcul simple : si \(c_j=2j+1\), quelles sont les expressions de \(c_k\) et de \(c_{k+1}\) ?

  3. Revenir à \(b_{k+1}\) et obtenir la formule au rang suivant.

Correction de l’activité 2.17

L’hypothèse porte sur \(b_k\). Elle autorise la valeur \(5k+2\), pas la valeur encore à prouver au rang suivant. Le remplacement proposé change l’indice sans justification.

Le cas simple donne \(c_k=2k+1\) et \(c_{k+1}=2(k+1)+1=2k+3\). Les expressions sont différentes parce qu’elles correspondent à deux rangs différents.

On peut maintenant écrire, sans saut de rang : \[b_{k+1}=b_k+5=(5k+2)+5=5k+7=5(k+1)+2.\] Le résultat attendu est obtenu en utilisant exactement l’hypothèse disponible. Pour contrôler votre réparation, indiquez verbalement : « J’ai remplacé le terme de rang \(k\), pas celui de rang \(k+1\). »

Ce qui change lorsqu’on modifie l’énoncé

À vous 2.18 — Une formule plausible peut être fausse

On garde la règle \(a_{n+1}=2a_n+3\), mais on remplace maintenant le terme initial par \(a_0=2\).

  1. La formule \(a_n=4\times2^n-3\) reste-t-elle vraie ?

  2. Chercher une formule de la forme \(a_n=C\times2^n-3\), où \(C\) est une constante, puis la démontrer.

Correction de l’activité 2.18

La première formule donne \(1\) au rang \(0\), alors que le nouveau terme initial vaut \(2\). Elle est donc fausse immédiatement. Une hérédité qui fonctionne algébriquement ne peut pas effacer cet échec du départ.

Pour choisir \(C\), imposons le bon terme initial : \(C\times2^0-3=2\), donc \(C-3=2\), d’où \(C=5\). La candidate est \(a_n=5\times2^n-3\).

Au rang \(0\), \(5-3=2=a_0\). Pour un entier \(k\ge0\), supposons \(a_k=5\times2^k-3\). Alors \[\begin{align*} a_{k+1}&=2a_k+3\\ &=2(5\times2^k-3)+3\\ &=10\times2^k-3\\ &=5\times2^{k+1}-3. \end{align*}\] La transmission est établie et le départ est correct : par récurrence, la nouvelle formule vaut pour tous les rangs. La relation de récurrence seule ne détermine donc pas une suite ; son terme initial compte aussi.

À vous 2.19 — Après un délai : retrouver la preuve sans le modèle

Revenir à cette activité après avoir étudié une autre notion. On définit \(w_2=7\) et \(w_{n+1}=w_n+3\) pour \(n\ge2\).

  1. Démontrer que \(w_n=3n+1\) pour tout \(n\ge2\).

  2. Expliquer pourquoi initialiser seulement en \(3\) ne démontrerait pas à lui seul le résultat demandé à partir de \(2\).

  3. Dire si le mot « quelconque » appliqué à \(k\) signifie qu’il faut tester plusieurs valeurs de \(k\).

Correction de l’activité 2.19

Posons \(P(n)\) : « \(w_n=3n+1\) », pour \(n\ge2\). Au départ, \(3\times2+1=7=w_2\) : \(P(2)\) est vraie. Fixons un entier \(k\ge2\) et supposons \(w_k=3k+1\). Alors \[w_{k+1}=w_k+3=(3k+1)+3=3k+4=3(k+1)+1.\] La dernière expression est celle de \(P(k+1)\). Par récurrence, la formule est vraie pour tout entier \(n\ge2\).

Une initialisation en \(3\), suivie d’une hérédité vers l’avant, ne garantirait que les rangs \(3,4,5,\ldots\). Le rang \(2\) resterait à vérifier séparément. Le plus simple est de partir directement du premier rang demandé.

« Fixons \(k\) quelconque » signifie que le raisonnement ne dépend pas d’une valeur particulière : on ne remplace pas \(k\) par \(2\), \(3\) ou \(100\). Les égalités littérales traitent tous les cas autorisés en une seule transmission.

À vous 2.20 — Test logique différé : une hausse impose-t-elle un signe ?

Après une pause, reprendre ces questions sans les exemples précédents. Pour deux réels \(a\) et \(b\), on propose : « Si \(b>a\), alors \(b>0\). »

  1. Étudier cette implication, puis sa réciproque.

  2. Montrer que l’implication devient vraie si son hypothèse est « \(b>a\) et \(a\ge0\) ».

  3. Interpréter la première erreur lorsque \(a=u_n\) et \(b=u_{n+1}\).

Correction de l’activité 2.20

Pour \(a=-2\) et \(b=-1\), on a bien \(b>a\), mais \(b>0\) est faux. La première implication est donc fausse. Sa réciproque est : « Si \(b>0\), alors \(b>a\). » Pour \(b=1\) et \(a=2\), l’hypothèse est vraie et la conclusion fausse : la réciproque est également fausse.

En revanche, si \(b>a\) et \(a\ge0\), alors \[b>a\ge0,\] donc \(b>0\). L’hypothèse supplémentaire empêche précisément le cas d’une hausse qui resterait du côté des nombres négatifs. Pour des termes successifs, \(u_{n+1}>u_n\) exprime une comparaison entre deux valeurs ; cela n’impose pas à la plus grande d’être positive.

À retenir — Relire sa récurrence

Je peux montrer la phrase exacte à prouver, le premier rang, l’hypothèse autorisée, la cible suivante et le passage qui utilise réellement l’hypothèse. Je vérifie ensuite que ma conclusion porte sur le bon domaine. Si je ne sais pas expliquer l’une de ces étapes sans regarder le modèle, je reprends cette étape ; mémoriser seulement une formule de rédaction ne suffit pas encore à construire une preuve.

3. Suites arithmétiques, géométriques et sommes finies

— Ce que vous allez apprendre

Reconnaître une évolution par ajout ou par multiplication ; obtenir un terme sans calculer tous les précédents ; additionner des termes en comptant correctement leur nombre. Vous apprendrez aussi à distinguer la valeur d’une grandeur à une date du cumul de plusieurs valeurs.

Rappel utile — La place du rang de départ

Si le premier terme connu est \(u_p\), il faut \(n-p\) passages pour aller du rang \(p\) au rang \(n\). Par exemple, de \(u_2\) à \(u_7\), il y a cinq passages, mais la liste \(u_2,u_3,\ldots,u_7\) contient six termes.

Toutes les formules de cette unité seront donc écrites avec leurs indices : les apprendre sans leur rang de départ expose à une erreur d’un terme ou d’une puissance.

Reconnaître la structure avant de choisir une formule

À vous 3.1 — Un premier tri

Les suites suivantes sont définies pour \(n\geqslant0\). \[a_n=7+3n,\qquad b_n=5\times2^n,\qquad c_n=n^2.\] Pour chacune, calculer les quatre premiers termes, puis chercher ce que l’on fait pour passer d’un terme au suivant. Votre observation suffit-elle à prouver que le même procédé reste valable à tous les rangs ?

Correction de l’activité 3.1

Pour \((a_n)\), on obtient \(7,10,13,16\) : on ajoute \(3\). Pour \((b_n)\), on obtient \(5,10,20,40\) : on multiplie par \(2\). Pour \((c_n)\), on obtient \(0,1,4,9\) : les ajouts sont successivement \(1,3,5\), et ne sont pas constants.

Ce tableau sert à reconnaître une structure possible, mais une preuve porte sur un rang quelconque. Ainsi, \[a_{n+1}-a_n=[7+3(n+1)]-(7+3n)=3\] et \[b_{n+1}=5\times2^{n+1}=2(5\times2^n)=2b_n.\] Ces deux égalités valent pour tout \(n\geqslant0\). Pour \((c_n)\), \[c_{n+1}-c_n=(n+1)^2-n^2=2n+1,\] ce qui dépend de \(n\). Quelques premiers termes peuvent réfuter un procédé constant ; ils ne suffisent pas, à eux seuls, à le certifier.

Les suites arithmétiques : ajouter toujours le même nombre

Définition 3.2 — Suite arithmétique et raison

Une suite \((u_n)\), définie pour \(n\geqslant p\), est arithmétique s’il existe un réel \(r\) tel que, pour tout \(n\geqslant p\), \[u_{n+1}=u_n+r.\] Le nombre \(r\) est appelé sa raison. Il peut être positif, nul ou négatif.

Dire que la suite est arithmétique revient donc à dire que la différence \(u_{n+1}-u_n\) est constante. Cette constante est la raison. Il ne suffit pas que la différence soit positive : une différence positive mais variable décrit une croissance, pas nécessairement une suite arithmétique.

Proposition 3.3 — Terme général à partir d’un rang quelconque

Si \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\), alors, pour tous les entiers \(n\geqslant p\), \[\boxed{u_n=u_p+(n-p)r.}\] Réciproquement, une suite définie par cette formule est arithmétique de raison \(r\).

Démonstration.

Fixons le rang \(p\). Nous démontrons par récurrence la propriété \(\mathcal P(n): u_n=u_p+(n-p)r\), pour \(n\geqslant p\).

Initialisation. Pour \(n=p\), le membre de droite vaut \(u_p+(p-p)r=u_p\). La propriété est vraie.

Hérédité. Soit un entier \(n\geqslant p\). Supposons \(u_n=u_p+(n-p)r\). Comme la suite est arithmétique, \[\begin{align*} u_{n+1} &=u_n+r\\ &=u_p+(n-p)r+r\\ &=u_p+(n+1-p)r. \end{align*}\] C’est bien la formule au rang \(n+1\).

Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout \(n\geqslant p\).

Pour la réciproque, on part de la formule explicite et on calcule : \[u_{n+1}-u_n =[u_p+(n+1-p)r]-[u_p+(n-p)r]=r.\] La différence est constante : c’est la définition d’une suite arithmétique.

\(\square\)

Corollaire 3.4 — Deux écritures habituelles

La proposition précédente donne \[u_n=u_0+nr\quad(n\geqslant0),\qquad u_n=u_1+(n-1)r\quad(n\geqslant1).\] Si \(j>i\) sont deux rangs et si la suite est arithmétique, alors \[r=\frac{u_j-u_i}{j-i}.\]

Démonstration.

Les deux premières formules résultent des choix \(p=0\) et \(p=1\). Pour la dernière, on écrit \(u_j=u_i+(j-i)r\), puis on divise par \(j-i\), qui n’est pas nul.

\(\square\)

Exemple 3.5 — Trouver une raison à partir de deux termes

Une suite est arithmétique, avec \(u_3=11\) et \(u_8=-4\). Entre les rangs \(3\) et \(8\), il y a \(8-3=5\) ajouts de la raison : \[-4=11+5r,\qquad 5r=-15,\qquad r=-3.\] Pour tout rang \(n\) de la suite, \[u_n=11+(n-3)(-3)=20-3n.\] On contrôle les données : \(20-3\times3=11\) et \(20-3\times8=-4\). Le contrôle ne remplace pas le raisonnement, mais détecte efficacement un décalage d’indice.

À vous 3.6 — Essai guidé : choisir le terme connu

Une suite \((v_n)\) est arithmétique de raison \(4\), et \(v_2=-5\).

  1. Écrire \(v_n\) à partir de \(v_2\), sans chercher d’abord \(v_0\).

  2. Calculer \(v_7\).

  3. Trouver le rang du terme égal à \(31\).

Avant la correction, vérifier que votre formule redonne \(v_2=-5\).

Correction de l’activité 3.6

Le nombre de passages de \(2\) à \(n\) est \(n-2\), donc \[v_n=-5+4(n-2)=4n-13.\] Au rang \(2\), on retrouve \(8-13=-5\). Au rang \(7\), \[v_7=4\times7-13=15.\] Enfin, \[v_n=31 \quad\Longleftrightarrow\quad 4n-13=31 \quad\Longleftrightarrow\quad n=11.\] Le nombre \(11\) est bien un rang entier autorisé ; \(v_{11}=44-13=31\). Résoudre une équation ne suffit donc pas toujours : il faut aussi vérifier que la solution obtenue peut être un rang.

Contre-exemple 3.7 — Une formule affine, pas une formule quadratique

La suite \(u_n=2n+5\) est arithmétique car \(u_{n+1}-u_n=2\). En revanche, la suite \(v_n=n^2+5\) ne l’est pas : \[v_1-v_0=1,\qquad v_2-v_1=3.\] Deux différences distinctes suffisent à réfuter l’existence d’une raison constante. Il serait inutile de calculer cent termes.

Les suites géométriques : multiplier toujours par le même nombre

Définition 3.8 — Suite géométrique et raison

Une suite \((u_n)\), définie pour \(n\geqslant p\), est géométrique s’il existe un réel \(q\) tel que, pour tout \(n\geqslant p\), \[u_{n+1}=q\,u_n.\] Le réel \(q\) est la raison. Cette définition reste valable si certains termes sont nuls : elle n’exige aucune division.

Point de vigilance — Le quotient n’est pas toujours utilisable

Si \(u_n\neq0\), l’égalité \(u_{n+1}=qu_n\) équivaut à \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}=q\). Si \(u_n=0\), ce quotient n’est pas défini. Pour cette raison, on commence par la relation multiplicative ; on ne définit pas toutes les suites géométriques par un quotient.

Proposition 3.9 — Terme général d’une suite géométrique

Soit une suite géométrique de raison \(q\), à partir d’un rang \(p\).

  • Si \(q\neq0\), alors, pour tout \(n\geqslant p\), \[\boxed{u_n=u_pq^{\,n-p}.}\]

  • Si \(q=0\), alors le terme initial est \(u_p\), et \[u_n=0\qquad\text{pour tout }n\geqslant p+1.\]

Réciproquement, les suites ainsi définies vérifient \(u_{n+1}=qu_n\).

Démonstration.

Supposons d’abord \(q\neq0\). Pour \(n=p\), on a \(u_pq^{p-p}=u_pq^0=u_p\), car \(q^0=1\).

Supposons la formule vraie à un rang \(n\geqslant p\). La relation géométrique donne \[u_{n+1}=qu_n=q(u_pq^{\,n-p}) =u_pq^{\,n+1-p}.\] La propriété est héréditaire. Elle est donc vraie pour tous les rangs \(n\geqslant p\).

Si \(q=0\), la relation de définition donne immédiatement \(u_{n+1}=0\times u_n=0\), à chaque rang où elle s’applique. Le premier terme n’est pas forcé à être nul, mais tous les suivants le sont.

Pour la réciproque lorsque \(q\neq0\), l’identité \[u_pq^{\,n+1-p}=q(u_pq^{\,n-p})\] prouve la relation voulue. Lorsque \(q=0\), on vérifie d’abord \(u_{p+1}=0=0u_p\), puis \(u_{n+1}=0=0u_n\) aux rangs suivants.

\(\square\)

— Pourquoi isoler le cas \(q=0\) ?

La formule \(u_pq^{n-p}\), appliquée au rang \(p\) avec \(q=0\), ferait apparaître \(0^0\). Nous n’attribuons pas de valeur à cette écriture. Il n’y a pourtant aucune difficulté dans la suite : son premier terme est donné, puis on multiplie par zéro.

Par exemple, \(u_0=7\) et \(u_{n+1}=0u_n\) donnent \(7,0,0,0,\ldots\). La séparation des cas évite une notation ambiguë.

Propriété 3.10 — Termes nuls et unicité de la raison

Pour une suite géométrique :

  • si un terme vaut zéro, tous les termes suivants valent zéro ;

  • si le premier terme et la raison sont non nuls, tous les termes sont non nuls ;

  • la suite identiquement nulle vérifie la relation géométrique pour n’importe quelle raison \(q\).

Démonstration.

Si \(u_k=0\), alors \(u_{k+1}=q\times0=0\), puis le même argument s’applique de proche en proche. Si \(u_p\neq0\) et \(q\neq0\), la formule \(u_n=u_pq^{n-p}\) est un produit de facteurs non nuls. Enfin \(0=q\times0\) pour tout réel \(q\).

\(\square\)

Si au moins un terme \(u_k\) est non nul, la raison est nécessairement \(u_{k+1}/u_k\) : elle est alors unique. La suite nulle est donc un cas particulier à connaître, non un motif pour exclure arbitrairement les termes nuls de la définition.

Exemple 3.11 — Raison positive, raison négative

Pour \(a_1=12\) et \(a_{n+1}=\dfrac12a_n\), on obtient \[a_1=12,\quad a_2=6,\quad a_3=3,\quad a_4=\frac32, \qquad a_n=12\left(\frac12\right)^{n-1}.\] Pour \(b_0=3\) et \(b_{n+1}=-2b_n\), on obtient \[b_0=3,\quad b_1=-6,\quad b_2=12,\quad b_3=-24, \qquad b_n=3(-2)^n.\] Une raison négative peut faire alterner les signes. Une suite géométrique n’est donc pas forcément croissante ni décroissante.

À vous 3.12 — Essai guidé : une diminution en pourcentage

Un objet a une valeur initiale \(V_0=800\) euros. Sa valeur diminue de \(15\,\%\) à chaque année écoulée. On note \(V_n\) sa valeur après \(n\) années.

  1. Quel pourcentage de la valeur reste-t-il après une année ?

  2. Écrire la relation entre \(V_{n+1}\) et \(V_n\), puis la formule de \(V_n\).

  3. Calculer \(V_2\). Expliquer pourquoi on ne soustrait pas \(120\) euros chaque année.

Correction de l’activité 3.12

Il reste \(100\,\%-15\,\%=85\,\%\) de la valeur précédente, donc \[V_{n+1}=\left(1-\frac{15}{100}\right)V_n=0{,}85V_n.\] La suite est géométrique de raison \(0{,}85\) et de premier terme \(800\). Ainsi, \[V_n=800(0{,}85)^n.\] En particulier \(V_1=680\), puis \[V_2=0{,}85\times680=578.\] La première perte est \(0{,}15\times800=120\) euros. La deuxième est \(0{,}15\times680=102\) euros : le pourcentage est constant, mais son montant est calculé sur une base qui change. Une diminution fixe de \(120\) euros conduirait à une suite arithmétique, donc à un autre modèle.

À vous 3.13 — Changer d’origine et vérifier une hypothèse

  1. Une suite géométrique vérifie \(u_2=6\) et a pour raison \(-\frac12\). Donner \(u_5\), puis une expression de \(u_n\) pour \(n\geqslant2\).

  2. Une suite géométrique de termes strictement positifs vérifie \(v_1=4\) et \(v_3=36\). Déterminer sa raison et \(v_2\).

  3. Sans l’hypothèse de positivité de tous les termes, la raison de la deuxième suite serait-elle déterminée de manière unique ?

Correction de l’activité 3.13

De \(u_2\) à \(u_5\), on effectue trois multiplications : \[u_5=6\left(-\frac12\right)^3 =6\left(-\frac18\right)=-\frac34.\] La formule générale est \(u_n=6\left(-\frac12\right)^{n-2}\). Le rang \(2\) redonne bien \(6\), et le rang \(5\) donne le résultat précédent.

Pour la deuxième suite, \(v_3=v_1q^2\). Ainsi \[36=4q^2,\qquad q^2=9,\qquad q\in\{-3,3\}.\] Mais \(v_1\) et \(v_2\) sont positifs, donc \(q=v_2/v_1>0\). On retient \(q=3\), d’où \(v_2=12\).

Sans cette hypothèse, les deux raisons seraient possibles : \(4,12,36,\ldots\) pour \(q=3\), et \(4,-12,36,\ldots\) pour \(q=-3\). Une puissance paire efface le signe : il faut revenir aux hypothèses du problème avant de choisir une racine.

Compter les termes d’une somme

À vous 3.14 — Repérage : le dernier rang, le nombre de termes et le cumul

On donne \(w_n=n+2\) pour \(n\geq0\). Répondre avant d’utiliser une formule de somme.

  1. Combien de termes contient \(A=w_0+w_1+\cdots+w_4\) ? Écrire la somme sans points de suspension, puis la calculer.

  2. Combien de termes contient \(B=w_3+w_4+\cdots+w_7\) ? Quels sont le premier et le dernier terme de cette somme ?

  3. Les nombres \(w_4\) et \(A\) répondent-ils à la même question ? Expliquer pourquoi le rang \(4\) ne donne pas le nombre de termes de \(A\).

Correction de l’activité 3.14

Les rangs \(0,1,2,3,4\) correspondent à cinq termes. Il faut compter le terme de rang \(0\), qui n’est pas absent : \[A=2+3+4+5+6=20.\] La deuxième somme porte sur les rangs \(3,4,5,6,7\), soit encore cinq termes. Le premier est \(w_3=5\), le dernier \(w_7=9\). Le numéro \(7\) ne signifie donc pas que l’on additionne sept termes.

Enfin, \(w_4=6\) est une seule valeur, tandis que \(A=20\) est un cumul. Le dernier indice \(4\) compte quatre passages depuis le rang \(0\), mais la liste contient le départ et les quatre termes qui le suivent. Si cette distinction a posé problème, écrire les indices avant d’écrire les valeurs : la formule qui suit résume précisément ce comptage.

Notation 3.15 — Une somme finie

Pour deux entiers \(p\leqslant m\), l’écriture \[\sum_{k=p}^{m}u_k\] désigne la somme \(u_p+u_{p+1}+\cdots+u_m\). La lettre \(k\) est un indice de sommation : elle parcourt successivement tous les entiers de \(p\) à \(m\), extrémités comprises.

Lemme 3.16 — Le nombre de termes

La liste des rangs \(p,p+1,\ldots,m\) contient exactement \(m-p+1\) rangs.

Démonstration.

En retranchant \(p\) à chaque rang, on obtient les entiers \(0,1,\ldots,m-p\). Il y a le rang \(0\), puis \(m-p\) rangs supplémentaires, soit \(m-p+1\) rangs au total.

\(\square\)

Exemple 3.17 — Un indice supérieur n’est pas un nombre de termes

\[\sum_{k=3}^{8}u_k=u_3+u_4+u_5+u_6+u_7+u_8\] contient \(8-3+1=6\) termes. La somme de \(u_0\) à \(u_n\) contient \(n+1\) termes, tandis que la somme de \(u_1\) à \(u_n\) en contient \(n\).

Dans la somme réduite à \(u_4\), les deux indices valent \(4\) : le calcul \(4-4+1=1\) donne bien un terme, pas zéro.

Propriété 3.18 — Additionner et multiplier terme à terme

Pour des suites réelles \((u_k)\), \((v_k)\), un réel \(\lambda\) et des entiers \(p\leqslant m\), \[\sum_{k=p}^{m}(u_k+v_k)=\sum_{k=p}^{m}u_k+\sum_{k=p}^{m}v_k, \qquad \sum_{k=p}^{m}\lambda u_k=\lambda\sum_{k=p}^{m}u_k.\] En particulier, pour une constante \(c\), \[\sum_{k=p}^{m}c=(m-p+1)c.\]

Démonstration.

La première identité consiste à développer la somme \((u_p+v_p)+\cdots+(u_m+v_m)\), puis à regrouper les termes \(u_k\) et les termes \(v_k\). La deuxième est la distributivité de la multiplication sur une somme finie : \(\lambda u_p+\cdots+\lambda u_m=\lambda(u_p+\cdots+u_m)\). La dernière additionne \(m-p+1\) fois le même nombre \(c\).

\(\square\)

Point de vigilance — L’indice peut changer de nom, pas de valeur

On peut remplacer la lettre muette \(k\) par \(j\) sans changer la somme. En revanche, remplacer les bornes exige de modifier aussi le terme : \[\sum_{k=p}^{m}u_k=\sum_{j=0}^{m-p}u_{p+j}.\] Le terme à droite est \(u_{p+j}\), et non \(u_j\). Par exemple, \(\sum_{k=2}^{4}k=2+3+4=9\), tandis que \(\sum_{j=0}^{2}j=0+1+2=3\).

Additionner des termes arithmétiques

Théorème 3.19 — Somme d’une suite arithmétique

Si \((u_n)\) est arithmétique et si \(p\leqslant m\), alors \[\boxed{\sum_{k=p}^{m}u_k =(m-p+1)\,\frac{u_p+u_m}{2}.}\] Autrement dit : nombre de termes multiplié par la moyenne du premier et du dernier terme.

Démonstration.

Posons \(N=m-p+1\) et \(S=u_p+\cdots+u_m\). Écrivons la même somme dans les deux sens : \[\begin{align*} S&=u_p+u_{p+1}+\cdots+u_{m-1}+u_m,\\ S&=u_m+u_{m-1}+\cdots+u_{p+1}+u_p. \end{align*}\] Chaque paire de termes superposés a la même somme. Pour le vérifier sans se fier au dessin, prenons \(j\in\{0,\ldots,N-1\}\) : \[\begin{align*} u_{p+j}+u_{m-j} &=[u_p+jr]+[u_p+(m-j-p)r]\\ &=2u_p+(m-p)r\\ &=u_p+u_m. \end{align*}\] En additionnant les deux écritures, on obtient donc \(N\) fois \(u_p+u_m\) : \[2S=N(u_p+u_m).\] On divise par \(2\), puis on remplace \(N\) par \(m-p+1\). La preuve reste valable lorsque \(N=1\) : elle donne \(u_p=(u_p+u_p)/2\).

\(\square\)

Corollaire 3.20 — La somme des premiers entiers

Pour tout entier \(n\geqslant1\), \[1+2+\cdots+n=\frac{n(n+1)}2.\]

Démonstration.

Les nombres \(1,2,\ldots,n\) sont les \(n\) termes d’une suite arithmétique de raison \(1\), de premier terme \(1\) et de dernier terme \(n\). Le théorème donne \(n(1+n)/2\).

\(\square\)

Exemple 3.21 — Une somme à indices décalés

La suite arithmétique \((u_n)\) vérifie \(u_2=5\) et a pour raison \(3\). Calculons \(S=u_2+u_3+\cdots+u_8\).

Premier geste : identifier les trois données. Le premier terme est \(5\), le nombre de termes est \(8-2+1=7\), et le dernier terme vaut \[u_8=u_2+(8-2)\times3=5+18=23.\] La formule donne alors \[S=7\,\frac{5+23}{2}=7\times14=98.\] Le calcul direct \(5+8+11+14+17+20+23=98\) fournit ici un contrôle rapide. Pour un millier de termes, la formule devient indispensable.

À vous 3.22 — Deux méthodes, une même somme

Calculer \(\displaystyle S=\sum_{k=4}^{10}(3k-2)\).

  1. Utiliser la structure arithmétique des termes \(3k-2\).

  2. Refaire le calcul en écrivant \(S=3\sum_{k=4}^{10}k-\sum_{k=4}^{10}2\).

  3. Dans les deux méthodes, où intervient le nombre \(7\) ?

Correction de l’activité 3.22

De \(k=4\) à \(k=10\), il y a \(10-4+1=7\) termes. La suite \(3k-2\) est arithmétique de raison \(3\), son premier terme est \(3\times4-2=10\), son dernier est \(3\times10-2=28\). Donc \[S=7\,\frac{10+28}{2}=7\times19=133.\] Par la deuxième méthode, \[\sum_{k=4}^{10}k=7\,\frac{4+10}{2}=49, \qquad \sum_{k=4}^{10}2=7\times2=14.\] D’où \(S=3\times49-14=147-14=133\). Le \(7\) compte les termes, dans la somme arithmétique comme dans la somme constante. Soustraire seulement \(2\) au lieu de \(14\) reviendrait à oublier six des sept termes \(-2\).

Additionner des termes géométriques

Lemme 3.23 — Une somme de puissances

Pour un entier \(N\geqslant0\), on pose \[T_N=1+q+q^2+\cdots+q^N,\] avec \(T_0=1\). Alors \[\boxed{T_N=\frac{1-q^{N+1}}{1-q}\quad\text{si }q\neq1,} \qquad \boxed{T_N=N+1\quad\text{si }q=1.}\] Le premier terme est écrit \(1\) : si \(q=0\), cette notation ne demande pas de donner un sens à \(0^0\).

Démonstration.

Si \(q=1\), les \(N+1\) termes sont tous égaux à \(1\). Supposons \(q\neq1\). Pour \(N\geqslant1\), \[\begin{align*} T_N &=1+q+q^2+\cdots+q^N,\\ qT_N &=\phantom{1+{}}q+q^2+\cdots+q^N+q^{N+1}. \end{align*}\] En soustrayant la deuxième ligne de la première, tous les termes intermédiaires disparaissent : \[T_N-qT_N=1-q^{N+1}.\] Donc \((1-q)T_N=1-q^{N+1}\). Comme \(1-q\neq0\), on peut diviser par \(1-q\). Pour \(N=0\), la formule donne \((1-q)/(1-q)=1=T_0\). Le cas \(q=0\) est également couvert : la somme vaut \(1\) et la formule donne \(1\).

\(\square\)

Théorème 3.24 — Somme d’une suite géométrique

Si \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\) et si \(p\leqslant m\), alors \[\boxed{\sum_{k=p}^{m}u_k =u_p\,\frac{1-q^{\,m-p+1}}{1-q}\quad\text{si }q\neq1.}\] Si \(q=1\), la suite est constante et \[\boxed{\sum_{k=p}^{m}u_k=(m-p+1)u_p.}\]

Démonstration.

Posons \(N=m-p\). Si \(q\neq0\), les termes successifs sont \(u_p,u_pq,\ldots,u_pq^N\). En factorisant \(u_p\), la somme est \(u_p(1+q+\cdots+q^N)\), et le lemme s’applique.

Si \(q=0\), seul le premier terme de cette liste peut être non nul. La somme vaut donc \(u_p\). La formule annoncée donne bien \[u_p\,\frac{1-0^{\,m-p+1}}{1-0}=u_p,\] car l’exposant \(m-p+1\) est au moins égal à \(1\). Si \(q=1\), on additionne \(m-p+1\) fois le terme \(u_p\).

\(\square\)

Exemple 3.25 — Le dernier exposant n’est pas le nombre de termes

La suite \(v_n=12(1/2)^{n-1}\), définie pour \(n\geqslant1\), est géométrique de raison \(1/2\). Pour calculer \(v_1+v_2+\cdots+v_5\), on compte cinq termes : \[\begin{align*} S &=12\,\frac{1-(1/2)^5}{1-1/2}\\ &=12\,\frac{1-1/32}{1/2}\\ &=24\times\frac{31}{32} =\frac{93}{4}. \end{align*}\] La somme s’écrit aussi \(12+6+3+\frac32+\frac34=\frac{93}{4}\). Le dernier terme contient \((1/2)^4\), mais la formule de la somme contient \((1/2)^5\), car il y a cinq termes.

À vous 3.26 — Une somme qui ne commence pas au rang zéro

Soit \(u_n=3\times2^n\), pour \(n\geqslant0\). Calculer \(\displaystyle S=\sum_{k=2}^{6}u_k\). Avant de remplacer dans une formule, écrire le premier terme, le dernier terme, le nombre de termes et la raison.

Correction de l’activité 3.26

Le premier terme est \(u_2=12\), le dernier est \(u_6=192\), la raison est \(2\), et le nombre de termes est \(6-2+1=5\). Ainsi, \[S=12\,\frac{1-2^5}{1-2} =12\,\frac{-31}{-1}=372.\] On peut contrôler par \(12+24+48+96+192=372\).

Une deuxième méthode soustrait les termes exclus : \[\sum_{k=2}^{6}u_k =\sum_{k=0}^{6}u_k-u_0-u_1 =3\,\frac{1-2^7}{1-2}-3-6=381-9=372.\] La première méthode est plus courte ici ; la deuxième explique comment changer les bornes sans changer la somme recherchée.

Point de vigilance — Ne pas supprimer les conditions

La fraction \((1-q^{m-p+1})/(1-q)\) ne s’utilise pas pour \(q=1\) : elle donnerait \(0/0\), qui n’est pas un nombre. Il faut alors revenir à la somme de termes constants.

Une raison négative ne pose pas ce problème : la formule reste valable, mais il faut conserver les parenthèses autour de \(q\). Par exemple, \[2-6+18-54=2\,\frac{1-(-3)^4}{1-(-3)}=-40.\]

Un terme ou un cumul : deux questions différentes

Exemple 3.27 — Une collecte annuelle

Une association collecte \(100\) kilogrammes de papier la première année. La quantité annuelle augmente ensuite de \(20\,\%\) chaque année. On note \(a_n\) la quantité collectée pendant la \(n\)-ième année, avec \(a_1=100\).

Le coefficient multiplicateur est \(1{,}20\), donc \[a_n=100(1{,}2)^{n-1}.\] La quantité de la quatrième année est \[a_4=100(1{,}2)^3=172{,}8\ \text{kg}.\] Ce n’est pas la quantité collectée au total en quatre ans. Ce total est \[C_4=a_1+a_2+a_3+a_4 =100\,\frac{1-(1{,}2)^4}{1-1{,}2} =536{,}8\ \text{kg}.\] On retrouve \(100+120+144+172{,}8=536{,}8\).

La différence entre les deux questions se lit dans les mots : pendant la quatrième année désigne un terme ; pendant les quatre premières années désigne une somme.

Propriété 3.28 — Le lien entre terme et cumul

Si \(C_n=u_p+u_{p+1}+\cdots+u_n\) pour \(n\geqslant p\), alors \[C_{n+1}=C_n+u_{n+1}.\] Pour \(n\geqslant p+1\), on a aussi \(u_n=C_n-C_{n-1}\).

Démonstration.

Le cumul au rang \(n+1\) contient tous les termes du cumul au rang \(n\), puis le terme supplémentaire \(u_{n+1}\). En remplaçant \(n+1\) par \(n\), on obtient \(C_n=C_{n-1}+u_n\), d’où la seconde égalité.

\(\square\)

— Une somme géométrique a-t-elle forcément une limite ?

Nous avons calculé des sommes finies. Pour tout entier fixé, les formules précédentes sont exactes. Étudier ce qui se produit quand le nombre de termes augmente indéfiniment est une autre question. Elle exigera les résultats sur les limites et dépendra de la raison. On ne remplace donc pas ici une somme finie par une « somme à l’infini ».

À vous 3.29 — Transférer la méthode à un autre modèle

Pendant une première semaine, Lina parcourt \(8\) km. Elle ajoute \(1{,}5\) km à la distance de la semaine précédente.

  1. En notant \(d_1=8\), exprimer \(d_n\).

  2. Calculer la distance de la sixième semaine.

  3. Calculer la distance totale des six premières semaines.

  4. La distance totale est-elle une suite arithmétique ? Justifier en comparant ses augmentations.

Correction de l’activité 3.29

L’ajout est constant : \((d_n)\) est arithmétique de raison \(1{,}5\). Pour \(n\geqslant1\), \[d_n=8+1{,}5(n-1).\] La sixième semaine correspond à cinq augmentations : \[d_6=8+1{,}5\times5=15{,}5\ \text{km}.\] Il y a six distances hebdomadaires dans le cumul. Donc \[D_6=\sum_{k=1}^{6}d_k =6\,\frac{8+15{,}5}{2}=70{,}5\ \text{km}.\] La suite des cumuls ne reçoit pas un ajout constant : \[D_{n+1}-D_n=d_{n+1}=8+1{,}5n,\] qui dépend de \(n\). Elle n’est donc pas arithmétique. La nature d’une suite ne se transmet pas automatiquement à celle de ses cumuls.

Réparer les erreurs puis vérifier à distance

À vous 3.30 — Trois raisonnements à réparer

Pour chaque affirmation, expliquer l’erreur, puis donner une solution correcte.

  1. « Une suite arithmétique vérifie \(u_3=10\) et a pour raison \(2\), donc \(u_7=10+7\times2=24\). »

  2. « Pour \(v_n=5(1/3)^n\), la somme \(v_0+\cdots+v_4\) vaut \(5\dfrac{1-(1/3)^4}{1-1/3}\). »

  3. « La suite \(w_n=7\) est géométrique de raison \(1\), donc sa somme du rang \(2\) au rang \(9\) se calcule en divisant par \(1-1\). »

Après réparation, calculer sans aide \(u_9\), la somme \(v_0+v_1+v_2\) et la somme \(w_4+w_5+w_6\).

Correction de l’activité 3.30

Première erreur : oublier le rang du terme connu. De \(u_3\) à \(u_7\), il y a \(7-3=4\) ajouts, donc \[u_7=10+4\times2=18.\] La reprise donne \(u_9=10+(9-3)\times2=22\).

Deuxième erreur : confondre le dernier rang et le nombre de termes. De \(0\) à \(4\), il y a cinq termes. Donc \[v_0+\cdots+v_4 =5\,\frac{1-(1/3)^5}{1-1/3} =5\,\frac{242/243}{2/3} =\frac{605}{81}.\] Pour la nouvelle tâche, il y a trois termes : \[v_0+v_1+v_2 =5\,\frac{1-(1/3)^3}{1-1/3} =\frac{65}{9}.\] Le calcul direct \(5+5/3+5/9=65/9\) confirme la réponse.

Troisième erreur : appliquer une formule en dehors de ses conditions. La raison vaut \(1\), donc les huit termes du rang \(2\) au rang \(9\) valent tous \(7\). La somme vaut \(8\times7=56\). La nouvelle somme contient trois termes, donc vaut \(3\times7=21\).

Le critère de réussite est commun : vous devez pouvoir identifier le premier terme réellement additionné, le nombre de termes et les conditions de la formule avant le calcul.

À vous 3.31 — À reprendre après une pause, sans le modèle sous les yeux

  1. La suite \((a_n)\), définie pour \(n\geqslant1\), vérifie \(a_n=14-3n\). Prouver qu’elle est arithmétique et calculer \(\displaystyle\sum_{k=3}^{8}a_k\).

  2. La suite \((b_n)\) vérifie \(b_2=9\) et \(b_{n+1}=\frac23b_n\) pour \(n\geqslant2\). Donner \(b_n\), puis calculer \(b_2+b_3+b_4+b_5\).

  3. Pour une suite géométrique dont le premier terme est nul, peut-on retrouver la raison en observant ses termes ?

Rédiger les justifications de nature avant d’appliquer une formule de somme.

Correction de l’activité 3.31

Pour tout \(n\geqslant1\), \[a_{n+1}-a_n=[14-3(n+1)]-(14-3n)=-3.\] La suite est donc arithmétique de raison \(-3\). La somme recherchée contient \(8-3+1=6\) termes, avec \(a_3=5\) et \(a_8=-10\). Elle vaut \[6\,\frac{5+(-10)}2=-15.\] Un total négatif n’est pas une anomalie : les derniers termes sont négatifs.

La relation de la deuxième suite est directement celle d’une suite géométrique, de raison \(2/3\). Le rang de départ est \(2\), donc \[b_n=9\left(\frac23\right)^{n-2}.\] La somme comporte quatre termes : \[\begin{align*} b_2+b_3+b_4+b_5 &=9\,\frac{1-(2/3)^4}{1-2/3}\\ &=27\left(1-\frac{16}{81}\right) =27\times\frac{65}{81} =\frac{65}{3}. \end{align*}\] On retrouve \(9+6+4+8/3=65/3\).

Enfin, un premier terme nul entraîne des termes tous nuls. Comme \(0=q\times0\) pour n’importe quel \(q\), l’observation de cette suite ne détermine pas une raison unique.

À retenir — Choisir la structure, puis contrôler les indices

  • Ajout constant : suite arithmétique, \(u_n=u_p+(n-p)r\).

  • Multiplication constante : suite géométrique, \(u_n=u_pq^{n-p}\) si \(q\neq0\) ; traiter \(q=0\) directement.

  • Une somme du rang \(p\) au rang \(m\) contient \(m-p+1\) termes.

  • Avec \(N=m-p+1\), la somme arithmétique vaut \(\displaystyle N\,\frac{u_p+u_m}{2}\).

  • Avec le même nombre \(N\) de termes, la somme géométrique vaut \(\displaystyle u_p\,\frac{1-q^N}{1-q}\) si \(q\neq1\).

  • Un terme, un écart entre deux termes et un cumul désignent trois objets différents.

4. Choisir la bonne propriété : identités, inégalités et invariants

— Ce que vous allez apprendre

Utiliser la récurrence dans des situations vraiment différentes : une somme, une divisibilité, une inégalité, l’existence de termes et la conservation d’un encadrement. Apprendre à enrichir une hypothèse trop faible et à démontrer ensemble plusieurs informations utiles. Construire enfin une estimation d’erreur valable à tous les rangs.

Connaître les mots « initialisation » et « hérédité » ne dit pas encore comment trouver le bon calcul. Dans cette unité, chaque famille fait apparaître un geste de recherche différent. Pour une somme, on isole le terme ajouté. Pour une divisibilité, on fait apparaître un multiple connu. Pour une inégalité, on prépare une comparaison intermédiaire. Pour une suite récurrente, on cherche des informations qui se transmettent ensemble.

Rappel utile — Le contrat d’une récurrence

On choisit une propriété \(P(n)\), définie pour \(n\ge n_0\). On établit \(P(n_0)\), puis on fixe un entier \(k\ge n_0\) et l’on démontre \(P(k+1)\) sous la seule hypothèse \(P(k)\). Le principe de récurrence, admis sur les entiers, donne alors la conclusion pour tous les rangs du domaine. Une suite définie par une relation n’est utilisable au rang suivant que si les opérations qui la définissent ont un sens.

Reconnaître ce qui doit être transmis

À vous 4.1 — Repérage avant les démonstrations

  1. La somme des \(n\) premiers nombres impairs se termine par \(2n-1\). Quel terme faut-il ajouter pour passer de \(n\) à \(n+1\) termes ?

  2. Que signifie exactement « \(4^n-1\) est divisible par \(3\) » ?

  3. Si \(x\le3\), peut-on affirmer que \(\sqrt{x+6}\) est définie ?

  4. Si \(0\le e_k\le B\), que devient cet encadrement lorsqu’on multiplie tous ses membres par \(-2\) ?

Correction de l’activité 4.1

Le nouvel impair est \(2(n+1)-1=2n+1\). Le terme \(2n-1\) était déjà présent ; le rajouter une seconde fois ne formerait pas la bonne somme.

La divisibilité signifie qu’il existe un entier \(m\) tel que \(4^n-1=3m\). Produire cet entier, ou prouver qu’un tel entier existe, est une manière de démontrer la divisibilité.

La seule borne \(x\le3\) n’empêche pas \(x=-10\). Alors \(x+6=-4\), dont la racine carrée réelle n’existe pas. Il manque une borne inférieure garantissant \(x+6\ge0\).

Multiplier par \(-2<0\) renverse les deux inégalités : \(0\ge-2e_k\ge-2B\). Dans l’ordre croissant, on écrit \(-2B\le-2e_k\le0\). Une opération sur une inégalité doit toujours être accompagnée de son effet sur le sens de comparaison.

Une identité de somme : faire apparaître le nouveau terme

Proposition 4.2 — Somme des premiers nombres impairs

Pour tout entier \(n\ge1\), \[1+3+5+\cdots+(2n-1)=n^2.\] La somme contient exactement \(n\) termes. Cette proposition est démontrée ci-dessous.

Pourquoi essayer une récurrence ?

La somme au rang \(k+1\) est la somme au rang \(k\) à laquelle on ajoute un seul terme. L’hypothèse de récurrence peut remplacer toute la première somme par \(k^2\). Le carré attendu au rang suivant est \((k+1)^2=k^2+2k+1\) : le nouveau terme \(2k+1\) est exactement ce qui manque à \(k^2\).

Démonstration.

Notons \(P(n)\) l’égalité annoncée, pour \(n\ge1\).

En \(1\), la somme comporte un seul terme, \(1\), et \(1^2=1\). Ainsi \(P(1)\) est vraie.

Fixons \(k\ge1\) et supposons que la somme des \(k\) premiers impairs vaut \(k^2\). Au rang \(k+1\), la somme est \[\begin{align*} 1+3+\cdots+(2k-1)+(2k+1) &=k^2+(2k+1)\\ &=k^2+2k+1\\ &=(k+1)^2. \end{align*}\] La première égalité utilise l’hypothèse ; la dernière est le développement de \((k+1)(k+1)\). C’est bien \(P(k+1)\).

Par récurrence, l’égalité est vraie pour tout \(n\ge1\).

\(\square\)

Exemple 4.3 — Lire le nombre de termes avant d’appliquer la formule

Pour calculer \(1+3+\cdots+19\), on résout \(2n-1=19\), donc \(2n=20\) et \(n=10\). La somme vaut \(10^2=100\). Prendre \(19^2\) confondrait le dernier terme avec le nombre de termes. Le calcul par paires \((1+19)+(3+17)+\cdots+(9+11)\) donne aussi cinq fois \(20\), donc \(100\) : c’est un contrôle indépendant de ce cas.

Méthode 4.4 — Préparer une récurrence sur une somme

Écrire la somme au rang \(k+1\) en séparant la somme déjà connue et le nouveau terme. Remplacer seulement la partie couverte par l’hypothèse. Réduire ensuite jusqu’à la formule attendue avec \(k+1\) à la place de \(k\). Contrôler le premier et le dernier terme ainsi que leur nombre.

À vous 4.5 — Une somme de fractions à reconstruire

Pour \(n\ge1\), on pose \[S_n=\frac1{1\times2}+\frac1{2\times3}+\cdots+\frac1{n(n+1)}.\] Démontrer par récurrence que \(S_n=\frac{n}{n+1}\).

Indice après recherche : au rang suivant, le terme ajouté est \(\frac1{(k+1)(k+2)}\). Le dénominateur commun utile est donc \((k+1)(k+2)\), qui est non nul pour \(k\ge1\).

Correction de l’activité 4.5

Tous les dénominateurs de la somme sont des produits d’entiers strictement positifs : la somme est bien définie pour chaque \(n\ge1\). Notons \(P(n)\) l’égalité \(S_n=\frac{n}{n+1}\).

Initialisation

\(S_1=\frac1{1\times2}=\frac12\), ce qui est bien \(\frac1{1+1}\). Ainsi \(P(1)\) est vraie.

Hérédité

Fixons \(k\ge1\) et supposons \(S_k=\frac{k}{k+1}\). En isolant le dernier terme de \(S_{k+1}\), puis en utilisant cette hypothèse, on obtient : \[\begin{align*} S_{k+1} &=S_k+\frac1{(k+1)(k+2)}\\ &=\frac{k}{k+1}+\frac1{(k+1)(k+2)}\\ &=\frac{k(k+2)+1}{(k+1)(k+2)}\\ &=\frac{k^2+2k+1}{(k+1)(k+2)}\\ &=\frac{(k+1)^2}{(k+1)(k+2)}\\ &=\frac{k+1}{k+2}. \end{align*}\] Dans la mise au même dénominateur, la première fraction est multipliée en haut et en bas par \(k+2\). Dans la simplification finale, on annule un facteur commun \(k+1\ne0\), pas un terme à travers une addition. La dernière fraction est \(\frac{k+1}{(k+1)+1}\) : c’est la cible.

Conclusion et contrôle

Par récurrence, \(S_n=\frac{n}{n+1}\) pour tous les entiers \(n\ge1\). En \(2\), \(S_2=\frac12+\frac16=\frac36+\frac16=\frac23\), ce qui correspond à la formule. La preuve explique aussi pourquoi la somme reste inférieure à \(1\) : \(\frac{n}{n+1}=1-\frac1{n+1}<1\).

— Fallait-il nécessairement utiliser une récurrence ?

Non. Ici, \[\frac1{j(j+1)}=\frac1j-\frac1{j+1},\qquad j\ge1,\] car le numérateur de la différence vaut \((j+1)-j=1\). En développant la somme, les termes intermédiaires s’annulent : \[\left(1-\frac12\right)+\left(\frac12-\frac13\right) +\cdots+\left(\frac1n-\frac1{n+1}\right) =1-\frac1{n+1}.\] On parle de somme télescopique lorsque cette annulation successive réduit la somme à ses termes de bord. La récurrence et cette réécriture sont deux preuves différentes du même résultat, pas deux résultats à apprendre séparément.

Une divisibilité : fabriquer un multiple entier

Définition 4.6 — Divisibilité dans les entiers

Pour un entier non nul \(d\), dire que l’entier \(N\) est divisible par \(d\) signifie qu’il existe un entier \(m\) tel que \(N=dm\). Le nombre \(m\) doit être un entier, pas seulement un réel.

Par exemple, \(21=3\times7\) est divisible par \(3\). Le nombre \(0\) l’est aussi, car \(0=3\times0\). Écrire \(20=3\times\frac{20}{3}\) ne prouve pas une divisibilité par \(3\), puisque \(\frac{20}{3}\) n’est pas entier.

Proposition 4.7 — Une puissance moins un

Pour tout entier \(n\ge0\), le nombre \(4^n-1\) est divisible par \(3\).

Trouver la réécriture au brouillon

Au rang suivant, \(4^{k+1}-1=4\times4^k-1\). L’hypothèse concernera \(4^k-1\), pas \(4^k\) seul. Pour faire apparaître cette expression, on écrit \[4\times4^k-1=4(4^k-1)+3.\] Redévelopper le membre de droite donne \(4\times4^k-4+3\), donc \(4\times4^k-1\) : la transformation est exacte.

Démonstration.

Notons \(P(n)\) la divisibilité annoncée. En \(0\), \(4^0-1=1-1=0=3\times0\). L’initialisation est vraie.

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(P(k)\) vraie. Il existe alors un entier \(m\) tel que \(4^k-1=3m\). Nous avons \[\begin{align*} 4^{k+1}-1 &=4(4^k-1)+3\\ &=4\times3m+3\\ &=3(4m+1). \end{align*}\] Le nombre \(4m+1\) est entier, car \(m\) l’est. L’expression au rang \(k+1\) est donc un multiple entier de \(3\) : \(P(k+1)\) est vraie. Par récurrence, \(4^n-1\) est divisible par \(3\) pour tout \(n\ge0\).

\(\square\)

Exemple 4.8 — Contrôle et portée de la conclusion

En \(3\), \(4^3-1=64-1=63=3\times21\). La preuve porte pourtant aussi sur des rangs que nous ne calculerons pas : elle ne nécessite pas d’écrire tous les chiffres de \(4^{1000}-1\).

À vous 4.9 — Adapter le geste, sans changer seulement un résultat

Démontrer que \(7^n-1\) est divisible par \(6\) pour tout \(n\ge0\). Puis expliquer pourquoi la phrase « \(7^n+1\) est divisible par \(6\) pour tout \(n\ge0\) » ne peut pas être démontrée.

Premier appui : partir de \(7^{k+1}-1\) et faire apparaître \(7^k-1\). Dans la rédaction, préciser pourquoi le quotient final est entier.

Correction de l’activité 4.9

En \(0\), \(7^0-1=0=6\times0\). Fixons \(k\ge0\) et supposons \(7^k-1=6m\) pour un entier \(m\). Alors \[\begin{align*} 7^{k+1}-1 &=7(7^k-1)+6\\ &=7\times6m+6\\ &=6(7m+1). \end{align*}\] Comme \(7m+1\) est entier, la divisibilité se transmet. Par récurrence, elle est vraie pour tous les entiers \(n\ge0\).

La seconde affirmation est fausse dès \(n=0\), puisque \(7^0+1=2\) n’est pas divisible par \(6\). Il faut la réfuter par ce contre-exemple, pas tenter de forcer une récurrence. Avant de chercher une preuve, vérifier les premiers cas peut donc servir à détecter un énoncé faux.

Une inégalité : préparer le pont entre l’hypothèse et la cible

Lemme 4.10 — Une comparaison entre deux carrés successifs

Pour tout entier \(k\ge3\), \[(k+1)^2\le2k^2.\] Ce lemme servira à transmettre l’inégalité \(n^2\le2^n\).

Démonstration.

Pour comparer les deux membres, calculons leur différence : \[\begin{align*} 2k^2-(k+1)^2 &=2k^2-(k^2+2k+1)\\ &=k^2-2k-1\\ &=(k-1)^2-2. \end{align*}\] Si \(k\ge3\), alors \(k-1\ge2\). Les deux nombres sont positifs, donc \((k-1)^2\ge4\). La différence est ainsi au moins \(2>0\), ce qui prouve même une inégalité stricte.

\(\square\)

En \(k=3\), le lemme compare \(16\) à \(18\). En \(k=2\), il serait faux : \(9>8\). L’hypothèse sur le rang est donc utile.

Proposition 4.11 — Une puissance domine un carré à partir d’un rang

Pour tout entier \(n\ge4\), \[n^2\le2^n.\]

Pourquoi commencer en 4 ?

Les premiers cas donnent une égalité en \(2\), mais un échec en \(3\) : \(3^2=9>8=2^3\). En \(4\), \(4^2=16=2^4\). Un rang où la propriété est vraie ne garantit pas qu’elle se transmet ensuite ; il faut choisir un domaine sur lequel l’hérédité fonctionne.

Préparer l’hérédité

De \(k^2\le2^k\), multiplier par \(2>0\) donne \(2k^2\le2^{k+1}\). La cible contient \((k+1)^2\), pas \(2k^2\). Le lemme précédent fournit justement \((k+1)^2\le2k^2\). Les deux comparaisons se raccordent.

Démonstration.

Notons \(P(n)\) : « \(n^2\le2^n\) », pour \(n\ge4\). En \(4\), les deux membres valent \(16\), donc \(P(4)\) est vraie.

Fixons \(k\ge4\) et supposons \(k^2\le2^k\). Comme \(2>0\), cette inégalité donne \(2k^2\le2^{k+1}\). Le lemme s’applique, puisque \(k\ge4\) implique \(k\ge3\). Ainsi \[(k+1)^2\le2k^2\le2^{k+1}.\] Par transitivité, \((k+1)^2\le2^{k+1}\) : c’est \(P(k+1)\). Par récurrence, l’inégalité est vraie pour tout \(n\ge4\).

\(\square\)

Point de vigilance — Ne pas confondre la borne obtenue et celle demandée

Une rédaction qui s’arrête à \(2^{k+1}\ge2k^2\) n’a pas encore atteint la cible \(2^{k+1}\ge(k+1)^2\). Il manque la comparaison entre \(2k^2\) et \((k+1)^2\). C’est souvent cette petite preuve supplémentaire, et non la formule de récurrence elle-même, qui fait réussir l’hérédité.

À vous 4.12 — Construire soi-même la comparaison intermédiaire

Démontrer que \(3^n\ge2n+1\) pour tout \(n\ge0\). Préciser le signe du facteur par lequel vous multipliez l’hypothèse et expliquer pourquoi le résultat intermédiaire est assez grand.

Correction de l’activité 4.12

Notons \(P(n)\) : « \(3^n\ge2n+1\) ». En \(0\), \(3^0=1=2\times0+1\).

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(3^k\ge2k+1\). La multiplication par \(3>0\) conserve le sens : \[3^{k+1}=3\times3^k\ge3(2k+1)=6k+3.\] La cible vaut \(2(k+1)+1=2k+3\). Pour la comparer à la borne obtenue, calculons \((6k+3)-(2k+3)=4k\ge0\), car \(k\ge0\). Donc \[3^{k+1}\ge6k+3\ge2k+3=2(k+1)+1.\] La propriété se transmet. L’initialisation et l’hérédité donnent la conclusion pour tout \(n\ge0\). En \(1\), on retrouve \(3=3\) ; ce contrôle confirme notamment le terme constant de la formule.

Un intervalle invariant : prouver aussi l’existence

Définition 4.13 — Intervalle stable pour une fonction

Un intervalle \(I\) est dit stable par une fonction \(f\) lorsque \(f\) est définie en chaque point de \(I\) et que, pour chaque \(x\in I\), la valeur \(f(x)\) appartient encore à \(I\). On écrit aussi \(f(I)\subset I\), où \(f(I)\) est l’ensemble des valeurs \(f(x)\) obtenues lorsque \(x\) parcourt \(I\).

Si une suite part dans \(I\) et si la règle la renvoie à chaque étape dans \(I\), elle ne sort pas de cet intervalle. Cette intuition devient une preuve par récurrence ; il faut vérifier la propriété pour tout \(x\) de l’intervalle, pas seulement pour le premier terme de la suite.

Exemple 4.14 — Pourquoi renforcer une propriété trop faible

On souhaite construire la suite \(u_0=1\), \(u_{n+1}=\sqrt{u_n+6}\), et démontrer que tous ses termes sont au plus \(3\).

L’hypothèse isolée \(u_k\le3\) ne garantit pas que \(u_k+6\ge0\). Elle est donc trop faible pour justifier le calcul de la racine au rang suivant. Nous choisissons de démontrer une propriété plus riche :

« Le terme \(u_n\) existe et \(1\le u_n\le3\). »

La borne inférieure n’est pas une décoration : elle garantit que la racine suivante a un sens. Démontrer davantage peut rendre la transmission possible.

Existence et encadrement par une même récurrence

En \(0\), le terme \(u_0=1\) existe et appartient à \([1;3]\).

Fixons \(k\ge0\) et supposons que \(u_k\) existe et \(1\le u_k\le3\). En ajoutant \(6\), nous obtenons \[7\le u_k+6\le9.\] Le nombre sous la racine est positif ; \(u_{k+1}\) existe donc. La racine carrée conserve l’ordre sur les nombres positifs ou nuls : \[\sqrt7\le u_{k+1}\le3.\] Comme \(\sqrt7\ge1\), on en déduit \(1\le u_{k+1}\le3\). La propriété complète se transmet.

Par récurrence, chaque terme existe et reste dans \([1;3]\). Nous n’avons pas utilisé l’existence de tous les termes avant de la prouver.

\(\square\)

Point de vigilance — Un encadrement ne donne pas encore une limite

La preuve précédente établit l’existence des termes et deux bornes. Elle ne démontre pas à elle seule que la suite converge, ni que sa limite serait \(3\). Ces conclusions demanderont d’autres outils. De même, être renvoyé dans un intervalle n’impose pas de toujours monter ou de toujours descendre.

À vous 4.15 — Une fonction qui inverse l’ordre

On définit \(v_0=1\) et \(v_{n+1}=3-\frac12v_n\).

  1. Démontrer par récurrence que \(1\le v_n\le3\) pour tout \(n\ge0\).

  2. Calculer \(v_1\) et \(v_2\). Les termes montent-ils toujours ? Descendent-ils toujours ?

Indice après recherche : multiplier \(1\le v_k\le3\) par \(-\frac12\) renverse l’ordre. Remettre les trois expressions dans l’ordre croissant avant d’ajouter \(3\).

Correction de l’activité 4.15

La règle affine est définie pour chaque réel. Au rang \(0\), \(1\le v_0=1\le3\).

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(1\le v_k\le3\). La multiplication par \(-\frac12<0\) donne \[-\frac32\le-\frac12v_k\le-\frac12.\] En ajoutant \(3\), \[\frac32\le3-\frac12v_k\le\frac52.\] Puisque \(1\le\frac32\) et \(\frac52\le3\), cela entraîne \(1\le v_{k+1}\le3\). Par récurrence, les bornes sont vraies à tous les rangs.

Les premiers termes sont \[v_1=3-\frac12=\frac52, \qquad v_2=3-\frac12\times\frac52 =\frac{12}{4}-\frac54=\frac74.\] On a \(v_0<v_1\), puis \(v_2<v_1\). La suite n’est donc ni toujours croissante ni toujours décroissante. La conservation d’un intervalle ne suffit pas à transmettre un sens de variation.

Deux informations qui se transmettent ensemble

Exemple 4.16 — Deux suites liées par leurs mises à jour

On définit \(a_0=1\), \(b_0=3\), puis \[a_{n+1}=\frac{2a_n+b_n}{3}, \qquad b_{n+1}=\frac{a_n+2b_n}{3}.\] Les deux termes suivants utilisent les deux termes actuels. Nous allons démontrer ensemble la conservation de leur somme et le contrôle de leur écart. Les seules divisions sont par \(3\ne0\), donc les termes existent à tous les rangs.

Rechercher une propriété adaptée

Calculer directement \(a_{n+1}\) en fonction du seul \(a_n\) laisse le terme \(b_n\). En revanche, additionner les deux règles donne \(a_{n+1}+b_{n+1}=a_n+b_n\), et les soustraire donne \(b_{n+1}-a_{n+1}=\frac13(b_n-a_n)\). La somme et la différence sont donc des objets plus faciles à suivre que les deux valeurs séparées.

Proposition 4.17 — Une propriété couplée

Pour les deux suites précédentes, à tout rang \(n\ge0\), \[a_n+b_n=4, \qquad b_n-a_n=\frac2{3^n}.\]

Démonstration.

Notons \(P(n)\) la propriété formée des deux égalités. En \(0\), \(1+3=4\) et \(3-1=2=\frac2{3^0}\) : les deux composantes sont initialisées.

Fixons \(k\ge0\) et supposons les deux égalités vraies au rang \(k\). Pour la somme, \[\begin{align*} a_{k+1}+b_{k+1} &=\frac{2a_k+b_k+a_k+2b_k}{3}\\ &=\frac{3a_k+3b_k}{3}\\ &=a_k+b_k=4. \end{align*}\] Pour la différence, \[\begin{align*} b_{k+1}-a_{k+1} &=\frac{a_k+2b_k-(2a_k+b_k)}{3}\\ &=\frac{b_k-a_k}{3}\\ &=\frac13\times\frac2{3^k} =\frac2{3^{k+1}}. \end{align*}\] Les deux composantes sont donc vraies au rang suivant : \(P(k+1)\) est établie. Par récurrence, la propriété couplée vaut à tous les rangs.

\(\square\)

Corollaire 4.18 — Retrouver les termes et leurs bornes

La proposition précédente entraîne, pour tout \(n\ge0\), \[a_n=2-\frac1{3^n},\qquad b_n=2+\frac1{3^n}, \qquad 1\le a_n\le b_n\le3.\]

Démonstration.

Soustraire l’égalité portant sur la différence de celle portant sur la somme donne \(2a_n=4-\frac2{3^n}\), puis la division par \(2\ne0\) donne la formule de \(a_n\). Additionner les deux égalités donne \(2b_n=4+\frac2{3^n}\), donc celle de \(b_n\).

Comme \(3^n\ge1\), on a \(0<\frac1{3^n}\le1\). Ainsi \(1\le a_n<2<b_n\le3\), ce qui implique l’encadrement annoncé.

\(\square\)

En \(1\), les règles donnent \(a_1=\frac53\) et \(b_1=\frac73\). Les formules du corollaire donnent aussi \(2-\frac13=\frac53\) et \(2+\frac13=\frac73\). La propriété couplée a donc fourni à la fois des formules et des bornes.

Prouver un contrôle d’erreur au lieu de regarder des décimales

Exemple 4.19 — Une récurrence non linéaire et un nombre cible

On considère \(w_0=0\) et \(w_{n+1}=\sqrt{3w_n+4}\). Le nombre \(4\) vérifie \(4=\sqrt{3\times4+4}\). C’est un nombre cible naturel, mais cette égalité ne prouve pas que la suite s’en approche. Nous allons démontrer un contrôle quantitatif de l’écart \(4-w_n\).

Première étape : des termes définis et encadrés

Montrons par récurrence que \(w_n\) existe et \(0\le w_n\le4\). Au départ, \(w_0=0\) vérifie ces conditions. Si elles sont vraies au rang \(k\), alors \(4\le3w_k+4\le16\). La racine est définie et \(2\le w_{k+1}\le4\), donc en particulier \(0\le w_{k+1}\le4\). La récurrence conclut. L’écart au nombre \(4\) est ainsi positif ou nul à chaque rang ; sa valeur absolue est simplement \(4-w_n\).

Deuxième étape : faire apparaître l’écart précédent

Le calcul direct \(4-\sqrt{3w_n+4}\) contient une racine qui empêche de voir facilement l’écart \(4-w_n\). On utilise l’identité \((A-B)(A+B)=A^2-B^2\). Le nombre \(4+\sqrt{3w_n+4}\) est au moins \(6\), donc il est non nul. On peut multiplier en haut et en bas par ce même nombre : \[\begin{align*} 4-w_{n+1} &=4-\sqrt{3w_n+4}\\ &=\frac{(4-\sqrt{3w_n+4})(4+\sqrt{3w_n+4})} {4+\sqrt{3w_n+4}}\\ &=\frac{16-(3w_n+4)}{4+\sqrt{3w_n+4}}\\ &=\frac{3(4-w_n)}{4+\sqrt{3w_n+4}}. \end{align*}\] Le numérateur est positif ou nul et le dénominateur est au moins \(6\). Diviser ce numérateur par un nombre plus grand diminue le quotient. Ainsi \[0\le4-w_{n+1}\le\frac{3(4-w_n)}6=\frac12(4-w_n).\] Cette inégalité dit que l’écart suivant est au plus la moitié de l’écart actuel. Elle est établie pour tous les rangs, pas seulement sur un affichage.

Proposition 4.20 — Majoration de l’écart à tous les rangs

Pour tout entier \(n\ge0\), \[0\le4-w_n\le\frac4{2^n}.\]

Démonstration.

La propriété \(P(n)\) est l’encadrement annoncé. En \(0\), \(4-w_0=4=\frac4{2^0}\) : il est vrai.

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(0\le4-w_k\le\frac4{2^k}\). La relation entre les écarts, prouvée précédemment, donne \[0\le4-w_{k+1} \le\frac12(4-w_k) \le\frac12\times\frac4{2^k} =\frac4{2^{k+1}}.\] La seconde majoration utilise l’hypothèse multipliée par \(\frac12>0\). Nous obtenons \(P(k+1)\). Par récurrence, la borne est vraie pour tous les entiers \(n\ge0\).

\(\square\)

Exemple 4.21 — Une précision garantie sans calculer le terme

Au rang \(12\), \[0\le4-w_{12}\le\frac4{4096}=\frac1{1024}<\frac1{1000}.\] Le nombre \(w_{12}\) est donc à une distance strictement inférieure à \(0{,}001\) de \(4\). Le même résultat vaut pour tous les rangs suivants, car \(\frac4{2^n}\) diminue.

Le rang \(12\) est suffisant. Nous n’avons pas prouvé qu’il est minimal : la vraie erreur peut être beaucoup plus petite que la borne utilisée. Le fait que la borne au rang \(11\) soit trop grande ne démontre pas que l’erreur réelle à ce rang est trop grande.

Les limites étudiées ensuite permettront de déduire la convergence vers \(4\). Ici, le résultat acquis est déjà très concret : pour chaque rang, on connaît un encadrement exact et une précision garantie.

À vous 4.22 — Reconstruire un contrôle géométrique

On sait que des nombres \(e_n\) vérifient \(0\le e_0\le3\) et, pour tout \(n\ge0\), \(0\le e_{n+1}\le\frac13e_n\).

  1. Démontrer que \(0\le e_n\le\frac3{3^n}\) pour tout \(n\ge0\).

  2. Vérifier que le rang \(6\) garantit \(e_n<0{,}01\) pour tous les rangs \(n\ge6\).

  3. Pourquoi ces seules informations ne donnent-elles pas forcément le premier rang où \(e_n<0{,}01\) ?

Correction de l’activité 4.22

La propriété à démontrer est \(P(n)\) : « \(0\le e_n\le\frac3{3^n}\) ». En \(0\), la borne demandée est \(\frac3{3^0}=3\), exactement celle de l’énoncé. L’initialisation est donc établie.

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(0\le e_k\le\frac3{3^k}\). La relation donnée, puis l’hypothèse multipliée par \(\frac13>0\), donnent \[0\le e_{k+1}\le\frac13e_k \le\frac13\times\frac3{3^k} =\frac3{3^{k+1}}.\] La propriété se transmet ; par récurrence, elle vaut à tous les rangs.

En \(6\), \(\frac3{3^6}=\frac3{729}=\frac1{243}<\frac1{100}=0{,}01\). Pour \(n\ge6\), \(3^n\ge3^6\), donc la borne reste au plus \(\frac1{243}\). Le seuil est bien valable pour tous ces rangs.

Il ne s’agit pas nécessairement du premier seuil de la suite réelle \((e_n)\). Par exemple, la suite identiquement nulle satisfait toutes les hypothèses et vérifie déjà \(e_0<0{,}01\). Une majoration peut garantir une précision sans mesurer exactement l’erreur.

Réparer, puis vérifier que l’on sait transférer

À vous 4.23 — Réparer une somme : ne pas ajouter le dernier terme deux fois

On note \(H_n=1+3+\cdots+(2n-1)\), pour \(n\ge1\). Une copie utilise l’hypothèse \(H_k=k^2\), puis écrit \[H_{k+1}=H_k+(2k-1)=k^2+2k-1=(k+1)^2.\]

  1. Repérer la première égalité fausse, avant d’examiner la dernière.

  2. Reprise simple : écrire entièrement \(H_2\) et \(H_3\). Quel terme a réellement été ajouté ?

  3. Revenir au rang quelconque \(k\) et corriger l’hérédité.

Correction de l’activité 4.23

La première erreur est \(H_{k+1}=H_k+(2k-1)\) : le nombre \(2k-1\) est déjà le dernier terme de \(H_k\). Pour passer à \(k+1\) termes, il faut ajouter l’impair suivant.

Au petit rang demandé, \[H_2=1+3=4,\qquad H_3=1+3+5=9.\] Le terme ajouté est \(5=2\times2+1\), pas \(3=2\times2-1\). Au rang général, le nouveau terme vaut \(2(k+1)-1=2k+1\). La transmission correcte est donc \[H_{k+1}=H_k+(2k+1)=k^2+2k+1=(k+1)^2.\] La dernière égalité de la copie initiale était également fausse : \((k+1)^2=k^2+2k+1\), pas \(k^2+2k-1\). Corriger seulement ce développement n’aurait pas réparé l’erreur précédente sur la somme.

À vous 4.24 — Nouvel essai après réparation : une autre somme

Fermer la correction précédente. Pour \(n\ge1\), on pose \[E_n=2+4+6+\cdots+2n.\] Démontrer par récurrence que \(E_n=n(n+1)\). Avant le calcul d’hérédité, écrire en une ligne la somme déjà connue et le nouveau terme à ajouter. Vérifier séparément la formule au rang \(3\).

Correction de l’activité 4.24

Notons \(P(n)\) l’égalité \(E_n=n(n+1)\), pour \(n\ge1\). Au rang \(1\), \(E_1=2=1(1+1)\).

Fixons \(k\ge1\) et supposons \(E_k=k(k+1)\). Le nouveau terme est \(2(k+1)\), donc \[\begin{align*} E_{k+1} &=E_k+2(k+1)\\ &=k(k+1)+2(k+1)\\ &=(k+1)(k+2). \end{align*}\] La factorisation par \(k+1\) fait apparaître exactement \((k+1)((k+1)+1)\). L’hérédité est établie. Par récurrence, la formule est vraie pour tout \(n\ge1\).

Au rang \(3\), \(E_3=2+4+6=12=3\times4\). Le critère de réussite n’est pas seulement ce nombre : vous devez avoir isolé \(2(k+1)\), et non réutilisé le terme \(2k\) déjà inclus dans la somme précédente.

À vous 4.25 — Réparer une hérédité d’inégalité

Une copie veut démontrer \(2^n\ge n+1\), pour \(n\ge0\), et écrit : « Si \(2^k\ge k+1\), alors \(2^{k+1}\ge k+2\), donc c’est fini. »

  1. Le résultat annoncé est-il faux, ou est-ce sa justification qui manque ?

  2. Reprendre d’abord le geste simple : si \(A\ge B\), que donne la multiplication par \(2\) ?

  3. Compléter la transmission et rédiger une preuve entière.

Correction de l’activité 4.25

Le résultat est vrai, mais la copie saute l’étape qui le justifie. Multiplier \(A\ge B\) par \(2>0\) donne \(2A\ge2B\), pas automatiquement une autre borne choisie à l’avance.

Posons \(P(n)\) : « \(2^n\ge n+1\) ». Au rang \(0\), \(1\ge1\) est vraie. Fixons \(k\ge0\) et supposons \(2^k\ge k+1\). Alors \[2^{k+1}=2\times2^k\ge2(k+1)=2k+2.\] Pour atteindre la cible \(k+2\), on utilise \((2k+2)-(k+2)=k\ge0\). D’où \[2^{k+1}\ge2k+2\ge k+2.\] La propriété se transmet. Avec le départ, le principe de récurrence donne \(2^n\ge n+1\) pour tout \(n\ge0\). La réparation ajoute un lien logique précis, pas seulement les mots « par récurrence » à la fin de la copie.

À vous 4.26 — Après un délai : choisir sa propriété

Reprendre ces questions sur une feuille, sans le modèle.

  1. Démontrer que \(5^n-1\) est divisible par \(4\), pour \(n\ge0\).

  2. Pour \(t_0=2\) et \(t_{n+1}=\sqrt{t_n+2}\), démontrer simultanément que chaque terme existe et que \(1\le t_n\le2\).

  3. Le départ particulier permet-il ensuite une conclusion plus précise que le seul encadrement ? La démontrer.

Correction de l’activité 4.26

Une divisibilité

En \(0\), \(5^0-1=0=4\times0\). Fixons \(k\ge0\) et supposons \(5^k-1=4m\) pour un entier \(m\). Alors \[5^{k+1}-1=5(5^k-1)+4=5\times4m+4=4(5m+1).\] Le nombre \(5m+1\) est entier. La propriété se transmet et, par récurrence, elle est vraie pour tous les entiers \(n\ge0\).

Existence et bornes

La propriété est « \(t_n\) existe et \(1\le t_n\le2\) ». Elle est vraie en \(0\), puisque \(t_0=2\). Si elle est vraie en un rang \(k\), alors \(3\le t_k+2\le4\). La racine est définie, et \(\sqrt3\le t_{k+1}\le2\). Comme \(\sqrt3\ge1\), la propriété complète se transmet. Le principe de récurrence établit l’existence et les bornes à tous les rangs.

Une information plus précise

Le nombre initial \(2\) est conservé par la règle : \(\sqrt{2+2}=2\). Pour prouver que la suite reste constante, posons \(Q(n)\) : « \(t_n=2\) ». En \(0\), c’est la définition. Si \(t_k=2\), alors \(t_{k+1}=\sqrt{2+2}=2\). Par récurrence, \(t_n=2\) à tous les rangs. Le choix d’une bonne propriété peut ainsi raccourcir une étude tout en la rendant plus précise.

À retenir — Chercher le bon objet à transmettre

Une somme appelle l’isolement du nouveau terme ; une divisibilité appelle un multiple entier ; une inégalité appelle parfois un lemme de comparaison. Un invariant doit aussi garantir que les opérations suivantes sont définies. Deux informations peuvent être plus faciles à transmettre ensemble qu’isolées. Enfin, une borne d’erreur prouvée donne une garantie sur tous les rangs, alors qu’une liste de décimales ne fournit qu’une observation finie.

5. Étudier les variations et établir des bornes

— Ce que vous allez apprendre

Choisir entre une différence, un quotient et l’étude d’une fonction pour comparer des termes consécutifs. Distinguer une propriété vraie dès le premier rang d’une propriété vraie seulement à partir d’un certain rang. Construire enfin un encadrement valable pour tous les termes, sans confondre majorant, maximum et valeur suggérée par un graphique.

Que signifie « la suite augmente » ?

À vous 5.1 — Lire des exemples sans conclure trop vite

Observer les premières valeurs des trois suites suivantes : \[(a_n):\ 1,2,3,4,5,\ldots;\qquad (b_n):\ 5,4,3,2,1,\ldots;\qquad c_n=(-1)^n.\]

  1. Quelle comparaison attend-on entre deux termes consécutifs dans chacun des deux premiers cas ?

  2. Calculer \(c_0,c_1,c_2,c_3\). La suite peut-elle toujours monter, ou toujours descendre ?

  3. Pourquoi les points de suspension des deux premières listes ne constituent-ils pas une preuve pour tous les rangs ?

Correction de l’activité 5.1

La première liste suggère \(a_{n+1}>a_n\), la deuxième \(b_{n+1}<b_n\). Pour la troisième suite, \[c_0=1,\quad c_1=-1,\quad c_2=1,\quad c_3=-1.\] Le passage de \(c_0\) à \(c_1\) est une baisse, celui de \(c_1\) à \(c_2\) est une hausse : cette suite n’est ni croissante ni décroissante.

Pour les deux premières listes, il manque une règle valable à tous les rangs. Si l’on précise \(a_n=n+1\), on peut démontrer \(a_{n+1}-a_n=1>0\). Si l’on précise \(b_n=5-n\), on démontre \(b_{n+1}-b_n=-1<0\). Le passage des valeurs observées à une règle générale est précisément le travail de preuve.

Définition 5.2 — Les sens de variation

Une suite \((u_n)\), définie pour \(n\geqslant p\), est :

  • croissante si, pour tout \(n\geqslant p\), \(u_{n+1}\geqslant u_n\) ;

  • strictement croissante si, pour tout \(n\geqslant p\), \(u_{n+1}>u_n\) ;

  • décroissante si, pour tout \(n\geqslant p\), \(u_{n+1}\leqslant u_n\) ;

  • strictement décroissante si, pour tout \(n\geqslant p\), \(u_{n+1}<u_n\).

Elle est monotone si elle est croissante ou décroissante. Elle est constante si tous ses termes ont la même valeur.

Avec ces conventions, « croissante » autorise deux termes consécutifs égaux. Une suite constante est à la fois croissante et décroissante, mais elle n’est ni strictement croissante ni strictement décroissante. Les mots strictement et pour tout rang sont donc importants.

Proposition 5.3 — Comparer des rangs éloignés

Une suite est croissante si et seulement si \[i\leqslant j\quad\Longrightarrow\quad u_i\leqslant u_j\] pour tous les rangs autorisés \(i,j\). Une propriété analogue vaut pour les suites décroissantes, et pour les comparaisons strictes lorsque \(i<j\).

Démonstration.

Si la suite est croissante et si \(i<j\), on enchaîne les comparaisons : \[u_i\leqslant u_{i+1}\leqslant\cdots\leqslant u_j.\] Si \(i=j\), l’égalité est immédiate. Réciproquement, la comparaison de tous les rangs \(i\leqslant j\) s’applique en particulier à \(i=n\), \(j=n+1\), ce qui donne la définition. En remplaçant toutes les inégalités par leur version décroissante ou stricte, on obtient les autres cas.

\(\square\)

Définition 5.4 — Une variation à partir d’un certain rang

La suite est croissante à partir du rang \(N\) si \[u_{n+1}\geqslant u_n\qquad\text{pour tout }n\geqslant N.\] Les premières valeurs, de \(u_p\) à \(u_{N-1}\), ne sont pas concernées par cette affirmation. On définit de même les autres variations à partir d’un certain rang.

La méthode générale : étudier une différence

Propriété 5.5 — Critère de la différence

Pour toute suite réelle \((u_n)\), \[u_{n+1}\geqslant u_n \quad\Longleftrightarrow\quad u_{n+1}-u_n\geqslant0.\] Le signe de \(u_{n+1}-u_n\) permet donc de déterminer les variations. Ce critère ne nécessite pas que les termes soient positifs.

Démonstration.

Soustraire le même réel \(u_n\) aux deux membres d’une inégalité conserve son sens. On obtient l’équivalence annoncée. Le même raisonnement donne les versions avec \(>\), \(\leqslant\) et \(<\). Appliqué à tous les rangs, il donne les définitions de variation.

\(\square\)

Méthode 5.6 — Étudier une différence sans perdre une parenthèse

  1. Écrire \(u_{n+1}\) en remplaçant chaque occurrence de \(n\) par \(n+1\).

  2. Écrire \(u_{n+1}-u_n\), en mettant l’expression complète de \(u_n\) entre parenthèses.

  3. Simplifier ou factoriser ; pour une fraction, étudier le signe du numérateur et du dénominateur.

  4. Conclure avec le bon domaine de rangs et la précision « strictement » lorsqu’elle est justifiée.

Exemple 5.7 — Une variation qui change au début

Soit \(u_n=n^2-4n\), pour \(n\geqslant0\). Alors \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=[(n+1)^2-4(n+1)]-(n^2-4n)\\ &=n^2+2n+1-4n-4-n^2+4n\\ &=2n-3. \end{align*}\] Comme \(n\) est entier, \(2n-3<0\) pour \(n=0\) et \(n=1\), et \(2n-3>0\) pour tout \(n\geqslant2\).

La suite baisse donc de \(u_0\) à \(u_1\), puis de \(u_1\) à \(u_2\) ; elle est strictement croissante à partir du rang \(2\). Ses premières valeurs sont \[u_0=0,\quad u_1=-3,\quad u_2=-4,\quad u_3=-3,\quad u_4=0.\] Elle n’est pas monotone sur tout son domaine, mais elle est strictement croissante à partir du rang \(2\).

Attention au décalage : le signe de \(u_{n+1}-u_n\) au rang \(n=1\) décrit le passage de \(u_1\) à \(u_2\), pas celui de \(u_0\) à \(u_1\).

À vous 5.8 — Essai guidé avec une expression du second degré

Pour \(n\geqslant0\), on pose \(a_n=n^2-2n+3\).

  1. Calculer \(a_{n+1}-a_n\).

  2. Étudier son signe pour les rangs entiers \(n\geqslant0\).

  3. Donner les variations de la suite, puis son plus petit terme.

Correction de l’activité 5.8

On remplace d’abord toutes les occurrences de \(n\) : \[a_{n+1}=(n+1)^2-2(n+1)+3=n^2+2.\] Donc \[a_{n+1}-a_n=(n^2+2)-(n^2-2n+3)=2n-1.\] Au rang \(0\), cette différence vaut \(-1\), donc \(a_1<a_0\). Pour tout entier \(n\geqslant1\), elle est au moins égale à \(1\), donc la suite est strictement croissante à partir du rang \(1\).

Le plus petit terme est ainsi \(a_1=1-2+3=2\). On contrôle par \(a_0=3\), \(a_1=2\), \(a_2=3\). La formule \(a_n=(n-1)^2+2\) confirme directement que \(a_n\geqslant2\), avec égalité pour \(n=1\).

Exemple 5.9 — Une différence de fractions

Soit \(u_n=\dfrac{3n+2}{n+1}\), pour \(n\geqslant0\). Les dénominateurs \(n+1\) et \(n+2\) sont strictement positifs. On écrit \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=\frac{3n+5}{n+2}-\frac{3n+2}{n+1}\\ &=\frac{(3n+5)(n+1)-(3n+2)(n+2)}{(n+1)(n+2)}\\ &=\frac{(3n^2+8n+5)-(3n^2+8n+4)}{(n+1)(n+2)}\\ &=\frac1{(n+1)(n+2)}>0. \end{align*}\] La suite est strictement croissante.

Pourquoi cette méthode ? Une comparaison directe de deux fractions avec des numérateurs et des dénominateurs différents serait peu lisible. La différence rassemble tout dans une seule fraction dont le signe est simple.

Un autre chemin. On peut d’abord réécrire \[u_n=3-\frac1{n+1}.\] Quand \(n\) augmente, le nombre positif \(n+1\) augmente, son inverse diminue, et son opposé augmente. Cette seconde méthode est plus courte, mais elle demande de verbaliser les changements de sens.

À vous 5.10 — Une vraie variation de l’exemple

Pour \(n\geqslant0\), on pose \[b_n=\frac{2n+5}{n+2}.\] Étudier les variations de \((b_n)\), d’abord par une différence, puis en écrivant \(b_n\) sous la forme \(2+\dfrac{c}{n+2}\). Le résultat est-il le même que dans l’exemple précédent ?

Correction de l’activité 5.10

Le dénominateur est strictement positif. La différence vaut \[\begin{align*} b_{n+1}-b_n &=\frac{2n+7}{n+3}-\frac{2n+5}{n+2}\\ &=\frac{(2n+7)(n+2)-(2n+5)(n+3)}{(n+2)(n+3)}\\ &=\frac{(2n^2+11n+14)-(2n^2+11n+15)}{(n+2)(n+3)}\\ &=-\frac1{(n+2)(n+3)}<0. \end{align*}\] La suite est strictement décroissante. Par ailleurs, \(2n+5=2(n+2)+1\), d’où \[b_n=2+\frac1{n+2}.\] L’inverse d’un nombre positif qui augmente diminue ; en ajoutant \(2\), on conserve la décroissance. Les deux méthodes concordent. La forme ressemble à celle de l’exemple précédent, mais le signe devant la fraction est différent : il change le sens de variation.

Le quotient : utile, à condition de connaître le signe

Proposition 5.11 — Critère du quotient pour des termes positifs

Supposons que \(u_n>0\) pour tous les rangs considérés. Alors \[u_{n+1}\geqslant u_n \quad\Longleftrightarrow\quad \frac{u_{n+1}}{u_n}\geqslant1.\] Les versions stricte et décroissante sont également valables. On compare le quotient à \(\mathbf1\), et non à \(0\).

Démonstration.

Puisque \(u_n>0\), diviser par \(u_n\) conserve le sens de l’inégalité : \[u_{n+1}\geqslant u_n \quad\Longleftrightarrow\quad \frac{u_{n+1}}{u_n}\geqslant\frac{u_n}{u_n}=1.\] Le même argument s’applique aux autres signes d’inégalité.

\(\square\)

Exemple 5.12 — Des puissances qui se simplifient

Soit \(u_n=3(1/4)^n\). Tous les termes sont strictement positifs. Le quotient est \[\frac{u_{n+1}}{u_n} =\frac{3(1/4)^{n+1}}{3(1/4)^n} =\frac14<1.\] La suite est strictement décroissante. Ici, le quotient est naturel parce qu’il simplifie immédiatement les facteurs et les puissances.

Contre-exemple 5.13 — Un quotient supérieur à \(1\) avec des termes négatifs

Pour \(v_n=-5\times2^n\), \[\frac{v_{n+1}}{v_n}=2>1.\] Pourtant les premiers termes sont \(-5,-10,-20,\ldots\) : la suite est strictement décroissante. En effet, \[v_{n+1}-v_n=-5\times2^n<0.\] L’hypothèse de positivité n’est pas décorative. Si l’on divise une inégalité par un nombre négatif, son sens s’inverse.

Point de vigilance — Et s’il y a un terme nul ?

Pour \(u_n=n\), le quotient \(u_1/u_0\) n’existe pas, car \(u_0=0\). La suite est pourtant strictement croissante : \[u_{n+1}-u_n=(n+1)-n=1>0.\] Un critère inutilisable n’est pas un résultat négatif sur la suite ; c’est simplement le signe qu’il faut choisir une autre méthode.

À vous 5.14 — Choisir le bon critère

Étudier les variations des suites définies pour \(n\geqslant0\) par \[a_n=7\left(\frac32\right)^n,\qquad b_n=-4\left(\frac12\right)^n,\qquad c_n=n+2.\] Pour chacune, expliquer en une phrase pourquoi votre méthode est valable et adaptée.

Correction de l’activité 5.14

Pour \((a_n)\), les termes sont positifs et \[\frac{a_{n+1}}{a_n}=\frac32>1.\] La suite est strictement croissante. Le quotient simplifie les puissances.

Pour \((b_n)\), les termes sont négatifs : on choisit la différence pour éviter d’inverser incorrectement un critère réservé aux termes positifs. \[\begin{align*} b_{n+1}-b_n &=-4\left(\frac12\right)^n\left(\frac12-1\right)\\ &=2\left(\frac12\right)^n>0. \end{align*}\] La suite est strictement croissante : \(-4,-2,-1,-1/2,\ldots\) augmente bien dans l’ordre des réels.

Enfin, \[c_{n+1}-c_n=(n+3)-(n+2)=1>0.\] La suite \((c_n)\) est strictement croissante. La différence est plus rapide que le quotient, même si les deux critères seraient applicables.

Relire les suites de référence avec ces critères

Propriété 5.15 — Variations des suites arithmétiques

Une suite arithmétique de raison \(r\) est strictement croissante si \(r>0\), constante si \(r=0\), et strictement décroissante si \(r<0\).

Démonstration.

La différence \(u_{n+1}-u_n\) est égale à \(r\), à chaque rang. On applique le critère de la différence.

\(\square\)

Proposition 5.16 — La raison géométrique ne suffit pas toujours

Pour une suite géométrique, on a à chaque rang \[u_{n+1}-u_n=(q-1)u_n.\] Si \(q>0\) et si le premier terme est non nul, tous les termes gardent le signe du premier terme. Le signe de la différence est donc celui du produit \((q-1)u_p\).

Démonstration.

On factorise \(qu_n-u_n=(q-1)u_n\). Lorsque \(q>0\), le facteur \(q^{n-p}\) de \(u_n=u_pq^{n-p}\) est strictement positif : le signe de \(u_n\) est celui de \(u_p\). Le produit annoncé donne donc le signe de toutes les différences.

\(\square\)

Par exemple, si \(q>1\), un premier terme positif donne une croissance stricte, mais un premier terme négatif donne une décroissance stricte. Si \(0<q<1\), les sens sont inversés. Si \(q=1\), la suite est constante. Si le premier terme vaut zéro, la suite est identiquement nulle.

Pour \(q<0\) et un premier terme non nul, les signes alternent. Il existe donc successivement un passage d’un terme positif à un terme négatif, puis un passage d’un terme négatif à un terme positif : la suite n’est pas monotone, même à partir d’un rang plus grand. Pour \(q=0\), tous les termes après le premier sont nuls ; la suite est ensuite constante, avec éventuellement un seul changement initial.

Fonction associée et suite : deux situations distinctes

Proposition 5.17 — Échantillonner une fonction monotone

Supposons \(u_n=f(n)\) pour tous les entiers \(n\geqslant p\). Si \(f\) est croissante sur \([p,+\infty[\), alors \((u_n)\) est croissante. Si \(f\) est strictement croissante, la suite l’est également. Les résultats correspondants valent pour une fonction décroissante.

Démonstration.

Pour chaque entier \(n\geqslant p\), on a \(n<n+1\). La croissance de \(f\) donne \(f(n)\leqslant f(n+1)\), c’est-à-dire \(u_n\leqslant u_{n+1}\). La version stricte utilise la croissance stricte de \(f\). Le raisonnement décroissant est identique avec les inégalités inversées.

\(\square\)

Exemple 5.18 — Un résultat connu sur une fonction

La suite \(u_n=\sqrt{n+2}\), pour \(n\geqslant0\), est strictement croissante, car la fonction \(x\mapsto\sqrt{x+2}\) est strictement croissante sur \([0,+\infty[\).

On peut aussi le justifier directement : \[n+2<n+3 \quad\Longrightarrow\quad \sqrt{n+2}<\sqrt{n+3}.\] Cette implication repose sur la croissance de la racine carrée sur \([0,+\infty[\). Une différence avec rationalisation serait possible, mais inutilement longue pour cette question.

Rappel utile — Quand la dérivée est utile

Pour une fonction dérivable sur un intervalle, une dérivée positive ou nulle partout sur cet intervalle implique que la fonction est croissante. Une dérivée strictement positive suffit pour obtenir une croissance stricte. Le résultat analogue vaut pour une dérivée négative. Il faut vérifier l’intervalle : le signe d’une dérivée en quelques points ne suffit pas. Ce résultat du cours de dérivation est rappelé comme prérequis : sa démonstration ne relève pas de l’étude des suites.

Exemple 5.19 — Un troisième chemin pour une suite rationnelle

Pour \(u_n=(3n+2)/(n+1)\), on peut utiliser \[f(x)=\frac{3x+2}{x+1},\qquad x\geqslant0.\] La fonction est dérivable sur cet intervalle, puisque le dénominateur n’y est jamais nul. La formule de dérivation d’un quotient donne \[f'(x)=\frac{3(x+1)-(3x+2)}{(x+1)^2} =\frac1{(x+1)^2}>0.\] Ainsi \(f\) est strictement croissante, donc \(u_n=f(n)\) l’est aussi. La conclusion rejoint les deux méthodes précédentes.

Le choix dépend de l’expression disponible : une réécriture simple peut être plus économique qu’une dérivée ; une étude de fonction déjà faite peut être réutilisée.

Contre-exemple 5.20 — La réciproque du critère est fausse

Posons \(f(x)=x^2-x\) sur \([0,+\infty[\) et \(u_n=f(n)\). On a \[u_{n+1}-u_n=2n\geqslant0.\] La suite est donc croissante. Pourtant \(f\) n’est pas croissante sur tout \([0,+\infty[\), puisque \[0<\frac12,\qquad f(0)=0>-\frac14=f\left(\frac12\right).\] La suite ne voit que les valeurs aux abscisses entières. Une fonction peut baisser entre deux entiers sans que cette baisse apparaisse dans la suite échantillonnée.

Point de vigilance — \(u_n=f(n)\) n’est pas \(u_{n+1}=f(u_n)\)

Dans \(u_n=f(n)\), les entrées de \(f\) sont les rangs \(n\), déjà ordonnés. Dans \(u_{n+1}=f(u_n)\), les entrées sont les termes de la suite, dont les variations restent à démontrer.

Par exemple, \(f(x)=x/2\) est strictement croissante, mais la suite \(u_0=4\), \(u_{n+1}=f(u_n)\) est \(4,2,1,1/2,\ldots\) : elle est strictement décroissante. La seule croissance de la fonction d’itération ne permet donc pas de choisir le sens de variation de la suite. Il faudra utiliser le premier passage, un domaine stable et un raisonnement par récurrence, ou étudier \(f(u_n)-u_n\).

À vous 5.21 — Choisir, justifier, puis conclure

  1. Pour \(a_n=\sqrt{2n+1}\), choisir une méthode et justifier la croissance stricte.

  2. Pour \(b_n=n^2-n\), étudier précisément le premier passage et les suivants. La suite est-elle strictement croissante dès le rang \(0\) ?

  3. Une fonction \(g\) est croissante et une suite vérifie \(v_{n+1}=g(v_n)\). Peut-on écrire immédiatement « \((v_n)\) est croissante » ? Donner une justification de votre réponse.

Correction de l’activité 5.21

On a \(2n+1<2n+3\), et ces nombres sont positifs. La racine carrée conserve leur ordre, donc \[a_n=\sqrt{2n+1}<\sqrt{2n+3}=a_{n+1}.\] La suite est strictement croissante.

Pour la deuxième suite, \[b_{n+1}-b_n=[(n+1)^2-(n+1)]-(n^2-n)=2n.\] Au rang \(0\), cette différence vaut zéro : \(b_0=b_1=0\). Pour \(n\geqslant1\), elle est strictement positive. La suite est croissante dès le rang \(0\), mais strictement croissante seulement à partir du rang \(1\).

La dernière affirmation n’est pas justifiée. Le contre-exemple \(g(x)=x/2\), \(v_0=4\), produit une suite décroissante malgré la croissance de \(g\). Il ne suffit pas de connaître la variation de la fonction : il faut examiner comment l’itération agit sur les valeurs de départ.

Des bornes pour tous les termes

À vous 5.22 — Repérage : une information vraiment valable pour toute la suite

Les quatre informations suivantes sont considérées séparément.

  1. Pour tout \(n\geq0\), \(u_n\leq5\).

  2. Pour tout \(n\geq0\), \(u_n\leq n+1\).

  3. Pour tout \(n\geq0\), \(0\leq u_n\).

  4. Les dix premiers termes sont compris entre \(0\) et \(5\).

Quelle information donne un nombre fixe au-dessus de tous les termes ? Laquelle donne un nombre fixe au-dessous ? La deuxième suffit-elle pour obtenir un nombre fixe au-dessus de tous les termes ? Et la quatrième ? Enfin, si les informations 1 et 3 sont vraies en même temps, quel encadrement obtient-on ?

Correction de l’activité 5.22

L’information 1 fournit le même nombre \(5\) au-dessus de chaque terme, à tous les rangs. L’information 3 fournit le même nombre \(0\) au-dessous de chaque terme. Si ces deux informations sont réunies, \[0\leq u_n\leq5\qquad\text{pour tout }n\geq0.\]

Dans l’information 2, le nombre \(n+1\) change avec le rang. Elle ne suffit pas : la suite \(u_n=n\) la vérifie, mais dépasse tout nombre fixe lorsqu’on choisit un rang assez grand. Elle n’a donc aucun plafond commun à tous ses termes.

L’information 4 ne porte que sur dix termes. Par exemple, on peut avoir \(u_n=0\) pour \(0\leq n\leq9\), puis \(u_n=n\) pour \(n\geq10\). Les dix valeurs sont dans l’intervalle annoncé, mais les suivantes ne restent pas sous \(5\). Les deux points décisifs sont donc le caractère constant de la borne et la portée pour tous les rangs de l’affirmation.

Définition 5.23 — Minoration, majoration et bornitude

Une suite réelle \((u_n)\) est :

  • majorée s’il existe un réel \(M\) tel que \(u_n\leqslant M\) pour tous les rangs ;

  • minorée s’il existe un réel \(m\) tel que \(m\leqslant u_n\) pour tous les rangs ;

  • bornée si elle est à la fois minorée et majorée.

Les nombres \(m\) et \(M\) sont des bornes communes : ils ne doivent pas dépendre du rang \(n\).

Exemple 5.24 — Un encadrement obtenu par une réécriture

Reprenons \(u_n=(3n+2)/(n+1)\), pour \(n\geqslant0\). La forme \(u_n=3-1/(n+1)\) rend les bornes visibles. Comme \(n+1\geqslant1\), \[0<\frac1{n+1}\leqslant1.\] En prenant les opposés puis en ajoutant \(3\), on obtient \[-1\leqslant-\frac1{n+1}<0, \qquad \boxed{2\leqslant u_n<3.}\] La suite est donc minorée par \(2\), majorée par \(3\), et bornée. On aurait également pu choisir \(1\) comme minorant et \(4\) comme majorant, mais l’encadrement obtenu est plus précis.

Ce calcul est valable pour un rang quelconque : contrairement à l’inspection d’un tableau, il n’oublie aucun terme.

Les points représentent les neuf premiers termes de \(u_n=3-1/(n+1)\). La ligne de niveau \(3\) aide à lire une majoration, mais la preuve \(u_n<3\) vient de la positivité de \(1/(n+1)\). Les points ne sont pas reliés : un rang non entier n’est pas un rang de la suite.

Définition 5.25 — Maximum et minimum

Un maximum de la suite est une valeur \(u_j\) telle que \(u_n\leqslant u_j\) pour tous les rangs \(n\). Un minimum est une valeur \(u_i\) telle que \(u_i\leqslant u_n\) pour tous les rangs \(n\).

Contrairement à un majorant ou à un minorant quelconque, un maximum ou un minimum doit être atteint par un terme.

Pour la suite précédente, \(2\) est un minimum, atteint au rang \(0\). Le nombre \(3\) est un majorant, mais aucun terme ne vaut \(3\). La suite n’a même aucun maximum : pour tout rang \(n\), le terme suivant \(u_{n+1}\) est strictement plus grand. Un majorant non atteint n’est donc pas un « dernier terme » caché.

Proposition 5.26 — Les bornes fournies par la monotonie

Une suite croissante à partir du premier rang \(p\) est minorée par \(u_p\). Une suite décroissante à partir du rang \(p\) est majorée par \(u_p\).

Démonstration.

Si \(n\geqslant p\), la croissance donne \(u_n\geqslant u_p\). Le même raisonnement avec une décroissance donne \(u_n\leqslant u_p\).

\(\square\)

Point de vigilance — Une seule borne ne suffit pas

La suite \(u_n=n\), pour \(n\geqslant0\), est croissante et minorée par \(0\), mais elle n’est pas majorée : quel que soit le réel \(M\), on peut choisir un entier \(n>M\), et alors \(u_n>M\). Elle n’est donc pas bornée.

La suite \(v_n=-n\) est décroissante et majorée par \(0\), mais n’est pas minorée. La monotonie fournit une borne d’un côté ; elle n’en fournit pas automatiquement une de l’autre côté.

Proposition 5.27 — Une autre formulation de la bornitude

Une suite est bornée si et seulement s’il existe \(K\geqslant0\) tel que \[|u_n|\leqslant K\qquad\text{pour tous les rangs }n.\]

Démonstration.

Si \(|u_n|\leqslant K\), alors \(-K\leqslant u_n\leqslant K\) : la suite a deux bornes. Réciproquement, si \(m\leqslant u_n\leqslant M\), on choisit \(K=\max(|m|,|M|)\). On a \(m\geqslant-K\) et \(M\leqslant K\), donc \(-K\leqslant u_n\leqslant K\), c’est-à-dire \(|u_n|\leqslant K\).

\(\square\)

Contre-exemple 5.28 — Bornée ne signifie pas monotone

La suite \(u_n=(-1)^n\) vérifie \(-1\leqslant u_n\leqslant1\). Elle est donc bornée. Mais elle passe sans cesse de \(1\) à \(-1\) puis de \(-1\) à \(1\) : elle n’est pas monotone. La bornitude et la monotonie décrivent deux aspects différents.

À vous 5.29 — Un encadrement à construire

Pour \(n\geqslant0\), on pose \(v_n=\dfrac{2n+5}{n+2}\).

  1. Réécrire \(v_n\) en faisant apparaître \(2\).

  2. En déduire un encadrement de tous les termes par deux constantes.

  3. La borne supérieure trouvée est-elle atteinte ? La borne inférieure trouvée est-elle atteinte ?

  4. Donner un autre majorant et un autre minorant, moins précis.

Correction de l’activité 5.29

On a \(2n+5=2(n+2)+1\), donc \[v_n=2+\frac1{n+2}.\] Puisque \(n+2\geqslant2\), \[0<\frac1{n+2}\leqslant\frac12, \qquad 2<v_n\leqslant\frac52.\] La suite est bornée. Le majorant \(5/2\) est atteint par \(v_0\) : c’est un maximum. Le minorant \(2\) n’est jamais atteint, car \(1/(n+2)>0\) pour tout rang \(n\).

De plus, la suite est strictement décroissante, comme nous l’avons démontré précédemment ; elle n’a aucun minimum, car tout terme a un successeur plus petit. On peut prendre \(3\) comme autre majorant et \(1\) comme autre minorant. Une borne n’a pas besoin d’être la plus précise possible pour être correcte.

Et si l’encadrement commence seulement à un certain rang ?

Proposition 5.30 — Une suite finalement bornée est bornée

Si une suite est définie à partir d’un rang \(p\), si \(N\geq p\) est un entier et si \[m\leqslant u_n\leqslant M\qquad\text{pour tout }n\geqslant N,\] alors elle est bornée sur tout son domaine. Il faut éventuellement élargir les bornes pour inclure les premiers termes.

Démonstration.

Si \(N=p\), la conclusion est déjà donnée. Si \(N>p\), les termes exclus sont en nombre fini : \(u_p,u_{p+1},\ldots,u_{N-1}\). On prend \[m'=\min(m,u_p,\ldots,u_{N-1}),\qquad M'=\max(M,u_p,\ldots,u_{N-1}).\] Pour \(p\leqslant n<N\), le terme \(u_n\) fait partie de cette liste, donc \(m'\leqslant u_n\leqslant M'\). Pour \(n\geqslant N\), on a \(m'\leqslant m\leqslant u_n\leqslant M\leqslant M'\). Les nouvelles bornes conviennent donc à tous les rangs.

\(\square\)

Exemple 5.31 — Réintégrer les premières valeurs

Supposons \(u_0=10\), \(u_1=-7\), puis \(u_n=1/(n-1)\) pour \(n\geqslant2\). Pour \(n\geqslant2\), on a \(0<u_n\leqslant1\). Mais \([0,1]\) n’encadre pas toute la suite, puisque \(u_0=10\) et \(u_1=-7\). Un encadrement global correct est \[-7\leqslant u_n\leqslant10\qquad(n\geqslant0).\] Les deux premiers termes ne détruisent pas la bornitude ; ils modifient les bornes à annoncer.

Méthode 5.32 — Chercher une borne avec un objectif précis

  1. Pour une expression explicite, chercher une réécriture simple : carré positif, fraction positive, différence à une constante.

  2. Traduire la borne envisagée en une inégalité à démontrer. Par exemple, \(u_n\leqslant3\) devient \(3-u_n\geqslant0\).

  3. Pour une suite récurrente, tester si l’encadrement se transmet d’un rang au suivant ; vérifier aussi le premier rang.

  4. Ne jamais utiliser comme justification « on le voit pour les premiers termes ». Les calculs proposent une borne, la preuve la valide.

Exemple 5.33 — Un encadrement transmis par la récurrence

On considère \[u_0=1,\qquad u_{n+1}=\frac12u_n+1.\] Les premières valeurs \(1,\frac32,\frac74,\ldots\) suggèrent \(1\leqslant u_n\leqslant2\). Pourquoi choisir \(2\) comme borne supérieure ? Si \(u_n\leqslant2\), la relation donne \[u_{n+1}=\frac12u_n+1\leqslant\frac12\times2+1=2.\] La borne se conserve exactement. Elle est adaptée à la règle d’évolution.

Preuve complète. Au rang \(0\), \(1\leqslant u_0\leqslant2\). Supposons \(1\leqslant u_n\leqslant2\) à un rang fixé. La multiplication par \(1/2>0\), puis l’addition de \(1\), donnent \[\frac32\leqslant\frac12u_n+1\leqslant2.\] En particulier \(1\leqslant u_{n+1}\leqslant2\). L’encadrement est héréditaire ; par récurrence, il est vrai pour tout \(n\).

Cette borne permet ensuite d’étudier la variation : \[u_{n+1}-u_n=1-\frac12u_n\geqslant0.\] La suite est croissante. Pour obtenir une croissance stricte, il faudrait établir \(u_n<2\), et non seulement \(u_n\leqslant2\). L’encadrement démontré ne doit pas être renforcé sans preuve.

À vous 5.34 — Renforcer une borne puis l’utiliser

Pour la suite de l’exemple précédent, démontrer par récurrence \[1\leqslant u_n<2\qquad(n\geqslant0).\] En déduire une précision sur sa croissance. Commencer par écrire exactement l’encadrement que l’on suppose au rang \(n\) et celui que l’on veut au rang \(n+1\).

Correction de l’activité 5.34

Au rang \(0\), on a \(u_0=1\), donc \(1\leqslant u_0<2\). Supposons \(1\leqslant u_n<2\). Puisque \(1/2>0\), \[\frac12\leqslant\frac12u_n<1.\] En ajoutant \(1\), on obtient \[\frac32\leqslant u_{n+1}<2.\] Cet encadrement implique \(1\leqslant u_{n+1}<2\). Par récurrence, l’encadrement strict est établi pour tous les rangs. Il donne alors \[u_{n+1}-u_n=1-\frac12u_n>0.\] La suite est donc strictement croissante. Le renforcement n’était pas une modification de vocabulaire : il a nécessité une propriété plus précise et sa propre justification.

Réparer des conclusions trop rapides

À vous 5.35 — Trois erreurs, puis une nouvelle tâche

Corriger les raisonnements suivants.

  1. « \(u_n=-3(1/2)^n\), donc \(u_{n+1}/u_n=1/2<1\). La suite est décroissante. »

  2. « Les dix premiers termes sont inférieurs à \(4\). La suite est majorée par \(4\). »

  3. « La fonction \(f\) est croissante et \(u_{n+1}=f(u_n)\). La suite est donc croissante. »

Puis traiter cette nouvelle tâche : pour \(v_n=4-\dfrac2{n+1}\), \(n\geqslant0\), prouver les variations et donner un encadrement constant de tous les termes. Préciser les bornes atteintes.

Correction de l’activité 5.35

Première erreur. Le quotient a été utilisé avec le critère des termes positifs, alors que les termes sont négatifs. La différence est \[u_{n+1}-u_n =-3\left(\frac12\right)^n\left(\frac12-1\right) =\frac32\left(\frac12\right)^n>0.\] La suite est strictement croissante.

Deuxième erreur. Les dix calculs ne concernent que dix rangs. Une suite peut vérifier \(u_n=0\) pour \(0\leqslant n\leqslant9\), puis \(u_n=n\) pour \(n\geqslant10\). Elle n’est alors pas majorée par \(4\), ni même majorée. Pour démontrer la borne, il faut une inégalité valable à un rang quelconque ou une preuve par récurrence.

Troisième erreur. Le critère \(u_n=f(n)\) a été appliqué à une suite itérée. La fonction \(f(x)=x/2\), avec \(u_0=4\), fournit un contre-exemple. Il faut une information supplémentaire sur la suite.

Nouvelle tâche. Pour tout \(n\geqslant0\), \[\begin{align*} v_{n+1}-v_n &=\left(4-\frac2{n+2}\right)-\left(4-\frac2{n+1}\right)\\ &=\frac2{n+1}-\frac2{n+2} =\frac2{(n+1)(n+2)}>0. \end{align*}\] La suite est strictement croissante. Comme \(0<2/(n+1)\leqslant2\), \[2\leqslant v_n<4.\] Le minorant \(2\) est atteint au rang \(0\), donc c’est un minimum. Le majorant \(4\) n’est jamais atteint. La croissance stricte montre qu’il n’y a pas de maximum : chaque terme a un successeur plus grand.

À vous 5.36 — À reprendre après une pause

  1. Soit \(a_n=\dfrac{5n+1}{n+1}\), pour \(n\geqslant0\). Étudier les variations et établir un encadrement constant précis.

  2. Soit \(b_n=n^2-6n\), pour \(n\geqslant0\). À partir de quel rang la suite est-elle strictement croissante ? Quel est son minimum ?

  3. La suite \(c_n=2+(-1)^n\) est-elle bornée ? Monotone ? Justifier séparément les deux réponses.

Pour vous autoévaluer, ne comptez pas seulement les réponses exactes : vérifiez que chaque conclusion est accompagnée d’une justification portant sur tous les rangs concernés.

Correction de l’activité 5.36

On réécrit \[a_n=5-\frac4{n+1}.\] Alors \[a_{n+1}-a_n =\frac4{n+1}-\frac4{n+2} =\frac4{(n+1)(n+2)}>0.\] La suite est strictement croissante. De \(0<4/(n+1)\leqslant4\), on déduit \[1\leqslant a_n<5.\] Le minimum \(1\) est atteint au rang \(0\) ; \(5\) est un majorant non atteint.

Pour la deuxième suite, \[b_{n+1}-b_n =[(n+1)^2-6(n+1)]-(n^2-6n)=2n-5.\] Cette différence est négative pour \(n=0,1,2\), puis strictement positive pour tous les entiers \(n\geqslant3\). La suite est donc strictement croissante à partir du rang \(3\). Elle décroît jusque-là, d’où un minimum au rang \(3\) : \[b_3=9-18=-9.\] La réécriture \(b_n=(n-3)^2-9\) confirme \(b_n\geqslant-9\).

Enfin, \(c_n\) vaut \(3\) aux rangs pairs et \(1\) aux rangs impairs. Elle est bornée, puisque \(1\leqslant c_n\leqslant3\). Elle n’est pas monotone, puisque \(c_1<c_0\) mais \(c_2>c_1\). Les deux questions exigent deux justifications différentes.

À retenir — Un choix de méthode et une portée à annoncer

  • La différence \(u_{n+1}-u_n\) convient à toute suite réelle.

  • Le quotient se compare à \(1\) après vérification du signe des termes ; le critère usuel suppose \(u_n>0\).

  • Une fonction monotone aide pour \(u_n=f(n)\), mais ne détermine pas à elle seule les variations d’une suite \(u_{n+1}=f(u_n)\).

  • Toujours annoncer le premier rang à partir duquel le résultat est vrai.

  • Pour une borne, le nombre annoncé est indépendant de \(n\) et l’inégalité doit être prouvée pour tous les rangs concernés.

  • Un maximum ou un minimum est atteint ; un majorant ou un minorant ne l’est pas nécessairement.

Ces outils prépareront les preuves de convergence. Pour l’instant, « croissante », « bornée » et « convergente » ne doivent pas être employés comme des synonymes.

Limites et comportement global des suites

6. Comprendre une limite et construire un seuil

— Ce que vous allez apprendre

Comprendre ce que veut dire « se rapprocher définitivement », distinguer un rang d’une valeur, interpréter une limite finie ou infinie et déterminer un seuil. Vous apprendrez aussi à expliquer pourquoi des valeurs numériques ou une image ne constituent pas une démonstration.

Rappel utile — Les objets dont on parle

Une suite réelle \((u_n)\) associe un nombre réel \(u_n\) à chaque entier \(n\) de son domaine, par exemple \(n\geq0\). Le nombre \(n\) est un rang ; \(u_n\) est une valeur. Lorsque le rang augmente sans borne, on écrit \(n\to+\infty\). Il n’existe pas de dernier entier naturel et donc pas de « dernier terme » de la suite.

La distance entre deux nombres \(x\) et \(L\) est \(\left\lvert x-L\right\rvert\). Ainsi, être à une distance strictement inférieure à \(0{,}1\) de \(L\) signifie appartenir à l’intervalle ouvert \(]L-0{,}1;L+0{,}1[\). Les deux extrémités sont exclues.

Du rapprochement observé au rapprochement garanti

À vous 6.1 — Repérer ce que la question demande

Une suite a pour premiers termes \(3\), \(2{,}5\), \(2{,}333\ldots\), \(2{,}25\).

  1. Ces valeurs permettent-elles d’affirmer que la suite converge vers \(2\) ?

  2. Le nombre \(10\) peut-il désigner à la fois un rang et une valeur ? Que signifie alors « à partir du rang \(10\) » ?

  3. La valeur \(2{,}1\) appartient-elle à \(]1{,}9;2{,}1[\) ?

Écrire une phrase de justification pour chaque réponse avant de lire la correction.

Correction de l’activité 6.1

1. Une liste finie suggère, mais ne décide pas

Les quatre valeurs suggèrent un rapprochement vers \(2\). Une autre suite pourrait posséder exactement ces quatre premiers termes, puis être égale à \(100\) à tous les rangs suivants. La liste ne suffit donc pas : il faut une définition permettant de raisonner sur tous les rangs suffisamment grands.

2. Le rôle du nombre est donné par la phrase

Le rang \(10\) désigne le terme \(u_{10}\). Dire « à partir du rang \(10\) » signifie considérer \(u_{10},u_{11},u_{12},\ldots\). Cela ne signifie pas que ces termes valent \(10\).

3. Une frontière ouverte n’est pas incluse

L’appartenance demandée équivaut à \(1{,}9<x<2{,}1\). Pour \(x=2{,}1\), la seconde inégalité devient \(2{,}1<2{,}1\), qui est fausse. Si cette question a posé problème, relire le rappel sur les intervalles avant de chercher un premier seuil : la différence entre \(<\) et \(\leq\) peut changer ce seuil d’une unité.

Définition 6.2 — Convergence vers une limite finie

Une suite \((u_n)\) converge vers un réel \(L\) lorsque tout intervalle ouvert contenant \(L\) contient tous les termes de la suite à partir d’un certain rang.

On écrit \[\lim_{n\to+\infty}u_n=L\qquad\text{ou}\qquad u_n\longrightarrow L.\] On appelle \(L\) la limite de la suite. Une suite qui possède une limite réelle est dite convergente.

La définition contient deux exigences différentes. D’une part, l’intervalle peut être choisi aussi étroit qu’on le souhaite. D’autre part, une fois le bon rang dépassé, tous les termes doivent y rester. Entrer une fois dans un intervalle ne suffit pas.

Notation 6.3 — Une bande de largeur choisie

La lettre grecque \(\varepsilon\), qui se lit « epsilon », désigne ici un nombre réel strictement positif. Elle représente une précision demandée, pas un nombre fixé une fois pour toutes.

La bande \(]L-\varepsilon;L+\varepsilon[\) est centrée sur \(L\). Sa demi-largeur vaut \(\varepsilon\), et sa largeur totale vaut \(2\varepsilon\) : la précision mesure l’écart autorisé de chaque côté de \(L\).

Dire que \(u_n\to L\) revient à dire : pour chaque \(\varepsilon>0\), il existe un entier \(N\) tel que, pour chaque entier \(n\geq N\), \[\left\lvert u_n-L\right\rvert<\varepsilon.\] Cette dernière inégalité signifie exactement \[L-\varepsilon<u_n<L+\varepsilon.\] Les mots français sont suffisants pour rédiger ; les symboles de quantification ne sont pas exigés ici.

Pourquoi la version avec une bande dit la même chose

Si tout intervalle ouvert contenant \(L\) finit par contenir tous les termes, cela vaut en particulier pour \(]L-\varepsilon;L+\varepsilon[\).

Réciproquement, considérons un intervalle ouvert \(]a;b[\) contenant \(L\). Les deux distances \(L-a\) et \(b-L\) sont positives. Choisissons un \(\varepsilon>0\) plus petit que ces deux distances, par exemple la moitié de la plus petite. Alors \[]L-\varepsilon;L+\varepsilon[\ \subset\ ]a;b[.\] Si tous les termes assez loin sont dans la petite bande, ils sont aussi dans l’intervalle initial. Cela établit l’équivalence des deux formulations.

\(\square\)

— Le rang \(N\) doit-il être le même pour toutes les précisions ?

Non. Il est choisi après la précision. Demander un écart inférieur à \(0{,}001\) peut nécessiter d’aller plus loin que pour un écart inférieur à \(0{,}1\). Le seuil peut dépendre de \(\varepsilon\), mais il ne doit plus changer lorsqu’on choisit ensuite un terme de rang \(n\geq N\).

Une première preuve complète de limite

Exemple 6.4 — La suite \(u_n=2+\dfrac1{n+1}\)

Pour \(n\geq0\), le dénominateur \(n+1\) est strictement positif, donc la suite est définie. Ses premiers termes sont \[u_0=3,\qquad u_1=\frac52,\qquad u_2=\frac73,\qquad u_3=\frac94.\] Nous allons démontrer sa convergence vers \(2\), et pas seulement l’observer.

Choisir la quantité utile

La définition demande une distance à \(2\). On calcule donc \[\left\lvert u_n-2\right\rvert=\left\lvert 2+\frac1{n+1}-2\right\rvert=\frac1{n+1}.\] La valeur absolue disparaît parce que la fraction est positive.

Traiter d’abord une précision concrète

Pour placer les termes dans \(]1{,}9;2{,}1[\), il faut une distance à \(2\) strictement inférieure à \(0{,}1=\frac1{10}\). Comme \(10(n+1)>0\), multiplier les deux membres de l’inégalité par ce nombre conserve l’ordre : \[\begin{align*} \frac1{n+1}<\frac1{10} &\quad\Longleftrightarrow\quad 10<n+1\\ &\quad\Longleftrightarrow\quad n>9. \end{align*}\] Le premier rang convenable est \(10\). En effet, \(u_9=2{,}1\) est sur la frontière exclue ; \(u_{10}=2+\frac1{11}<2{,}1\). Pour tout \(n\geq10\), on a \(n+1\geq11\), donc \[0<\frac1{n+1}\leq\frac1{11}<\frac1{10}.\] La condition est vérifiée pour tous les rangs suivants, et pas seulement au rang \(10\).

Passer à une précision quelconque

Fixons maintenant un réel \(\varepsilon>0\). Il existe un entier \(N\) tel que \[N+1>\frac1\varepsilon.\] On utilise ici la propriété usuelle des entiers : il existe des entiers plus grands que n’importe quel réel. Pour tout \(n\geq N\), on obtient \[n+1\geq N+1>\frac1\varepsilon, \qquad\text{donc}\qquad \left\lvert u_n-2\right\rvert=\frac1{n+1}<\varepsilon.\] La définition est satisfaite pour toute précision positive. Ainsi \(u_n\to2\).

Lire la figure. Les points sont les termes, avec des abscisses entières. La zone claire est la bande ouverte autour de \(2\) ; les lignes pointillées n’en font pas partie. Le terme de rang \(9\) est sur sa frontière et les termes de rang au moins \(10\) sont à l’intérieur. Le terme \(u_0=3\), situé hors de la fenêtre, existe bien. Le dessin illustre un seuil déjà démontré ; il ne prouve rien sur les rangs qui ne sont pas dessinés.

Point de vigilance — Ce que converger ne veut pas dire

La suite précédente ne prend jamais la valeur \(2\), puisque \(\frac1{n+1}>0\). Une limite n’a donc pas à être atteinte. Inversement, une suite constante égale à \(2\) converge vers \(2\), puisque sa distance à \(2\) est toujours nulle.

La convergence n’exige pas non plus de rester du même côté de la limite. Pour \(v_n=2+\frac{(-1)^n}{n+1}\), les termes alternent autour de \(2\), mais \(\left\lvert v_n-2\right\rvert=\frac1{n+1}\). La même preuve par les bandes donne la même limite.

Seuil suffisant, premier seuil et frontière

Définition 6.5 — Deux demandes différentes

Pour une propriété portant sur les termes, un seuil suffisant est un entier \(N\) tel que la propriété soit vraie pour tous les rangs \(n\geq N\).

Le premier seuil est le plus petit entier du domaine qui possède cette propriété. Si l’on demande seulement un seuil suffisant, un rang plus grand peut convenir ; si l’on demande le premier, il faut justifier sa minimalité.

Méthode 6.6 — Construire puis contrôler un seuil

  1. Traduire la demande : une distance, une appartenance à un intervalle ou un dépassement de niveau.

  2. Résoudre l’inégalité en conservant son caractère strict ou large et en vérifiant le signe de chaque multiplicateur.

  3. Choisir un rang entier du domaine.

  4. Justifier que la propriété reste vraie pour tous les rangs suivants.

  5. Si le premier seuil est demandé, examiner le rang précédent lorsqu’il appartient au domaine, ou justifier directement la minimalité à partir de l’inégalité résolue.

À vous 6.7 — Essai guidé : une bande autour de \(4\)

Pour \(n\geq0\), on pose \(a_n=4-\frac2{n+1}\).

  1. Calculer \(\left\lvert a_n-4\right\rvert\).

  2. Déterminer le premier entier \(N\) tel que tous les termes de rang \(n\geq N\) appartiennent à \(]3{,}9;4{,}1[\).

  3. Que devient ce premier rang si l’on remplace l’intervalle ouvert par \([3{,}9;4{,}1]\) ?

  4. Une précision \(\varepsilon>0\) est maintenant choisie quelconque. Quelle condition imposer à \(N\) pour garantir \(\left\lvert a_n-4\right\rvert<\varepsilon\) pour tout \(n\geq N\) ? En déduire la limite de \((a_n)\).

Indice, seulement après une tentative : multiplier une inégalité entre fractions par \(10(n+1)\), dont le signe est connu.

Correction de l’activité 6.7

La distance

On a \(a_n-4=-\frac2{n+1}<0\). Sa valeur absolue est donc \(\frac2{n+1}\).

La bande ouverte

Il faut \(\frac2{n+1}<\frac1{10}\). Le facteur \(10(n+1)\) est positif, d’où \[\frac2{n+1}<\frac1{10} \Longleftrightarrow 20<n+1 \Longleftrightarrow n>19.\] Le premier entier est \(20\). Pour tout \(n\geq20\), la même inégalité est vraie. Au rang précédent, \(a_{19}=4-\frac2{20}=3{,}9\), qui n’appartient pas à la bande ouverte.

La bande fermée

L’inégalité devient \(\frac2{n+1}\leq\frac1{10}\), donc \(20\leq n+1\), soit \(n\geq19\). Le premier rang est maintenant \(19\). Le changement vient exactement de l’inclusion de la frontière, pas d’un arrondi.

Une précision quelconque

Pour \(\varepsilon>0\), la condition \(\frac2{n+1}<\varepsilon\) équivaut à \(n+1>\frac2\varepsilon\), car les quantités par lesquelles on multiplie ou divise sont positives. Choisissons donc un entier \(N\geq0\) tel que \(N+1>\frac2\varepsilon\). Pour tout \(n\geq N\), on a \(n+1\geq N+1>\frac2\varepsilon\), d’où \(\left\lvert a_n-4\right\rvert<\varepsilon\). La définition est satisfaite pour chaque précision positive : \(a_n\to4\). Le seuil concret \(20\) ne suffisait pas, à lui seul, à démontrer cette conclusion générale.

À vous 6.8 — Chercher sans le modèle : un seuil strict

Pour \(n\geq0\), on pose \(b_n=\frac1{n+1}\). Déterminer le premier entier \(N\) tel que, pour tout \(n\geq N\), on ait \(b_n<0{,}01\).

Justifier la permanence et la minimalité. Puis expliquer pourquoi \(N=500\) serait une réponse correcte à « donner un seuil suffisant », mais pas à la question posée.

Correction de l’activité 6.8

On remplace d’abord \(0{,}01\) par la fraction exacte \(\frac1{100}\). Pour \(n\geq0\), le nombre \(100(n+1)\) est positif. Ainsi \[\frac1{n+1}<\frac1{100} \Longleftrightarrow 100<n+1 \Longleftrightarrow n>99.\] Le premier entier convenable est \(100\). Au rang \(99\), on obtient exactement \(b_{99}=\frac1{100}\), donc l’inégalité stricte est fausse. À tous les rangs \(n\geq100\), on a \(n+1\geq101>100\), donc elle est vraie.

Le seuil \(500\) possède bien la propriété de permanence : tout \(n\geq500\) est aussi supérieur ou égal à \(100\). Mais il n’est pas le plus petit. Pour contrôler votre rédaction, cherchez les trois éléments suivants : une inégalité équivalente exacte, un entier choisi et une justification portant sur tous les rangs suivants.

Tendre vers un infini : dépasser définitivement chaque niveau

Définition 6.9 — Limite \(+\infty\)

La suite \((u_n)\) tend vers \(+\infty\) lorsque, pour chaque réel \(A\), il existe un rang \(N\) tel que tous les termes de rang \(n\geq N\) vérifient \(u_n>A\).

On écrit \(\lim_{n\to+\infty}u_n=+\infty\). Ce n’est pas une convergence vers un réel.

Définition 6.10 — Limite \(-\infty\)

La suite \((u_n)\) tend vers \(-\infty\) lorsque, pour chaque réel \(A\), il existe un rang \(N\) tel que tous les termes de rang \(n\geq N\) vérifient \(u_n<A\).

On écrit \(\lim_{n\to+\infty}u_n=-\infty\).

Le niveau \(A\) est une valeur, éventuellement négative ; \(N\) est un rang entier. Pour \(+\infty\), même un niveau immense devra finir par être dépassé sans retour en dessous. Pour \(-\infty\), même un niveau très négatif devra finir par être franchi vers le bas.

Propriété 6.11 — Le choix entre strict et large dans la définition

Dans la définition de \(+\infty\), demander \(u_n\geq A\) pour tous les termes assez loin est équivalent à demander \(u_n>A\). De même, on peut employer \(u_n\leq A\) pour \(-\infty\).

Démonstration.

Une inégalité stricte implique l’inégalité large. Réciproquement, si chaque niveau est finalement atteint au sens large, appliquons cette propriété au niveau \(A+1\). Alors \(u_n\geq A+1>A\) assez loin. Pour \(-\infty\), choisir le niveau \(A-1\) donne \(u_n\leq A-1<A\).

\(\square\)

Cette équivalence concerne une définition portant sur tous les niveaux. Elle n’autorise pas à remplacer \(<\) par \(\leq\) sans conséquence dans un problème demandant le premier rang pour un niveau fixé.

Exemple 6.12 — Démontrer que \(3n-7\to+\infty\)

Fixons un niveau réel \(A\). Nous cherchons à garantir \[3n-7>A.\] Ajouter \(7\), puis diviser par \(3>0\), donne l’équivalence \[3n-7>A\Longleftrightarrow n>\frac{A+7}{3}.\] Il existe un entier \(N\geq0\) strictement supérieur à \(\frac{A+7}{3}\). Pour chaque \(n\geq N\), on a alors \(3n-7>A\). Le niveau \(A\) était quelconque : la limite est \(+\infty\).

Pour le niveau particulier \(50\), la condition devient \(n>19\), et le premier rang est \(20\). Ce calcul particulier illustre la preuve générale ; seul, il ne suffirait pas à prouver une limite infinie.

Propriété 6.13 — Premières limites usuelles

Lorsque \(n\to+\infty\), \[n\to+\infty,\qquad n^2\to+\infty,\qquad \sqrt n\to+\infty, \qquad \frac1n\to0\quad(n\geq1).\] Les suites \(-n\) et \(-n^2\) tendent vers \(-\infty\).

Des seuils pour chaque résultat

Pour \(n\)

Un entier \(N>A\) garantit \(n>A\) pour chaque \(n\geq N\).

Pour \(n^2\)

Si \(A<0\), tous les carrés vérifient déjà \(n^2\geq0>A\). Si \(A\geq0\), choisir un entier \(N>\sqrt A\) garantit, pour \(n\geq N\), \(n^2\geq N^2>A\), car les nombres mis au carré sont positifs.

Pour \(\sqrt n\)

Si \(A<0\), toute racine carrée est supérieure à \(A\). Si \(A\geq0\), choisir \(N>A^2\) donne \(\sqrt n\geq\sqrt N>A\). Le passage à la racine conserve l’ordre sur les nombres positifs.

Pour \(\frac1n\)

Fixons \(\varepsilon>0\). Choisir un entier \(N>\frac1\varepsilon\) donne, pour chaque \(n\geq N\), \(0<\frac1n\leq\frac1N<\varepsilon\). C’est une distance à \(0\) rendue aussi petite que demandé.

Pour les opposés

La condition \(-n<A\) équivaut à \(n>-A\) : le premier résultat fournit un seuil. De même, \(-n^2<A\) équivaut à \(n^2>-A\), et le résultat sur les carrés s’applique au niveau réel \(-A\).

\(\square\)

Contre-exemple 6.14 — Non majorée n’est pas synonyme de limite infinie

Définissons \(u_{2k}=2k\) et \(u_{2k+1}=0\), pour \(k\geq0\). Les termes de rang pair prennent des valeurs arbitrairement grandes : la suite n’est pas majorée.

Pourtant elle ne tend pas vers \(+\infty\). En effet, après n’importe quel rang, il reste un rang impair, dont le terme vaut \(0\) et ne dépasse pas le niveau \(1\). La définition exigeait de rester au-dessus, et pas seulement de revenir souvent au-dessus.

Définition 6.15 — Divergence

Une suite qui ne possède pas de limite réelle est dite divergente. Il existe plusieurs formes de divergence : tendre vers \(+\infty\), tendre vers \(-\infty\), ou ne posséder aucune limite finie ni infinie.

Exemple 6.16 — Trois comportements distincts

La suite \(n\) diverge vers \(+\infty\) ; la suite \(-n\) diverge vers \(-\infty\). La suite \((-1)^n\) alterne entre \(1\) et \(-1\) : elle ne peut rester dans un intervalle de largeur inférieure à \(2\), quel que soit le rang de départ. Elle n’a donc pas de limite réelle. Elle ne dépasse jamais \(2\) et ne descend jamais sous \(-2\), ce qui exclut aussi les deux limites infinies.

Réparer une erreur de seuil et réinvestir

Point de vigilance — Une copie à examiner

Une copie écrit : « \(\frac1{n+1}<\frac1{100}\) donne \(n\geq99\), donc le premier seuil est \(99\). »

La première erreur est le remplacement d’une inégalité stricte par une inégalité large. Pour le voir sans calcul compliqué, remplacer \(n\) par \(99\) : on obtient \(\frac1{100}<\frac1{100}\), qui est faux.

Sur le cas plus simple \(\frac1{n+1}<\frac14\), la multiplication par \(4(n+1)>0\) donne \(4<n+1\), donc \(n>3\) et le premier entier est \(4\). Le rang \(3\) donne seulement l’égalité.

À vous 6.17 — Nouvel essai de réparation

Déterminer le premier rang \(n\geq0\) tel que \(\frac3{n+1}<\frac12\). Écrire d’abord l’inégalité équivalente sur \(n\), puis vérifier le rang précédent.

Correction de l’activité 6.17

Le facteur \(2(n+1)\) est positif. On obtient \[\frac3{n+1}<\frac12 \Longleftrightarrow6<n+1 \Longleftrightarrow n>5.\] Le premier entier est \(6\). Au rang \(5\), la fraction vaut \(\frac36=\frac12\) et ne convient pas. Pour tout \(n\geq6\), le dénominateur est au moins \(7\) et la fraction reste strictement inférieure à \(\frac12\). Revenir ensuite à la copie erronée : remplacer sa conclusion par \(n>99\), puis \(N=100\).

Point de vigilance — Une autre erreur : trouver un terme au lieu de contrôler la fin

Une copie affirme : « Pour chaque précision \(\varepsilon>0\), je peux trouver un terme \(u_n\) tel que \(\left\lvert u_n\right\rvert<\varepsilon\). Donc \(u_n\to0\). » L’exigence manquante est celle de tous les termes à partir d’un rang. Trouver un seul terme ne garantit aucun maintien dans la bande.

Le cas élémentaire \(u_0=0\), puis \(u_n=1\) pour \(n\geq1\), suffit à réfuter ce raisonnement. Pour toute précision, le terme \(u_0\) convient, mais la suite tend vers \(1\), et non vers \(0\). Pour réparer la preuve, il faut trouver un seuil \(N\), puis vérifier l’inégalité pour chaque \(n\geq N\).

À vous 6.18 — Nouvel essai : écrire le bon engagement sur tous les rangs

Pour \(n\geq0\), posons \(v_n=\frac{(-1)^n}{n+2}\). Démontrer directement \(v_n\to0\) avec une précision quelconque \(\varepsilon>0\). La rédaction doit préciser le choix de \(N\) et ce qui est vrai pour chaque rang \(n\geq N\), sans supposer que \(v_n\) garde un signe.

Correction de l’activité 6.18

Le dénominateur \(n+2\) est positif. La valeur absolue enlève l’alternance, car \(\left\lvert (-1)^n\right\rvert=1\), donc \(\left\lvert v_n\right\rvert=\frac1{n+2}\).

Fixons \(\varepsilon>0\). Choisissons un entier \(N\geq0\) tel que \(N+2>\frac1\varepsilon\). Ce choix est possible puisque les entiers ne sont pas majorés. Pour chaque entier \(n\geq N\), \[n+2\geq N+2>\frac1\varepsilon, \qquad\text{donc}\qquad \left\lvert v_n\right\rvert=\frac1{n+2}<\varepsilon.\] La précision était quelconque et l’inégalité est permanente après \(N\). Ainsi \(v_n\to0\). Revenir à la copie précédente : le remplacement décisif est « un terme convient » par « tous les termes de rang au moins \(N\) conviennent ». L’alternance de signe n’est pas un obstacle, puisque la définition porte sur la distance à la limite.

À vous 6.19 — À reprendre après un délai, sans regarder les exemples

  1. Pour \(c_n=-3+\frac4{n+2}\), \(n\geq0\), démontrer la limite et déterminer le premier seuil garantissant \(\left\lvert c_n+3\right\rvert<0{,}05\).

  2. Déterminer le premier rang garantissant \(-2n^2<-50\), puis expliquer pourquoi le seul contrôle à ce rang doit être accompagné d’un argument pour les suivants.

  3. Une suite entre une infinité de fois dans chaque bande autour de \(0\). Cela suffit-il à prouver qu’elle converge vers \(0\) ?

Correction de l’activité 6.19

1. Distance et précision

La distance à \(-3\) vaut \(\frac4{n+2}\). Pour toute précision \(\varepsilon>0\), choisir \(N\geq0\) avec \(N+2>\frac4\varepsilon\) garantit \(\frac4{n+2}<\varepsilon\) pour tout \(n\geq N\). Ainsi \(c_n\to-3\).

Pour \(0{,}05=\frac1{20}\), la condition est \[\frac4{n+2}<\frac1{20} \Longleftrightarrow80<n+2 \Longleftrightarrow n>78.\] Le premier seuil est \(79\). En \(78\), la distance vaut exactement \(\frac4{80}=0{,}05\), donc la frontière stricte échoue.

2. Niveau négatif

Diviser \(-2n^2<-50\) par \(-2\) renverse le sens : \(n^2>25\). Comme \(n\geq0\), cela équivaut à \(n>5\). Le premier rang est \(6\). En \(5\), on obtient \(-50\), et non une valeur strictement inférieure. Pour tous les rangs suivants, \(n^2\geq36\), donc \(-2n^2\leq-72<-50\). Ce dernier argument établit la permanence.

3. Entrer et rester sont différents

La suite \(d_{2k}=0\), \(d_{2k+1}=1\) entre dans toute bande autour de \(0\) à chaque rang pair. Mais elle ressort de \(]-\frac12;\frac12[\) à chaque rang impair. Elle ne converge pas vers \(0\).

À retenir — Les questions qui contrôlent une preuve de limite

Ai-je choisi une précision ou un niveau arbitraire, ou seulement un exemple numérique ? Ai-je trouvé un rang entier admissible ? Ai-je justifié la propriété pour tous les rangs suivants ? Ai-je distingué un seuil suffisant du premier seuil ? Les réponses à ces questions comptent autant que la valeur finale de la limite.

7. Ce qu’une limite permet réellement d’affirmer

— Ce que vous allez apprendre

Démontrer les propriétés fondamentales d’une limite finie, distinguer une implication de sa réciproque, vérifier les conditions d’un passage à la limite et construire des contre-exemples utiles. Les preuves expliquent le rôle de « à partir d’un certain rang ».

Rappel utile — Convergence, bornes et propriété définitive

Dire que \(u_n\to L\), avec \(L\) réel, signifie que pour toute précision \(\varepsilon>0\), tous les termes à partir d’un rang convenable vérifient \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<\varepsilon\).

Une suite est majorée si un même réel \(M\) vérifie \(u_n\leq M\) à tous les rangs ; elle est minorée si un même réel \(m\) vérifie \(m\leq u_n\). Elle est bornée si les deux conditions sont vérifiées. Cela revient à trouver un réel \(B\geq0\) tel que \(\left\lvert u_n\right\rvert\leq B\) pour tous les rangs.

Une propriété est vraie définitivement lorsqu’elle est vraie à partir d’un certain rang, sans exception ultérieure. Elle n’est pas nécessairement vraie dès le premier terme.

Une seule limite finie peut convenir

À vous 7.1 — Trois affirmations à éprouver

Dire si les affirmations suivantes sont vraies. Si elles sont fausses, chercher un exemple précis.

  1. Une suite pourrait converger vers \(1\) et vers \(2\) en même temps.

  2. Si une suite converge vers \(2\), son premier terme est positif.

  3. Toute suite dont tous les termes sont entre \(-1\) et \(1\) converge.

Une réponse « cela semble faux » ne suffit pas : quelle condition de la définition serait violée ?

Correction de l’activité 7.1

1. Deux bandes incompatibles

La convergence vers \(1\) impose finalement des valeurs dans \(]0{,}9;1{,}1[\), tandis que celle vers \(2\) impose finalement des valeurs dans \(]1{,}9;2{,}1[\). Après le plus grand des deux seuils, les deux exigences devraient être vraies simultanément. Or les intervalles sont disjoints. La première affirmation est fausse ; le théorème suivant généralise cet argument.

2. La définition autorise des premiers termes exceptionnels

Poser \(u_0=-100\), puis \(u_n=2\) pour tout \(n\geq1\), donne une suite de limite \(2\), dont le premier terme est négatif. La convergence décrit ce qui arrive assez loin, pas nécessairement au départ.

3. Une borne ne suffit pas

La suite \((-1)^n\) reste entre \(-1\) et \(1\), mais alterne entre deux valeurs distinctes pour toujours. Aucun intervalle de largeur \(1\) ne contient définitivement ses termes. Elle ne converge pas.

Si la deuxième question bloque, reprendre le sens du mot « définitivement ». Si la troisième bloque, distinguer une bande fixe de largeur \(2\) de la possibilité d’entrer dans des bandes arbitrairement fines autour d’un même nombre.

Théorème 7.2 — Unicité de la limite finie

Une suite réelle ne peut pas posséder deux limites réelles distinctes.

Démonstration.

Supposons, pour chercher une contradiction, que la suite converge vers deux réels distincts. On peut les nommer \(L\) et \(M\) de façon que \(L<M\).

Construire deux bandes qui ne se touchent pas

La distance \(M-L\) est positive. Posons \[d=\frac{M-L}{3}>0.\] Alors \[(M-d)-(L+d)=M-L-2d=\frac{M-L}{3}>0,\] donc \(L+d<M-d\). Les intervalles \(]L-d;L+d[\) et \(]M-d;M+d[\) sont disjoints.

Faire agir simultanément les deux convergences

Il existe un rang \(N_1\) après lequel tous les termes sont dans la première bande, et un rang \(N_2\) après lequel ils sont tous dans la seconde. Prenons un entier \(n\) au moins égal aux deux seuils. Le même terme \(u_n\) devrait appartenir à deux intervalles disjoints, ce qui est impossible.

L’hypothèse de deux limites distinctes est donc fausse. Le choix du tiers n’est pas une formule à apprendre : il sert seulement à fabriquer des bandes séparées.

\(\square\)

Exemple 7.3 — Pourquoi peut-on identifier deux expressions de limite ?

Si un premier raisonnement établit \(u_n\to L\), et si un autre établit \(u_n\to3\), le théorème impose \(L=3\). Il faut bien avoir deux conclusions de convergence démontrées. Deux valeurs simplement suggérées par un graphique ne satisfont pas cette condition.

Convergence, bornitude et monotonie

Théorème 7.4 — Convergence et bornitude

Toute suite réelle convergente est bornée.

Démonstration.

Supposons \(u_n\to L\). La bande \(]L-1;L+1[\) contient tous les termes à partir d’un rang \(N\). Pour ces rangs, \[L-1<u_n<L+1, \qquad\text{d'où}\qquad -\bigl(\abs L+1\bigr)<u_n<\abs L+1.\] Il reste à traiter les premiers termes : on ne peut pas les oublier si l’on veut une borne valable pour tous les rangs.

Les termes avant \(N\) forment une liste finie. Choisissons un réel \(B\) au moins égal à \(\abs L+1\) et à la valeur absolue de chacun de ces premiers termes. On peut prendre le plus grand nombre de cette liste finie. Si aucun terme ne précède \(N\), \(B=\abs L+1\) suffit.

Pour les premiers termes, \(\left\lvert u_n\right\rvert\leq B\) par le choix de \(B\). Pour les suivants, \(\left\lvert u_n\right\rvert<\abs L+1\leq B\). Ainsi tous les termes sont compris entre \(-B\) et \(B\) : la suite est bornée.

\(\square\)

Exemple 7.5 — Une borne doit aussi contenir le début

Définissons \(u_0=1000\), puis \(u_n=2+\frac1n\) pour \(n\geq1\). Pour les rangs \(n\geq1\), les termes sont dans \(]2;3]\), et la distance à \(2\) vaut \(\frac1n\), qui tend vers \(0\). La suite converge donc vers \(2\).

Le nombre \(3\) n’est pourtant pas un majorant de toute la suite, puisque \(u_0=1000\). Un encadrement global est \(2<u_n\leq1000\). Une limite ne détermine pas à elle seule les bornes les plus fines de tous les termes.

Corollaire 7.6 — Une façon de prouver qu’il n’y a pas de limite réelle

Une suite non bornée ne converge pas vers un réel.

Démonstration.

Ce résultat est la conséquence du théorème précédent obtenue par contradiction : si une suite non bornée avait une limite réelle, le théorème la rendrait bornée, ce qui contredirait l’hypothèse.

\(\square\)

Point de vigilance — Ne pas transformer cette conséquence en une affirmation plus forte

Une suite non bornée n’a pas de limite réelle. On ne peut pas en déduire qu’elle tend vers \(+\infty\). Par exemple, \(u_{2k}=2k\) et \(u_{2k+1}=0\) donnent une suite non bornée, mais les retours à \(0\) empêchent une limite \(+\infty\).

La réciproque de « convergente implique bornée » est également fausse : \((-1)^n\) est bornée et ne converge pas.

Exemple 7.7 — Converger en oscillant

Pour \(a_n=\frac{(-1)^n}{n+1}\), la distance à \(0\) est \(\frac1{n+1}\). Pour chaque \(\varepsilon>0\), un entier \(N\) tel que \(N+1>\frac1\varepsilon\) assure \(\left\lvert a_n\right\rvert<\varepsilon\) pour tous \(n\geq N\). Ainsi \(a_n\to0\).

Pourtant \(a_0=1\), \(a_1=-\frac12\), \(a_2=\frac13\) : on observe une baisse puis une hausse. La suite n’est ni croissante ni décroissante sur tout son domaine. La monotonie peut servir à démontrer certaines convergences ; elle n’est pas une condition nécessaire de toute convergence.

À vous 7.8 — Essai guidé : réfuter une réciproque avec deux comportements

Pour \(n\geq0\), posons \(a_n=2+(-1)^n\).

  1. Calculer les quatre premiers termes, puis donner un encadrement valable pour tous les rangs.

  2. Pour un réel \(L\) quelconque, une bande \(]L-\frac12;L+\frac12[\) peut-elle contenir les deux valeurs prises par la suite ?

  3. Expliquer pourquoi, après n’importe quel rang, l’une de ces valeurs se trouve encore hors de cette bande. La suite converge-t-elle ?

  4. Quelle réciproque vient-on de réfuter ? Écrire séparément le théorème vrai et l’affirmation fausse.

Correction de l’activité 7.8

Encadrer n’est pas rapprocher

Les premiers termes valent \(3,1,3,1\). À chaque rang, \((-1)^n\) vaut \(1\) ou \(-1\), donc \(1\leq a_n\leq3\). La suite est bornée.

Vérifier l’échec de la définition

La bande proposée a pour largeur \(1\), tandis que les valeurs \(1\) et \(3\) sont distantes de \(2\). Elle ne peut donc pas les contenir toutes les deux. Après n’importe quel rang, il reste des rangs pairs donnant \(3\) et des rangs impairs donnant \(1\). Au moins l’un de ces deux types de termes reste hors de la bande, quel que soit le seuil choisi. Aucun réel \(L\) ne peut être une limite.

Identifier le sens logique

Le théorème vrai est « convergente implique bornée ». L’affirmation fausse est sa réciproque « bornée implique convergente ». Le contre-exemple a bien les deux caractéristiques nécessaires : il satisfait l’hypothèse de la réciproque et contredit sa conclusion.

Le signe d’une limite non nulle contrôle les termes assez loin

Propriété 7.9 — Signe définitif

Si \(u_n\to L>0\), alors \(u_n>0\) à partir d’un certain rang. Si \(u_n\to L<0\), alors \(u_n<0\) à partir d’un certain rang.

Démonstration.

Limite strictement positive

Choisissons la précision \(\varepsilon=\frac L2>0\). Assez loin, \[\left\lvert u_n-L\right\rvert<\frac L2, \qquad\text{donc}\qquad \frac L2<u_n<\frac{3L}{2}.\] La borne inférieure \(\frac L2\) est positive, donc les termes concernés le sont aussi.

Limite strictement négative

Cette fois \(-\frac L2>0\) est une précision admissible. Assez loin, \[\left\lvert u_n-L\right\rvert<-\frac L2, \qquad\text{donc}\qquad \frac{3L}{2}<u_n<\frac L2<0.\] Les termes sont donc négatifs. Dans les deux cas, on choisit une bande autour de la limite qui ne traverse pas \(0\).

\(\square\)

Lemme 7.10 — Rester à distance de zéro

Si \(u_n\to L\ne0\), alors, à partir d’un certain rang, \[\left\lvert u_n\right\rvert\geq\frac{\abs L}{2}>0.\] En particulier, les termes sont non nuls assez loin. Ce résultat auxiliaire servira à justifier les inverses et quotients.

Démonstration.

Si \(L>0\), la preuve précédente donne \(u_n>\frac L2\), donc \(\left\lvert u_n\right\rvert>\frac{\abs L}{2}\). Si \(L<0\), elle donne \(u_n<\frac L2<0\), donc \(\left\lvert u_n\right\rvert=-u_n>-\frac L2=\frac{\abs L}{2}\). Dans chaque cas l’inégalité large annoncée est satisfaite.

\(\square\)

Contre-exemple 7.11 — La limite zéro ne donne pas le signe

Les suites \(\frac1{n+1}\), \(-\frac1{n+1}\) et \(\frac{(-1)^n}{n+1}\) tendent toutes vers \(0\). La première est positive, la deuxième négative, la troisième alterne. On ne peut pas enlever le mot « strictement » dans les hypothèses du résultat sur le signe.

À vous 7.12 — Appliquer une bande choisie avec une intention

On sait seulement qu’une suite \((v_n)\) converge vers \(-4\).

  1. Justifier que \(-5<v_n<-3\) à partir d’un certain rang.

  2. En déduire que \(v_n\) est négatif et non nul à partir d’un certain rang.

  3. Peut-on conclure que \(v_0<0\) ? Construire un exemple qui décide.

Indice : quelle précision autour de \(-4\) donne exactement l’intervalle demandé ?

Correction de l’activité 7.12

La précision \(\varepsilon=1\) donne \(\left\lvert v_n+4\right\rvert<1\) assez loin. Traduire la valeur absolue donne \(-1<v_n+4<1\), puis soustraire \(4\) aux trois membres donne \(-5<v_n<-3\).

Les termes assez loin sont donc inférieurs à \(-3\), en particulier négatifs et non nuls. Mais cela ne dit rien de nécessaire sur \(v_0\). La suite définie par \(v_0=10\) et \(v_n=-4\) pour \(n\geq1\) converge vers \(-4\) et possède un premier terme positif. Le contrôle distingue une propriété définitive d’une propriété globale.

Passer une inégalité à la limite sans inventer une égalité

Théorème 7.13 — Conservation de l’ordre au sens large

Supposons \(u_n\to L\) et \(v_n\to M\), avec \(L,M\) réels. Si \(u_n\leq v_n\) à partir d’un certain rang, alors \(L\leq M\).

Démonstration.

Supposons au contraire \(L>M\). Posons \(d=\frac{L-M}{3}>0\). Alors \[(L-d)-(M+d)=\frac{L-M}{3}>0.\] La convergence de \(u\) impose \(u_n>L-d\) assez loin. Celle de \(v\) impose \(v_n<M+d\) assez loin. Enfin, l’hypothèse \(u_n\leq v_n\) est elle aussi vraie après un certain rang.

Après le plus grand des trois seuils, on devrait donc avoir \[u_n>L-d>M+d>v_n,\] en contradiction avec \(u_n\leq v_n\). L’hypothèse \(L>M\) est impossible : on a bien \(L\leq M\).

\(\square\)

Corollaire 7.14 — Une limite conserve les bornes fermées

Si \(u_n\to L\) et si \(a\leq u_n\leq b\) à partir d’un rang, alors \(a\leq L\leq b\).

Démonstration.

Les suites constantes égales à \(a\) et à \(b\) convergent respectivement vers \(a\) et \(b\), leur distance à ces nombres étant nulle. Appliquer le théorème d’ordre à \(a\leq u_n\), puis à \(u_n\leq b\), donne les deux inégalités sur \(L\).

\(\square\)

Contre-exemple 7.15 — Une inégalité stricte peut devenir une égalité

Pour \(n\geq1\), on a \(0<\frac1n\). Pourtant les deux suites, constante \(0\) d’une part et \(\frac1n\) d’autre part, ont la même limite \(0\).

De même, \(u_n=1-\frac1{n+1}<1\) pour tous les rangs, mais \(u_n\to1\). Si l’on sait \(a<u_n<b\), on peut conclure \(a\leq L\leq b\), et pas nécessairement \(a<L<b\).

Proposition 7.16 — Deux limites strictement ordonnées

Si \(u_n\to L\), \(v_n\to M\) et \(L<M\), alors \(u_n<v_n\) à partir d’un certain rang.

Démonstration.

Choisissons \(d=\frac{M-L}{3}>0\). On a \(L+d<M-d\). Pour tous les termes assez loin, les convergences donnent \(u_n<L+d\) et \(v_n>M-d\). Ainsi \[u_n<L+d<M-d<v_n.\] Le résultat ne garantit pas l’ordre des premiers termes.

\(\square\)

Exemple 7.17 — L’ordre peut s’inverser au début

Sur \(n\geq1\), posons \(u_n=1+\frac1n\), \(v_n=2-\frac1n\). Les limites sont \(1\) et \(2\). Au rang \(1\), pourtant, \(u_1=2>1=v_1\). Pour trouver l’ordre définitif, on calcule \[u_n<v_n \Longleftrightarrow 1+\frac1n<2-\frac1n \Longleftrightarrow \frac2n<1 \Longleftrightarrow n>2,\] la dernière étape utilisant \(n>0\). L’ordre strict est donc vrai dès le rang \(3\). Au rang \(2\), les deux termes valent \(\frac32\).

Modifier le début, décaler les indices, observer les rangs pairs

Propriété 7.18 — Un début fini ne change pas le comportement limite

Deux suites qui sont égales à partir d’un rang ont le même comportement limite : même limite finie, même limite infinie ou absence de limite.

Démonstration.

Supposons que \(u_n=v_n\) pour tous \(n\geq N_0\).

Si \(u_n\to L\), chaque bande autour de \(L\) contient tous les \(u_n\) après un seuil \(N_1\). Au-delà du plus grand de \(N_0,N_1\), les termes \(v_n\) sont égaux aux \(u_n\) et sont donc dans la même bande. Ainsi \(v_n\to L\). L’argument est réversible puisque l’égalité des deux suites est symétrique.

Pour une limite infinie, remplacer la bande par la condition de dépassement d’un niveau. Le même choix du plus grand seuil fonctionne. Enfin, si l’une avait une limite que l’autre n’a pas, l’implication réversible précédente donnerait une contradiction.

\(\square\)

Point de vigilance — Ce que la modification peut tout de même changer

Changer \(u_0\) peut modifier un majorant global, un maximum, le signe de tous les termes ou la monotonie dès le départ. Seul le comportement à l’infini est préservé.

Par exemple, \(u_n=\frac1{n+1}\) décroît dès le rang \(0\). Remplacer seulement \(u_0=1\) par \(-100\) conserve la limite \(0\), mais produit une hausse de \(-100\) à \(\frac12\), suivie d’une décroissance : la suite modifiée n’est plus monotone sur tout son domaine.

Propriété 7.19 — Décalage d’un rang

La suite \((u_n)\) converge vers un réel \(L\) si et seulement si \((u_{n+1})\) converge vers \(L\). Le même résultat vaut pour une limite \(+\infty\) ou \(-\infty\).

Démonstration.

Si \(\left\lvert u_m-L\right\rvert<\varepsilon\) pour tout \(m\geq N\), alors, pour \(n\geq N\), le rang \(m=n+1\) vérifie aussi \(m\geq N\). Donc \(\left\lvert u_{n+1}-L\right\rvert<\varepsilon\).

Réciproquement, si \(\left\lvert u_{n+1}-L\right\rvert<\varepsilon\) pour tout \(n\geq N\), prenons \(m\geq N+1\). Alors \(n=m-1\geq N\), donc \(\left\lvert u_m-L\right\rvert<\varepsilon\). On a seulement décalé le seuil.

Les preuves pour les limites infinies remplacent la distance par \(u_m>A\) ou \(u_m<A\), sans modifier le raisonnement sur les indices.

\(\square\)

Exemple 7.20 — Une utilisation importante du décalage

Si une suite définie par \(u_{n+1}=f(u_n)\) converge vers \(L\), le membre \(u_{n+1}\) converge lui aussi vers \(L\). Cela ne suffit pas encore à affirmer \(f(u_n)\to f(L)\) : il faut une propriété de \(f\), notamment sa continuité en \(L\). Le décalage traite le rang ; la continuité traite l’image par une fonction. Ce sont deux justifications différentes.

Proposition 7.21 — Rangs pairs et rangs impairs

Si \(u_n\to L\), alors \(u_{2k}\to L\) et \(u_{2k+1}\to L\) lorsque \(k\to+\infty\). Ces suites de termes sélectionnés sont des exemples de sous-suites.

Réciproquement, si \(u_{2k}\to L\) et \(u_{2k+1}\to L\) vers le même réel \(L\), alors \(u_n\to L\).

Démonstration.

De la suite entière aux deux sous-suites

Si tous les termes de rang au moins \(N\) sont dans une bande autour de \(L\), alors les termes de rang \(2k\) et \(2k+1\) y sont dès que \(k\geq N\). Ce seuil est suffisant, même s’il n’est pas le plus petit.

Des deux sous-suites à la suite entière

Fixons une bande autour de \(L\). Il existe \(K_0\) tel que \(u_{2k}\) y appartienne pour tous \(k\geq K_0\), et \(K_1\) tel que \(u_{2k+1}\) y appartienne pour tous \(k\geq K_1\). Prenons \(K\) au moins égal à ces deux entiers.

Pour tout \(n\geq2K+1\), ou bien \(n=2k\) avec \(k\geq K\), ou bien \(n=2k+1\) avec \(k\geq K\). Dans chaque cas \(u_n\) est dans la bande. La convergence de la suite entière est démontrée.

\(\square\)

Contre-exemple 7.22 — Deux limites différentes empêchent la convergence

Pour \(u_n=(-1)^n\), la sous-suite paire est constante égale à \(1\) et la sous-suite impaire constante égale à \(-1\). Si la suite entière convergeait, les deux sous-suites auraient la même limite, ce qui est impossible.

En revanche, pour \(v_n=\frac{(-1)^n}{n+1}\), les deux sous-suites tendent vers \(0\). Il ne suffit donc pas de remarquer une alternance de signes pour conclure à la divergence.

Argumenter, réparer, puis essayer à distance

À vous 7.23 — Réunir unicité, début fini et décalage

Une suite est définie par \(p_0=-20\) et \(p_n=2+\frac1n\) pour \(n\geq1\).

  1. Justifier sa limite, puis donner un encadrement constant valable pour tous les termes. Pourquoi \(p_n\leq3\) est-il vrai à tous les rangs, mais \(p_n>2\) seulement après le premier ?

  2. Posons \(q_n=p_{n+1}\) pour \(n\geq0\). Déterminer sa limite en expliquant le changement de seuil. Que vaut \(q_0\) ?

  3. On remplace seulement \(p_0\) par \(100\). Quelles conclusions parmi la limite, le majorant \(3\) et la borne inférieure \(-20\) sont conservées ? Justifier chacune.

  4. Un autre raisonnement démontre que \(p_n\to a^2-1\), où \(a\geq0\). Déterminer \(a\), en nommant la propriété qui autorise une égalité entre les deux expressions de limite.

Indication pour démarrer, après une tentative : séparer le rang \(0\) des rangs \(n\geq1\), puis calculer la distance à \(2\).

Correction de l’activité 7.23

1. Une limite et des bornes n’ont pas la même portée

Pour \(n\geq1\), la distance à \(2\) vaut \(\frac1n\), qui tend vers \(0\). Pour une précision \(\varepsilon>0\), tout entier \(N>\max(1,\frac1\varepsilon)\) assure donc \(\left\lvert p_n-2\right\rvert<\varepsilon\) pour tous \(n\geq N\). Le terme exceptionnel \(p_0=-20\) ne gêne pas ce choix de fin de suite : \(p_n\to2\).

Pour \(n\geq1\), \(0<\frac1n\leq1\) donne \(2<p_n\leq3\). En tenant aussi compte de \(p_0\), un encadrement global est \(-20\leq p_n\leq3\). Le majorant \(3\) contient également le premier terme ; en revanche, \(p_0>2\) est faux. Il fallait vérifier les deux parties du domaine avant d’écrire une propriété globale.

2. Décaler les rangs, pas la valeur de la limite

Si \(\left\lvert p_m-2\right\rvert<\varepsilon\) pour tous \(m\geq N\), alors, pour tous \(n\geq N\), le rang \(m=n+1\) est encore supérieur ou égal à \(N\). Ainsi \(\left\lvert q_n-2\right\rvert<\varepsilon\), donc \(q_n\to2\). Son premier terme vaut \(q_0=p_1=3\). Le décalage ne signifie pas que la limite augmente de \(1\) : il change les indices, pas les valeurs prises à l’infini.

3. Modifier le début demande deux contrôles distincts

La limite reste \(2\), car la suite modifiée est égale à la première pour tous \(n\geq1\). Le majorant \(3\) n’est plus valable puisque le nouveau premier terme vaut \(100\) ; \(100\) est un majorant de la suite modifiée. La borne inférieure \(-20\) reste valable, car le nouveau premier terme est supérieur à \(-20\) et les suivants sont supérieurs à \(2\). Elle n’est plus la meilleure possible, mais une borne n’a pas besoin d’être optimale pour être vraie.

4. Utiliser l’unicité après deux limites démontrées

On a démontré \(p_n\to2\), et l’énoncé fournit une seconde convergence \(p_n\to a^2-1\). L’unicité de la limite impose \(a^2-1=2\), donc \(a^2=3\). Puisque \(a\geq0\), on obtient \(a=\sqrt3\). Une simple conjecture graphique sur l’une des deux expressions n’aurait pas suffi à utiliser cette propriété.

À vous 7.24 — Choisir ce qui est vraiment déductible

On sait qu’une suite \((u_n)\) converge vers un réel \(L\) et que \[-2<u_n\leq4+\frac1{n+1}\qquad(n\geq0).\]

  1. Donner un majorant constant de tous les termes.

  2. Déterminer un encadrement de \(L\).

  3. Peut-on conclure \(L=4\) ? Peut-on conclure \(L>-2\) ? Justifier les réponses négatives par des suites précises.

Correction de l’activité 7.24

1. Une borne sur les termes

Pour \(n\geq0\), on a \(n+1\geq1\), donc \(\frac1{n+1}\leq1\). Par conséquent \(u_n\leq5\). Le nombre \(5\) est un majorant constant ; l’expression \(4+\frac1{n+1}\), elle, dépend du rang.

2. Un encadrement sur la limite

La suite constante \(-2\) a pour limite \(-2\), et la suite \(4+\frac1{n+1}\) tend vers \(4\), sa distance à \(4\) étant \(\frac1{n+1}\). Le passage à l’ordre donne donc \[-2\leq L\leq4.\] La convergence de \(u\) fait partie des données : le théorème d’ordre ne l’a pas créée.

3. Tester les conclusions supplémentaires

La suite constante \(u_n=0\) satisfait les hypothèses et a pour limite \(0\), pas \(4\). L’égalité \(L=4\) n’est donc pas imposée.

La suite \(u_n=-2+\frac1{n+1}\) satisfait \(-2<u_n\leq-1\), donc aussi l’encadrement donné ; sa limite est \(-2\). L’inégalité stricte \(L>-2\) n’est donc pas garantie. Il faut conserver l’encadrement large obtenu.

Point de vigilance — Réparer « positive, donc limite strictement positive »

Une copie affirme : « Tous les termes sont strictement positifs ; donc leur limite est strictement positive. » La première erreur est de conserver un caractère strict que le passage à la limite ne préserve pas.

Le cas simple \(u_n=\frac1{n+1}\) permet de voir le défaut : tous les termes sont positifs, alors que la limite vaut \(0\). L’énoncé réparable est : si la suite converge et si ses termes sont positifs ou nuls assez loin, alors sa limite est positive ou nulle. C’est le théorème d’ordre appliqué à la suite constante \(0\).

À vous 7.25 — Nouvelle tâche de réparation

Une suite converge vers \(L\) et vérifie \(u_n<-5\) à tous les rangs. Quelle conclusion certaine peut-on écrire sur \(L\) ? Construire ensuite une suite montrant que l’égalité à la frontière est possible.

Correction de l’activité 7.25

L’inégalité \(u_n<-5\) implique \(u_n\leq-5\). Par passage à l’ordre, on obtient \(L\leq-5\).

Pour atteindre la frontière à la limite sans l’atteindre à un rang fini, posons \(u_n=-5-\frac1{n+1}\). La fraction soustraite est positive, donc \(u_n<-5\), et la distance à \(-5\) vaut \(\frac1{n+1}\), qui tend vers \(0\). Ainsi \(L=-5\) est possible. Revenir alors à la copie initiale : il fallait écrire une conclusion large, en conservant aussi l’hypothèse de convergence.

Point de vigilance — Réparer « positive et non majorée, donc limite positive infinie »

La positivité élimine certaines valeurs négatives, mais n’empêche pas les retours vers de petites valeurs. Une copie ne peut donc pas remplacer « non majorée » par « dépasse définitivement tout niveau ».

Le cas simple \(r_{2k}=2k\), \(r_{2k+1}=0\) montre l’étape manquante : des termes dépassent chaque niveau, mais des termes nuls réapparaissent après tout seuil. La conclusion correcte tirée de la seule non-bornitude est l’absence de limite réelle, pas une direction infinie particulière.

À vous 7.26 — Nouvel essai de réfutation : même avec des termes strictement positifs

Pour \(k\geq0\), posons \(s_{2k}=2k+1\) et \(s_{2k+1}=1\). Une copie affirme que \(s_n\to+\infty\), puisque tous les termes sont strictement positifs et que la suite n’est pas majorée.

Vérifier les deux données de la copie, réfuter sa conclusion avec un niveau précis, puis écrire ce que l’on peut réellement conclure sur les limites de \((s_n)\). Ne pas se contenter de dire que l’exemple ressemble au précédent.

Correction de l’activité 7.26

Les termes de rang impair valent \(1>0\) ; ceux de rang pair valent \(2k+1\geq1\). Tous les termes sont donc strictement positifs. Pour chaque réel \(M\), choisir un entier \(k\) tel que \(2k+1>M\) fournit un terme supérieur à \(M\) : la suite n’est pas majorée.

La conclusion \(+\infty\) exigerait notamment que tous les termes assez loin dépassent le niveau \(2\). Or, après chaque rang \(N\), on peut trouver un rang impair supérieur ou égal à \(N\) ; le terme correspondant vaut \(1\), et ne dépasse pas \(2\). Cette limite est donc impossible. Une limite \(-\infty\) est également impossible puisque tous les termes sont au moins \(1\). Enfin, une limite réelle serait incompatible avec la non-bornitude. La suite n’a aucune limite finie ni infinie.

Le raisonnement incorrect partait de deux données vraies. L’erreur était dans leur portée : ni la positivité ni la non-majoration ne fournissent la permanence au-dessus d’un niveau. Revenir à la copie et remplacer sa conclusion par cette analyse des trois possibilités.

À vous 7.27 — À refaire après un délai : hypothèse, conclusion et contre-exemple

  1. Une suite tend vers \(3\). Prouver que ses termes sont supérieurs à \(2\) assez loin. Est-ce nécessairement vrai dès le premier rang ?

  2. Une suite est non bornée. Quelles conclusions sont certaines : absence de limite réelle, limite \(+\infty\), limite \(-\infty\) ?

  3. Si les termes pairs tendent vers \(1\) et les termes impairs vers \(2\), la suite entière converge-t-elle ?

  4. Si \(u_{n+1}\to-2\), que peut-on dire de \(u_n\) ? Justifier en parlant des seuils et pas seulement en citant un nom.

Correction de l’activité 7.27

1. Choisir la bonne bande

La précision \(\varepsilon=1\) donne \(\left\lvert u_n-3\right\rvert<1\) assez loin, donc \(2<u_n<4\). Ce n’est pas forcément vrai au départ : prendre \(u_0=-10\), puis \(u_n=3\) pour \(n\geq1\), fournit un contre-exemple.

2. Ne pas dépasser la portée du théorème

L’absence de limite réelle est certaine, car une suite convergente serait bornée. Aucune direction infinie n’est imposée : la suite \(u_{2k}=2k\), \(u_{2k+1}=0\) est non bornée sans tendre vers l’un des deux infinis.

3. Deux sous-suites incompatibles

Si la suite entière avait une limite réelle, chaque sous-suite aurait cette même limite. L’unicité empêcherait alors d’avoir à la fois \(1\) et \(2\). Elle ne converge donc pas. Elle n’a pas non plus de limite infinie, puisque chacune de ses deux sous-suites possède une limite finie.

4. Décaler un seuil

Pour chaque \(\varepsilon>0\), il existe \(N\) tel que \(\left\lvert u_{n+1}+2\right\rvert<\varepsilon\) pour tout \(n\geq N\). Pour tout \(m\geq N+1\), poser \(n=m-1\) donne \(\left\lvert u_m+2\right\rvert<\varepsilon\). Donc \(u_n\to-2\).

À retenir — Un théorème a un sens et des conditions

Convergente implique bornée, mais bornée n’implique pas convergente. Une limite strictement positive impose un signe positif seulement assez loin ; une limite nulle n’impose pas de signe. Les inégalités passent aux limites au sens large lorsque les convergences sont établies. Modifier un nombre fini de termes ou décaler d’un rang conserve la limite, pas toutes les propriétés globales de la suite.

8. Opérations sur les limites et transformations utiles

— Ce que vous allez apprendre

Calculer une limite avec des règles dont les conditions sont vérifiées ; comprendre et démontrer les opérations sur les limites finies ; traiter correctement les signes avec les infinis ; reconnaître une forme indéterminée et choisir une transformation qui apporte une information nouvelle.

Rappel utile — Les connaissances utilisées localement

Une suite \(u_n\) tend vers un réel \(L\) si, pour chaque \(\varepsilon>0\), on a \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<\varepsilon\) à tous les rangs assez grands. Elle tend vers \(+\infty\) si ses termes dépassent définitivement chaque niveau réel ; pour \(-\infty\), ils passent définitivement sous chaque niveau.

On utilisera \(n\to+\infty\), \(n^2\to+\infty\) et \(\frac1n\to0\) pour \(n\geq1\). Ces résultats se prouvent par des seuils : choisir \(N>A\), \(N>\sqrt A\) lorsque \(A\geq0\), ou \(N>\frac1\varepsilon\). Une suite constante égale à \(c\) converge vers \(c\), sa distance à \(c\) étant nulle.

Une suite convergente est bornée : tous ses termes assez loin sont dans une bande de rayon \(1\) autour de sa limite, et les premiers termes forment une liste finie que l’on peut inclure dans une borne plus large. Si sa limite \(L\) est non nulle, une bande de rayon \(\frac{\abs L}{2}\) montre que ses termes gardent le signe de \(L\) et vérifient \(\left\lvert u_n\right\rvert\geq\frac{\abs L}{2}\) assez loin.

Avant les règles : reconnaître l’opération et ses conditions

À vous 8.1 — Peut-on conclure directement ?

Pour \(n\geq1\), examiner \[a_n=\frac{2+\frac1n}{3-\frac1n},\qquad b_n=\frac{\frac1n}{\frac1{n^2}},\qquad c_n=(n+1)-n.\] Dans chaque cas, donner la limite de chaque morceau visible et dire si les seules limites de ces morceaux permettent de conclure. Éviter toute écriture qui traiterait \(\infty\) comme un réel.

Correction de l’activité 8.1

Le quotient \(a_n\)

Le numérateur tend vers \(2\), le dénominateur vers \(3\), qui est non nul. La règle du quotient, démontrée plus loin, donne \(a_n\to\frac23\). L’expression est définie sur \(n\geq1\), puisque \(3-\frac1n\geq2>0\).

Le quotient \(b_n\)

Ses deux morceaux tendent vers \(0\). On ne peut pas former un quotient des limites en divisant par \(0\). En revanche, l’égalité exacte \[b_n=\frac1n\times n^2=n\] est valable pour \(n\geq1\) et donne une limite \(+\infty\). C’est la simplification autorisée des facteurs qui décide, pas le symbole « \(0/0\) ».

La différence \(c_n\)

Les deux termes tendent vers \(+\infty\). Cela ne permet pas de les soustraire comme deux nombres identiques. Ici l’égalité exacte \((n+1)-n=1\) donne une suite constante, de limite \(1\).

Si une question a bloqué, commencer par identifier une seule chose : le dénominateur limite est-il non nul, ou faut-il transformer l’expression avant de pouvoir utiliser une règle ?

Comprendre les opérations sur les limites finies

Les démonstrations suivantes ne sont pas des recettes à réciter dans chaque exercice. Elles expliquent pourquoi les règles fonctionnent et pourquoi certaines hypothèses sont indispensables. Pour les suivre, il faut savoir additionner des inégalités et maîtriser une propriété élémentaire de la distance.

Lemme 8.2 — Inégalité triangulaire sur les réels

Pour tous réels \(x\) et \(y\), \[\left\lvert x+y\right\rvert\leq\abs x+\abs y.\] En particulier, \[\left\lvert x-y\right\rvert\leq\abs x+\abs y.\] La distance d’une somme à \(0\) ne dépasse pas la somme des distances de ses deux termes à \(0\).

Démonstration.

Par définition de la valeur absolue, \[-\abs x\leq x\leq\abs x, \qquad -\abs y\leq y\leq\abs y.\] En additionnant membre à membre, on obtient \[-\bigl(\abs x+\abs y\bigr)\leq x+y\leq\abs x+\abs y.\] Cette double inégalité signifie exactement \(\left\lvert x+y\right\rvert\leq\abs x+\abs y\). Pour la différence, remplacer \(y\) par \(-y\), dont la valeur absolue reste \(\abs y\).

\(\square\)

Exemple 8.3 — Un majorant d’erreur, pas nécessairement l’erreur exacte

Avec \(x=3\) et \(y=-2\), on a \(\left\lvert x+y\right\rvert=1\), tandis que \(\abs x+\abs y=5\). L’inégalité triangulaire donne une borne supérieure, parfois plus grande que nécessaire. Son intérêt est de contrôler séparément deux erreurs que l’on sait rendre petites.

Théorème 8.4 — Somme de deux limites finies

Si \(u_n\to L\) et \(v_n\to M\), avec \(L,M\) réels, alors \[u_n+v_n\longrightarrow L+M.\]

Démonstration.

La distance à contrôler est \[\left\lvert (u_n+v_n)-(L+M)\right\rvert =\left\lvert (u_n-L)+(v_n-M)\right\rvert \leq\left\lvert u_n-L\right\rvert+\left\lvert v_n-M\right\rvert.\] Fixons \(\varepsilon>0\). Pour que la somme des deux erreurs soit inférieure à \(\varepsilon\), il suffit de rendre chacune inférieure à \(\frac\varepsilon2\).

La première convergence fournit un seuil \(N_1\) après lequel \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<\frac\varepsilon2\). La seconde fournit un seuil \(N_2\) après lequel \(\left\lvert v_n-M\right\rvert<\frac\varepsilon2\). Après le plus grand des deux seuils, les deux estimations sont vraies en même temps, d’où \[\left\lvert (u_n+v_n)-(L+M)\right\rvert<\frac\varepsilon2+\frac\varepsilon2=\varepsilon.\] La définition de la convergence est satisfaite.

\(\square\)

Théorème 8.5 — Multiplication par une constante

Si \(u_n\to L\) et si \(c\) est un réel fixé, alors \(cu_n\to cL\).

Démonstration.

Si \(c=0\), la suite \(cu_n\) est exactement nulle, donc sa limite est \(0=cL\).

Supposons \(c\ne0\). On calcule \[\left\lvert cu_n-cL\right\rvert=\left\lvert c(u_n-L)\right\rvert=\abs c\,\left\lvert u_n-L\right\rvert.\] Pour rendre cette quantité inférieure à une précision \(\varepsilon>0\), il suffit de demander \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<\frac\varepsilon{\abs c}\). La convergence de \(u\) fournit un seuil pour cette précision positive. Au-delà de ce seuil, l’erreur du multiple est bien inférieure à \(\varepsilon\).

\(\square\)

Corollaire 8.6 — Différence et combinaison linéaire

Si \(u_n\to L\), \(v_n\to M\) et si \(a,b\) sont deux réels fixés, alors \[au_n+bv_n\longrightarrow aL+bM.\] En particulier, \(u_n-v_n\to L-M\).

Démonstration.

Le théorème du multiple donne \(au_n\to aL\) et \(bv_n\to bM\). Le théorème de la somme permet ensuite de les additionner. Pour la différence, prendre \(a=1\) et \(b=-1\).

\(\square\)

Théorème 8.7 — Produit de deux limites finies

Si \(u_n\to L\) et \(v_n\to M\), avec \(L,M\) réels, alors \[u_nv_n\longrightarrow LM.\]

Démonstration.

Transformer l’erreur pour faire apparaître les convergences

On ajoute et on retranche \(u_nM\), ce qui ne change pas l’expression : \[\begin{align*} u_nv_n-LM &=u_nv_n-u_nM+u_nM-LM\\ &=u_n(v_n-M)+M(u_n-L). \end{align*}\] L’inégalité triangulaire donne alors \[\left\lvert u_nv_n-LM\right\rvert \leq\left\lvert u_n\right\rvert\,\left\lvert v_n-M\right\rvert+\abs M\,\left\lvert u_n-L\right\rvert.\] Le facteur \(u_n\) varie avec le rang : on ne peut pas le traiter comme une constante. C’est ici qu’une borne intervient.

Contrôler ce facteur variable

Comme \(u_n\to L\), on a \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<1\) assez loin, donc \(\left\lvert u_n\right\rvert\leq\abs L+1\). Posons \(B=\abs L+1>0\). Après un certain seuil, \(\left\lvert u_n\right\rvert\leq B\).

Partager la précision demandée

Fixons \(\varepsilon>0\). Les deux convergences permettent d’avoir simultanément, assez loin, \[\left\lvert v_n-M\right\rvert<\frac\varepsilon{2B}, \qquad \left\lvert u_n-L\right\rvert<\frac\varepsilon{2(\abs M+1)}.\] On prend aussi un rang où la borne \(\left\lvert u_n\right\rvert\leq B\) est vraie. Alors \[\begin{align*} \left\lvert u_nv_n-LM\right\rvert &\leq B\left\lvert v_n-M\right\rvert+\abs M\left\lvert u_n-L\right\rvert\\ &<\frac\varepsilon2+\frac{\abs M}{\abs M+1}\frac\varepsilon2\\ &\leq\varepsilon. \end{align*}\] En réalité la dernière somme est strictement inférieure à \(\varepsilon\), puisque \(\frac{\abs M}{\abs M+1}<1\). La précision a été obtenue sans supposer que \(L\) ou \(M\) soit non nul.

\(\square\)

Exemple 8.8 — Le produit peut tendre vers zéro

Pour \(n\geq1\), \(u_n=2+\frac1n\to2\) et \(v_n=\frac1n\to0\). Le théorème donne \(u_nv_n\to0\). On peut contrôler par le calcul exact \[u_nv_n=\frac2n+\frac1{n^2}.\] Le fait qu’une limite soit nulle n’empêche pas la règle du produit lorsque l’autre limite est finie. Le problème « \(0\) fois l’infini » relève d’une autre situation.

Théorème 8.9 — Inverse d’une limite non nulle

Si \(v_n\to M\ne0\), alors les termes \(v_n\) sont non nuls à partir d’un certain rang et \[\frac1{v_n}\longrightarrow\frac1M.\]

Démonstration.

Garantir le droit de diviser

Une bande de rayon \(\frac{\abs M}{2}\) autour de \(M\) ne rencontre pas \(0\). La convergence impose donc \(\left\lvert v_n\right\rvert\geq\frac{\abs M}{2}>0\) assez loin. Les inverses sont définis sur cette fin de la suite.

Exprimer la différence de deux inverses

Sur cette fin de la suite, les nombres \(v_n\) et \(M\) sont non nuls. Mettre au même dénominateur donne \[\frac1{v_n}-\frac1M=\frac{M-v_n}{v_nM}.\] Par conséquent, \[\left\lvert \frac1{v_n}-\frac1M\right\rvert =\frac{\left\lvert v_n-M\right\rvert}{\left\lvert v_n\right\rvert\abs M} \leq\frac{2}{\abs M^2}\left\lvert v_n-M\right\rvert.\] Pour une précision \(\varepsilon>0\), il suffit de choisir un rang après lequel \(\left\lvert v_n-M\right\rvert<\frac{\varepsilon\abs M^2}{2}\), et où la borne sur le dénominateur est vraie. L’inégalité précédente donne alors une erreur strictement inférieure à \(\varepsilon\). D’où la limite annoncée.

\(\square\)

Corollaire 8.10 — Quotient de deux limites finies

Si \(u_n\to L\), \(v_n\to M\) et \(M\ne0\), alors, à partir des rangs où le quotient est défini, \[\frac{u_n}{v_n}\longrightarrow\frac LM.\]

Démonstration.

Le théorème de l’inverse donne \(\frac1{v_n}\to\frac1M\). Puis le théorème du produit s’applique à \(u_n\times\frac1{v_n}\), avec deux limites finies. Sa limite est \(L\times\frac1M=\frac LM\).

\(\square\)

Point de vigilance — Une limite ne répare pas des termes non définis

Si une expression contient un dénominateur nul aux premiers rangs, il faut exclure ces rangs de son domaine ou définir séparément les termes concernés. Le fait que le dénominateur soit non nul assez loin suffit pour étudier une limite, pas pour affirmer que l’expression initiale est définie à tous les rangs annoncés.

Exemple 8.11 — Appliquer le quotient en nommant chaque condition

Pour \(n\geq0\), posons \[w_n=\frac{3-\frac2{n+1}}{2+\frac1{n+1}}.\] Le dénominateur est supérieur à \(2\), donc le quotient est défini. La suite \(\frac1{n+1}\) tend vers \(0\), puisque son écart à \(0\) est inférieur à toute précision après un rang convenable.

Par multiplication par une constante puis différence, le numérateur tend vers \(3\). Par somme, le dénominateur tend vers \(2\ne0\). Le corollaire du quotient donne donc \[w_n\longrightarrow\frac32.\] Le contrôle en \(n=0\) donne \(w_0=\frac13\), très différent de la limite : cela n’est pas une contradiction, car une limite ne décrit pas nécessairement les premiers termes.

Puissances, valeur absolue et racine carrée

Propriété 8.12 — Puissance entière fixe

Si \(u_n\to L\) et si \(p\geq1\) est un entier fixé, alors \((u_n)^p\to L^p\). On peut donc aussi prendre la limite d’une somme finie de multiples de puissances de \(u_n\).

Démonstration.

Pour \(p=1\), c’est l’hypothèse. Si le résultat est établi pour un entier \(p\geq1\), le produit \((u_n)^{p+1}=(u_n)^p u_n\) tend vers \(L^pL=L^{p+1}\), par le théorème du produit. Le raisonnement par récurrence conclut pour chaque entier \(p\geq1\). Les sommes finies utilisent ensuite, un nombre fini de fois, les règles de somme et de multiple.

\(\square\)

Point de vigilance — L’exposant doit être fixe

Le résultat ne permet pas de traiter \((1+\frac1n)^n\) en écrivant « la base tend vers \(1\), donc la puissance tend vers \(1\) ». Ici l’exposant varie avec \(n\). Ce serait un autre problème, qui ne relève pas de cette règle.

Propriété 8.13 — Valeur absolue

Si \(u_n\to L\), alors \(\left\lvert u_n\right\rvert\to\abs L\).

Démonstration.

L’inégalité triangulaire appliquée à \(u_n=(u_n-L)+L\) donne \(\left\lvert u_n\right\rvert-\abs L\leq\left\lvert u_n-L\right\rvert\). Appliquée à \(L=(L-u_n)+u_n\), elle donne \(\abs L-\left\lvert u_n\right\rvert\leq\left\lvert u_n-L\right\rvert\). Les deux inégalités réunies donnent \[\bigl|\left\lvert u_n\right\rvert-\abs L\bigr|\leq\left\lvert u_n-L\right\rvert.\] Pour chaque \(\varepsilon>0\), le membre de droite est inférieur à \(\varepsilon\) assez loin, donc celui de gauche aussi. C’est la définition de la limite annoncée.

\(\square\)

Propriété 8.14 — Racine carrée d’une suite positive

Si \(u_n\geq0\) aux rangs étudiés et si \(u_n\to L\geq0\), alors \[\sqrt{u_n}\longrightarrow\sqrt L.\]

Démonstration.

Si \(L>0\)

Le nombre \(\sqrt{u_n}+\sqrt L\) est au moins \(\sqrt L>0\). L’identité \((A-B)(A+B)=A^2-B^2\) donne \[\left\lvert \sqrt{u_n}-\sqrt L\right\rvert =\frac{\left\lvert u_n-L\right\rvert}{\sqrt{u_n}+\sqrt L} \leq\frac{\left\lvert u_n-L\right\rvert}{\sqrt L}.\] Une précision \(\varepsilon\sqrt L\) sur \(u_n-L\) fournit donc une précision \(\varepsilon\) sur les racines.

Si \(L=0\)

Pour une précision \(\varepsilon>0\), la convergence de \(u_n\) vers \(0\) garantit \(0\leq u_n<\varepsilon^2\) assez loin. La croissance de la racine carrée donne \(0\leq\sqrt{u_n}<\varepsilon\). La convergence vers \(0=\sqrt L\) est donc aussi établie.

\(\square\)

Exemple 8.15 — Une racine et une puissance autorisées

Pour \(n\geq1\), \(1+\frac4n\to1\) et cette expression est positive. Par la propriété précédente, \(\sqrt{1+\frac4n}\to1\). Par ailleurs, \(\frac1{n^2}=(\frac1n)^2\to0\), puisque l’exposant \(2\) est fixe.

Opérations avec une limite infinie : le signe fait partie du problème

Notation 8.16 — La notation \(0^+\) ou \(0^-\)

Écrire \(v_n\to0^+\) signifie : \(v_n\to0\) et \(v_n>0\) à partir d’un certain rang. Écrire \(v_n\to0^-\) impose de même un signe négatif définitif. Il s’agit toujours de la limite réelle \(0\), accompagnée d’une information de signe.

Sommes

Théorème 8.17 — Sommes déterminées

Dans le tableau, \(L\) désigne un réel quelconque. Les rôles de \(u_n\) et \(v_n\) peuvent être échangés.

Limite de \(u_n\) Limite de \(v_n\) Limite de \(u_n+v_n\)
\(L\) \(+\infty\) \(+\infty\)
\(L\) \(-\infty\) \(-\infty\)
\(+\infty\) \(+\infty\) \(+\infty\)
\(-\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\)

Le cas \(+\infty\) avec \(-\infty\) ne permet pas de conclure à partir des seules limites des deux suites.

Démonstration.

Une limite finie et \(+\infty\)

La suite \(u_n\to L\) est bornée. Choisissons \(B\geq0\) tel que \(-B\leq u_n\leq B\). Fixons un niveau \(A\). Comme \(v_n\to+\infty\), on a \(v_n>A+B\) assez loin. Alors \[u_n+v_n\geq-B+v_n>A.\] C’est la définition de la limite \(+\infty\).

Une limite finie et \(-\infty\)

Pour chaque niveau \(A\), on a \(v_n<A-B\) assez loin. Alors \(u_n+v_n\leq B+v_n<A\), ce qui prouve la limite \(-\infty\).

Deux limites \(+\infty\)

Pour un niveau \(A\), les deux suites sont chacune supérieures à \(\frac A2\) assez loin. Après le plus grand des deux seuils, leur somme dépasse \(A\). Pour deux limites \(-\infty\), demander que chacune soit inférieure à \(\frac A2\) donne une somme inférieure à \(A\). Les quatre lignes sont ainsi démontrées.

\(\square\)

Produits

Lemme 8.18 — Transformer le signe d’une limite infinie

Une suite \(w_n\) tend vers \(-\infty\) si et seulement si \(-w_n\) tend vers \(+\infty\). Si \(w_n\to+\infty\) et \(c>0\), alors \(cw_n\to+\infty\).

Démonstration.

L’inégalité \(w_n<A\) équivaut à \(-w_n>-A\). Quand \(A\) parcourt tous les réels, \(-A\) aussi : les deux définitions sont équivalentes. Pour le multiple positif, \(cw_n>A\) équivaut à \(w_n>\frac Ac\), et la définition de \(+\infty\) fournit le seuil.

\(\square\)

Théorème 8.19 — Produits déterminés par le signe

Supposons qu’au moins l’un des deux facteurs tende vers une limite infinie, et que l’autre tende soit vers une limite infinie, soit vers un réel non nul. Alors la valeur absolue du produit tend vers \(+\infty\), et son signe définitif décide de la direction :

Signe définitif de \(u_n\) Signe définitif de \(v_n\) Limite du produit
positif positif \(+\infty\)
négatif négatif \(+\infty\)
positif négatif \(-\infty\)
négatif positif \(-\infty\)

Si l’un tend vers \(0\) et l’autre vers un infini, ces seules informations ne suffisent pas.

Démonstration.

Un facteur vers un réel non nul

Supposons \(u_n\to L\ne0\), et \(\left\lvert v_n\right\rvert\to+\infty\). Assez loin, \(\left\lvert u_n\right\rvert\geq\frac{\abs L}{2}>0\). Pour tout niveau \(A>0\), on peut aussi avoir \(\left\lvert v_n\right\rvert>\frac{2A}{\abs L}\). Alors \[\left\lvert u_nv_n\right\rvert=\left\lvert u_n\right\rvert\left\lvert v_n\right\rvert \geq\frac{\abs L}{2}\left\lvert v_n\right\rvert>A.\] Pour un niveau \(A\leq0\), la positivité définitive du module suffit déjà. Sa limite est donc \(+\infty\).

Deux facteurs de module infini

Pour un niveau \(A>0\), on a assez loin \(\left\lvert u_n\right\rvert>A\) et \(\left\lvert v_n\right\rvert\geq1\). Donc \(\left\lvert u_nv_n\right\rvert>A\). La conclusion sur le module est encore \(+\infty\).

Retrouver la direction

Chaque limite non nulle impose un signe définitif à son facteur, y compris pour les limites infinies. Des signes identiques donnent un produit positif, égal à son module ; des signes opposés donnent l’opposé du module. Le lemme précédent donne alors les quatre directions du tableau.

\(\square\)

Exemple 8.20 — Un coefficient négatif change la direction

Pour \(n\geq1\), \(-2+\frac1n\to-2<0\) et \(n^2\to+\infty\). Le produit \[\left(-2+\frac1n\right)n^2=-2n^2+n\] tend donc vers \(-\infty\). Il ne suffit pas de remarquer que \(n^2\) est très grand : le signe de l’autre facteur est déterminant.

Inverses et quotients

Propriété 8.21 — Inverse d’un module qui devient infini

Si \(\left\lvert v_n\right\rvert\to+\infty\), alors \(v_n\ne0\) assez loin et \(\frac1{v_n}\to0\). Plus généralement, si \((u_n)\) est bornée et \(\left\lvert v_n\right\rvert\to+\infty\), alors \(\frac{u_n}{v_n}\to0\).

Démonstration.

Choisissons une borne \(B\geq1\) telle que \(\left\lvert u_n\right\rvert\leq B\). Pour \(\varepsilon>0\), la limite de \(\left\lvert v_n\right\rvert\) permet d’imposer \(\left\lvert v_n\right\rvert>\frac B\varepsilon>0\) assez loin. Alors \[\left\lvert \frac{u_n}{v_n}\right\rvert=\frac{\left\lvert u_n\right\rvert}{\left\lvert v_n\right\rvert} \leq\frac B{\left\lvert v_n\right\rvert}<\varepsilon.\] Le quotient tend vers \(0\). L’inverse correspond au numérateur constant \(1\), qui est borné. Le dénominateur n’a pas besoin de garder le même signe : son module doit devenir infini.

\(\square\)

Propriété 8.22 — Inverse d’une suite tendant vers zéro avec un signe

Si \(v_n\to0^+\), alors \(\frac1{v_n}\to+\infty\). Si \(v_n\to0^-\), alors \(\frac1{v_n}\to-\infty\).

Démonstration.

Dans le premier cas, les termes sont positifs assez loin. Fixons un niveau réel \(A\), et choisissons un réel \(C>\max(A,0)\). La convergence vers \(0\) donne, assez loin, \(0<v_n<\frac1C\). En prenant l’inverse de deux nombres positifs, l’ordre s’inverse : \(\frac1{v_n}>C>A\). Cela prouve \(+\infty\).

Dans le second cas, \(-v_n\to0^+\). Le premier résultat donne \(\frac1{-v_n}\to+\infty\), donc \(\frac1{v_n}=-\frac1{-v_n}\to-\infty\).

\(\square\)

Corollaire 8.23 — Lire les quotients avec des infinis

Les règles suivantes concernent une fin de suite où le quotient est défini.

  1. Une limite finie au numérateur, avec un dénominateur de module infini, donne \(0\).

  2. Un numérateur de limite réelle non nulle et un dénominateur tendant vers \(0\) avec un signe définitif donnent une limite infinie. Le signe du quotient est le produit des signes du numérateur et du dénominateur.

  3. Un numérateur de limite infinie et un dénominateur de limite réelle non nulle donnent une limite infinie, avec la même règle des signes.

  4. Un numérateur de limite infinie et un dénominateur tendant vers \(0\) avec un signe définitif donnent aussi une limite infinie, avec la même règle des signes.

Un quotient de deux limites nulles, ou de deux modules infinis, ne se décide pas par ces seules informations.

Démonstration.

Le premier cas utilise la bornitude d’une suite convergente et la proposition sur un numérateur borné.

Pour le deuxième, l’inverse du dénominateur tend vers un infini signé ; le multiplier par le numérateur, de limite non nulle, relève du théorème des produits infinis.

Pour le troisième, l’inverse du dénominateur tend vers un réel non nul, de même signe que le dénominateur limite. On applique encore le théorème du produit.

Dans le quatrième, l’inverse et le numérateur ont tous deux des limites infinies signées : le produit est traité par le même théorème. Les changements de signe sont donc justifiés par des produits, et non par une prétendue division de nombres appelés « infinis ».

\(\square\)

Exemple 8.24 — La limite zéro du dénominateur ne suffit pas

Pour \(n\geq1\), \[\frac1{\frac1n}=n\to+\infty, \qquad \frac1{-\frac1n}=-n\to-\infty.\] Si \(v_n=\frac{(-1)^n}{n}\), alors \(v_n\to0\), car \(\left\lvert v_n\right\rvert=\frac1n\). Mais \[\frac1{v_n}=(-1)^n n\] prend des valeurs positives arbitrairement grandes aux rangs pairs et négatives arbitrairement grandes en module aux rangs impairs. Il n’a ni limite réelle ni limite infinie. L’information de signe était donc indispensable.

Point de vigilance — Réparer « diviser par une limite nulle donne toujours \(+\infty\) »

Une copie affirme : « Le numérateur tend vers \(2\), le dénominateur vers \(0\), donc le quotient tend vers \(+\infty\). » Il manque au moins une information sur la non-nullité et le signe du dénominateur. Par exemple, pour \(n\geq0\), le quotient \(\frac2{-\frac1{n+1}}=-2(n+1)\) tend vers \(-\infty\), alors que ses morceaux ont bien les deux limites annoncées.

Le premier geste de réparation consiste à examiner le dénominateur avant d’annoncer un infini signé. Le résultat « inverse d’une suite tendant vers zéro » distingue explicitement \(0^+\) et \(0^-\).

À vous 8.25 — Nouvel essai : un signe définitif, puis un signe qui alterne

Pour \(n\geq0\), on pose \[a_n=5-\frac1{n+1},\qquad b_n=-\frac2{n+1},\qquad d_n=\frac{(-1)^n}{n+1}.\]

  1. Vérifier que les quotients \(\frac{a_n}{b_n}\) et \(\frac{a_n}{d_n}\) sont définis à tous les rangs.

  2. Étudier la limite de \(\frac{a_n}{b_n}\) en énonçant les informations de signe, puis contrôler la conclusion par une réécriture exacte.

  3. La même conclusion s’applique-t-elle à \(\frac{a_n}{d_n}\) ? Simplifier ce quotient, examiner les rangs pairs et impairs, puis expliquer précisément quelle hypothèse de la règle manque.

Correction de l’activité 8.25

1. D’abord le droit de diviser

Le nombre \(n+1\) est positif. Ainsi \(b_n\) est strictement négatif et non nul. Le numérateur \((-1)^n\) de \(d_n\) vaut \(1\) ou \(-1\), jamais zéro ; \(d_n\) est donc non nul lui aussi. Les deux quotients existent à tous les rangs annoncés.

2. Une limite infinie avec un signe déterminé

La suite \(a_n\) tend vers \(5>0\), tandis que \(b_n\to0^-\). L’inverse de \(b_n\) tend donc vers \(-\infty\), et le produit avec \(a_n\) donne \(\frac{a_n}{b_n}\to-\infty\).

Pour contrôler sans seulement répéter la règle, écrivons \(a_n=\frac{5n+4}{n+1}\). Puisque \(n+1\ne0\), \[\frac{a_n}{b_n} =\frac{\frac{5n+4}{n+1}}{-\frac2{n+1}} =-\frac{5n+4}{2}.\] Cette expression affine tend bien vers \(-\infty\). Le signe négatif n’était pas accessoire.

3. Un dénominateur non nul peut tout de même changer de signe

On obtient maintenant \[\frac{a_n}{d_n}=(5n+4)(-1)^n.\] Aux rangs pairs \(n=2k\), ce quotient vaut \(10k+4\) et devient arbitrairement grand. Aux rangs impairs \(n=2k+1\), il vaut \(-(10k+9)\) et devient arbitrairement négatif. Les deux types de rangs se rencontrent après chaque seuil. Le quotient ne peut donc tendre ni vers \(+\infty\) ni vers \(-\infty\). Il n’a pas non plus de limite réelle, car il n’est pas borné.

La limite \(d_n\to0\) est bien vraie, puisque \(\left\lvert d_n\right\rvert=\frac1{n+1}\to0\). Ce qui manque est un signe définitif du dénominateur. Revenir à la copie erronée : une limite nulle seule ne décide pas du signe, ni même de l’existence d’une limite du quotient.

Quatre formes indéterminées : une invitation à transformer

Définition 8.26 — Forme indéterminée

On parle de forme indéterminée lorsque les seules limites des morceaux d’une expression ne permettent pas d’en déduire la limite de l’ensemble. Cela ne signifie pas que la suite n’a pas de limite ; cela signifie qu’il manque une information, souvent révélée par une transformation exacte.

Les quatre situations usuelles ci-dessous sont des descriptions de comportements, pas des égalités avec des nombres infinis. Tous les exemples du tableau sont définis pour \(n\geq1\).

Forme Une première issue Une autre issue
\(\infty-\infty\) \((n+1)-n=1\) \(2n-n=n\to+\infty\)
\(0\times\infty\) \(\frac1n\times n=1\) \(\frac1{n^2}\times n=\frac1n\to0\)
\(\frac00\) \(\dfrac{\frac1n}{\frac1n}=1\) \(\dfrac{\frac1n}{\frac1{n^2}}=n\to+\infty\)
\(\frac\infty\infty\) \(\frac{2n}{n}=2\) \(\frac n{n^2}=\frac1n\to0\)

Exemple 8.27 — Une issue peut même être l’absence de limite

Dans \((n+(-1)^n)-n\), les deux morceaux \(n+(-1)^n\) et \(n\) tendent vers \(+\infty\). Pour le premier, le minorant \(n-1\) dépasse chaque niveau assez loin. Pourtant leur différence est exactement \((-1)^n\), qui ne converge pas.

La forme « infini moins infini » peut donc donner une limite finie, une limite infinie ou une absence de limite. Il faut examiner l’expression réelle, pas choisir arbitrairement l’une de ces possibilités.

Point de vigilance — Un zéro exact n’est pas seulement une limite nulle

La suite \(0\times n\) est exactement nulle à chaque rang, donc sa limite vaut \(0\). Il n’y a rien d’indéterminé après avoir utilisé cette égalité. Le problème apparaît lorsque l’on sait seulement qu’un facteur tend vers \(0\), sans être identiquement nul.

Quotients de polynômes : faire apparaître des termes de limite connue

Méthode 8.28 — Normaliser, sans supprimer des termes

Dans un quotient de polynômes en \(n\), diviser tout le numérateur et tout le dénominateur par une même puissance de \(n\), non nulle sur le domaine retenu. Le choix vise à obtenir des constantes et des termes du type \(\frac1n\), \(\frac1{n^2}\), etc.

On n’efface pas les termes jugés « petits ». On écrit une expression égale à l’expression initiale, puis on constate que certains morceaux de cette nouvelle expression tendent vers \(0\).

Exemple 8.29 — Même degré au numérateur et au dénominateur

Étudions, pour \(n\geq0\), \[a_n=\frac{2n^2-3n+1}{n^2+4}.\] Le dénominateur est au moins \(4\), donc l’expression est définie. Les deux polynômes tendent vers \(+\infty\), mais la forme du quotient ne permet pas une conclusion immédiate.

Pourquoi choisir \(n^2\)

Il s’agit de la plus grande puissance présente dans chaque polynôme. La division fera apparaître des constantes non nulles au numérateur et au dénominateur. On restreint la transformation à \(n\geq1\), pour avoir \(n^2\ne0\). \[\begin{align*} a_n &=\frac{\dfrac{2n^2-3n+1}{n^2}}{\dfrac{n^2+4}{n^2}}\\ &=\frac{\dfrac{2n^2}{n^2}-\dfrac{3n}{n^2}+\dfrac1{n^2}}{\dfrac{n^2}{n^2}+\dfrac4{n^2}}\\ &=\frac{2-\frac3n+\frac1{n^2}}{1+\frac4{n^2}}. \end{align*}\] On a \(\frac1n\to0\), puis \(\frac1{n^2}=(\frac1n)^2\to0\). Par somme et multiples, le numérateur transformé tend vers \(2\), le dénominateur vers \(1\ne0\). Le quotient tend donc vers \(2\).

Le terme de rang \(0\) vaut \(\frac14\), même si la nouvelle écriture n’y est pas utilisable. La transformation sur \(n\geq1\) suffit pour la limite et n’efface pas ce terme du domaine original.

Exemple 8.30 — Numérateur de degré plus petit

Pour \(n\geq1\), posons \(b_n=\frac{3n-1}{2n^2+5}\). Diviser haut et bas par \(n^2>0\) donne \[b_n=\frac{\frac3n-\frac1{n^2}}{2+\frac5{n^2}}.\] Chaque terme du numérateur transformé tend vers \(0\), tandis que le dénominateur tend vers \(2\ne0\). Donc \(b_n\to0\). La conclusion vient de la règle du quotient dans une écriture désormais déterminée.

Exemple 8.31 — Numérateur de degré plus grand : conserver le signe

Pour \(n\geq1\), étudions \(c_n=\frac{-2n^3+n}{n^2+1}\). Factorisons les puissances dominantes : \[\begin{align*} c_n &=\frac{n^3\left(-2+\frac1{n^2}\right)}{n^2\left(1+\frac1{n^2}\right)}\\ &=n\frac{-2+\frac1{n^2}}{1+\frac1{n^2}}. \end{align*}\] Le quotient final tend vers \(-2\), limite finie strictement négative ; le facteur \(n\) tend vers \(+\infty\). Le théorème du produit infini donne \(c_n\to-\infty\).

Dire uniquement « le degré du haut est plus grand » serait incomplet : cette observation ne donne pas le signe de la limite infinie.

Différences de racines : créer un produit conjugué

Rappel utile — L’identité utilisée

Pour tous réels \(A,B\), \[(A-B)(A+B)=A^2+AB-BA-B^2=A^2-B^2.\] Le terme \(A+B\) est appelé ici le conjugué de \(A-B\). Multiplier une fraction en haut et en bas par ce conjugué ne change sa valeur que si le conjugué est non nul.

Exemple 8.32 — Une différence dont la limite n’est pas zéro

Pour \(n\geq1\), on pose \(a_n=\sqrt{n^2+n}-n\). Les deux termes deviennent arbitrairement grands : la soustraction est indéterminée.

Pourquoi choisir un conjugué

Il transforme une différence contenant une racine en une différence de carrés, où la racine disparaît. Le nombre \(\sqrt{n^2+n}+n\) est positif, donc on peut multiplier par son quotient avec lui-même : \[\begin{align*} a_n &=\frac{(\sqrt{n^2+n}-n)(\sqrt{n^2+n}+n)}{\sqrt{n^2+n}+n}\\ &=\frac{(n^2+n)-n^2}{\sqrt{n^2+n}+n}\\ &=\frac{n}{\sqrt{n^2+n}+n}. \end{align*}\] Les deux termes \(n^2\) s’annulent exactement ; il reste \(n\), pas \(0\).

Normaliser le dénominateur

Comme \(n>0\), \[\sqrt{n^2+n}=\sqrt{n^2\left(1+\frac1n\right)} =n\sqrt{1+\frac1n}.\] On utilise \(\sqrt{n^2}=\abs n=n\), grâce au signe de \(n\). Diviser le numérateur et tout le dénominateur par \(n\ne0\) donne \[a_n=\frac1{\sqrt{1+\frac1n}+1}.\] Le radicand tend vers \(1\) en restant positif ; la racine tend donc vers \(1\). Le dénominateur tend vers \(2\ne0\), d’où \[\lim_{n\to+\infty}a_n=\frac12.\] Les deux termes initiaux ont beau devenir très proches en proportion, leur différence ne tend pas vers \(0\). Le calcul exact tranche la question.

Exemple 8.33 — Un produit indéterminé traité par la même idée

Pour \(n\geq1\), étudions \[b_n=n\bigl(\sqrt{n^2+1}-n\bigr).\] Le conjugué positif donne d’abord \[\sqrt{n^2+1}-n=\frac1{\sqrt{n^2+1}+n}.\] Le dénominateur est au moins \(2n\). Vérifions sa limite directement, sans anticiper le théorème de comparaison du chapitre suivant. Pour tout niveau réel \(A\), choisissons un entier \(N\geq1\) tel que \(2N>A\). Pour tout \(n\geq N\), \[\sqrt{n^2+1}+n\geq2n\geq2N>A.\] Ce dénominateur tend donc vers \(+\infty\). Son inverse tend vers \(0\), d’après la propriété déjà démontrée ; ainsi \(\sqrt{n^2+1}-n\to0\). Le produit avec \(n\to+\infty\) est pourtant indéterminé si l’on s’arrête à ces deux limites.

Conservons plutôt l’égalité exacte : \[\begin{align*} b_n &=\frac n{\sqrt{n^2+1}+n}\\ &=\frac1{\sqrt{1+\frac1{n^2}}+1}. \end{align*}\] Le dénominateur tend vers \(2\), donc \(b_n\to\frac12\). La bonne transformation révèle comment les deux comportements se compensent.

S’entraîner au choix et conserver le détail de la correction

À vous 8.34 — Essai guidé : un quotient à normaliser

Pour \(n\geq1\), calculer la limite de \[u_n=\frac{3n^2-2n}{n^2+4}.\] Écrire la division de chaque terme avant de prendre une limite. Nommer ensuite les limites du haut et du bas, et la condition qui autorise le quotient.

Correction de l’activité 8.34

Le dénominateur initial est positif. Nous divisons haut et bas par \(n^2\ne0\) : \[\begin{align*} u_n &=\frac{\frac{3n^2}{n^2}-\frac{2n}{n^2}}{\frac{n^2}{n^2}+\frac4{n^2}}\\ &=\frac{3-\frac2n}{1+\frac4{n^2}}. \end{align*}\] La suite \(\frac1n\) tend vers \(0\), et son carré \(\frac1{n^2}\) aussi. Le numérateur transformé tend vers \(3\), le dénominateur vers \(1\). Comme \(1\ne0\), le théorème du quotient s’applique et donne \(u_n\to3\).

Le terme \(-2n\) n’a pas été supprimé : il a été transformé en \(-\frac2n\), dont la limite est connue. C’est ce passage exact qui rend le calcul légitime.

À vous 8.35 — Choisir sans que la méthode soit annoncée

Déterminer les limites suivantes pour \(n\geq1\). Avant chaque calcul, écrire ce qui empêche ou permet une application directe des opérations. \[a_n=\sqrt{n^2+4n}-n, \qquad b_n=n\left(\frac1n-\frac1{n^2}\right), \qquad c_n=\frac{5n^2+1}{2n+3}.\]

Correction de l’activité 8.35

A. Reconnaître une soustraction indéterminée

Les deux termes de \(a_n\) tendent vers \(+\infty\). Le conjugué \(\sqrt{n^2+4n}+n\) est positif. Il donne \[\begin{align*} a_n &=\frac{(n^2+4n)-n^2}{\sqrt{n^2+4n}+n}\\ &=\frac{4n}{n\sqrt{1+\frac4n}+n}\\ &=\frac4{\sqrt{1+\frac4n}+1}. \end{align*}\] La deuxième ligne utilise \(n>0\), et la troisième une simplification par ce facteur non nul. Le radicand tend vers \(1\), donc le dénominateur tend vers \(2\ne0\). Ainsi \(a_n\to2\).

B. Une distribution suffit

La parenthèse de \(b_n\) tend vers \(0\) et le facteur \(n\) vers \(+\infty\) : le produit est indéterminé. Distribuer \(n\) sur chacun des termes donne \[b_n=n\times\frac1n-n\times\frac1{n^2}=1-\frac1n.\] La suite tend donc vers \(1\). Il n’était pas nécessaire d’utiliser une transformation plus compliquée.

C. Faire apparaître un facteur de signe connu

Le quotient initial est de forme \(\infty/\infty\). Pour \(n\geq1\), \[c_n=\frac{n^2\left(5+\frac1{n^2}\right)}{n\left(2+\frac3n\right)} =n\frac{5+\frac1{n^2}}{2+\frac3n}.\] Le dernier quotient tend vers \(\frac52>0\), tandis que \(n\to+\infty\). Le produit tend donc vers \(+\infty\).

Critères de contrôle. Une transformation égale à l’expression initiale ; des diviseurs non nuls ; une limite non nulle au dénominateur lorsque la règle du quotient est invoquée ; le signe du facteur lorsqu’une limite infinie est obtenue.

Point de vigilance — Réparer une division distribuée sur une somme

Une copie écrit \(\frac{n^2+1}{n^2}=1+1\). La première erreur consiste à ne pas diviser le second terme du numérateur par \(n^2\). L’écriture correcte, pour \(n\ne0\), est \[\frac{n^2+1}{n^2}=\frac{n^2}{n^2}+\frac1{n^2}=1+\frac1{n^2}.\] Le cas simple \(n=3\) contrôle la différence : \(\frac{9+1}{9}=\frac{10}{9}=1+\frac19\), qui n’est pas \(2\).

À vous 8.36 — Nouvel essai après la réparation

Pour \(n\geq1\), réécrire \(\frac{5n^2+3n-2}{n^2}\) en séparant les trois divisions. En déduire la limite, puis expliquer pourquoi le résultat ne s’obtient pas en « supprimant les petits termes » dans l’expression initiale.

Correction de l’activité 8.36

Chaque terme du numérateur est divisé par le même nombre non nul \(n^2\) : \[\frac{5n^2+3n-2}{n^2} =\frac{5n^2}{n^2}+\frac{3n}{n^2}-\frac2{n^2} =5+\frac3n-\frac2{n^2}.\] Les deux dernières fractions tendent vers \(0\), donc la limite est \(5\). Elles sont encore présentes dans une égalité exacte à chaque rang ; c’est seulement lors du passage à la limite que leurs contributions deviennent nulles. Revenir ensuite à la copie initiale et rétablir le terme \(\frac1{n^2}\) manquant.

À vous 8.37 — À reprendre après un délai : données différentes, mêmes exigences

  1. Déterminer la limite de \(\frac{-4n^2+3}{2n^2-n+1}\), pour \(n\geq1\).

  2. Déterminer la limite de \(\sqrt{n^2+6n+1}-n\), pour \(n\geq1\).

  3. Donner deux produits dont un facteur tend vers \(0\) et l’autre vers \(+\infty\), mais dont les limites finales sont différentes.

  4. Pourquoi une suite de limite \(-2\) peut-elle être utilisée au dénominateur assez loin ? Quelle affirmation analogue serait fausse pour une limite \(0\) ?

Correction de l’activité 8.37

1. Un quotient et un signe

Pour \(n\geq1\), \(2n^2-n+1=n(2n-1)+1>0\). La division par \(n^2\) donne \[\frac{-4+\frac3{n^2}}{2-\frac1n+\frac1{n^2}}.\] Le haut tend vers \(-4\), le bas vers \(2\ne0\). La limite est \(-2\).

2. Conjugué puis normalisation

Le conjugué est positif. L’identité des carrés donne \[\begin{align*} \sqrt{n^2+6n+1}-n &=\frac{6n+1}{\sqrt{n^2+6n+1}+n}\\ &=\frac{6+\frac1n}{\sqrt{1+\frac6n+\frac1{n^2}}+1}. \end{align*}\] La dernière étape divise par \(n>0\) et utilise \(\sqrt{n^2}=n\). Le numérateur tend vers \(6\), le dénominateur vers \(2\), donc la limite est \(3\).

3. Un contre-exemple à une règle automatique

Sur \(n\geq1\), \(\frac1{n^2}\times n=\frac1n\to0\), tandis que \(\frac1n\times n^2=n\to+\infty\). Les facteurs ont pourtant les mêmes limites annoncées : \(0\) et \(+\infty\). Leurs seules limites ne déterminent donc pas celle du produit.

4. Protéger la division

Une bande de rayon \(1\) autour de \(-2\) place les termes assez loin dans \(]-3;-1[\). Ils sont donc non nuls et même de valeur absolue supérieure à \(1\). Pour une limite \(0\), aucun éloignement positif de zéro n’est garanti ; la suite pourrait même avoir une infinité de termes nuls. On ne peut donc pas automatiquement former ses inverses.

À retenir — Une limite calculée est une chaîne de justifications

Identifier la structure ; vérifier le domaine ; reconnaître une règle applicable ou une indétermination ; transformer par des égalités exactes ; retrouver des limites connues ; vérifier les conditions de l’opération finale. Les règles se démontrent à partir des erreurs et des seuils ; elles ne permettent jamais de calculer avec \(\infty\) comme avec un nombre réel.

9. Comparer et encadrer pour obtenir une limite

— Ce que vous allez apprendre

Choisir une borne dans le bon sens, construire deux bornes qui se rapprochent, traiter une oscillation sans chercher une limite qui n’existe pas, et contrôler la précision d’une approximation. Les encadrements seront fabriqués et expliqués, pas seulement annoncés.

Rappel utile — Les trois idées utilisées

Une limite \(+\infty\) signifie que tous les termes assez loin dépassent chaque niveau réel ; une limite \(-\infty\) signifie qu’ils passent sous chaque niveau. Une limite réelle \(L\) signifie que tous les termes assez loin sont dans chaque bande \(]L-\varepsilon;L+\varepsilon[\), où \(\varepsilon>0\).

Pour comparer des expressions, additionner un même nombre conserve l’ordre. Multiplier ou diviser par un nombre strictement positif conserve l’ordre ; un nombre strictement négatif le renverse. Un diviseur doit être non nul. Enfin, \(-1\leq(-1)^n\leq1\) à tous les rangs : cette information de borne reste vraie même si \((-1)^n\) n’a pas de limite.

Les suites \(n\) et \(n^2\) tendent vers \(+\infty\), tandis que \(\frac1{n+1}\to0\). Par exemple, \(N+1>\frac1\varepsilon\) garantit \(\frac1{n+1}<\varepsilon\) pour tout \(n\geq N\). Les sommes et multiples de limites finies se traitent en additionnant et en multipliant ces limites.

Une borne vraie n’est pas toujours une borne utile

À vous 9.1 — Trouver ce que les données permettent

Pour chaque affirmation, dire si la conclusion est certaine. Si elle ne l’est pas, proposer une suite qui vérifie la donnée mais contredit la conclusion.

  1. \(u_n\leq n\) pour tous \(n\geq0\), donc \(u_n\to+\infty\).

  2. \(u_n\geq n\) pour tous \(n\geq0\), donc \(u_n\to+\infty\).

  3. \(-1\leq u_n\leq1\) pour tous \(n\), donc \(u_n\) converge.

Correction de l’activité 9.1

1. Une borne supérieure qui monte ne pousse pas la suite

La suite constante \(u_n=0\) vérifie \(u_n\leq n\), mais sa limite vaut \(0\). La conclusion n’est pas certaine.

2. Une borne inférieure qui dépasse tous les niveaux suffit

Fixons un niveau \(A\). Pour tous les rangs assez grands, \(n>A\). On a alors \(u_n\geq n>A\). La définition de \(+\infty\) est vérifiée : cette conclusion est certaine.

3. Deux bornes fixes distinctes ne forcent pas un rapprochement

La suite \((-1)^n\) reste entre \(-1\) et \(1\) sans converger. L’encadrement assure la bornitude, pas la convergence.

Si vous avez confondu les deux premières questions, relire l’inégalité en mots : « être au-dessus de quelque chose qui monte sans limite » impose un mouvement vers le haut, alors qu’« être en dessous » laisse de nombreuses possibilités.

Comparaisons pour une limite infinie

Théorème 9.2 — Comparaison vers \(+\infty\)

Si \(u_n\geq v_n\) à partir d’un certain rang et si \(v_n\to+\infty\), alors \(u_n\to+\infty\).

Démonstration.

Fixons un réel \(A\). La limite \(v_n\to+\infty\) fournit un rang \(N_1\) tel que \(v_n>A\) pour tous \(n\geq N_1\). La comparaison \(u_n\geq v_n\) est vraie pour tous les rangs au moins égaux à un certain \(N_0\).

Prenons \(N\) au moins égal à ces deux seuils. Pour chaque \(n\geq N\), les deux informations sont simultanément disponibles : \[u_n\geq v_n>A.\] Tous les termes de \(u\) assez loin dépassent le niveau arbitraire \(A\). C’est exactement la définition de \(u_n\to+\infty\).

\(\square\)

Théorème 9.3 — Comparaison vers \(-\infty\)

Si \(u_n\leq v_n\) à partir d’un certain rang et si \(v_n\to-\infty\), alors \(u_n\to-\infty\).

Démonstration.

Pour un niveau réel \(A\), la limite de \(v\) donne \(v_n<A\) après un seuil. On prend aussi un rang où \(u_n\leq v_n\). Pour tous les rangs au-delà du plus grand de ces deux seuils, \[u_n\leq v_n<A.\] La suite \(u\) satisfait donc la définition de \(-\infty\). La borne utile est ici supérieure, car elle pousse vers le bas.

\(\square\)

Méthode 9.4 — Choisir la direction avant de chercher la borne

Pour démontrer \(+\infty\), chercher un minorant dont la limite est \(+\infty\). Pour démontrer \(-\infty\), chercher un majorant dont la limite est \(-\infty\).

La borne doit être vraie sur tous les rangs à partir d’un seuil identifié. Elle n’a pas besoin d’être la plus précise possible : elle doit être assez simple pour que sa limite soit connue et dans le bon sens pour entraîner la conclusion.

Exemple 9.5 — Utiliser un terme positif plutôt que calculer tout

Pour \(n\geq0\), on pose \[u_n=n^2+\frac{2n+1}{n+3}.\] Le quotient est positif : son numérateur est au moins \(1\), son dénominateur au moins \(3\). Ajouter ce quotient à \(n^2\) donne donc \[u_n\geq n^2.\] La suite \(n^2\) tend vers \(+\infty\), et la comparaison est dans le bon sens. Ainsi \(u_n\to+\infty\).

On aurait pu calculer la limite du quotient séparément, mais cela n’est pas nécessaire. Le premier geste utile était d’examiner son signe, puisque l’autre terme fournissait déjà un minorant divergent.

Exemple 9.6 — Un terme oscillant devant une divergence négative

Pour \(n\geq0\), posons \(v_n=-n^2+(-1)^n\). Comme \((-1)^n\leq1\), \[v_n\leq-n^2+1.\] Le majorant tend vers \(-\infty\). Pour le vérifier par les niveaux, la condition \(-n^2+1<A\) équivaut à \(n^2>1-A\), que tous les rangs assez grands satisfont. Le théorème de comparaison donne donc \(v_n\to-\infty\).

La minoration \(v_n\geq-n^2-1\) est elle aussi vraie, mais elle ne suffirait pas à cette conclusion. Une borne vraie et une borne utile ne sont pas la même chose.

À vous 9.7 — Essai guidé : mettre une oscillation de côté

Pour \(n\geq0\), étudier la limite de \[w_n=3n+2(-1)^n.\]

  1. Encadrer \(2(-1)^n\) entre deux constantes.

  2. Choisir dans cet encadrement la borne utile pour une limite \(+\infty\).

  3. Justifier la limite de la borne construite, puis conclure.

Correction de l’activité 9.7

La multiplication de \(-1\leq(-1)^n\leq1\) par \(2>0\) donne \[-2\leq2(-1)^n\leq2.\] Pour une limite positive infinie, nous choisissons la borne inférieure. Ajouter \(3n\) donne \(w_n\geq3n-2\).

Fixons un niveau \(A\). La condition \(3n-2>A\) équivaut à \(n>\frac{A+2}{3}\). Tous les rangs assez grands la satisfont, donc \(3n-2\to+\infty\). Par comparaison, \(w_n\to+\infty\).

Le facteur oscillant ne possède pas de limite, mais sa borne suffit. Il aurait été incorrect de lui inventer une limite \(0\) sous prétexte que ses valeurs positives et négatives se compensent « en moyenne ».

Point de vigilance — Réparer une comparaison placée du mauvais côté

Une copie écrit : « \(u_n\leq n+2\) et \(n+2\to+\infty\), donc \(u_n\to+\infty\). » La conclusion ne suit pas : une borne supérieure qui monte n’oblige pas la suite située en dessous à monter elle aussi. La suite constante \(u_n=0\) respecte l’inégalité pour \(n\geq0\) et réfute la conclusion.

Pour prouver \(+\infty\), la borne utile doit se trouver en dessous de la suite. Pour prouver \(-\infty\), elle doit au contraire se trouver au-dessus. Réparer le raisonnement consiste à construire cette autre borne, pas à changer seulement le nom du théorème.

À vous 9.8 — Nouvel essai : corriger le sens pour une limite négative

Pour \(n\geq0\), posons \(h_n=-2n+3(-1)^n\). Une copie utilise la minoration \(h_n\geq-2n-3\) pour conclure \(h_n\to-\infty\).

  1. La minoration est-elle vraie ? Suffit-elle à la conclusion ? Donner un contre-exemple à cette implication générale.

  2. Construire la borne utile et démontrer sa limite par un niveau réel \(A\) quelconque.

  3. Conclure pour \(h_n\), puis expliquer ce qui a réellement été réparé dans la copie.

Correction de l’activité 9.8

1. Une donnée juste, une conséquence injustifiée

De \(-1\leq(-1)^n\leq1\), on déduit bien \(-3\leq3(-1)^n\), puis \(-2n-3\leq h_n\). Mais une suite située au-dessus d’une quantité qui descend peut rester constante : \(v_n=0\) vérifie \(v_n\geq-2n-3\) pour \(n\geq0\), sans tendre vers \(-\infty\). La minoration ne suffisait pas.

2. Construire une borne supérieure qui descend

L’autre moitié de l’encadrement, \(3(-1)^n\leq3\), donne \[h_n\leq-2n+3.\] Fixons un niveau réel \(A\). Résoudre \(-2n+3<A\) donne \(-2n<A-3\), puis \(n>\frac{3-A}{2}\), car diviser par \(-2\) renverse l’inégalité. Choisissons un entier \(N\geq0\) supérieur à cette dernière quantité. Pour tout \(n\geq N\), \(-2n+3<A\). Ainsi le majorant tend vers \(-\infty\).

3. Faire agir la comparaison dans le bon sens

Pour tous les rangs assez grands, \(h_n\leq-2n+3<A\). Cela prouve \(h_n\to-\infty\). La conclusion de la copie était finalement vraie pour cette suite particulière, mais sa première justification ne la démontrait pas. La réparation a remplacé un minorant inutile par un majorant adapté.

Le théorème des gendarmes : deux bornes de même limite

Théorème 9.9 — Théorème des gendarmes

Supposons que, à partir d’un certain rang, \[a_n\leq u_n\leq b_n.\] Si les deux suites \((a_n)\) et \((b_n)\) convergent vers le même réel \(L\), alors \(u_n\to L\).

Démonstration.

Fixons une précision \(\varepsilon>0\). La convergence de \(a_n\) vers \(L\) donne notamment \(a_n>L-\varepsilon\) après un seuil \(N_1\). Celle de \(b_n\) donne notamment \(b_n<L+\varepsilon\) après un seuil \(N_2\).

L’encadrement est valable après un seuil \(N_0\). Prenons un entier \(N\) au moins égal à \(N_0,N_1,N_2\). Pour chaque \(n\geq N\), \[L-\varepsilon<a_n\leq u_n\leq b_n<L+\varepsilon.\] Ainsi \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<\varepsilon\). La précision étant quelconque, la définition de la convergence vers \(L\) est satisfaite.

La preuve n’a supposé ni la monotonie de \(u_n\), ni l’existence préalable de sa limite. C’est précisément le théorème qui établit cette existence et sa valeur.

\(\square\)

Exemple 9.10 — Une oscillation dont l’amplitude diminue

Pour \(n\geq0\), on étudie \[u_n=3+\frac{(-1)^n}{n+1}.\] Le terme \((-1)^n\) ne converge pas. Nous n’allons donc pas utiliser une règle de quotient qui demanderait sa limite.

Encadrer le morceau difficile

On sait \(-1\leq(-1)^n\leq1\). Le dénominateur \(n+1\) est positif ; diviser les trois membres par ce même nombre conserve l’ordre : \[-\frac1{n+1}\leq\frac{(-1)^n}{n+1}\leq\frac1{n+1}.\] Ajouter \(3\) aux trois membres donne \[3-\frac1{n+1}\leq u_n\leq3+\frac1{n+1}.\]

Vérifier la limite commune

La suite \(\frac1{n+1}\) tend vers \(0\), donc les deux bornes tendent vers \(3\). Le théorème des gendarmes donne \(u_n\to3\).

Interpréter sans supprimer l’oscillation

Les termes continuent d’alterner au-dessus et au-dessous de \(3\). Ce qui diminue, c’est leur distance à \(3\), égale à \(\frac1{n+1}\). Une convergence peut donc coexister avec une oscillation.

Lire la figure. À chaque rang, le disque appartient à l’intervalle entre les deux triangles ; il coïncide ici avec l’un d’eux. Les deux suites de triangles se rapprochent de la hauteur \(3\). Les formes permettent de distinguer les rôles même sans les couleurs. Les points ne sont pas reliés pour ne pas donner l’illusion que la suite est définie aux rangs non entiers. Le dessin illustre l’encadrement ; la démonstration garantit les rangs non représentés.

Contre-exemple 9.11 — Des bornes de limites différentes ne suffisent pas

De \(0\leq u_n\leq1\), on ne peut pas déduire une limite : les suites constantes \(0\), constantes \(1\), constantes \(\frac12\), ou la suite alternant entre \(0\) et \(1\), satisfont toutes cet encadrement et n’ont pas le même comportement.

Le théorème des gendarmes exige que les deux bornes convergent vers le même nombre. Il ne s’agit pas seulement d’être « coincé quelque part ».

Corollaire 9.12 — Contrôler directement l’erreur

Si, à partir d’un certain rang, \[\left\lvert u_n-L\right\rvert\leq e_n, \qquad e_n\geq0, \qquad e_n\to0,\] alors \(u_n\to L\).

Démonstration.

L’inégalité de distance équivaut à \(-e_n\leq u_n-L\leq e_n\), puis à \[L-e_n\leq u_n\leq L+e_n.\] Les deux bornes tendent vers \(L\), donc le théorème des gendarmes s’applique. On peut aussi lire directement la définition : pour chaque \(\varepsilon>0\), \(e_n<\varepsilon\) assez loin entraîne \(\left\lvert u_n-L\right\rvert<\varepsilon\).

\(\square\)

Exemple 9.13 — Convergence et garantie de précision

Supposons que l’on ait établi, pour \(n\geq0\), \[\left\lvert u_n-5\right\rvert\leq\frac3{n+1}.\] La borne d’erreur tend vers \(0\), donc \(u_n\to5\). Elle permet aussi de garantir une précision : pour imposer \(\left\lvert u_n-5\right\rvert<0{,}01\), il suffit de demander \[\frac3{n+1}<\frac1{100} \Longleftrightarrow 300<n+1 \Longleftrightarrow n>299.\] Le seuil \(N=300\) est donc suffisant. Il n’est pas nécessairement le premier seuil de la suite \(u\) : la borne d’erreur peut être plus grande que l’erreur réelle. Par exemple, la suite constante \(u_n=5\) respecte la même borne et satisfait la précision dès le rang \(0\).

Construire des encadrements dans des formes variées

Proposition 9.14 — Une suite bornée multipliée par une suite de limite nulle

Si \((b_n)\) est bornée et si \(a_n\to0\), alors \(a_nb_n\to0\), même si \((b_n)\) ne converge pas.

Démonstration.

Il existe \(B\geq0\) tel que \(\left\lvert b_n\right\rvert\leq B\) pour tous les rangs. On a alors \[0\leq\left\lvert a_nb_n\right\rvert=\left\lvert a_n\right\rvert\left\lvert b_n\right\rvert\leq B\left\lvert a_n\right\rvert.\] Comme \(a_n\to0\), la distance \(\left\lvert a_n\right\rvert\) tend vers \(0\) : pour chaque précision, c’est exactement la même inégalité. Le multiple \(B\left\lvert a_n\right\rvert\) tend aussi vers \(0\). Le contrôle de l’erreur avec \(L=0\), ou les gendarmes, donne \(a_nb_n\to0\).

\(\square\)

Rappel utile — Le seul fait de trigonométrie nécessaire aux exemples

Sur le cercle de centre l’origine et de rayon \(1\), \(\cos x\) et \(\sin x\) sont les coordonnées du point correspondant à l’angle \(x\), exprimé en radians. Chaque coordonnée est comprise entre \(-1\) et \(1\). Ainsi \(\left\lvert \sin x\right\rvert\leq1\) et \(\left\lvert \cos x\right\rvert\leq1\) pour tout réel \(x\).

Dans \(\sin n\), le rang entier \(n\) est utilisé comme mesure d’angle en radians. On ne suppose pas que \((\sin n)\) possède une limite. Seule sa borne servira.

Exemple 9.15 — Ne pas chercher une limite inutile du numérateur

Pour \(n\geq1\), étudions \[a_n=\frac{\sin n+2\cos n}{n^2}.\] On a \(-1\leq\sin n\leq1\) et \(-2\leq2\cos n\leq2\). Additionner donne \[-3\leq\sin n+2\cos n\leq3.\] Diviser par \(n^2>0\) conserve les inégalités : \[-\frac3{n^2}\leq a_n\leq\frac3{n^2}.\] La suite \(\frac1{n^2}=(\frac1n)^2\) tend vers \(0\), donc les bornes tendent toutes deux vers \(0\). Ainsi \(a_n\to0\).

Il n’était nécessaire de connaître ni les valeurs exactes des sinus et cosinus, ni une éventuelle limite de leur combinaison. Si la trigonométrie n’a pas encore été revue, le même raisonnement vaut pour tout numérateur \(b_n\) compris entre \(-3\) et \(3\).

Exemple 9.16 — Des bornes non symétriques conviennent aussi

On sait seulement \(-2\leq b_n\leq5\), et l’on pose \[c_n=1+\frac{b_n}{2n+1}\qquad(n\geq0).\] Le nombre \(2n+1\) est positif. En divisant l’encadrement, puis en ajoutant \(1\), on obtient \[1-\frac2{2n+1}\leq c_n\leq1+\frac5{2n+1}.\] Les deux fractions tendent vers \(0\), car leurs dénominateurs positifs deviennent arbitrairement grands. Les deux bornes tendent donc vers \(1\), et \(c_n\to1\).

Les distances de la borne inférieure et de la borne supérieure à \(1\) ne sont pas égales. Cela n’a aucune importance : le théorème exige une même limite, pas une symétrie.

Exemple 9.17 — Faire apparaître la limite avant d’encadrer l’erreur

Pour \(n\geq0\), posons \[u_n=\frac{n+\sin n}{n+1}.\] Le dénominateur est positif. Pour découvrir une constante naturelle, on compare le numérateur au dénominateur : \(n=(n+1)-1\). Ainsi \[\begin{align*} u_n &=\frac{(n+1)-1+\sin n}{n+1}\\ &=1+\frac{\sin n-1}{n+1}. \end{align*}\] Puisque \(-1\leq\sin n\leq1\), on a \(-2\leq\sin n-1\leq0\). Diviser par \(n+1>0\), puis ajouter \(1\), donne \[1-\frac2{n+1}\leq u_n\leq1.\] Les deux bornes tendent vers \(1\), donc \(u_n\to1\).

La réécriture a servi à isoler une erreur bornée divisée par une quantité croissante. C’est plus informatif que de déclarer simplement que le sinus « est négligeable » sans le justifier.

Exemple 9.18 — Prendre des inverses renverse l’ordre sur les positifs

Pour \(n\geq2\), étudions \[v_n=\frac1{n+(-1)^n}.\] L’encadrement \(-1\leq(-1)^n\leq1\) donne \[0<n-1\leq n+(-1)^n\leq n+1.\] Les trois quantités sont strictement positives. La fonction inverse renverse l’ordre sur les positifs ; on peut aussi le vérifier en multipliant par les produits de dénominateurs positifs. D’où \[\frac1{n+1}\leq v_n\leq\frac1{n-1}.\] Les deux bornes tendent vers \(0\). Pour celle de droite, une précision \(\varepsilon>0\) est garantie dès que \(n-1>\frac1\varepsilon\). Les gendarmes donnent donc \(v_n\to0\).

Le domaine \(n\geq2\) n’était pas accessoire : au rang \(1\), le dénominateur initial serait nul.

Une autre voie pour une différence de racines

Exemple 9.19 — Comparer deux méthodes sans changer le résultat

Pour \(n\geq1\), considérons \(a_n=\sqrt{n^2+n}-n\). Une méthode consiste à multiplier par le conjugué, puis à calculer directement une limite de quotient. Nous allons utiliser le conjugué pour construire des bornes.

Chercher des bornes de la racine

On a \(n^2\leq n^2+n\), donc \(n\leq\sqrt{n^2+n}\). D’autre part, \[\left(n+\frac12\right)^2=n^2+n+\frac14\geq n^2+n.\] Les nombres comparés étant positifs, prendre les racines donne \[n\leq\sqrt{n^2+n}\leq n+\frac12.\] Ce premier encadrement fournit seulement \(0\leq a_n\leq\frac12\). Ses bornes n’ont pas la même limite : il ne suffit pas à conclure.

Affiner grâce au conjugué

Le conjugué est positif et permet l’égalité exacte \[a_n=\frac n{\sqrt{n^2+n}+n}.\] L’encadrement de la racine donne \[2n\leq\sqrt{n^2+n}+n\leq2n+\frac12.\] En inversant ces nombres positifs, puis en multipliant par \(n>0\), \[\frac n{2n+\frac12}\leq a_n\leq\frac12.\] La borne de gauche se réécrit \(\frac1{2+\frac1{2n}}\), qui tend vers \(\frac12\). La borne de droite est constante égale à \(\frac12\). Les gendarmes donnent donc \(a_n\to\frac12\).

Ce que cette seconde voie apprend

Une borne vraie peut devoir être affinée. Ici le conjugué ne sert pas uniquement à calculer une limite : il transforme un encadrement trop large en un encadrement dont les bornes se rejoignent. Si la première méthode est plus courte, celle-ci explique autrement pourquoi la différence s’approche de \(\frac12\).

Choisir, justifier et corriger une comparaison

À vous 9.20 — Essai guidé : construire les deux bornes

Pour \(n\geq0\), on pose \[a_n=2+\frac{3(-1)^n}{n+2}.\]

  1. Encadrer \(3(-1)^n\).

  2. En déduire deux bornes de \(a_n\), en justifiant le signe du diviseur.

  3. Déterminer leur limite commune, puis la limite de \(a_n\).

  4. Donner un seuil suffisant pour garantir \(\left\lvert a_n-2\right\rvert<0{,}1\).

Correction de l’activité 9.20

1. Le morceau oscillant

Multiplier \(-1\leq(-1)^n\leq1\) par \(3>0\) donne \(-3\leq3(-1)^n\leq3\).

2. L’encadrement de la suite

Comme \(n+2>0\), on peut diviser sans changer le sens, puis ajouter \(2\) : \[2-\frac3{n+2}\leq a_n\leq2+\frac3{n+2}.\]

3. La convergence

Les deux fractions tendent vers \(0\), donc les bornes tendent vers \(2\). Par le théorème des gendarmes, \(a_n\to2\).

4. Une précision garantie

Ici la distance est même exactement \(\left\lvert a_n-2\right\rvert=\frac3{n+2}\), puisque \(\left\lvert (-1)^n\right\rvert=1\). Pour qu’elle soit inférieure à \(0{,}1=\frac1{10}\), il faut \[\frac3{n+2}<\frac1{10} \Longleftrightarrow30<n+2 \Longleftrightarrow n>28.\] Le seuil \(29\) suffit. Il est aussi le premier dans cet exemple, car au rang \(28\) l’erreur vaut exactement \(0{,}1\). Cette minimalité est justifiée par l’égalité d’erreur, pas seulement par une borne supérieure.

À vous 9.21 — Trois objets, trois choix à expliquer

Déterminer les limites pour \(n\geq1\), en construisant les inégalités utilisées : \[u_n=-4n+\cos n,\qquad v_n=5+\frac{b_n}{n^2+1}\ \text{avec }-3\leq b_n\leq7, \qquad w_n=\frac{(-1)^n n}{n^2+1}.\] Dire pour chaque suite si une seule borne suffit ou s’il faut contrôler deux côtés. Les valeurs exactes de \(b_n\) sont-elles nécessaires ?

Correction de l’activité 9.21

A. Une borne supérieure pour une divergence négative

On sait \(\cos n\leq1\), donc \(u_n\leq-4n+1\). Pour tout niveau \(A\), la condition \(-4n+1<A\) équivaut à \(n>\frac{1-A}{4}\), après division par \(-4\) et inversion du sens. Ainsi \(-4n+1\to-\infty\), et la comparaison donne \(u_n\to-\infty\). Une seule borne, dans le bon sens, suffit.

B. Deux bornes pour une limite finie

Le dénominateur \(n^2+1\) est positif. On obtient \[5-\frac3{n^2+1}\leq v_n\leq5+\frac7{n^2+1}.\] Les fractions tendent vers \(0\) : leur dénominateur positif devient arbitrairement grand, tandis que leurs numérateurs sont constants. Les deux bornes tendent vers \(5\), donc \(v_n\to5\). Les valeurs exactes, la monotonie et l’éventuelle convergence de \(b_n\) ne sont pas nécessaires : ses bornes suffisent.

C. Contrôler directement une distance à zéro

La valeur absolue supprime l’alternance : \[\left\lvert w_n\right\rvert=\frac n{n^2+1}.\] Comme \(n^2+1\geq n^2>0\) et \(n>0\), \[0\leq\left\lvert w_n\right\rvert\leq\frac n{n^2}=\frac1n.\] La borne de droite tend vers \(0\), donc l’erreur \(\left\lvert w_n-0\right\rvert\) tend vers \(0\). Ainsi \(w_n\to0\).

Critères. Le signe du diviseur doit être écrit ; la borne doit être adaptée à la direction voulue ; dans les gendarmes, les deux limites doivent être identiques ; une oscillation ne doit pas recevoir une limite inventée.

Point de vigilance — Réparer un faux recours aux gendarmes

Une copie écrit : « \(0\leq u_n\leq1\), donc, par les gendarmes, \(u_n\to0\). » La première erreur est l’application d’un théorème dont les deux bornes n’ont pas la même limite.

Un cas simple révèle le défaut : \(u_n=\frac12\) respecte l’encadrement mais converge vers \(\frac12\), pas vers \(0\). Pour conclure vers \(0\), il faudrait une borne supérieure plus fine qui tende elle aussi vers \(0\), ou une autre information suffisante.

À vous 9.22 — Nouvel essai de réparation : quelle information change tout ?

On sait successivement :

  1. seulement \(0\leq u_n\leq2\) ;

  2. puis, en plus, \(u_n\leq\frac2{n+1}\) pour tous \(n\geq0\).

Que peut-on conclure dans chaque cas ? Écrire la démonstration permise par la nouvelle information et expliquer pourquoi la première ne suffisait pas.

Correction de l’activité 9.22

La première information assure que la suite est bornée, mais ne détermine pas sa limite. Les suites constantes \(0\) et \(1\), par exemple, satisfont toutes deux cette donnée et n’ont pas la même limite.

Avec la seconde information, on dispose de \[0\leq u_n\leq\frac2{n+1}.\] La borne inférieure est constante de limite \(0\), et la borne supérieure tend vers \(0\). Le théorème des gendarmes donne donc \(u_n\to0\). Revenir à la copie initiale : ce qui manquait n’était pas une formule de conclusion, mais une véritable borne qui se rapproche de la limite proposée.

À vous 9.23 — À reprendre après un délai : changer la représentation

  1. On sait \(\left\lvert a_n\right\rvert\leq4\). Déterminer la limite de \(b_n=-2+\frac{a_n}{3n+1}\), pour \(n\geq0\), sans supposer que \(a_n\) converge.

  2. Pour \(n\geq1\), déterminer la limite de \(c_n=n^2-5\sin n\).

  3. Une suite vérifie \(\left\lvert u_n-7\right\rvert\leq\frac2{n+1}\). Donner un seuil suffisant pour avoir \(\left\lvert u_n-7\right\rvert<0{,}01\). Peut-on affirmer qu’il s’agit du premier seuil de la suite ?

  4. Si \(u_n\leq v_n\) et \(v_n\to3\), sait-on que \(u_n\) converge ? Fournir un contre-exemple si nécessaire.

Correction de l’activité 9.23

1. Traduire une valeur absolue en encadrement

La donnée \(\left\lvert a_n\right\rvert\leq4\) signifie \(-4\leq a_n\leq4\). Puisque \(3n+1>0\), diviser puis soustraire \(2\) donne \[-2-\frac4{3n+1}\leq b_n\leq-2+\frac4{3n+1}.\] Les deux bornes tendent vers \(-2\), donc \(b_n\to-2\). Aucune limite de \(a_n\) n’a été employée.

2. Un coefficient négatif dans l’encadrement

De \(-1\leq\sin n\leq1\), la multiplication par \(-5\) renverse les inégalités ; après remise dans l’ordre croissant, \(-5\leq-5\sin n\leq5\). Donc \(c_n\geq n^2-5\). Ce minorant tend vers \(+\infty\), ainsi \(c_n\to+\infty\).

3. Borne d’erreur et seuil suffisant

Il suffit d’imposer \(\frac2{n+1}<\frac1{100}\). Comme \(100(n+1)>0\), cela équivaut à \(200<n+1\), donc \(n>199\). Le seuil \(200\) est suffisant. Il n’est pas forcément minimal pour \(u\) : la suite constante \(u_n=7\) satisfait la borne et possède une erreur nulle dès le rang \(0\).

4. Une seule borne finie n’impose pas une convergence

Prendre \(u_n=(-1)^n\) et \(v_n=3\). On a bien \(u_n\leq v_n\) à tous les rangs et \(v_n\to3\), mais \(u_n\) n’a pas de limite. Il faut distinguer le théorème d’ordre, qui suppose les deux convergences, du théorème des gendarmes, qui en établit une à partir de deux bornes convergeant vers le même réel.

À retenir — Construire la preuve avant d’écrire le nom du théorème

Pour \(+\infty\), construire une borne inférieure qui tend vers \(+\infty\). Pour \(-\infty\), construire une borne supérieure qui tend vers \(-\infty\). Pour une limite réelle, rapprocher deux bornes vers le même nombre ou majorer l’erreur par une suite de limite nulle. Le mot « gendarmes » ne répare jamais un encadrement faux, un diviseur de signe oublié ou deux bornes de limites différentes.

10. Suites géométriques, exponentielle et vitesses de croissance

— Ce que vous allez apprendre

Démontrer le comportement de \(q^n\), y compris lorsque \(q\) est négatif ; ne pas confondre alternance et divergence ; comprendre pourquoi une croissance géométrique finit par dépasser une croissance polynomiale ; étudier le total d’une suite d’apports géométriques.

Rappel utile — Les outils utilisés dans cette unité

Une suite géométrique vérifie \(u_{n+1}=qu_n\), avec une raison \(q\) constante. Si \(q\ne0\) et si le premier rang est \(0\), son terme général est \(u_n=u_0q^n\). Une suite tend vers \(+\infty\) lorsqu’elle dépasse définitivement tout niveau fixé. Elle tend vers \(0\) lorsque sa distance à \(0\) devient définitivement plus petite que toute précision positive. Le théorème des gendarmes permet de conclure \(u_n\to0\) si \(-b_n\le u_n\le b_n\) et \(b_n\to0\). Les opérations sur les limites sont utilisées seulement lorsque leurs conditions sont satisfaites.

Une inégalité pour passer de la récurrence à l’infini

La multiplication répétée peut être difficile à comparer à une expression simple. L’inégalité suivante remplace une puissance par une borne linéaire en \(n\). La borne est souvent grossière ; pour démontrer une limite infinie, elle est pourtant suffisante.

Théorème 10.1 — Inégalité de Bernoulli

Pour tout réel \(x\ge-1\) et tout entier \(n\ge1\), \[(1+x)^n\ge1+nx.\] Pour \(x>-1\), l’énoncé vaut aussi au rang \(0\), car les deux membres valent \(1\). Pour \(x=-1\), nous commençons au rang \(1\), afin de ne pas employer l’écriture \(0^0\).

Démonstration.

La propriété et le départ

Fixons un réel \(x\ge-1\). La propriété \(P(n)\) est « \((1+x)^n\ge1+nx\) ». Au rang \(1\), les deux membres valent \(1+x\) : l’initialisation est une égalité.

L’hypothèse et l’objectif

Fixons \(k\ge1\) et supposons \((1+x)^k\ge1+kx\). Nous voulons obtenir \((1+x)^{k+1}\ge1+(k+1)x\). La puissance suivante s’obtient en multipliant par \(1+x\). Ce nombre est positif ou nul, grâce à \(x\ge-1\) : la multiplication conserve donc le sens de l’inégalité.

\[\begin{align*} (1+x)^{k+1} &=(1+x)^k(1+x)\\ &\ge(1+kx)(1+x)\\ &=1\times1+1\times x+kx\times1+kx\times x\\ &=1+x+kx+kx^2\\ &=1+(k+1)x+kx^2\\ &\ge1+(k+1)x. \end{align*}\] La dernière étape vient de \(k\ge1\) et \(x^2\ge0\), donc \(kx^2\ge0\). L’hérédité est établie. Le principe de récurrence donne le résultat pour tout entier \(n\ge1\).

\(\square\)

Propriété 10.2 — Quand y a-t-il égalité ?

Au rang \(1\), il y a égalité pour tout \(x\ge-1\). Pour \(n\ge2\), l’égalité a lieu exactement lorsque \(x=0\).

Démonstration.

Si \(x=0\), les deux membres valent \(1\). Si \(x\ne0\) et \(n\ge2\), reprenons le calcul précédent avec \(k=n-1\ge1\). Il donne \[(1+x)^n\ge1+nx+(n-1)x^2>1+nx,\] car \((n-1)x^2>0\). Ce raisonnement traite aussi \(x=-1\).

\(\square\)

Exemple 10.3 — Une baisse répétée n’est pas une soustraction répétée

Après trois baisses successives de \(10\,\%\), la proportion restante est \((0{,}9)^3\). Bernoulli s’applique avec \(x=-0{,}1\) : \[(0{,}9)^3\ge1+3(-0{,}1)=0{,}7.\] Le calcul exact donne \(0{,}9\times0{,}9\times0{,}9=0{,}729\). Il reste donc \(72{,}9\,\%\), et non \(70\,\%\). L’inégalité fournit une borne ; elle ne remplace pas la valeur exacte.

À vous 10.4 — Repérage : identifier le multiplicateur

Dans la preuve de Bernoulli, pourquoi peut-on multiplier l’hypothèse par \(1+x\) sans changer le sens ? L’énoncé reste-t-il vrai sans condition sur \(x\) ? Tester \(x=-3\) et \(n=3\).

Correction de l’activité 10.4

La condition \(x\ge-1\) donne \(1+x\ge0\). C’est le signe du multiplicateur, et non le signe de \(1+kx\), qui décide du sens. Avec \(x=-3\) et \(n=3\), le membre de gauche vaut \((-2)^3=-8\), tandis que le membre de droite vaut \(1-9=-8\) : ce test donne une égalité et ne réfute rien. Il faut chercher un autre rang. Au rang \(5\), \((-2)^5=-32\), alors que \(1+5(-3)=-14\). L’inégalité \(-32\ge-14\) est fausse. La condition ne peut donc pas être supprimée en général. Un essai favorable ne suffit pas à valider une règle.

Les raisons positives : deux preuves essentielles

Théorème 10.5 — Une raison strictement supérieure à \(1\)

Si \(q>1\), alors \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}q^n=+\infty\).

Démonstration.

Écrivons \(q=1+x\), où \(x=q-1>0\). Bernoulli donne \[q^n=(1+x)^n\ge1+nx.\] Le membre de droite tend vers \(+\infty\), puisque \(x\) est une constante strictement positive. Explicitons la comparaison : pour un niveau réel \(A\), choisissons un entier \(N\ge1\) tel que \(N>(A-1)/x\). Pour tout \(n\ge N\), on a alors \(q^n\ge1+nx\ge1+Nx>A\). Le niveau \(A\) est dépassé à tous les rangs suivants : c’est la définition de la limite \(+\infty\).

\(\square\)

Exemple 10.6 — Une croissance lente reste une croissance sans borne

Pour \(q=1{,}001\), on obtient \(q^n\ge1+0{,}001n\). Par exemple, \(n\ge99001\) suffit à assurer \(q^n>100\). Ce rang n’est pas annoncé comme le premier : une borne inférieure donne un rang suffisant, pas nécessairement le seuil optimal. La lenteur des premiers termes n’empêche pas la limite infinie.

Théorème 10.7 — Une raison comprise strictement entre \(0\) et \(1\)

Si \(0<q<1\), alors \(q^n\to0\).

Démonstration.

Le nombre \(r=1/q\) est strictement supérieur à \(1\). Le théorème précédent donne \(r^n\to+\infty\). Comme \(q^n=1/r^n\) et \(r^n>0\), la règle de l’inverse donne \(q^n\to0\).

On peut aussi exhiber un seuil sans utiliser de logarithme. Bernoulli appliqué à \(r=1+(r-1)\) donne \[0<q^n=\frac1{r^n}\le\frac1{1+n(r-1)}.\] Pour une précision \(\varepsilon>0\), il suffit de choisir un entier \(N\ge1\) tel que \(1+N(r-1)>1/\varepsilon\). Pour tout \(n\ge N\), on a alors \(0<q^n<\varepsilon\). L’inversion des deux nombres positifs a renversé le sens de l’inégalité.

\(\square\)

À vous 10.8 — Un essai guidé de comparaison

Montrer que \((1{,}04)^n\to+\infty\), puis que \((25/26)^n\to0\). Indication : dans la première question, écrire \(1{,}04=1+0{,}04\) ; dans la seconde, observer que \(26/25=1{,}04\).

Correction de l’activité 10.8

Bernoulli donne \((1{,}04)^n\ge1+0{,}04n\). La borne inférieure tend vers \(+\infty\), donc la comparaison établit \((1{,}04)^n\to+\infty\). Ensuite, \[\left(\frac{25}{26}\right)^n =\frac1{(26/25)^n} =\frac1{(1{,}04)^n}.\] Le dénominateur est positif et tend vers \(+\infty\) : son inverse tend vers \(0\). Les deux questions sont liées, mais chacune utilise une règle précise avec ses conditions.

Les raisons nulles ou négatives : regarder le signe et la distance

Notation 10.9 — Termes de rang pair et de rang impair

Les suites \((u_{2p})_{p\ge0}\) et \((u_{2p+1})_{p\ge0}\) rassemblent respectivement les termes de rang pair et de rang impair de \((u_n)\). Ce sont deux suites extraites : on conserve certains termes, dans l’ordre de leurs indices.

Propriété 10.10 — Limite des termes de rang pair et impair

Si \(u_n\to L\), alors \(u_{2p}\to L\) et \(u_{2p+1}\to L\).

Démonstration.

Quand \(p\) devient grand, les rangs \(2p\) et \(2p+1\) dépassent tout rang de seuil fixé. Ainsi, pour toute précision positive autour de \(L\), le seuil à partir duquel les \(u_n\) restent dans cet intervalle s’applique aussi aux deux familles de rangs. Cela établit leurs deux limites.

\(\square\)

Pour \(q<0\), écrivons \(q=-r\) avec \(r>0\). On dispose de deux informations : \[q^n=(-1)^nr^n,\qquad |q^n|=r^n.\] Le facteur \((-1)^n\) règle le signe ; le facteur \(r^n\) règle l’amplitude. L’alternance seule ne permet pas de décider la convergence.

Propriété 10.11 — Les trois cas négatifs

  • Si \(-1<q<0\), alors \(q^n\to0\).

  • Si \(q=-1\), la suite \(q^n\) n’a pas de limite.

  • Si \(q<-1\), la suite \(q^n\) n’a ni limite réelle, ni limite \(+\infty\), ni limite \(-\infty\).

Démonstration.

Si \(-1<q<0\), alors \(0<r=-q<1\), donc \(r^n\to0\). L’encadrement \(-r^n\le q^n\le r^n\) permet d’appliquer les gendarmes.

Si \(q=-1\), les termes pairs valent \(1\), les termes impairs \(-1\). Deux suites extraites ont donc des limites différentes : aucune limite réelle commune n’est possible. La suite est bornée entre \(-1\) et \(1\), donc elle ne tend pas non plus vers un infini.

Si \(q<-1\), alors \(r>1\). Les termes pairs sont \(q^{2p}=(r^2)^p\to+\infty\), tandis que \(q^{2p+1}=-r(r^2)^p\to-\infty\). Une limite réelle serait incompatible avec ces termes pairs non bornés. Une limite \(+\infty\) serait incompatible avec les termes impairs négatifs à des rangs aussi grands que l’on veut ; l’argument inverse exclut \(-\infty\).

\(\square\)

Les disques bleus alternent mais se rapprochent de \(0\) ; les triangles restent aux hauteurs \(1\) et \(-1\). Les formes distinguent les suites même sans les couleurs. Cette figure aide à séparer signe et amplitude ; les démonstrations précédentes, non l’image, établissent les limites.

Convention 10.12 — Le cas \(q=0\)

Pour \(n\ge1\), \(0^n=0\). La suite ainsi définie à partir du rang \(1\) tend vers \(0\). Nous ne donnons pas de valeur à \(0^0\). Une suite géométrique de raison \(0\), définie par un terme initial \(u_0\), se traite avec sa récurrence : \(u_1=0u_0=0\), puis \(u_n=0\) pour tout \(n\ge1\). Le terme initial n’affecte pas sa limite.

À retenir — Les sept comportements de \(q^n\)

Valeur de \(q\) Comportement lorsque \(n\to+\infty\)
\(q<-1\) Pas de limite ; amplitudes sans borne
\(q=-1\) Pas de limite ; alternance \(1,-1\)
\(-1<q<0\) Limite \(0\), avec alternance
\(q=0\) Limite \(0\), termes nuls pour \(n\ge1\)
\(0<q<1\) Limite \(0\), termes positifs
\(q=1\) Suite constante \(1\)
\(q>1\) Limite \(+\infty\)

À vous 10.13 — À tenter avant la correction : coefficient et raison

Étudier les limites de \[a_n=-4\left(\frac32\right)^n,\qquad b_n=7\left(-\frac34\right)^n,\qquad c_n=2+(-2)^n.\] Que devient le dernier comportement si le coefficient de \((-2)^n\) est \(0\) ? Expliquer pourquoi « raison inférieure à \(1\), donc limite nulle » est faux.

Correction de l’activité 10.13

Pour \(a_n\), la raison \(3/2>1\) donne \((3/2)^n\to+\infty\). Le coefficient \(-4\) est strictement négatif : \(a_n\to-\infty\). Pour \(b_n\), la raison appartient à \(]-1;0[\), donc \((-3/4)^n\to0\), puis \(b_n\to7\times0=0\).

Pour \(c_n\), les termes pairs valent \(2+4^p\to+\infty\) et les termes impairs \(2-2\times4^p\to-\infty\). Il n’y a aucune limite. En revanche, \(2+0\times(-2)^n=2\) à chaque rang : cette nouvelle suite est constante. On calcule son expression exacte ; on ne remplace pas cela par la forme symbolique « \(0\times\infty\) ».

Le nombre \(-2\) est inférieur à \(1\), mais sa valeur absolue est supérieure à \(1\). La condition donnant la limite \(0\) est \(|q|<1\), avec le cas \(q=0\) traité sans \(0^0\).

Une quantité cumulée n’a pas la limite de chaque apport

Proposition 10.14 — Limite d’une somme partielle géométrique

Soit \(-1<q<1\) et \(a\in\mathbb{R}\). On pose \[S_n=a+aq+\cdots+aq^n.\] Le premier terme est écrit \(a\), y compris lorsque \(q=0\). Alors \[S_n=\frac{a(1-q^{n+1})}{1-q} \quad\hbox{et}\quad S_n\longrightarrow\frac a{1-q}.\] La distance à cette limite est exactement \[\left|\frac a{1-q}-S_n\right| =\frac{|a|\,|q|^{n+1}}{|1-q|}.\]

Démonstration.

La somme comporte \(n+1\) termes. En la multipliant par \(q\), on obtient \(qS_n=aq+aq^2+\cdots+aq^{n+1}\). La soustraction membre à membre annule tous les termes communs : \[S_n-qS_n=a-aq^{n+1}.\] Comme \(1-q\ne0\), la division donne la formule annoncée. Puis \(q^{n+1}\to0\), donc le numérateur tend vers \(a\) et le dénominateur est la constante non nulle \(1-q\). Enfin, \[\frac a{1-q}-S_n =\frac{a-a(1-q^{n+1})}{1-q} =\frac{aq^{n+1}}{1-q}.\] Prendre les valeurs absolues donne l’expression de l’erreur.

\(\square\)

Exemple 10.15 — Des apports décroissants, un total croissant

Un modèle prévoit un apport initial de \(12\) unités, puis chaque nouvel apport représente \(75\,\%\) du précédent. L’apport de rang \(n\) est \(d_n=12(3/4)^n\), donc \(d_n\to0\). Le total reçu jusqu’au rang \(n\) est en revanche \[S_n=12+12\frac34+\cdots+12\left(\frac34\right)^n =48\left(1-\left(\frac34\right)^{n+1}\right).\] Ainsi \(S_n\to48\), et non \(0\). On vérifie les premiers totaux : \(S_0=12\), \(S_1=12+9=21\). Le total augmente, car \(S_{n+1}-S_n=d_{n+1}>0\). Il reste strictement inférieur à \(48\), car \(48-S_n=48(3/4)^{n+1}>0\). « Total limite \(48\) » ne signifie pas que \(48\) est atteint à une période finie.

À vous 10.16 — Changer le rang de départ

Pour \(n\ge2\), poser \(T_n=3/2^2+3/2^3+\cdots+3/2^n\). Déterminer une expression de \(T_n\), sa limite et sa distance à cette limite. Indication : premier terme \(3/4\), raison \(1/2\), \(n-1\) termes.

Correction de l’activité 10.16

Le dernier exposant après mise en facteur de \(3/4\) est \(n-2\) : \[T_n=\frac34\left(1+\frac12+\cdots+\left(\frac12\right)^{n-2}\right) =\frac32\left(1-\left(\frac12\right)^{n-1}\right).\] On a bien \(T_2=(3/2)(1-1/2)=3/4\), ce qui contrôle le décalage. Comme \((1/2)^{n-1}\to0\), \(T_n\to3/2\). La distance vaut \((3/2)(1/2)^{n-1}=3/2^n\), positive à tout rang fini.

Exponentielle et suites géométriques

Rappel utile — Les propriétés d’exponentielle utilisées

La fonction exponentielle, étudiée en Première, est notée \(\exp\). Elle vérifie \(\exp(0)=1\), \(\exp(x)>0\), \(\exp(x+y)=\exp(x)\exp(y)\), et sa dérivée est elle-même. Elle est donc strictement croissante. On note \(\mathrm{e}=\exp(1)\), donc \(\mathrm{e}>1\). Ces propriétés antérieures sont rappelées ici ; nous n’en reconstruisons pas la définition différentielle.

Propriété 10.17 — Exposants entiers et limites de l’exponentielle

Pour tout entier naturel \(n\), \(\exp(n)=\mathrm{e}^n\). De plus, \[\lim_{x\to+\infty}\exp(x)=+\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}\exp(x)=0.\]

Démonstration.

Au rang \(0\), \(\exp(0)=1=\mathrm{e}^0\). Si \(\exp(k)=\mathrm{e}^k\), alors \[\exp(k+1)=\exp(k)\exp(1)=\mathrm{e}^k\mathrm{e}=\mathrm{e}^{k+1}.\] La récurrence donne la formule pour tous les entiers. Comme \(\mathrm{e}>1\), la suite \(\mathrm{e}^n\) tend vers \(+\infty\). Pour tout niveau \(A\), il existe donc un entier \(N\) tel que \(\exp(N)>A\). Pour tout réel \(x\ge N\), la croissance donne \(\exp(x)\ge\exp(N)>A\). Cela prouve la première limite de fonction.

L’identité \(\exp(x)\exp(-x)=\exp(0)=1\) donne \(\exp(x)=1/\exp(-x)\). Lorsque \(x\to-\infty\), \(-x\to+\infty\), donc le dénominateur tend vers \(+\infty\). Son inverse tend vers \(0\).

\(\square\)

Corollaire 10.18 — Exponentielle d’un multiple de \(n\)

Pour un réel constant \(a\), la suite \(\exp(an)\) tend vers \(+\infty\) si \(a>0\), vaut constamment \(1\) si \(a=0\), et tend vers \(0\) si \(a<0\).

Démonstration.

Si \(a>0\), \(an\to+\infty\) ; si \(a<0\), \(an\to-\infty\). Les limites précédentes s’appliquent à ces arguments. On peut aussi écrire \(\exp(an)=(\exp(a))^n\) par récurrence, puis comparer \(\exp(a)\) à \(\exp(0)=1\).

\(\square\)

À vous 10.19 — Repérage : une limite immédiate ou une forme indéterminée ?

Déterminer les limites de \(\exp(2n)\) et de \(\exp(-2n)\). Pour \(n\exp(-n)\), quelles sont les limites séparées des deux facteurs ? Peut-on en déduire directement la limite du produit ?

Correction de l’activité 10.19

Les arguments \(2n\) et \(-2n\) tendent respectivement vers \(+\infty\) et \(-\infty\). Ainsi, \(\exp(2n)\to+\infty\) et \(\exp(-2n)\to0\). Si vous avez inversé ces réponses, revenez au signe de l’argument puis à la croissance de l’exponentielle, avant de poursuivre.

Dans le produit, \(n\to+\infty\) et \(\exp(-n)\to0\). La forme \(+\infty\times0\) est indéterminée : la règle du produit ne donne pas de conclusion. Il faut comparer les deux vitesses de variation. La section suivante donne précisément l’outil qui manque.

Complément : exponentielle et puissance

Lemme 10.20 — Une diminution géométrique à partir d’un rang

Soit une suite positive \((v_n)\). S’il existe \(r\in]0;1[\) et un entier \(N\) tels que \(v_{n+1}\le rv_n\) pour tout \(n\ge N\), alors \(v_n\to0\).

Démonstration.

La récurrence sur \(k\ge0\) donne \(0<v_{N+k}\le v_Nr^k\). Au départ, \(v_N=v_Nr^0\). Si l’encadrement vaut pour \(k\), alors \[0<v_{N+k+1}\le rv_{N+k}\le r\,v_Nr^k=v_Nr^{k+1},\] car \(r>0\). Or \(r^k\to0\), donc les gendarmes donnent \(v_{N+k}\to0\). Retirer les \(N\) premiers termes ne change pas une limite. Ce lemme sert dans la démonstration qui suit.

\(\square\)

Théorème 10.21 — Puissance de \(n\) et croissance géométrique

Pour tout entier fixé \(p\ge0\) et tout réel \(q>1\), \[\frac{n^p}{q^n}\longrightarrow0.\] Pour tous les cas, la suite est considérée à partir de \(n=1\) ; ainsi, même lorsque \(p=0\), on n’emploie jamais \(0^0\). Le nombre \(p\) est fixé : il ne varie pas en même temps que \(n\).

Démonstration.

Le cas \(p=0\) est l’inverse de \(q^n\to+\infty\). Pour \(p\ge1\), posons \(v_n=n^p/q^n>0\) pour \(n\ge1\). Calculer le quotient de deux termes consécutifs permet de comparer la croissance du numérateur à celle du dénominateur : \[\begin{align*} \frac{v_{n+1}}{v_n} &=\frac{(n+1)^p}{q^{n+1}}\frac{q^n}{n^p}\\ &=\frac1q\left(\frac{n+1}{n}\right)^p\\ &=\frac1q\left(1+\frac1n\right)^p \longrightarrow\frac1q. \end{align*}\] Tous les diviseurs sont non nuls. Le dernier passage utilise \(1/n\to0\) et le produit d’un nombre fixé \(p\) de facteurs. Il n’utilise pas la formule du binôme.

Puisque \(1/q<1\), choisissons \(r\) strictement entre \(1/q\) et \(1\), par exemple \(r=(1+1/q)/2\). La convergence du quotient assure qu’à partir d’un rang \(N\), \(v_{n+1}/v_n\le r\). En multipliant par \(v_n>0\), on obtient \(v_{n+1}\le rv_n\). Le lemme précédent donne \(v_n\to0\).

\(\square\)

Exemple 10.22 — Une forme indéterminée résolue par croissance comparée

On cherche la limite de \(n^3\exp(-n)\). L’identité \(\exp(-n)=1/\mathrm{e}^n\) donne \[n^3\exp(-n)=\frac{n^3}{\mathrm{e}^n}\longrightarrow0,\] car \(\mathrm{e}>1\) et \(p=3\) est fixé. Ce n’est pas une application directe de la règle du produit : les limites séparées produiraient la forme indéterminée \(+\infty\times0\). De même, \[\frac{2^n+n^2}{2^n}=1+\frac{n^2}{2^n}\longrightarrow1.\] Diviser par \(2^n>0\) fait apparaître la comparaison utile.

À vous 10.23 — Choisir une réécriture

Déterminer les limites de \(n/3^n\), de \(5^n/n^2\) pour \(n\ge1\), et de \((3^n+n^4)/(2\,3^n-1)\). Justifier les diviseurs et la méthode, pas seulement les valeurs finales.

Aide progressive, après un premier essai. Pour la première expression, identifier \(p\) et \(q\). Pour la deuxième, étudier d’abord l’inverse. Pour la troisième, choisir seul la quantité par laquelle diviser le numérateur et le dénominateur.

Correction de l’activité 10.23

Le théorème avec \(p=1,q=3\) donne directement \(n/3^n\to0\). Avec \(p=2,q=5\), il donne \(n^2/5^n\to0\). Cette dernière suite est strictement positive, donc son inverse \(5^n/n^2\) tend vers \(+\infty\).

Enfin, \(3^n>0\) et \(2\,3^n-1\ge1\). En divisant tout le numérateur et tout le dénominateur par \(3^n\), on obtient \[\frac{3^n+n^4}{2\,3^n-1} =\frac{1+n^4/3^n}{2-1/3^n}.\] Le numérateur tend vers \(1\), le dénominateur vers \(2\ne0\) : la limite est \(1/2\). Les termes \(n^4\) et \(1\) n’ont pas été effacés ; leurs contributions après normalisation ont été étudiées.

À vous 10.24 — Réparer un quotient, puis changer d’expression

Un élève écrit : « \(n^2\to+\infty\) et \(4^n\to+\infty\), donc \(n^2/4^n\to1\). »

  1. Expliquer ce qui manque à son raisonnement et établir la bonne limite.

  2. Faire ensuite un nouvel essai : déterminer la limite de \(n^3\exp(-2n)\), en faisant apparaître une raison géométrique constante.

  3. Dans ce nouvel essai, préciser pourquoi la comparaison s’applique et pourquoi on ne multiplie pas simplement les limites séparées.

Correction de l’activité 10.24

Deux suites qui tendent vers \(+\infty\) ne grandissent pas nécessairement à la même vitesse. La forme \(+\infty/+\infty\) est indéterminée. Le théorème de croissance comparée, avec \(p=2\) et \(q=4>1\), donne \(n^2/4^n\to0\), et non \(1\).

Pour le nouvel essai, la propriété multiplicative de l’exponentielle donne \[n^3\exp(-2n)=\frac{n^3}{\exp(2n)} =\frac{n^3}{(\mathrm{e}^2)^n}.\] La raison \(q=\mathrm{e}^2\) est constante et strictement supérieure à \(1\) ; l’exposant polynomial \(p=3\) est fixé. Le quotient tend donc vers \(0\). Les limites séparées donnaient \(+\infty\times0\), ce qui ne permettait pas de conclure. C’est la réécriture suivie de la comparaison qui résout le problème.

Réparer une confusion et réinvestir

Point de vigilance — « Ça alterne, donc ça ne converge pas »

Cette phrase oublie l’amplitude. \((-1)^n\) ne converge pas, mais \((-1/2)^n\) converge vers \(0\). Le premier geste est d’étudier la distance à \(0\) : \(|(-1/2)^n|=(1/2)^n\). Dans un cas simple, les valeurs \(-1/2,1/4,-1/8,1/16\) changent de signe, mais leurs distances \(1/2,1/4,1/8,1/16\) diminuent. Ce constat suggère la preuve ; les gendarmes l’établissent pour tous les rangs suffisamment grands.

À vous 10.25 — Nouvel essai de réparation

Étudier \(z_n=-3(-2/5)^n\) et expliquer, avec un encadrement, pourquoi le changement de signe n’empêche pas sa convergence.

Correction de l’activité 10.25

On a \(|z_n|=3(2/5)^n\), car la valeur absolue d’un produit est le produit des valeurs absolues. Comme \(0<2/5<1\), cette distance tend vers \(0\). L’encadrement \[-3\left(\frac25\right)^n\le z_n \le3\left(\frac25\right)^n\] conclut par les gendarmes. On revient ainsi à l’erreur initiale : il faut connaître la taille de l’oscillation, pas seulement son existence.

À vous 10.26 — À reprendre plus tard, avant de relire

Sans consulter le tableau, étudier \(4(1{,}2)^n\), \(4(-1{,}2)^n\), \(4(-0{,}2)^n\), puis \(n^2/(1{,}2)^n\). Un apport de rang \(n\) vaut \(8(1/3)^n\). Quelle est la limite de cet apport ? Quelle est celle du total depuis le rang \(0\) ? Expliquer à voix haute la différence entre ces deux dernières questions.

Enfin, fixer \(x\ge-1\) et rédiger, sans relire la preuve, une récurrence établissant \((1+x)^n\ge1+nx\) pour \(n\ge1\). En déduire une borne inférieure simple de \((1{,}03)^n\), puis expliquer pourquoi elle suffit à démontrer la limite de cette suite.

Correction de l’activité 10.26

La première suite tend vers \(+\infty\), car \(1{,}2>1\). La deuxième n’a pas de limite : les rangs pairs tendent vers \(+\infty\) et les impairs vers \(-\infty\). La troisième tend vers \(0\), car \(|-0{,}2|<1\). La quatrième tend vers \(0\) par croissance comparée avec \(p=2,q=1{,}2\).

L’apport \(8(1/3)^n\) tend vers \(0\). Son total jusqu’au rang \(n\) vaut \[8\frac{1-(1/3)^{n+1}}{1-1/3} =12\left(1-\left(\frac13\right)^{n+1}\right) \longrightarrow12.\] Une période apporte une quantité de plus en plus petite ; le total conserve les apports précédents. Les critères d’une justification complète sont : identifier la raison et son signe, traiter le coefficient, choisir le bon objet (terme ou cumul), puis appliquer le résultat avec ses conditions.

Pour reconstruire Bernoulli, la propriété est \(P(n): (1+x)^n\ge1+nx\), où \(x\ge-1\) reste fixé. Au rang \(1\), les deux membres sont égaux. Supposons \(P(k)\) vraie pour un entier \(k\ge1\). Puisque \(1+x\ge0\), \[(1+x)^{k+1}\ge(1+kx)(1+x) =1+(k+1)x+kx^2\ge1+(k+1)x.\] L’hérédité est établie et la récurrence conclut pour tout \(n\ge1\). Avec \(x=0{,}03\), on obtient \((1{,}03)^n\ge1+0{,}03n\). La borne inférieure tend vers \(+\infty\), donc la suite aussi par comparaison. Les deux contrôles essentiels de la preuve sont le signe de \(1+x\) lors de la multiplication et celui de \(kx^2\) au dernier pas.

11. Prouver une convergence grâce aux variations et aux bornes

— Ce que vous allez apprendre

Choisir la borne utile selon le sens de variation. Démontrer l’existence d’une limite sans disposer d’une formule explicite. Distinguer l’existence de cette limite et le calcul de sa valeur. Comprendre pourquoi une suite croissante non majorée tend vers \(+\infty\), et pourquoi la non-majoration seule ne suffit pas.

Calculer une limite à partir d’une formule explicite n’est pas toujours possible. Certaines suites sont données uniquement par une règle de calcul du terme suivant. On peut néanmoins étudier leur comportement en répondant à deux questions : dans quel sens se déplacent les termes, et qu’est-ce qui empêche ce déplacement de partir indéfiniment dans ce sens ?

Rappel utile — Trois informations différentes

Une suite est croissante lorsque \(u_{n+1}\ge u_n\) à tous les rangs étudiés ; elle est décroissante lorsque \(u_{n+1}\le u_n\). Elle est monotone si elle est croissante ou décroissante.

Elle est majorée s’il existe un même réel \(M\) tel que \(u_n\le M\) pour tous les rangs ; elle est minorée s’il existe un même réel \(m\) tel que \(m\le u_n\). Elle est bornée lorsqu’elle est à la fois majorée et minorée.

Elle converge vers un réel \(L\) lorsque tout intervalle ouvert contenant \(L\) contient tous les termes à partir d’un certain rang. Un réel qui borne les termes n’est pas, par définition, leur limite.

Reconnaître la combinaison d’hypothèses utile

À vous 11.1 — Repérage : qu’est-ce qui empêche la fuite ?

Pour chaque information, dire si elle suffit à garantir une limite réelle. Justifier votre réponse, par un résultat ou par un contre-exemple.

  1. La suite est croissante et minorée.

  2. La suite est décroissante et majorée.

  3. La suite est décroissante et tous ses termes sont positifs ou nuls.

  4. La suite est bornée, sans autre information.

Correction de l’activité 11.1

1. Une borne inférieure n’arrête pas une croissance

La suite \(u_n=n\) est croissante et minorée par \(0\), mais elle tend vers \(+\infty\). Elle n’a donc pas de limite réelle.

2. Une borne supérieure n’arrête pas une décroissance

La suite \(v_n=-n\) est décroissante et majorée par \(0\), mais elle tend vers \(-\infty\). La borne est du mauvais côté du déplacement.

3. Décroissance et plancher

La positivité fournit le minorant constant \(0\). Une suite décroissante et minorée converge vers un réel : c’est précisément l’un des deux cas du théorème ci-dessous. On ne connaît pas encore sa limite.

4. Les bornes seules ne suppriment pas les oscillations

La suite \((-1)^n\) reste entre \(-1\) et \(1\), mais elle alterne indéfiniment entre ces deux nombres. Elle ne converge pas. Un intervalle de rayon \(\frac12\) ne peut pas contenir simultanément \(-1\) et \(1\), alors que chacune des deux valeurs revient à des rangs arbitrairement grands.

Théorème 11.2 — Convergence monotone — admis au niveau de Terminale

Toute suite réelle croissante et majorée converge vers un réel.

Toute suite réelle décroissante et minorée converge vers un réel.

Le résultat est admis ici, conformément au statut de ce théorème au niveau étudié. Sa preuve générale fait intervenir une propriété de complétude de l’ensemble des réels, que nous ne construisons pas dans ce cours. Une image ou la phrase « la suite finit par s’arrêter » ne constituerait pas une démonstration : une suite convergente peut continuer à varier strictement à chaque rang.

— Que donne exactement ce théorème ?

Il donne l’existence d’une limite réelle. Il ne dit pas que cette limite est le majorant choisi, ni qu’un terme l’atteint. Il faut donc séparer deux phrases : « la suite converge vers un réel \(L\) » et « nous allons maintenant déterminer \(L\) ».

Exemple 11.3 — Un majorant n’est pas une limite

Pour \(n\ge0\), posons \(a_n=1-\frac1{n+1}\). La fraction \(\frac1{n+1}\) diminue lorsque \(n\) augmente, donc \(a_n\) augmente. De plus, \(0\le a_n<1\). La suite est ainsi majorée par \(1\), mais aussi par \(2\), \(10\) ou \(100\). Le théorème garantit une limite réelle ; il ne peut pas désigner tous ces majorants comme autant de limites.

Ici, \(\frac1{n+1}\to0\), donc \(a_n\to1\). Pour rappeler pourquoi l’inverse tend vers \(0\), une largeur \(\varepsilon>0\) étant fixée, il suffit de choisir un entier \(N\) tel que \(N+1>\frac1\varepsilon\). Alors, pour tout \(n\ge N\), \(0<\frac1{n+1}<\varepsilon\).

Les deux suites représentées sont croissantes. Les disques restent sous la hauteur \(1\), tandis que les carrés correspondent à une suite qui dépasse chaque niveau. La différence décisive est l’existence d’un majorant, pas la seule impression de montée. La figure n’établit pas ces comportements à elle seule ; les formules permettent de les prouver.

Une étude complète : existence avant calcul de la limite

Exemple 11.4 — Une suite donnée seulement par une règle

On définit \(u_0=0\) et, pour tout entier \(n\ge0\), \[u_{n+1}=\frac{u_n+3}{2}.\] Étudions ses variations, prouvons sa convergence, puis déterminons sa limite.

Chercher les bornes avant de les annoncer

La règle est définie pour chaque réel, car son seul dénominateur est \(2\ne0\). Tous les termes peuvent donc être construits. Les premiers sont \(u_1=\frac32\), \(u_2=\frac94\), \(u_3=\frac{21}{8}\). Ils suggèrent une montée vers \(3\), mais ne prouvent ni une borne ni une limite.

Comment trouver un majorant stable ? Si \(u_n\le M\), alors \(u_{n+1}\le\frac{M+3}{2}\). Pour que cette dernière borne reste au plus \(M\), il suffit que \[\frac{M+3}{2}\le M \quad\Longleftrightarrow\quad M+3\le2M \quad\Longleftrightarrow\quad M\ge3.\] Le nombre \(3\) apparaît donc à partir d’une condition de transmission, pas seulement d’une lecture des décimales. Nous allons même prouver la borne stricte \(u_n<3\).

Étape 1 — Encadrement à tous les rangs

Posons \(P(n)\) : « \(0\le u_n<3\) ». En \(0\), \(u_0=0\) vérifie cette propriété.

Fixons \(k\ge0\) et supposons \(0\le u_k<3\). Ajouter \(3\), puis diviser par \(2>0\), conserve l’ordre : \[3\le u_k+3<6, \qquad \frac32\le\frac{u_k+3}{2}<3.\] En particulier, \(0\le u_{k+1}<3\). La propriété se transmet ; par récurrence, \(0\le u_n<3\) pour tous les entiers \(n\ge0\).

\(\square\)

Étape 2 — Sens de variation

Pour chaque \(n\ge0\), \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=\frac{u_n+3}{2}-u_n\\ &=\frac{u_n+3-2u_n}{2}\\ &=\frac{3-u_n}{2}. \end{align*}\] La borne précédente donne \(3-u_n>0\), et le dénominateur \(2\) est positif. Ainsi \(u_{n+1}-u_n>0\) : la suite est strictement croissante.

\(\square\)

Appliquer le théorème avant l’équation de limite

La suite est croissante et majorée par \(3\). Le théorème de convergence monotone garantit donc qu’elle converge vers un réel \(L\). Comme \(0\le u_n\le3\), le passage à la limite dans ces inégalités donne \(0\le L\le3\). La borne stricte sur les termes ne permet pas de conclure \(L<3\) : une inégalité stricte peut devenir large au passage à la limite.

Nous savons maintenant que \(u_n\to L\). Décaler les indices d’un rang ne change pas cette limite : \(u_{n+1}\to L\). Les règles de somme et de multiplication par une constante donnent aussi \(\frac{u_n+3}{2}\to\frac{L+3}{2}\). Comme les deux expressions sont égales à chaque rang, l’unicité de la limite impose \[L=\frac{L+3}{2}.\] On multiplie les deux membres par \(2\), puis on soustrait \(L\) : \[2L=L+3, \qquad L=3.\] La suite converge donc vers \(3\), bien qu’aucun terme ne soit égal à \(3\). C’est compatible avec l’encadrement strict prouvé auparavant.

Point de vigilance — Écrire l’équation au début ne prouverait pas la convergence

Résoudre \(L=\frac{L+3}{2}\) fournit une valeur possible pour une limite réelle si cette limite existe. La preuve d’existence vient ici de la croissance et de la majoration. Sans elle, le calcul isolé de \(L\) ne répondrait pas à la question « la suite converge-t-elle ? ».

Méthode 11.5 — Organiser une étude monotone bornée

  1. Vérifier que tous les termes sont définis.

  2. Établir une borne valable à tous les rangs, souvent par récurrence.

  3. Démontrer le sens de variation, par exemple avec \(u_{n+1}-u_n\).

  4. Nommer les deux hypothèses utiles : croissante et majorée, ou décroissante et minorée. Conclure à une limite réelle \(L\).

  5. Chercher ensuite sa valeur par une formule, un encadrement plus précis ou un passage à la limite autorisé dans la relation.

  6. Vérifier que cette valeur respecte les bornes et le sens de variation.

L’ordre des deux études « borne » et « variation » peut changer selon le problème. L’existence de la limite doit en revanche précéder son utilisation dans une équation obtenue par passage à la limite.

À vous 11.6 — Premier appui : une descente vers un plancher

On définit \(v_0=6\), puis \(v_{n+1}=\frac{v_n+2}{2}\).

  1. Démontrer que \(2\le v_n\le6\) pour tout \(n\ge0\).

  2. Étudier les variations de \((v_n)\).

  3. Démontrer sa convergence, puis déterminer sa limite.

  4. Que change le départ \(v_0=2\) ?

Indice après tentative : la différence se réécrit \(v_{n+1}-v_n=\frac{2-v_n}{2}\).

Correction de l’activité 11.6

Définition et encadrement

La règle affine est définie sur tous les réels. Au rang \(0\), \(2\le6\le6\). Fixons \(k\ge0\) et supposons \(2\le v_k\le6\). Ajouter \(2\) donne \(4\le v_k+2\le8\), puis diviser par \(2>0\) donne \(2\le v_{k+1}\le4\). En particulier, \(2\le v_{k+1}\le6\). L’encadrement se transmet ; par récurrence, il vaut pour tous les rangs.

Variation

\[v_{n+1}-v_n=\frac{v_n+2-2v_n}{2} =\frac{2-v_n}{2}\le0,\] car \(v_n\ge2\). La suite est décroissante. La borne utilisée dans ce calcul est celle que nous avons effectivement démontrée.

Existence puis valeur de la limite

Décroissante et minorée par \(2\), la suite converge vers un réel \(L\). L’encadrement donne \(L\in[2;6]\). Par décalage et opérations sur les limites, \(L=\frac{L+2}{2}\), donc \(2L=L+2\) et \(L=2\). Le majorant \(6\) n’intervient pas dans la valeur finale ; le théorème utilise surtout le plancher \(2\) qui empêche la descente vers \(-\infty\).

Variation du départ

Si \(v_0=2\), on peut éviter toute cette étude : la propriété \(v_n=2\) est vraie en \(0\), et si elle est vraie en \(k\), alors \(v_{k+1}=\frac{2+2}{2}=2\). Par récurrence, la suite est constante égale à \(2\). Elle est croissante et décroissante au sens large, et sa limite vaut encore \(2\).

Les premiers termes n’imposent pas le comportement final

Corollaire 11.7 — Monotonie et borne à partir d’un rang

Une suite croissante et majorée à partir d’un certain rang converge vers un réel. De même, une suite décroissante et minorée à partir d’un certain rang converge vers un réel.

Démonstration.

Supposons les deux conditions vraies à partir du rang \(N\). Considérons la suite \(w_p=u_{N+p}\), définie pour \(p\ge0\). Elle est croissante et majorée, donc le théorème de convergence monotone lui donne une limite réelle \(L\).

Pour chaque intervalle ouvert contenant \(L\), il existe un rang \(P\) tel que tous les \(w_p\), pour \(p\ge P\), y appartiennent. Tous les \(u_n\) pour \(n\ge N+P\) y appartiennent alors aussi. C’est la convergence de \((u_n)\) vers \(L\). La preuve est identique avec décroissance et minoration.

\(\square\)

Exemple 11.8 — Un début atypique

Posons \(u_0=100\), puis \(u_n=1-\frac1n\) pour \(n\ge1\). La suite baisse d’abord de \(100\) à \(0\), puis augmente à partir du rang \(1\). Elle n’est donc pas croissante sur tout son domaine. À partir de \(1\), elle est croissante et majorée par \(1\), donc elle converge ; la formule donne une limite égale à \(1\). Le terme initial \(100\) change une borne globale, pas la limite.

Proposition 11.9 — La limite d’une suite monotone borne ses termes

Si une suite est croissante et converge vers \(L\), alors \(u_n\le L\) pour tous les rangs où la croissance est établie.

Si elle est décroissante et converge vers \(L\), alors \(u_n\ge L\) sur ces rangs.

Démonstration.

Supposons la suite croissante et convergente, mais qu’un terme \(u_p\) dépasse \(L\). Posons \(\varepsilon=\frac{u_p-L}{2}>0\). La convergence impose, à partir d’un rang \(N\), \[u_n<L+\varepsilon=\frac{L+u_p}{2}<u_p.\] La croissance impose au contraire \(u_n\ge u_p\) dès que \(n\ge p\). Pour \(n\) plus grand que \(N\) et \(p\), ces deux inégalités sont incompatibles. Aucun terme ne peut donc dépasser \(L\).

Pour une suite décroissante, supposons qu’un terme \(u_p\) soit strictement inférieur à \(L\). La convergence impose finalement \(u_n>\frac{u_p+L}{2}>u_p\), alors que la décroissance impose \(u_n\le u_p\) après \(p\). La même contradiction donne \(u_n\ge L\).

\(\square\)

Exemple 11.10 — Atteindre ou ne pas atteindre sa limite

La suite \(1-\frac1{n+1}\) est croissante, converge vers \(1\), et tous ses termes sont strictement inférieurs à \(1\). La suite constante égale à \(1\) est aussi croissante au sens large, mais elle atteint sa limite à chaque rang. La propriété précédente garantit une borne, pas une stricte inégalité ni une égalité.

Une suite croissante non majorée tend vers l’infini

Définition 11.11 — Ne pas être majorée

Une suite n’est pas majorée lorsque, pour chaque réel \(A\), il existe au moins un rang \(N\) tel que \(u_N>A\).

Cette définition garantit un dépassement à un certain rang. Elle n’affirme pas que tous les termes suivants restent au-dessus de \(A\).

À vous 11.12 — Dépassement ponctuel ou définitif ?

On sait qu’un terme \(u_N\) est strictement supérieur à \(10\).

  1. Sans autre information, peut-on assurer que \(u_{N+1}>10\) ? Donner deux valeurs successives qui montrent le problème.

  2. Si la suite est croissante à partir du rang \(N\), que peut-on affirmer pour tous les \(n\ge N\) ? Écrire la chaîne d’inégalités.

Correction de l’activité 11.12

Sans hypothèse de variation, on peut avoir \(u_N=12\) et \(u_{N+1}=0\). Le dépassement de \(10\) n’était que ponctuel. En revanche, si la suite est croissante à partir de \(N\), alors \[u_n\ge u_N>10\qquad(n\ge N).\] La croissance est l’information qui conserve le dépassement. Pour une limite infinie, il faudra effectuer ce raisonnement avec n’importe quel niveau réel, pas seulement avec le niveau \(10\).

Théorème 11.13 — Monotonie et divergence infinie — démontré ici

Toute suite croissante non majorée tend vers \(+\infty\).

Toute suite décroissante non minorée tend vers \(-\infty\).

Démonstration.

Croissance et absence de majorant

Fixons un réel \(A\). La non-majoration donne un rang \(N\) tel que \(u_N>A\). La croissance donne ensuite, pour chaque \(n\ge N\), \[u_n\ge u_N>A.\] Ainsi tous les termes restent au-dessus du niveau \(A\) à partir de \(N\). Comme le niveau \(A\) était quelconque, c’est exactement la définition de \(u_n\to+\infty\).

Décroissance et absence de minorant

Fixons un réel \(A\). La non-minoration donne un rang \(N\) tel que \(u_N<A\). La décroissance donne, pour tous les \(n\ge N\), \(u_n\le u_N<A\). Chaque niveau est donc définitivement franchi vers le bas : \(u_n\to-\infty\).

\(\square\)

— À quoi servent séparément les deux hypothèses ?

La non-majoration donne un terme au-dessus d’un niveau choisi. La croissance donne tous les suivants au-dessus de ce même terme. Le théorème transforme donc un dépassement ponctuel, à chaque niveau, en un dépassement définitif. C’est ce dernier mot que demande la limite \(+\infty\).

Contre-exemple 11.14 — Non majorée, mais pas définitivement grande

Définissons \(b_{2p}=p\) et \(b_{2p+1}=0\), pour \(p\ge0\). La suite n’est pas majorée : quel que soit \(A\), on peut choisir un entier \(p>A\), et alors \(b_{2p}>A\).

Pourtant elle ne tend pas vers \(+\infty\). Le niveau \(1\) est manqué à tous les rangs impairs, qui deviennent aussi grands que l’on veut. Aucun rang ne garantit que tous les termes suivants dépassent \(1\). L’hypothèse de croissance est absente.

Corollaire 11.15 — Les possibilités d’une suite monotone

Une suite croissante a soit une limite réelle, soit pour limite \(+\infty\). Une suite décroissante a soit une limite réelle, soit pour limite \(-\infty\).

Démonstration.

Une suite croissante est soit majorée, soit non majorée. Dans le premier cas, le théorème de convergence monotone admis donne une limite réelle. Dans le second, le théorème précédent donne \(+\infty\). Pour une suite décroissante, on distingue de même minorée et non minorée.

\(\square\)

Par exemple, \(1-\frac1{n+1}\) illustre le premier cas croissant, tandis que \(n\) illustre le second. Une suite qui oscille, comme \((-1)^n\), n’entre pas dans ce corollaire : la monotonie est une hypothèse, pas une conclusion automatique.

Prouver la non-majoration sans formule explicite

Exemple 11.16 — Une augmentation positive ne suffit pas : il faut aller plus loin

On définit \(z_0=1\), puis \[z_{n+1}=z_n+\frac1{z_n+1}.\] Montrons que \(z_n\to+\infty\), sans chercher de formule explicite.

Existence et positivité

Au rang \(0\), \(z_0=1\ge1\). Si \(z_k\) existe et \(z_k\ge1\), alors \(z_k+1\ge2\), donc le quotient est défini et positif. Ainsi \(z_{k+1}>z_k\ge1\). Par récurrence, tous les termes existent et restent au moins égaux à \(1\).

Croissance

À tout rang, \[z_{n+1}-z_n=\frac1{z_n+1}>0.\] La suite est strictement croissante. Cela ne permet pas encore de conclure à \(+\infty\) : nous avons déjà rencontré des suites strictement croissantes qui convergent vers un réel.

Rechercher une contradiction à la majoration

Supposons que la suite soit majorée. Comme elle est croissante, le théorème de convergence monotone assurerait une limite réelle \(L\). La borne \(z_n\ge1\) donnerait \(L\ge1\), donc \(L+1\ne0\). Les opérations sur les limites seraient alors autorisées dans la relation : \[L=L+\frac1{L+1}.\] En soustrayant \(L\), on obtiendrait \(0=\frac1{L+1}\), ce qui est impossible puisque \(L+1\ge2\). Notre supposition était donc fausse : la suite n’est pas majorée.

Conclusion

La suite est croissante et non majorée. Le théorème démontré dans cette unité donne \(z_n\to+\infty\). L’équation impossible n’a pas été utilisée en supposant d’emblée une limite ; la majoration supposée et la croissance ont d’abord garanti l’existence de cette limite, afin de mener le raisonnement par contradiction.

S’entraîner sur des sommes sans formule explicite

À vous 11.17 — Essai guidé : de petits ajouts peuvent donner une somme non majorée

Pour \(n\ge1\), on définit \[A_n=\sum_{k=1}^{n}\frac1{\sqrt{k}}.\]

  1. Étudier le signe de \(A_{n+1}-A_n\).

  2. Pour \(1\le k\le n\), comparer \(\sqrt{k}\) et \(\sqrt n\), puis leurs inverses. En additionnant ces comparaisons, obtenir une minoration de \(A_n\) qui dépend simplement de \(n\).

  3. Prouver que la suite n’est pas majorée, puis en déduire sa limite.

Après une tentative : il y a exactement \(n\) termes dans la somme, et les dénominateurs sont tous strictement positifs.

Correction de l’activité 11.17

Chaque terme ajouté est défini, car \(k\ge1\). Le passage au rang suivant donne \[A_{n+1}-A_n=\frac1{\sqrt{n+1}}>0.\] La suite est strictement croissante.

Si \(1\le k\le n\), la croissance de la racine carrée donne \(0<\sqrt{k}\le\sqrt n\). Prendre les inverses de nombres positifs renverse leur ordre : \[\frac1{\sqrt{k}}\ge\frac1{\sqrt n}.\] En additionnant les \(n\) inégalités, \[A_n\ge n\,\frac1{\sqrt n}=\sqrt n.\] Pour montrer la non-majoration, fixons un réel \(M\). On peut choisir un entier \(n\ge1\) tel que \(\sqrt n>M\) ; par exemple un entier strictement supérieur à \((|M|+1)^2\) convient. Alors \(A_n>M\). Il n’existe donc pas de majorant commun à tous les termes.

Croissante et non majorée, la suite tend vers \(+\infty\). Les ajouts \(1/\sqrt{k}\) deviennent petits, mais leur somme ne reste pas bornée : le comportement des ajouts et celui du cumul sont distincts.

À vous 11.18 — Variante autonome : un début exceptionnel et une descente

On reprend les sommes \(A_n\) précédentes. On définit \[v_0=-100,\qquad v_n=4-A_n\quad(n\ge1).\]

  1. La suite est-elle décroissante dès le rang \(0\) ? À partir de quel rang sa décroissance est-elle établie ?

  2. Prouver qu’elle n’est pas minorée, puis déterminer sa limite.

  3. Expliquer pourquoi le terme \(v_0\) ne change pas cette limite.

Vous pouvez utiliser la minoration de \(A_n\) démontrée dans la correction précédente ; il reste à justifier tous les changements de sens.

Correction de l’activité 11.18

On a \(A_1=1\), donc \(v_1=3>-100=v_0\). La suite n’est pas décroissante dès le rang \(0\). Pour chaque \(n\ge1\), en revanche, \[v_{n+1}-v_n=-(A_{n+1}-A_n)=-\frac1{\sqrt{n+1}}<0.\] Elle est strictement décroissante à partir du rang \(1\). De \(A_n\ge\sqrt n\), on déduit \[v_n=4-A_n\le4-\sqrt n.\] Quel que soit un réel \(m\), on peut choisir un rang \(n\ge1\) avec \(\sqrt n>4-m\), donc \(v_n<m\). La suite à partir du rang \(1\) n’est donc pas minorée.

Appliqué à cette partie de la suite, le théorème de divergence monotone donne \(v_n\to-\infty\). Une limite décrit tous les termes à partir d’un certain rang : modifier ou ajouter le seul terme \(v_0\) ne peut pas changer ce comportement final.

À vous 11.19 — Réparer : « non majorée » ne suffit pas

Une copie étudie \(s_n=n(1+(-1)^n)\), pour \(n\ge0\), et écrit : « Les termes de rang pair deviennent aussi grands que l’on veut. La suite n’est pas majorée, donc elle tend vers \(+\infty\). »

  1. Calculer séparément \(s_{2p}\) et \(s_{2p+1}\). La non-majoration annoncée est-elle exacte ?

  2. Quelle conclusion de la copie est fausse ? Utiliser le niveau \(1\).

  3. Quelle hypothèse du théorème manque ? Est-elle vraie à partir d’un certain rang pour cette suite ?

Correction de l’activité 11.19

Aux rangs pairs, \(s_{2p}=2p(1+1)=4p\). Aux rangs impairs, \(s_{2p+1}=(2p+1)(1-1)=0\). Les termes \(4p\) dépassent n’importe quel majorant proposé : la non-majoration est bien démontrée.

Mais, après n’importe quel rang, il reste un rang impair dont le terme est nul. Aucun seuil de rang ne garantit donc \(s_n>1\) pour tous les rangs suivants. La suite ne tend pas vers \(+\infty\). La croissance manque : pour tout \(p\ge1\), on redescend de \(s_{2p}=4p\) à \(s_{2p+1}=0\). Ces baisses surviennent arbitrairement loin, donc la suite n’est pas croissante à partir d’un certain rang non plus. Il faut conserver la conclusion juste « non majorée », mais retirer l’usage d’un théorème dont une hypothèse n’est pas vérifiée.

À vous 11.20 — Nouvel essai après réparation

Pour \(n\ge1\), on définit \[T_n=\sum_{k=1}^{n}\frac{k}{k+1}.\] Démontrer que \(T_n\to+\infty\). Votre preuve doit établir séparément la croissance et la non-majoration. Pour rechercher une minoration, commencer par comparer chaque terme à \(\frac12\), puis compter les termes additionnés.

Correction de l’activité 11.20

Le dénominateur est positif. La différence vaut \[T_{n+1}-T_n=\frac{n+1}{n+2}>0,\] donc la suite est strictement croissante. Pour \(k\ge1\), l’inégalité \(2k\ge k+1\), divisée par \(2(k+1)>0\), donne \(\frac{k}{k+1}\ge\frac12\). La somme de \(n\) tels termes vérifie donc \(T_n\ge n/2\). Pour tout réel \(M\), choisir un entier \(n\ge1\) tel que \(n>2M\) donne \(T_n>M\). La suite n’est pas majorée. Les deux hypothèses sont maintenant prouvées : le théorème permet de conclure \(T_n\to+\infty\).

Chercher sans indication de la méthode complète

À vous 11.21 — Une borne variable peut fournir une borne constante

Une suite \((u_n)\) est croissante et vérifie, pour tout \(n\ge0\), \[u_n\le4+\frac2{n+1}.\]

  1. Démontrer que la suite converge vers un réel \(L\).

  2. Montrer que \(L\le4\).

  3. Peut-on conclure \(L=4\) ? Justifier sans vous contenter de « non ».

Correction de l’activité 11.21

Pour \(n\ge0\), \(n+1\ge1\), donc \(0<\frac2{n+1}\le2\). La borne donnée entraîne \[u_n\le4+\frac2{n+1}\le6.\] Le nombre \(6\) est un majorant constant, commun à tous les termes. La suite est croissante et majorée : elle converge vers un réel \(L\).

La suite \(4+\frac2{n+1}\) converge vers \(4\), car \(\frac1{n+1}\to0\). Puisque les deux suites convergent, on peut passer à la limite dans leur inégalité et obtenir \(L\le4\).

L’égalité n’est pas imposée. La suite constante \(u_n=0\) est croissante au sens large et vérifie toutes les bornes de l’énoncé ; sa limite est \(0\), pas \(4\). Ce contre-exemple satisfait bien les hypothèses et contredit la conclusion plus forte proposée.

À vous 11.22 — Une suite de sommes à étudier entièrement

Pour \(n\ge1\), on pose \[S_n=\frac1{1\times2}+\frac1{2\times3}+\cdots+\frac1{n(n+1)}.\]

  1. Étudier le signe de \(S_{n+1}-S_n\).

  2. Utiliser l’identité \(\frac1{j(j+1)}=\frac1j-\frac1{j+1}\) pour trouver un majorant constant de \(S_n\).

  3. Prouver la convergence, puis déterminer la limite.

  4. Un élève dit : « J’ai majoré \(S_n\) par \(2\), donc la limite vaut \(2\). » Identifier précisément son erreur.

Correction de l’activité 11.22

Variation

Le passage de \(S_n\) à \(S_{n+1}\) ajoute un seul terme : \[S_{n+1}-S_n=\frac1{(n+1)(n+2)}>0.\] Les deux facteurs du dénominateur sont positifs. La suite est donc strictement croissante sur \(n\ge1\).

Borne

Pour \(j\ge1\), le calcul au même dénominateur donne \[\frac1j-\frac1{j+1} =\frac{(j+1)-j}{j(j+1)} =\frac1{j(j+1)}.\] La somme devient donc \[S_n=\left(1-\frac12\right)+\left(\frac12-\frac13\right) +\cdots+\left(\frac1n-\frac1{n+1}\right) =1-\frac1{n+1}.\] Tous les termes intermédiaires s’annulent. Comme \(\frac1{n+1}>0\), on a \(S_n<1\), donc la suite est majorée par \(1\).

Existence et identification

Croissante et majorée, la suite converge vers un réel. La formule obtenue et la limite \(\frac1{n+1}\to0\) montrent que cette limite vaut \(1\). Cette formule permettrait aussi de prouver directement la convergence ; ici, le théorème monotone met en évidence le rôle distinct des deux informations « croissante » et « majorée ».

Analyse de l’erreur

Le nombre \(2\) est effectivement un majorant. Le faux passage est « donc la limite vaut \(2\) ». Le théorème affirme l’existence d’une limite, pas l’égalité à un majorant arbitraire. Notre calcul donne précisément \(1\), qui est compatible avec toutes les bornes annoncées.

Réparer une conclusion trop forte et retenter

À vous 11.23 — Réparer : une borne n’est pas une destination

Pour \(n\ge0\), on définit \(a_n=5-\frac2{n+1}\). Une copie écrit : « La suite est croissante et majorée par \(8\). Donc elle converge vers \(8\). »

  1. Vérifier les deux premières affirmations.

  2. Corriger uniquement la conclusion autorisée par le théorème.

  3. Déterminer ensuite la véritable limite et proposer une borne plus précise.

Correction de l’activité 11.23

La différence des termes vaut \[\begin{align*} a_{n+1}-a_n &=-\frac2{n+2}+\frac2{n+1}\\ &=\frac{-2(n+1)+2(n+2)}{(n+1)(n+2)}\\ &=\frac2{(n+1)(n+2)}>0. \end{align*}\] La suite est donc strictement croissante. De plus, \(0<\frac2{n+1}\le2\), d’où \(3\le a_n<5\), ce qui donne bien \(a_n\le8\). Les deux premières affirmations sont exactes.

La conclusion du théorème doit être : « La suite converge vers un réel \(L\). » Rien n’identifie encore \(L\) à \(8\).

Comme \(\frac2{n+1}\to0\), la formule explicite donne \(a_n\to5\). Le majorant \(5\) est plus précis que \(8\), et aucun terme n’atteint \(5\), car la fraction soustraite reste strictement positive. La réparation préserve les lignes justes et remplace seulement le raisonnement qui leur faisait dire davantage qu’elles ne démontrent.

À vous 11.24 — Après un délai : une étude complète sans modèle

On définit \(x_0=5\), puis \(x_{n+1}=\frac{2x_n+1}{3}\).

  1. Démontrer que \(1\le x_n\le5\) pour tout \(n\ge0\).

  2. Démontrer que la suite est décroissante et convergente.

  3. Déterminer sa limite en justifiant le passage à la limite.

  4. Distinguer le rôle du minorant \(1\) et celui du majorant \(5\).

Correction de l’activité 11.24

Définition et récurrence d’encadrement

Le dénominateur \(3\) est non nul ; chaque terme réel permet de construire le suivant. En \(0\), \(1\le5\le5\). Fixons \(k\ge0\) et supposons \(1\le x_k\le5\). Multiplier par \(2>0\), ajouter \(1\), puis diviser par \(3>0\) donne \[3\le2x_k+1\le11, \qquad 1\le x_{k+1}\le\frac{11}{3}\le5.\] L’encadrement se transmet. Par récurrence, il vaut à tous les rangs.

Variation

\[x_{n+1}-x_n =\frac{2x_n+1-3x_n}{3} =\frac{1-x_n}{3}\le0,\] car \(x_n\ge1\). La suite est décroissante.

Existence de la limite

Elle est décroissante et minorée par \(1\), donc le théorème de convergence monotone assure une limite réelle \(L\). Les bornes donnent \(1\le L\le5\).

Identification

Le décalage donne \(x_{n+1}\to L\). Les opérations sur les limites donnent \(\frac{2x_n+1}{3}\to\frac{2L+1}{3}\), puisque le dénominateur constant \(3\) est non nul. L’égalité de ces suites et l’unicité de la limite imposent \[L=\frac{2L+1}{3},\qquad 3L=2L+1,\qquad L=1.\] La limite trouvée appartient bien à l’intervalle prévu.

Rôle des deux bornes

Le minorant \(1\) empêche la suite décroissante de partir vers \(-\infty\) ; il est la borne requise par le théorème de convergence. Le majorant \(5\) complète l’encadrement et contrôle les termes, mais une majoration seule ne suffirait pas à faire converger une suite décroissante.

À vous 11.25 — Divergence : une tâche différée sans somme donnée

Après une autre séance de travail, étudier la suite proposée par \[y_0=0,\qquad y_{n+1}=y_n+1+\frac1{y_n+1}.\] Démontrer que tous ses termes existent, puis qu’elle tend vers \(+\infty\). Pour éviter une simple lecture des premières valeurs, rechercher une minoration valable au rang \(n\), puis justifier le théorème utilisé.

Correction de l’activité 11.25

Montrons par récurrence la propriété : « \(y_n\) existe et \(y_n\ge n\) ». Elle est vraie en \(0\), puisque \(y_0=0\). Fixons \(k\ge0\) et supposons \(y_k\) défini, avec \(y_k\ge k\). Alors \(y_k+1\ge k+1\ge1\) : le quotient suivant est défini et positif. Ainsi \(y_{k+1}\) existe, et \[y_{k+1}=y_k+1+\frac1{y_k+1}\ge y_k+1\ge k+1.\] L’hérédité est établie. Chaque terme existe et \(y_n\ge n\) pour tous les rangs.

On peut maintenant comparer des termes définis : \[y_{n+1}-y_n=1+\frac1{y_n+1}>0.\] La suite est strictement croissante. Elle n’est pas majorée, car, pour tout réel \(M\), un entier \(n>M\) vérifie \(y_n\ge n>M\). Par le théorème de divergence monotone, \[\lim_{n\to+\infty}y_n=+\infty.\] La minoration seule aurait également permis une comparaison de limites ; ici, nous avons explicitement reconstruit les deux hypothèses du théorème.

À retenir — Trois questions à ne pas fusionner

Les termes sont-ils bornés ? Chercher un réel commun à tous les rangs, ou une borne valable à partir d’un rang explicite.

La suite converge-t-elle ? Associer le bon sens de variation à la bonne borne. Si elle est croissante non majorée, la limite est \(+\infty\) ; si elle est décroissante non minorée, elle est \(-\infty\).

Quelle est sa limite ? Une existence de limite réelle doit être suivie d’un argument d’identification. Un majorant n’est pas une limite automatique, et une équation de point fixe ne démontre pas l’existence de la limite qu’elle chercherait à calculer.

12. Étudier une suite définie par une fonction

— Ce que vous allez apprendre

À partir d’une relation \(u_{n+1}=f(u_n)\), apprendre à :

  • vérifier que les calculs peuvent continuer à tous les rangs ;

  • chercher puis démontrer un encadrement ;

  • choisir une méthode pour les variations ;

  • prouver la convergence avant de déterminer la limite ;

  • distinguer un point fixe possible d’une convergence effectivement établie ;

  • obtenir, lorsque la relation le permet, une borne de l’erreur.

Une relation de récurrence donne un moyen de calculer le terme suivant. Elle ne donne pas immédiatement une formule en fonction de \(n\), ni la réponse aux questions de variation et de limite. L’étude consiste à faire apparaître des informations qui se transmettent d’un terme au suivant.

Rappel utile — Les outils utilisés dans cette unité

Une récurrence comporte un départ vérifié, une transmission de la propriété d’un rang \(k\) au rang \(k+1\), puis une conclusion pour tous les rangs. Une suite croissante et majorée converge vers un réel : ce théorème est admis au niveau de Terminale. Son analogue décroissante et minorée sera également utilisé.

La fonction racine carrée est croissante sur \([0;+\infty[\) : si \(0\leq a\leq b\), alors \(\sqrt a\leq\sqrt b\). Les fonctions polynômes sont continues ; une fonction rationnelle est continue là où son dénominateur ne s’annule pas ; la racine carrée est continue sur son domaine. La conséquence utile de la continuité est explicitée avant le passage à la limite.

Distinguer le rang, le terme et la fonction

Définition 12.1 — Suite obtenue par itération

On donne un premier terme \(u_0\) et une fonction \(f\). La relation \[u_{n+1}=f(u_n)\] signifie que l’on applique à nouveau la même fonction à la valeur obtenue au rang précédent.

Elle définit une suite à tous les rangs seulement si chaque \(u_n\) appartient au domaine de définition de \(f\).

Dans \(u_{n+1}=\sqrt{2+u_n}\), la fonction est \(f(x)=\sqrt{2+x}\). Le nombre que l’on remplace dans \(f\) est \(u_n\), et non le rang \(n\). Ainsi, pour \(u_0=1\), \[u_1=\sqrt{2+1}=\sqrt3,\qquad u_2=\sqrt{2+\sqrt3}.\] Au deuxième passage, on ne recalcule pas \(\sqrt{2+1}=\sqrt3\) : l’entrée est désormais \(u_1=\sqrt3\), et le terme obtenu est \(u_2\).

À vous 12.2 — Repérer ce que la règle permet

Pour chaque question, écrire le calcul ou l’argument qui décide.

  1. \(u_0=2\) et \(u_{n+1}=\dfrac1{u_n-1}\). Calculer \(u_1\). Peut-on calculer \(u_2\) ?

  2. \(v_0=1\) et \(v_{n+1}=\sqrt{2+v_n}\). Calculer les deux termes suivants, sans remplacer \(v_n\) par \(n\).

  3. Une fonction \(f\) est croissante. Cela suffit-il à dire que la suite \(u_{n+1}=f(u_n)\) est croissante ?

Correction de l’activité 12.2

1. Une règle peut se bloquer. Le premier calcul est \[u_1=\frac1{2-1}=1.\] Pour obtenir \(u_2\), il faudrait calculer \(\frac1{u_1-1}=\frac1{1-1}\), c’est-à-dire diviser par zéro. La donnée ne définit donc pas une suite réelle pour tous les entiers naturels. Le succès d’un premier calcul ne garantit pas l’existence des suivants.

2. L’entrée est le terme précédent. On obtient \(v_1=\sqrt3\), puis \(v_2=\sqrt{2+\sqrt3}\). Si cette substitution a posé problème, recopier d’abord \(v_2=f(v_1)\), puis remplacer uniquement \(v_1\) par sa valeur.

3. Il manque le sens du premier déplacement. Par exemple, \(f(x)=x/2\) est croissante, mais avec \(u_0=4\), les termes sont \(4,2,1,\frac12,\ldots\), donc ils diminuent. Une fonction croissante conserve une comparaison ; elle n’impose pas que son image soit supérieure à son entrée. Nous allons rendre cette distinction précise.

Trouver un domaine où les calculs restent possibles

Définition 12.3 — Intervalle stable

Un intervalle \(I\) est stable par \(f\) si, pour chaque \(x\) de \(I\), \(f(x)\) est défini et appartient encore à \(I\).

On écrit \(f(I)\subset I\). Ici \(f(I)\) désigne l’ensemble de toutes les valeurs \(f(x)\) obtenues lorsque \(x\) parcourt \(I\), et le symbole \(\subset\) signifie « est inclus dans ».

L’image intuitive est celle d’une zone de calcul dont on ne sort pas. Ce n’est pas une propriété physique : c’est l’implication exacte \[x\in I\quad\Longrightarrow\quad f(x)\in I.\] La zone peut fournir à la fois le domaine de définition, une minoration et une majoration. Elle peut aussi protéger une division : si \(x\geq0\), alors \(x+2\geq2>0\).

Théorème 12.4 — Existence et encadrement par un intervalle stable

Si \(u_0\in I\) et si \(f\) est définie sur \(I\) avec \(f(I)\subset I\), alors la relation \(u_{n+1}=f(u_n)\) définit tous les termes. De plus, pour tout entier \(n\geq0\), \(u_n\in I\).

Démonstration.

On démontre simultanément que le terme existe et qu’il appartient à \(I\). Cette formulation évite d’utiliser dans la preuve un terme qui ne serait pas encore défini.

Initialisation. Le terme \(u_0\) est donné et appartient à \(I\) par hypothèse.

Hérédité. Fixons un entier \(k\geq0\) et supposons que \(u_k\) existe et appartient à \(I\). Comme \(f\) est définie sur \(I\), le nombre \(f(u_k)\) existe. Il définit \(u_{k+1}\). La stabilité de \(I\) donne alors \(u_{k+1}=f(u_k)\in I\).

Conclusion. Par récurrence, tous les termes existent et restent dans \(I\).

\(\square\)

Exemple 12.5 — Vérifier un intervalle sans calculer tous les termes

Pour \(f(x)=(x+2)/2\), cherchons si \(I=[0;2]\) est stable. On part d’un \(x\) quelconque vérifiant \(0\leq x\leq2\). Ajouter \(2\) conserve l’ordre, puis diviser par le positif \(2\) le conserve encore : \[0\leq x\leq2 \quad\Longrightarrow\quad 2\leq x+2\leq4 \quad\Longrightarrow\quad 1\leq\frac{x+2}{2}\leq2.\] L’image appartient à \([1;2]\), qui est inclus dans \([0;2]\). Tout départ dans \([0;2]\) produit donc des termes définis et compris entre 0 et 2. Nous n’avons pas encore démontré leur sens de variation ni leur limite.

Point de vigilance — Deux valeurs aux extrémités ne suffisent pas toujours

Pour \(g(x)=8x(1-x)\), on a \(g(0)=g(1)=0\), mais \[g\left(\frac12\right) =8\times\frac12\times\frac12=2.\] L’intervalle \([0;1]\) n’est donc pas stable, malgré les deux images aux extrémités. La méthode « vérifier seulement les extrémités » devient valable si l’on dispose d’une propriété qui encadre toutes les autres images, par exemple la monotonie de la fonction sur l’intervalle.

Comment chercher les bornes ?

Pour \(u_0=1\) et \(u_{n+1}=\sqrt{2+u_n}\), les premières valeurs approchées sont \[u_0=1,\qquad u_1\simeq1{,}732,\qquad u_2\simeq1{,}932.\] Elles suggèrent une montée vers 2. Elles ne prouvent ni que la suite restera sous 2, ni qu’elle convergera. Elles orientent la recherche.

On peut aussi chercher les nombres qui ne changeraient pas après une application de \(f\). Une telle valeur \(L\) vérifierait \(L=\sqrt{2+L}\). Puisque la racine est positive, il faudrait \(L\geq0\). Après élévation au carré : \[L^2=2+L \quad\Longleftrightarrow\quad L^2-L-2=0 \quad\Longleftrightarrow\quad (L-2)(L+1)=0.\] Parmi \(2\) et \(-1\), seul \(2\) est compatible avec \(L\geq0\). Cela fait de \(2\) une borne candidate naturelle, mais pas encore une limite démontrée.

Essayons \([1;2]\). Pour \(1\leq x\leq2\), \[3\leq2+x\leq4 \quad\Longrightarrow\quad \sqrt3\leq\sqrt{2+x}\leq2.\] Comme \(\sqrt3\geq1\), l’image reste dans \([1;2]\). La borne a été cherchée, puis vérifiée.

Une proposition trop étroite peut échouer : \([1;1{,}5]\) ne convient pas, car \(f(1)=\sqrt3>1{,}5\). Un intervalle plus large peut fonctionner : \([0;3]\) est stable, puisque \(0\leq x\leq3\) entraîne \(0\leq\sqrt{2+x}\leq\sqrt5<3\). Il donne toutefois un encadrement moins précis. Il n’existe donc pas une unique « bonne » borne à deviner.

Deux méthodes pour les variations

Méthode 12.6 — Étudier le signe de \(f(x)-x\)

Comme \(u_{n+1}=f(u_n)\), on a \[u_{n+1}-u_n=f(u_n)-u_n.\] Le premier geste consiste à étudier \(f(x)-x\) pour les \(x\) d’un intervalle où l’on sait déjà que se trouvent tous les termes.

Si \(f(x)-x\geq0\) sur cet intervalle, la suite est croissante. Si \(f(x)-x\leq0\), elle est décroissante. Il faut vérifier le signe sur les valeurs effectivement rencontrées, et non sur un domaine choisi au hasard.

Exemple 12.7 — Rationaliser pour faire apparaître le signe

Avec \(f(x)=\sqrt{2+x}\) et \(1\leq x\leq2\), le dénominateur \(\sqrt{2+x}+x\) est strictement positif. Le produit conjugué donne \[\begin{align*} f(x)-x &=\frac{\bigl(\sqrt{2+x}-x\bigr)\bigl(\sqrt{2+x}+x\bigr)} {\sqrt{2+x}+x}\\ &=\frac{(2+x)-x^2}{\sqrt{2+x}+x}\\ &=\frac{(2-x)(x+1)}{\sqrt{2+x}+x}. \end{align*}\] La dernière factorisation se contrôle en développant : \((2-x)(x+1)=2x+2-x^2-x=2+x-x^2\). Sur \([1;2]\), \(2-x\geq0\), \(x+1>0\), et le dénominateur est positif. Ainsi \(f(x)-x\geq0\). Pour une suite restant dans cet intervalle, \(u_{n+1}-u_n\geq0\).

Propriété 12.8 — Transmettre une comparaison par une fonction croissante

Supposons que tous les termes appartiennent à un intervalle \(I\) et que \(f\) soit croissante sur \(I\).

  • Si \(u_1\geq u_0\), alors la suite est croissante.

  • Si \(u_1\leq u_0\), alors la suite est décroissante.

Avec une fonction strictement croissante et une première inégalité stricte, les comparaisons restent strictes.

Démonstration.

Traitons le premier cas. La propriété à transmettre est \(P(n):u_{n+1}\geq u_n\).

Elle est vraie en \(n=0\), car \(u_1\geq u_0\). Fixons \(k\geq0\) et supposons \(u_{k+1}\geq u_k\). Les deux termes appartiennent à \(I\). La croissance de \(f\) conserve l’ordre : \[f(u_{k+1})\geq f(u_k).\] La relation de récurrence transforme exactement cette inégalité en \(u_{k+2}\geq u_{k+1}\), c’est-à-dire \(P(k+1)\). La récurrence prouve la croissance de la suite.

Pour le deuxième cas, partir de \(u_{k+1}\leq u_k\) donne \(f(u_{k+1})\leq f(u_k)\), puis \(u_{k+2}\leq u_{k+1}\). Les mêmes deux étapes concluent à la décroissance. Enfin, une fonction strictement croissante conserve les inégalités strictes : la preuve précédente s’applique avec \(>\), ou avec \(<\).

\(\square\)

— Une fonction croissante donne-t-elle toujours une suite croissante ?

Non. Elle conserve le sens d’une comparaison entre deux entrées. Pour \(f(x)=(x+2)/2\), le départ \(u_0=1\) donne \(u_1=1{,}5>1\), alors que le départ \(u_0=5\) donne \(u_1=3{,}5<5\). La même fonction peut donc transmettre une hausse ou une baisse. Il faut calculer et comparer les premiers termes, puis justifier la transmission.

Contre-exemple 12.9 — Une fonction décroissante n’impose pas une suite décroissante

Prenons \(f(x)=2-x\), décroissante sur \([0;2]\), et \(u_0=0\). Les termes sont successivement \(0,2,0,2,\ldots\). La suite n’est ni croissante ni décroissante.

La raison est visible dans les inégalités : une fonction décroissante inverse l’ordre. De \(u_1>u_0\), on déduit \(u_2=f(u_1)<f(u_0)=u_1\), et non une nouvelle hausse. Des allers-retours peuvent apparaître.

Lire une construction en escalier

Le graphique d’une itération n’est pas le nuage des points \((n,u_n)\). Les deux axes portent ici des valeurs réelles. La courbe \(y=f(x)\) transforme une entrée en sa sortie ; la droite \(y=x\) permet de réutiliser la sortie comme nouvelle entrée.

Chemin de lecture. On part du point \((u_0,u_0)\) sur la diagonale. Le déplacement vertical jusqu’à la courbe atteint \((u_0,f(u_0))=(u_0,u_1)\). Le déplacement horizontal jusqu’à \(y=x\) atteint alors \((u_1,u_1)\). On recommence : verticale vers \((u_1,u_2)\), puis horizontale vers \((u_2,u_2)\).

Dans cette figure, l’escalier semble se rapprocher de \((2,2)\). Il aide à conjecturer la croissance et la limite ; quelques marches dessinées ne démontrent pas le comportement d’une infinité de termes. La preuve qui suit n’utilise donc pas l’apparence du tracé.

Passer à la limite : ce qui doit être acquis avant

Définition 12.10 — Point fixe

Un réel \(L\) du domaine de \(f\) est un point fixe de \(f\) si \[f(L)=L.\] Un départ \(u_0=L\) reste alors égal à \(L\) à tous les rangs.

En effet, \(u_0=L\). Si \(u_k=L\), alors \(u_{k+1}=f(u_k)=f(L)=L\). La récurrence établit que la suite est constante. Cela ne dit pas encore ce qui se passe pour un autre départ.

Rappel utile — Le sens de la continuité utilisé ici

Dire que \(f\) est continue en \(L\) signifie que \(f(x)\) se rapproche autant que l’on veut de \(f(L)\) lorsque \(x\), dans le domaine de \(f\), se rapproche suffisamment de \(L\).

Le résultat utilisé est : si \(u_n\to L\), si \(f\) est définie en \(L\) et continue en \(L\), alors \(f(u_n)\to f(L)\). Il s’agit du théorème d’image d’une suite convergente par une fonction continue. La continuité des fonctions usuelles citées au début est un résultat du cours de fonctions, rappelé ici dans sa portée utile.

Pourquoi la continuité permet ce passage

Fixons une précision \(\varepsilon>0\) pour les valeurs de la fonction. La continuité de \(f\) en \(L\) signifie qu’il existe une précision \(\delta>0\) sur les entrées telle que, pour tout \(x\) du domaine, \[|x-L|<\delta \quad\Longrightarrow\quad |f(x)-f(L)|<\varepsilon.\] La lettre \(\delta\) désigne donc un rayon suffisamment petit autour de l’entrée \(L\), choisi en fonction de la précision \(\varepsilon\) souhaitée sur la sortie.

Puisque \(u_n\to L\), il existe un rang \(N\) tel que pour tout \(n\geq N\), \(|u_n-L|<\delta\). Chaque \(u_n\) est une entrée autorisée de \(f\). L’implication précédente donne alors, pour tout \(n\geq N\), \[|f(u_n)-f(L)|<\varepsilon.\] Comme la précision \(\varepsilon\) était arbitraire, c’est exactement la définition de \(f(u_n)\to f(L)\).

\(\square\)

Théorème 12.11 — Identifier une limite déjà existante

Supposons que \(u_{n+1}=f(u_n)\) et que la suite converge vers un réel \(L\). Si \(f\) est définie et continue en \(L\), alors \[L=f(L).\] Cette égalité est une condition nécessaire sur la limite. À elle seule, elle ne prouve pas que la suite converge.

Démonstration.

Le décalage d’un rang ne change pas la limite : de \(u_n\to L\), on déduit \(u_{n+1}\to L\). La continuité de \(f\) en \(L\) donne \(f(u_n)\to f(L)\). Or, pour chaque rang, \(u_{n+1}\) et \(f(u_n)\) sont le même nombre. Cette même suite ne peut pas avoir deux limites finies différentes. Par unicité de la limite, \(L=f(L)\).

\(\square\)

Contre-exemple 12.12 — Un point fixe existe, mais la suite s’en éloigne

La fonction \(f(x)=3x-2\) a pour point fixe \(1\), car \(3\times1-2=1\). Partons pourtant de \(u_0=2\). On a \(u_n=1+3^n\) pour tout \(n\geq0\) : la formule donne \(2\) au départ et, si elle est vraie en \(k\), \[u_{k+1}=3(1+3^k)-2=3+3^{k+1}-2=1+3^{k+1}.\] Comme \(3^n\to+\infty\), la suite tend vers \(+\infty\), et non vers \(1\). Résoudre \(L=3L-2\) n’aurait donc pas établi sa convergence.

Contre-exemple 12.13 — Pourquoi la continuité ne peut pas être oubliée

Sur \([0;1]\), définissons \(f\) par \[f(0)=1,\qquad f(x)=\frac{x}{2}\quad\text{si }x>0.\] Pour \(u_0=1\), tous les termes sont positifs et \(u_n=2^{-n}\), par la règle géométrique. Donc \(u_n\to0\). Pourtant \(f(0)=1\neq0\).

La fonction n’est pas continue en 0 : pour des entrées positives proches de 0, ses sorties sont proches de 0, alors que sa valeur en 0 est 1. Le théorème précédent ne s’applique pas. La convergence de la suite seule ne suffit donc pas à autoriser l’équation \(L=f(L)\).

Point de vigilance — La limite doit appartenir au domaine

Si tous les termes sont dans \(]0;+\infty[\), leur limite peut être 0, qui n’appartient pas à cet intervalle. Par exemple \(u_n=2^{-n}\). Il faut donc vérifier séparément que \(f\) est définie et continue à la valeur limite. Un intervalle fermé \([a;b]\) simplifie ce point : si \(a\leq u_n\leq b\) et \(u_n\to L\), alors \(a\leq L\leq b\).

Une étude complète : une racine itérée

Exemple 12.14 — De \(u_0=1\) à une limite démontrée

On considère \[u_0=1,\qquad u_{n+1}=\sqrt{2+u_n}.\] On veut établir l’existence des termes, les variations, la convergence et la valeur de la limite. Chaque étape a une fonction distincte.

1. Les termes existent et restent dans un intervalle. Le départ appartient à \([1;2]\). Pour \(x\in[1;2]\), nous avons montré \(\sqrt3\leq f(x)\leq2\), donc \(f(x)\in[1;2]\). Le théorème d’intervalle stable donne \[1\leq u_n\leq2\qquad\text{pour tout }n\geq0.\] On peut même garder l’inégalité stricte \(u_n<2\) : elle est vraie pour \(u_0=1\) ; si \(u_k<2\), alors \(2+u_k<4\), donc \(u_{k+1}<2\).

2. La suite est strictement croissante. La fonction \(f\) est strictement croissante sur \([1;2]\) : ajouter 2 puis prendre la racine conserve strictement l’ordre. De plus, \(u_1=\sqrt3>1=u_0\). La propriété de transmission établit donc \(u_{n+1}>u_n\) à tous les rangs.

Autre preuve possible : puisque \(1\leq u_n<2\), \[u_{n+1}-u_n =\frac{(2-u_n)(u_n+1)}{\sqrt{2+u_n}+u_n}>0.\] Chaque facteur du numérateur et le dénominateur sont strictement positifs. Les deux méthodes prouvent le même résultat ; une seule suffit dans une solution, sauf si l’énoncé en demande plusieurs.

3. La convergence existe. La suite est croissante et majorée par 2. Le théorème de convergence monotone assure donc une limite réelle \(L\). Comme \(1\leq u_n\leq2\), on sait déjà que \(L\in[1;2]\).

4. On identifie cette limite. La fonction racine est continue, donc \(f(x)=\sqrt{2+x}\) est continue en \(L\in[1;2]\). Le théorème de limite d’une suite récurrente donne \[L=\sqrt{2+L}.\] Les deux membres sont positifs. On peut élever au carré : \[L^2=2+L \quad\Longleftrightarrow\quad (L-2)(L+1)=0.\] Les possibilités algébriques sont \(2\) et \(-1\). Comme \(L\in[1;2]\), la seule possibilité est \(L=2\).

Conclusion. La suite existe, est strictement croissante, reste strictement sous 2 et converge vers 2. Une limite peut donc être approchée sans être égale à aucun terme.

— Pourquoi ne pas commencer par la dernière équation ?

On peut la chercher au brouillon pour repérer une borne ou une limite candidate. Dans la démonstration, elle ne donne la valeur de la limite qu’après avoir prouvé que cette limite existe et que la continuité autorise le passage. Le brouillon aide à trouver ; la rédaction montre ce qui justifie.

Une autre structure : une récurrence rationnelle

Exemple 12.15 — Une fraction qui reste définie et converge

On considère \[u_0=0,\qquad u_{n+1}=\frac{3u_n+2}{u_n+2}.\] La fonction associée est \(f(x)=\dfrac{3x+2}{x+2}\), définie lorsque \(x\neq-2\).

1. Chercher une zone utile. Les premiers termes exacts sont \[u_1=\frac22=1,\qquad u_2=\frac{3+2}{1+2}=\frac53,\qquad u_3=\frac{3\times\frac53+2}{\frac53+2} =\frac7{\frac{11}{3}}=\frac{21}{11}.\] Ils sont entre 0 et 2 et semblent croître. L’équation de point fixe conduit également à 2 ou à \(-1\), puisque \[L=\frac{3L+2}{L+2} \quad\Longrightarrow\quad L^2-L-2=(L-2)(L+1)=0.\] Cette recherche motive l’intervalle \([0;2]\), sans encore prouver la limite.

2. Vérifier l’invariant et le domaine. Pour \(0\leq x\leq2\), le dénominateur \(x+2\) est au moins 2. Les deux différences suivantes expliquent les bornes : \[f(x)-1=\frac{3x+2-(x+2)}{x+2} =\frac{2x}{x+2}\geq0,\] \[2-f(x)=\frac{2(x+2)-(3x+2)}{x+2} =\frac{2-x}{x+2}\geq0.\] Ainsi \(1\leq f(x)\leq2\). L’intervalle \([0;2]\) est stable. Comme \(u_0=0\), tous les termes existent et appartiennent à \([0;2]\). En outre \(u_n<2\) pour tout \(n\) : si \(x<2\), la dernière différence est strictement positive, et le départ est strictement sous 2.

3. Choisir une méthode de variation. Ici \(f(x)-x\) se factorise : \[\begin{align*} f(x)-x &=\frac{3x+2-x(x+2)}{x+2}\\ &=\frac{3x+2-x^2-2x}{x+2}\\ &=\frac{2+x-x^2}{x+2} =\frac{(2-x)(x+1)}{x+2}. \end{align*}\] Pour \(0\leq x<2\), les trois facteurs pertinents sont positifs. Donc \(u_{n+1}-u_n>0\) : la suite est strictement croissante.

On pouvait également transmettre la première hausse par la fonction. Pour \(0\leq x<y\leq2\), les dénominateurs sont positifs et \[\begin{align*} f(y)-f(x) &=\frac{(3y+2)(x+2)-(3x+2)(y+2)} {(y+2)(x+2)}\\ &=\frac{(3xy+6y+2x+4)-(3xy+6x+2y+4)} {(y+2)(x+2)}\\ &=\frac{4(y-x)}{(y+2)(x+2)}>0. \end{align*}\] Ainsi \(f\) est strictement croissante sur \([0;2]\). Comme \(u_1=1>u_0=0\), la propriété de propagation donne également la stricte croissance de la suite. Cette justification n’utilise aucune dérivée.

4. Prouver l’existence de la limite. La suite est croissante et majorée par 2 ; elle converge vers un réel \(L\in[0;2]\).

5. Déterminer la limite. La fonction rationnelle est continue sur \([0;2]\), car \(x+2\) n’y est jamais nul. Ainsi \(L=(3L+2)/(L+2)\). Comme \(L+2>0\), multiplier les deux membres par ce nombre est autorisé : \[\begin{align*} L(L+2)&=3L+2,\\ L^2+2L&=3L+2,\\ L^2-L-2&=0,\\ (L-2)(L+1)&=0. \end{align*}\] La valeur \(-1\) est exclue par \(L\in[0;2]\). Donc \(u_n\to2\).

Contrôle. La limite 2 vérifie bien \((3\times2+2)/(2+2)=8/4=2\). Cette substitution contrôle la solution de l’équation ; elle ne remplace aucune des étapes qui ont prouvé la convergence.

La même relation fournit une borne de l’erreur

L’erreur par rapport à 2 est ici \(e_n=2-u_n\), positive. La différence déjà calculée donne exactement \[e_{n+1}=\frac{e_n}{u_n+2}.\] Comme \(u_n+2\geq2>0\), \[0\leq e_{n+1}\leq\frac12e_n.\] À chaque étape, l’erreur est au plus la moitié de l’erreur précédente. Il s’agit d’une inégalité démontrée, pas d’une impression graphique.

Proposition 12.16 — Une erreur contrôlée à chaque rang

Pour la suite rationnelle de l’exemple précédent, pour tout \(n\geq0\), \[0\leq 2-u_n\leq2\left(\frac12\right)^n.\]

Démonstration.

Posons \(P(n):0\leq e_n\leq2(1/2)^n\). Au rang 0, \(e_0=2-u_0=2=2(1/2)^0\) : l’encadrement est vrai.

Fixons \(k\geq0\) et supposons \(P(k)\). La relation sur l’erreur et la positivité de \(1/2\) donnent \[0\leq e_{k+1}\leq\frac12e_k \leq\frac12\times2\left(\frac12\right)^k =2\left(\frac12\right)^{k+1}.\] On a obtenu \(P(k+1)\). Par récurrence, le résultat est vrai à tout rang.

\(\square\)

Corollaire 12.17 — Convergence par encadrement et précision garantie

L’encadrement précédent donne une autre preuve de \(u_n\to2\), puisque \(2(1/2)^n\to0\). Il garantit aussi que l’erreur est au plus \(0{,}01\) dès le rang 8.

Démonstration.

Les gendarmes donnent \(e_n\to0\), puis \(u_n=2-e_n\to2\). Pour la précision, il suffit d’avoir \[\frac{2}{2^n}\leq\frac1{100} \quad\Longleftrightarrow\quad 2^n\geq200.\] Or \(2^7=128<200\) et \(2^8=256\geq200\). Pour \(n\geq8\), l’erreur est donc garantie inférieure ou égale à \(2/256=1/128<0{,}01\).

\(\square\)

Point de vigilance — Un rang suffisant n’est pas nécessairement le premier

La majoration fournit un rang garanti. Elle peut être plus grande que l’erreur réelle. Le fait que la majoration ne soit pas encore sous \(0{,}01\) au rang 7 ne prouve pas que l’erreur réelle soit trop grande. Pour affirmer « premier rang », il faut contrôler l’erreur elle-même et exclure tous les rangs précédents, souvent grâce à sa monotonie.

Une transformation supplémentaire, expliquée sans recette à apprendre

Dans certains exercices, une suite auxiliaire est proposée pour obtenir une formule exacte. Pour cette récurrence rationnelle, les points fixes 2 et \(-1\) suggèrent d’examiner \[v_n=\frac{u_n-2}{u_n+1}.\] Cette expression existe, car \(u_n\geq0\) entraîne \(u_n+1>0\). Calculons séparément le numérateur et le dénominateur au rang suivant : \[f(x)-2=\frac{x-2}{x+2},\qquad f(x)+1=\frac{4(x+1)}{x+2}.\] Puis, pour \(x\in[0;2]\), on peut diviser les deux fractions : \[\frac{f(x)-2}{f(x)+1} =\frac{x-2}{x+2}\times\frac{x+2}{4(x+1)} =\frac14\,\frac{x-2}{x+1}.\] Les facteurs simplifiés \(x+2\) et le diviseur \(4(x+1)\) ne sont pas nuls. On en déduit \(v_{n+1}=v_n/4\). Comme \(v_0=-2\), \(v_n=-2/4^n\).

Pour retrouver \(u_n\), on part de \(v_n(u_n+1)=u_n-2\), puis \[u_n-v_nu_n=2+v_n,\qquad u_n(1-v_n)=2+v_n.\] Comme \(v_n\leq0\), le coefficient \(1-v_n\) est positif. La division donne \[u_n=\frac{2+v_n}{1-v_n} =\frac{2-2/4^n}{1+2/4^n} =2-\frac6{4^n+2}.\] Cette formule confirme la limite et l’erreur exacte \(e_n=6/(4^n+2)\). Par exemple \(e_4=6/258=1/43>0{,}01\), alors que \(e_5=6/1026=1/171<0{,}01\). Comme \(4^n\) augmente, l’erreur diminue : le premier rang réel de précision \(0{,}01\) est donc 5, tandis que la première majoration garantissait le rang 8.

Cette transformation est une méthode possible pour cet exemple, pas un théorème disant que toute récurrence rationnelle se résout ainsi. L’étude par invariant, monotonie et continuité restait pleinement valable sans connaître cette formule.

S’entraîner à choisir et à rédiger

À vous 12.18 — Essai guidé : une fraction, un autre point fixe

On définit \(v_0=1\) et \[v_{n+1}=\frac{2v_n+3}{v_n+2}.\]

  1. Montrer que \([1;2]\) est stable.

  2. Réécrire \(f(x)=(2x+3)/(x+2)\) sous la forme \(2-1/(x+2)\), puis montrer que \(f\) est croissante.

  3. Comparer \(v_1\) et \(v_0\), puis établir la monotonie.

  4. Prouver la convergence et déterminer la limite.

Indice après une tentative : pour la première question, étudier \(f(x)-1\) et \(2-f(x)\) évite de deviner deux inégalités.

Correction de l’activité 12.18

1. Une zone où le dénominateur est protégé. Pour \(x\in[1;2]\), \(x+2\geq3>0\). On a \[f(x)-1=\frac{2x+3-(x+2)}{x+2} =\frac{x+1}{x+2}>0, \qquad 2-f(x)=\frac{2x+4-2x-3}{x+2} =\frac1{x+2}>0.\] Ainsi \(1<f(x)<2\). Puisque le départ appartient à \([1;2]\), une récurrence d’invariance assure que tous les termes existent et restent dans cet intervalle.

2. Comprendre la variation de la fonction. On écrit \(2x+3=2(x+2)-1\), d’où \(f(x)=2-1/(x+2)\). Si \(1\leq x<y\leq2\), alors \(0<x+2<y+2\). Les inverses positifs sont dans l’ordre contraire : \(1/(x+2)>1/(y+2)\). Prendre l’opposé renverse à nouveau l’ordre, puis ajouter 2 le conserve : \[2-\frac1{x+2}<2-\frac1{y+2}.\] Donc \(f\) est strictement croissante.

3. Transmettre la première hausse. \(v_1=(2+3)/(1+2)=5/3>1=v_0\). Si \(v_{k+1}>v_k\), la croissance stricte de \(f\) sur l’intervalle contenant ces deux termes donne \(v_{k+2}>v_{k+1}\). Par récurrence, la suite est strictement croissante.

4. Existence puis identification. La suite est croissante et majorée par 2 ; elle converge vers \(L\in[1;2]\). La fonction est continue sur cet intervalle. Comme \(L+2>0\), \[L=\frac{2L+3}{L+2} \quad\Longleftrightarrow\quad L(L+2)=2L+3 \quad\Longleftrightarrow\quad L^2=3.\] Les solutions algébriques sont \(\sqrt3\) et \(-\sqrt3\). L’encadrement \(L\in[1;2]\) sélectionne \(L=\sqrt3\).

Pourquoi la propagation était commode. Le signe de \(f(x)-x=(3-x^2)/(x+2)\) change sur \([1;2]\). Il ne donne pas immédiatement la monotonie sur tout l’intervalle choisi. La croissance de \(f\) et la première hausse suffisaient, sans devoir chercher d’abord un encadrement plus fin par \(\sqrt3\).

À vous 12.19 — À chercher avant de lire : un départ au-dessus

On définit \(w_0=4\) et \(w_{n+1}=\sqrt{6+w_n}\). Étudier l’existence des termes, leur encadrement, leurs variations et leur limite. Expliquer ce qui change par rapport à la racine itérée partant de 1.

Indice si le choix de la borne bloque : chercher les points fixes possibles, puis essayer l’intervalle reliant le départ à la valeur positive trouvée. Cela guide la recherche ; il reste à prouver la stabilité.

Correction de l’activité 12.19

Chercher. L’équation \(x=\sqrt{6+x}\) impose \(x\geq0\), puis \(x^2-x-6=(x-3)(x+2)=0\). Elle suggère 3 comme borne.

Établir l’invariance. Si \(3\leq x\leq4\), alors \(9\leq6+x\leq10\), donc \[3\leq\sqrt{6+x}\leq\sqrt{10}<4.\] L’intervalle \([3;4]\) est stable et contient \(w_0\). Tous les termes sont donc définis et dans \([3;4]\). Ils sont même strictement supérieurs à 3 : le départ l’est, et \(w_k>3\) entraîne \(\sqrt{6+w_k}>\sqrt9=3\).

Prouver la décroissance. La fonction est strictement croissante, mais \(w_1=\sqrt{10}<4=w_0\). Si \(w_{k+1}<w_k\), appliquer cette fonction donne \(w_{k+2}<w_{k+1}\). Ainsi la suite est strictement décroissante. On pouvait aussi utiliser \[w_{n+1}-w_n =-\frac{(w_n-3)(w_n+2)}{\sqrt{6+w_n}+w_n}<0.\] Le dénominateur est positif, et les deux facteurs du numérateur avant le signe moins sont positifs.

Conclure sur la limite. La suite décroît et est minorée par 3, donc converge vers un réel \(L\in[3;4]\). La continuité autorise \(L=\sqrt{6+L}\), puis \((L-3)(L+2)=0\). La seule solution dans \([3;4]\) est 3.

Le départ est ici au-dessus du point fixe : la suite descend vers lui. Une fonction croissante intervient pourtant dans les deux exemples. Ce sont l’intervalle et le premier déplacement qui distinguent les trajectoires.

Critères pour votre explication. Votre réponse doit distinguer trois faits : la fonction reste croissante ; le départ est maintenant au-dessus de la valeur fixe \(3\), et la première comparaison est une baisse ; cette comparaison se transmet ensuite à tous les rangs. La borne inférieure \(3\) permet de prouver une convergence, puis l’équation de limite permet d’en identifier la valeur. Écrire seulement « la suite décroît parce qu’elle part de plus haut » ne remplace pas ces justifications.

À vous 12.20 — Réparer une vérification d’intervalle

Une copie affirme : « Les images des extrémités de \([0;1]\) sont dans \([0;1]\), donc cet intervalle est stable. »

  1. Expliquer ce qui manque dans ce raisonnement.

  2. Pour \(h(x)=x(2-x)\), démontrer réellement la stabilité de \([0;1]\).

Premier appui : examiner le signe de \(h(x)\), puis écrire \(1-h(x)\) comme un carré.

Correction de l’activité 12.20

La première erreur est de passer de deux entrées à toutes les entrées, sans propriété intermédiaire. Le contre-exemple \(8x(1-x)\) a montré que des valeurs intérieures peuvent dépasser celles des extrémités.

Pour le nouvel essai, prenons \(x\in[0;1]\). Les facteurs \(x\geq0\) et \(2-x\geq1>0\) donnent \(h(x)\geq0\). Pour la majoration, \[1-h(x)=1-x(2-x)=1-2x+x^2=(1-x)^2\geq0.\] Ainsi \(h(x)\leq1\), donc \(0\leq h(x)\leq1\) pour chaque \(x\) de l’intervalle. La stabilité est maintenant démontrée. Revenir à la copie initiale : il faut y remplacer le contrôle des seuls deux points par un argument valable pour un \(x\) arbitraire.

Point de vigilance — Vérifier la réparation sur une autre fonction

Avant de consulter sa correction, traiter seulement la question du domaine et de l’intervalle dans l’exercice 

12.21

qui suit : pour un réel quelconque \(x\in[0;3]\), démontrer que \(\frac{4x+3}{x+2}\) est défini et appartient à \([0;3]\). Ce nouvel essai reteste précisément le passage de quelques entrées à toutes les entrées d’un intervalle. Comparer ensuite avec la partie « Domaine et bornes » de son corrigé. Enfin, revenir à la preuve pour \(h(x)=x(2-x)\) et repérer les deux arguments qui valent pour chaque \(x\), et pas seulement aux extrémités.

À vous 12.21 — À retenter plus tard : rédiger l’étude sans modèle

À une autre séance, recopier seulement cette consigne et essayer avant de relire les exemples. On donne \(z_0=0\) et \[z_{n+1}=\frac{4z_n+3}{z_n+2}.\] Étudier complètement cette suite. Puis expliquer, sans refaire toute l’étude, ce qui se passe si l’on remplace le départ 0 par 3.

Indice : l’intervalle \([0;3]\) est un candidat utile. Pour la variation, une réécriture de la fonction permet d’éviter sa dérivée.

Correction de l’activité 12.21

Domaine et bornes. Pour \(x\in[0;3]\), \(x+2\geq2>0\), et \(4x+3>0\). Donc \(f(x)>0\). De plus \[3-f(x)=\frac{3(x+2)-(4x+3)}{x+2} =\frac{3-x}{x+2}\geq0.\] L’intervalle est stable ; le départ 0 y appartient. Par récurrence, les termes existent et restent dans \([0;3]\).

Variations. La division du numérateur donne \(f(x)=4-5/(x+2)\). Pour \(x<y\) dans \([0;3]\), les inverses vérifient \(1/(x+2)>1/(y+2)\) ; multiplier par \(-5\) renverse l’ordre et ajouter 4 le conserve. Donc \(f(x)<f(y)\). Comme \(z_1=3/2>0=z_0\), la croissance stricte se transmet par récurrence.

Convergence et valeur. La suite croît et est majorée par 3. Elle converge vers \(L\in[0;3]\). La fonction rationnelle est continue sur cet intervalle, donc \[L(L+2)=4L+3 \quad\Longleftrightarrow\quad L^2-2L-3=0 \quad\Longleftrightarrow\quad (L-3)(L+1)=0.\] La valeur \(-1\) est hors de l’intervalle ; ainsi \(L=3\).

Changer le départ. On a \(f(3)=(12+3)/(3+2)=3\). Avec \(z_0=3\), l’égalité \(z_n=3\) est vraie au départ et se transmet par \(z_{n+1}=f(3)=3\). La suite est donc constante. Le nouvel énoncé ne nécessite pas de refaire une longue étude de variation.

Critères pour votre rédaction. Le domaine de chaque quotient est contrôlé ; l’intervalle est justifié pour un réel quelconque ; la monotonie n’est pas lue sur trois termes ; l’existence de la limite précède son équation ; la solution incompatible est rejetée avec une raison précise.

À retenir — Le fil d’une étude, sans automatisme aveugle

  1. Faire exister : domaine, départ, intervalle stable si utile.

  2. Comprendre le mouvement : signe de \(f(x)-x\), ou propagation d’une comparaison par une fonction croissante.

  3. Prouver une convergence : monotonie et borne, ou encadrement direct de l’erreur.

  4. Identifier : continuité au point limite, décalage, équation \(L=f(L)\), puis sélection des solutions compatibles.

  5. Contrôler : substitution, premiers termes, bornes et précision.

L’ordre est logique, mais plusieurs méthodes peuvent remplacer une étape. Une formule explicite ou une erreur géométriquement majorée peut rendre inutile le théorème de convergence monotone. Il faut justifier la voie choisie.

13. Résoudre une récurrence affine

— Ce que vous allez apprendre

Reconnaître une relation \(u_{n+1}=a u_n+b\), puis apprendre à :

  • traiter les cas particuliers avant de diviser par un coefficient ;

  • trouver un changement d’origine qui fait apparaître une suite géométrique ;

  • obtenir une formule explicite et la vérifier ;

  • étudier les variations et la limite, y compris lorsque \(a\) est négatif ;

  • distinguer une valeur d’équilibre d’une valeur vers laquelle la suite converge ;

  • contrôler l’erreur et déterminer un premier rang satisfaisant un objectif.

Dans une relation affine, on multiplie le terme précédent par un nombre fixe, puis on ajoute un nombre fixe. Cette structure revient souvent dans les modèles d’évolution. Elle permet aussi une étude exacte : un choix judicieux d’une nouvelle suite transforme la relation en multiplication seule.

Rappel utile — Les suites géométriques dont nous aurons besoin

Une suite \((v_n)\) est géométrique de raison \(a\) lorsque \(v_{n+1}=a v_n\). Si \(a\neq0\) et si le premier rang est \(0\), alors \(v_n=v_0a^n\). Si le premier rang est \(p\), alors \(v_n=v_pa^{\,n-p}\) pour \(n\geq p\) : l’exposant compte les passages du rang de départ au rang d’arrivée.

Pour \(0<|a|<1\), \(a^n\) tend vers \(0\), même lorsque \(a\) est négatif. Pour \(a>1\), \(a^n\) tend vers \(+\infty\). Lorsque \(a<-1\), les puissances alternent de signe et leur valeur absolue tend vers \(+\infty\). Enfin, \(1^n=1\) et les puissances de \(-1\) alternent entre \(1\) et \(-1\).

Si \(a=0\), tous les termes qui suivent le terme initial sont nuls. Nous traiterons ce cas directement, sans faire intervenir \(0^0\). Ces résultats sur les suites géométriques ont été démontrés dans l’unité consacrée aux puissances et à leurs limites.

Reconnaître la structure avant de calculer

Définition 13.1 — Suite à récurrence affine

Une suite est définie par une récurrence affine lorsque sa relation prend la forme \[u_{n+1}=a u_n+b,\] où \(a\) et \(b\) sont deux réels fixés, indépendants de \(n\).

La fonction associée est la fonction affine \(f(x)=a x+b\). Elle est définie sur \(\mathbb{R}\) : avec un premier terme réel, la relation permet donc de calculer tous les termes réels.

Le mot affine porte ici sur la fonction appliquée au terme précédent. Il ne signifie pas que \(u_n\) est nécessairement une expression affine du rang \(n\).

Dans \[u_{n+1}=\frac{3u_n-4}{5} =\frac35u_n-\frac45,\] les deux constantes sont \(a=\frac35\) et \(b=-\frac45\). En revanche, \(u_{n+1}=n u_n+1\) n’est pas de la forme étudiée dans cette unité : le coefficient \(n\) change à chaque passage.

À vous 13.2 — Identifier, puis prévoir la difficulté

Sans lire la correction, répondre aux questions suivantes.

  1. Identifier \(a\) et \(b\) dans \(u_{n+1}=\frac{u_n+6}{2}\).

  2. La relation \(v_{n+1}=v_n+3\) décrit-elle une suite arithmétique ou géométrique ? Et la relation \(w_{n+1}=3w_n\) ?

  3. Avec \(t_0=10\) et \(t_{n+1}=0{,}7t_n+12\), calculer \(t_1,t_2\). Les quotients \(\frac{t_1}{t_0}\) et \(\frac{t_2}{t_1}\) sont-ils égaux ?

  4. Résoudre l’équation \(L=0{,}7L+12\). Cette équation suffit-elle, à elle seule, à prouver la convergence de \((t_n)\) ?

Correction de l’activité 13.2

1. Distribuer la division. La relation s’écrit \(u_{n+1}=\frac12u_n+3\) : \(a=\frac12\) et \(b=3\), et non \(b=6\).

2. Ne pas confondre addition et multiplication. La différence \(v_{n+1}-v_n\) vaut \(3\) : \((v_n)\) est arithmétique. La relation \(w_{n+1}=3w_n\) est directement celle d’une suite géométrique de raison \(3\), sans qu’il soit nécessaire de diviser par \(w_n\). Cette formulation reste valable si certains termes sont nuls.

3. Une récurrence affine n’est pas en général géométrique. On trouve \[t_1=0{,}7\times10+12=19,\qquad t_2=0{,}7\times19+12=25{,}3.\] Le premier quotient vaut \(1{,}9\). Le second ne vaut pas \(1{,}9\) : en effet \(19\times1{,}9=36{,}1\), différent de \(25{,}3\). L’ajout de \(12\) empêche ici la multiplication par un même nombre d’un terme au suivant.

4. Un candidat n’est pas encore une limite prouvée. L’équation devient \[L-0{,}7L=12,\qquad 0{,}3L=12,\qquad L=40.\] Elle donne la seule valeur qui pourrait être une limite finie de la suite. Mais il faut encore prouver que la suite converge. La formule explicite que nous allons construire permettra de le faire.

Deux cas à traiter immédiatement

Si \(a=1\), on retrouve une suite arithmétique

Proposition 13.3 — Cas \(u_{n+1}=u_n+b\)

Si \(a=1\), alors, pour tout entier \(n\geq0\), \[u_n=u_0+nb.\] La suite est strictement croissante si \(b>0\), strictement décroissante si \(b<0\), et constante si \(b=0\).

Sa limite vaut respectivement \(+\infty\), \(-\infty\), ou \(u_0\).

Démonstration.

Notons \(P(n)\) la propriété \(u_n=u_0+nb\).

Au rang \(0\), \(u_0=u_0+0b\), donc \(P(0)\) est vraie. Supposons \(P(k)\) vraie pour un entier \(k\geq0\). La relation donne \[u_{k+1}=u_k+b=(u_0+kb)+b=u_0+(k+1)b.\] Ainsi \(P(k+1)\) est vraie. Par récurrence, la formule est valable pour tout entier naturel \(n\).

La différence de deux termes successifs vaut \(b\), ce qui donne les variations. Si \(b>0\), le terme \(nb\) dépasse tout seuil lorsque \(n\) devient assez grand, donc \(u_n\to+\infty\). Si \(b<0\), on applique le même raisonnement à \(-u_n=-u_0+n(-b)\), qui tend vers \(+\infty\) : ainsi \(u_n\to-\infty\). Si \(b=0\), tous les termes valent \(u_0\).

\(\square\)

Exemple 13.4 — Une diminution constante

Si \(u_0=15\) et \(u_{n+1}=u_n-2\), alors \(u_n=15-2n\). La suite est strictement décroissante et tend vers \(-\infty\). Elle n’est pas géométrique : les écarts sont constants, pas les quotients.

Si \(u_n\) représente une quantité qui doit rester positive, le modèle ne peut pas être prolongé sans interprétation après le passage par zéro. La formule mathématique reste définie ; c’est l’usage du modèle qui possède une durée de validité.

Si \(a=0\), la première valeur est immédiatement oubliée

Proposition 13.5 — Cas \(u_{n+1}=b\)

Si \(a=0\), le terme \(u_0\) reste celui de l’énoncé, puis \[u_n=b\qquad\text{pour tout }n\geq1.\] La suite converge vers \(b\).

Démonstration.

Quel que soit le réel \(u_n\), \(0u_n+b=b\). Le premier calcul donne \(u_1=b\), puis chaque calcul suivant donne encore \(b\). La suite est donc constante à partir du rang \(1\).

\(\square\)

Par exemple, si \(u_0=8\) et \(u_{n+1}=0u_n+3\), les termes sont \[8,\quad3,\quad3,\quad3,\quad\ldots\] La suite est décroissante au sens large, mais pas strictement décroissante. Si \(u_0=1\), les termes sont \(1,3,3,3,\ldots\), et elle est croissante au sens large. Dans les deux cas, la limite est \(3\).

Point de vigilance — La division par \(1-a\)

La formule \(\frac{b}{1-a}\) n’a de sens que si \(a\neq1\). Le cas \(a=1\) n’est donc pas un détail à traiter après le calcul : il doit être séparé avant cette division.

Choisir une nouvelle origine

Définition 13.6 — Valeur d’équilibre de la récurrence

Un réel \(L\) est une valeur d’équilibre de la relation \(u_{n+1}=a u_n+b\) si \[L=aL+b.\] C’est un point fixe de la fonction \(x\mapsto ax+b\).

Si la suite commence à cette valeur, elle y reste : \(u_0=L\) entraîne \(u_n=L\) pour tout \(n\).

Pourquoi une suite qui commence à l’équilibre y reste

Le terme initial est \(L\). Si \(u_k=L\), alors \[u_{k+1}=a u_k+b=aL+b=L.\] Par récurrence, tous les termes valent \(L\).

\(\square\)

Lemme 13.7 — Le point fixe de la fonction affine

Si \(a\neq1\), la fonction \(x\mapsto ax+b\) possède un unique point fixe, \[\boxed{L=\frac{b}{1-a}}.\] Si \(a=1\) et \(b\neq0\), elle n’en possède aucun. Si \(a=1\) et \(b=0\), chaque réel est un point fixe.

Démonstration.

On transforme l’équation, sans division dans un premier temps : \[L=aL+b \quad\Longleftrightarrow\quad L-aL=b \quad\Longleftrightarrow\quad (1-a)L=b.\] Si \(a\neq1\), le coefficient \(1-a\) n’est pas nul : on peut diviser et l’on obtient exactement une solution, \(b/(1-a)\). Si \(a=1\), l’équation se réduit à \(0=b\). Elle est impossible lorsque \(b\neq0\), et vraie pour tout \(L\) lorsque \(b=0\).

\(\square\)

Ce lemme sert à choisir la bonne quantité à étudier : non plus la position \(u_n\), mais son écart à l’équilibre \(u_n-L\).

Théorème 13.8 — Une suite géométrique cachée

On suppose \(a\neq1\), et l’on pose \[L=\frac{b}{1-a}, \qquad v_n=u_n-L.\] Alors \((v_n)\) est géométrique de raison \(a\) : \[v_{n+1}=a v_n.\] Ainsi, si \(a\neq0\), pour tout entier \(n\geq0\), \[\boxed{u_n=L+(u_0-L)a^n.}\] Si \(a=0\), on retrouve directement \(u_n=b=L\) pour \(n\geq1\).

Démonstration.

Pourquoi soustraire \(L\) ? Nous voulons faire disparaître le terme ajouté \(b\). L’égalité du point fixe donne \(b=L-aL\). Par conséquent, \[\begin{align*} v_{n+1} &=u_{n+1}-L\\ &=a u_n+b-L\\ &=a u_n+(L-aL)-L\\ &=a u_n-aL\\ &=a(u_n-L)\\ &=a v_n. \end{align*}\] Chaque transformation utilise soit la récurrence initiale, soit l’égalité \(L=aL+b\). On n’a supposé aucune convergence pour faire ce calcul.

Trouver le terme général. Le terme initial de la nouvelle suite vaut \(v_0=u_0-L\). Si \(a\neq0\), la formule géométrique donne \[v_n=(u_0-L)a^n.\] Comme \(v_n=u_n-L\), on ajoute \(L\) des deux côtés : \[u_n=L+(u_0-L)a^n.\] Si \(a=0\), la relation \(v_{n+1}=0\) donne \(v_n=0\) pour \(n\geq1\), et donc \(u_n=L=b\) à partir de ce rang.

\(\square\)

— Faut-il déjà savoir que \(u_n\) tend vers \(L\) ?

Non. La lettre \(L\) désigne ici un point fixe calculé algébriquement. La formule est vraie même si la suite diverge. La convergence sera ensuite décidée à l’aide du facteur \(a^n\).

C’est précisément ce qui distingue deux démarches : résoudre l’équation d’un point fixe ne prouve pas la convergence, mais construire et démontrer une formule explicite peut permettre de prouver cette convergence.

Méthode 13.9 — Les cinq calculs à écrire

Pour une récurrence affine avec \(a\neq0,1\) :

  1. Identifier correctement \(a\) et \(b\).

  2. Résoudre \(L=aL+b\).

  3. Poser \(v_n=u_n-L\), puis démontrer \(v_{n+1}=a v_n\).

  4. Calculer \(v_0=u_0-L\), puis écrire \(v_n=v_0a^n\).

  5. Revenir à \(u_n=v_n+L\), et contrôler la formule.

Un contrôle utile consiste à retrouver le terme initial et à calculer le premier terme de deux manières. La preuve générale reste nécessaire : deux valeurs concordantes ne prouvent pas une formule pour tous les rangs.

Une étude complète, de la relation au premier rang

Exemple 13.10 — Une quantité qui se rapproche de \(50\)

On définit \[u_0=40,\qquad u_{n+1}=0{,}6u_n+20.\] Nous allons établir la formule, les variations, la limite, puis le premier rang auquel \(u_n\geq49\).

1. Calculer le point fixe. L’équation est \[L=0{,}6L+20 \quad\Longleftrightarrow\quad 0{,}4L=20 \quad\Longleftrightarrow\quad L=50.\]

2. Introduire l’écart à \(50\). Posons \(v_n=u_n-50\). Alors \[\begin{align*} v_{n+1} &=0{,}6u_n+20-50\\ &=0{,}6u_n-30\\ &=0{,}6(u_n-50)\\ &=0{,}6v_n. \end{align*}\] La suite \((v_n)\) est géométrique de raison \(0{,}6\), et \(v_0=40-50=-10\). Ainsi \[v_n=-10(0{,}6)^n,\qquad \boxed{u_n=50-10(0{,}6)^n}.\]

3. Contrôler. Au rang \(0\), on obtient \(50-10=40\). La récurrence donne \(u_1=0{,}6\times40+20=44\), tandis que la formule donne \(50-10\times0{,}6=44\). Ces contrôles confirment l’absence d’erreur de signe ou d’indice dans une formule déjà démontrée.

4. Étudier les variations et les bornes. Pour tout \(n\geq0\), \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=\bigl(50-10(0{,}6)^{n+1}\bigr) -\bigl(50-10(0{,}6)^n\bigr)\\ &=-10(0{,}6)^n(0{,}6-1)\\ &=4(0{,}6)^n>0. \end{align*}\] La suite est strictement croissante. Comme \(0<(0{,}6)^n\leq1\), \[40\leq u_n<50.\] Le sens des inégalités est important : multiplier \((0{,}6)^n\leq1\) par \(-10\) renverse l’inégalité.

5. Déterminer la limite. Puisque \(-1<0{,}6<1\), \((0{,}6)^n\to0\). La formule explicite donne \[\lim_{n\to+\infty}u_n=50.\] Les termes approchent \(50\) par valeurs inférieures sans jamais atteindre exactement cette valeur.

6. Chercher le premier rang tel que \(u_n\geq49\). Nous utilisons une équivalence, afin de conserver exactement la question : \[\begin{align*} u_n\geq49 &\quad\Longleftrightarrow\quad 50-10(0{,}6)^n\geq49\\ &\quad\Longleftrightarrow\quad -10(0{,}6)^n\geq-1\\ &\quad\Longleftrightarrow\quad (0{,}6)^n\leq0{,}1. \end{align*}\] La division par \(-10\) explique le changement de sens. Or \[(0{,}6)^4=0{,}1296>0{,}1,\qquad (0{,}6)^5=0{,}07776<0{,}1.\] La suite \(((0{,}6)^n)\) est strictement décroissante, donc le premier rang est \(5\). En effet, \[u_4=48{,}704<49,\qquad u_5=49{,}2224\geq49.\] Un seul calcul réussi au rang \(5\) aurait donné un rang qui convient, mais n’aurait pas suffi à justifier que c’est le premier.

Ce qu’aurait donné la méthode générale des suites récurrentes

Pour la même suite, on peut étudier la fonction \(f(x)=0{,}6x+20\). Si \(40\leq x\leq50\), alors \[44\leq f(x)\leq50,\] donc \([40;50]\) est stable. Avec \(u_0=40\), une récurrence montre que \(40\leq u_n\leq50\) pour tout \(n\). De plus, \[u_{n+1}-u_n=20-0{,}4u_n=0{,}4(50-u_n)\geq0.\] La suite est croissante et majorée, donc elle converge vers un réel \(\ell\). La fonction affine étant continue, le passage à la limite donne \(\ell=0{,}6\ell+20\), d’où \(\ell=50\).

Cette deuxième méthode établit la convergence sans formule explicite. La première fournit en plus l’écart exact à \(50\) et permet de résoudre plus directement une question de seuil. Les deux démarches sont valides ; on choisit celle qui répond efficacement à l’objectif.

Tous les comportements, y compris avec un coefficient négatif

Dans cette section, lorsque \(a\neq1\), on note \[L=\frac{b}{1-a},\qquad c=u_0-L.\] Le réel \(c\) est l’écart initial à l’équilibre. Pour \(a\neq0,1\), la formule établie est \[u_n=L+c a^n.\]

Proposition 13.11 — Le cas constant doit être vérifié en premier

Si \(a\neq1\) et si \(u_0=L\), alors \((u_n)\) est constante de valeur \(L\), quelle que soit la valeur de \(a\).

Si \(a\neq1\) et si \(u_0\neq L\), le comportement dépend du coefficient \(a\), selon les cas détaillés ci-dessous.

Démonstration.

Si \(u_0=L\), le point fixe se transmet d’un rang au suivant, comme démontré plus haut. Lorsque \(a\neq0\), cela se voit aussi dans \(u_n=L+(u_0-L)a^n\) : le coefficient \(u_0-L\) est nul.

Il serait incorrect d’écrire automatiquement « \(a>1\), donc la suite diverge » sans vérifier ce coefficient.

\(\square\)

Théorème 13.12 — Classification des limites des récurrences affines

Pour la relation \(u_{n+1}=a u_n+b\), les possibilités sont les suivantes.

  1. \(\boldsymbol{a<-1}\). Si \(u_0\neq L\), la suite oscille avec une amplitude qui augmente sans borne. Elle n’a ni limite finie, ni limite \(+\infty\), ni limite \(-\infty\).

  2. \(\boldsymbol{a=-1}\). Si \(u_0\neq L\), les termes alternent entre les deux valeurs distinctes \(u_0\) et \(2L-u_0\). La suite n’a pas de limite.

  3. \(\boldsymbol{-1<a<0}\). La suite converge vers \(L\). Si \(u_0\neq L\), elle passe alternativement au-dessus et au-dessous de \(L\).

  4. \(\boldsymbol{a=0}\). La suite vaut \(b\) à partir du rang \(1\), donc converge vers \(b\).

  5. \(\boldsymbol{0<a<1}\). La suite converge vers \(L\). Elle y arrive par valeurs inférieures si \(u_0<L\), par valeurs supérieures si \(u_0>L\).

  6. \(\boldsymbol{a=1}\). La suite est arithmétique : \(u_n=u_0+nb\). Sa limite est \(+\infty\) si \(b>0\), \(-\infty\) si \(b<0\), et \(u_0\) si \(b=0\).

  7. \(\boldsymbol{a>1}\). La suite tend vers \(+\infty\) si \(u_0>L\), vers \(-\infty\) si \(u_0<L\), et reste constante si \(u_0=L\).

Dans les cas \(a\neq1\), la condition \(u_0=L\) donne toujours la suite constante, y compris dans les deux premiers cas.

Démonstration.

Les cas \(a=0\) et \(a=1\) ont été démontrés séparément. Pour les autres, on utilise \(u_n=L+c a^n\).

Si \(-1<a<0\) ou \(0<a<1\), \(a^n\to0\), donc \(c a^n\to0\) et \(u_n\to L\). Pour \(a>0\), le signe de \(u_n-L=c a^n\) reste celui de \(c\). Pour \(a<0\) et \(c\neq0\), ce signe change à chaque rang.

Si \(a>1\), \(a^n\to+\infty\). Multiplier par \(c>0\) conserve la limite \(+\infty\), multiplier par \(c<0\) donne \(-\infty\), et \(c=0\) donne la suite constante \(L\).

Si \(a=-1\), \[u_{2k}=L+c=u_0,\qquad u_{2k+1}=L-c=2L-u_0.\] Si \(c\neq0\), ces deux valeurs sont distinctes. Une suite convergente ne peut pas conserver, à des rangs arbitrairement grands, deux valeurs distinctes qui ne se rapprochent pas. Plus précisément, si elle avait une limite \(\ell\), les termes de rang pair imposeraient \(\ell=u_0\), tandis que les termes de rang impair imposeraient \(\ell=2L-u_0\), contradiction. La suite est bornée : elle ne tend donc pas non plus vers un infini.

Si \(a<-1\), écrivons \(r=-a>1\). Alors \[u_{2k}=L+c r^{2k},\qquad u_{2k+1}=L-c r^{2k+1}.\] Pour \(c>0\), les termes de rang pair tendent vers \(+\infty\) et les termes de rang impair vers \(-\infty\). Pour \(c<0\), les deux sens sont échangés. Dans les deux situations, des termes arbitrairement tardifs sont très grands positivement et d’autres très grands négativement. Aucune des trois limites possibles annoncées ne convient.

\(\square\)

— « Diverger » signifie-t-il « tendre vers \(+\infty\) » ?

Non. Une suite qui ne converge pas vers un réel peut tendre vers un infini, mais elle peut aussi ne posséder aucune limite. Les récurrences avec \(a=-1\) ou \(a<-1\) fournissent des exemples de cette deuxième situation lorsque le terme initial n’est pas l’équilibre.

Le mot « diverge » ne remplace donc pas l’étude du comportement : il faut préciser ce que l’on a établi.

Les variations se lisent dans une différence exacte

Proposition 13.13 — Différence de deux termes successifs

Supposons \(a\neq0,1\), et posons \(c=u_0-L\). Pour tout entier \(n\geq0\), \[\boxed{u_{n+1}-u_n=c(a-1)a^n.}\] Si \(a>0\), cette différence garde un signe constant. Si \(a<0\) et \(c\neq0\), son signe alterne : la suite n’est ni croissante ni décroissante sur l’ensemble des rangs.

Démonstration.

À partir de la formule explicite, \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=\bigl(L+c a^{n+1}\bigr)-\bigl(L+c a^n\bigr)\\ &=c a^{n+1}-c a^n\\ &=c a^n(a-1). \end{align*}\] Si \(a>0\), le facteur \(a^n\) est strictement positif. Le signe est donc celui de \(c(a-1)\), indépendant de \(n\).

Si \(a<0\) et \(c\neq0\), les facteurs \(c\) et \(a-1\) sont non nuls et fixes, tandis que \(a^n\) change de signe à chaque rang. Il y a donc des augmentations et des diminutions, à des rangs arbitrairement grands.

\(\square\)

Pour \(a>0\), \(a\neq1\), on peut organiser le résultat ainsi :

Coefficient \(u_0<L\) \(u_0>L\)
\(0<a<1\) Strictement croissante vers \(L\) Strictement décroissante vers \(L\)
\(a>1\) Strictement décroissante vers \(-\infty\) Strictement croissante vers \(+\infty\)

Si \(u_0=L\), la suite est constante, et non strictement monotone. Les cas \(a=0\) et \(a=1\) gardent leurs descriptions particulières.

Point de vigilance — Ne pas étudier les variations avec un quotient non justifié

L’égalité utile est \(v_{n+1}=a v_n\) pour \(v_n=u_n-L\). Cela ne signifie pas que \(u_{n+1}/u_n=a\). En outre, un terme \(u_n\) peut être nul ou négatif. La différence \(u_{n+1}-u_n\) fonctionne sans division et fournit ici un critère de variation valable dans tous les cas non dégénérés.

Converger en oscillant : un exemple essentiel

Exemple 13.14 — Un coefficient négatif de valeur absolue inférieure à \(1\)

On définit \[u_0=5,\qquad u_{n+1}=-\frac12u_n+3.\]

1. Point fixe et changement d’origine. L’équation \(L=-\frac12L+3\) donne \[\frac32L=3,\qquad L=2.\] Avec \(v_n=u_n-2\), \[v_{n+1} =-\frac12u_n+3-2 =-\frac12u_n+1 =-\frac12(u_n-2) =-\frac12v_n.\] Comme \(v_0=3\), \[\boxed{u_n=2+3\left(-\frac12\right)^n}.\]

2. Les premiers termes. On obtient \[u_0=5,\qquad u_1=\frac12,\qquad u_2=\frac{11}{4},\qquad u_3=\frac{13}{8}.\] La suite commence par diminuer, puis augmenter, puis diminuer. Elle n’est pas monotone.

3. Pourtant, la limite existe. Comme \(\left(-\frac12\right)^n\to0\), \[\lim_{n\to+\infty}u_n=2.\] Pour un rang pair \(n=2k\), \[u_{2k}=2+\frac{3}{4^k}>2.\] Pour un rang impair \(n=2k+1\), \[u_{2k+1}=2-\frac{3}{2\cdot4^k}<2.\] Les rangs pairs approchent \(2\) par-dessus, les rangs impairs par-dessous. Ce qui diminue régulièrement, ce ne sont pas les valeurs \(u_n\), mais leur distance à \(2\) : \[\lvert u_n-2\rvert=\frac{3}{2^n}.\]

Chaque point représente le couple \((n;u_n)\). Les points ne sont pas reliés par une courbe : une suite n’a ici de valeur qu’aux rangs entiers. La figure illustre les oscillations ; la preuve de convergence vient de la formule et de la limite géométrique, non du dessin.

À vous 13.15 — Expliquer la différence entre valeur et distance

Pour la suite de l’exemple précédent, répondre par des phrases complètes.

  1. Pourquoi la phrase « la suite se rapproche de \(2\), donc elle est décroissante » est-elle fausse ?

  2. Quelle suite est strictement décroissante ?

  3. Pourquoi le fait que \(u_1<2<u_2\) ne suffit-il pas à prouver que la suite oscille à tous les rangs ?

Correction de l’activité 13.15

1. « Se rapprocher de \(2\) » parle de la distance à \(2\), pas de l’ordre des valeurs entre elles. Ici \(u_1=\frac12\) et \(u_2=\frac{11}{4}\), donc \(u_2>u_1\) : la suite n’est pas décroissante.

2. La suite des distances \(d_n=|u_n-2|=3/2^n\) est strictement décroissante : \(d_{n+1}=\frac12d_n<d_n\), car \(d_n>0\). La suite \((d_n)\) et la suite \((u_n)\) ne sont pas la même suite.

3. Deux rangs ne renseignent pas sur tous les rangs suivants. La preuve générale utilise \(u_n-2=3(-1/2)^n\) : ce nombre est positif pour tout rang pair et négatif pour tout rang impair. Une réponse satisfaisante distingue donc l’observation locale et l’argument valable pour tout \(n\).

Un point fixe peut ne pas attirer les termes

Exemple 13.16 — Une oscillation dont l’amplitude augmente

Soit \[u_0=3,\qquad u_{n+1}=-2u_n+6.\] Le point fixe vérifie \(L=-2L+6\), donc \(L=2\). En posant \(v_n=u_n-2\), on trouve \[v_{n+1}=-2u_n+4=-2(u_n-2)=-2v_n.\] Avec \(v_0=1\), cela donne \[u_n=2+(-2)^n.\] Les premiers termes sont \[3,\quad0,\quad6,\quad-6,\quad18,\quad\ldots\] Pour les rangs pairs, \[u_{2k}=2+4^k\longrightarrow+\infty.\] Pour les rangs impairs, \[u_{2k+1}=2-2\cdot4^k\longrightarrow-\infty.\] La suite n’a donc aucune limite.

Si l’on change seulement le terme initial en \(u_0=2\), la suite devient constante de valeur \(2\). Le coefficient \(-2\) ne suffit donc pas, sans information sur le départ, à décider que la suite diverge.

Exemple 13.17 — Un équilibre algébrique négatif dans un modèle positif

On modélise une quantité, en unités arbitraires, par \[u_0=10,\qquad u_{n+1}=1{,}2u_n+6.\] Chaque étape augmente d’abord la quantité de \(20\,\%\), puis ajoute \(6\).

Le point fixe est donné par \[L=1{,}2L+6 \quad\Longleftrightarrow\quad -0{,}2L=6 \quad\Longleftrightarrow\quad L=-30.\] Cette valeur négative est un point fixe mathématique de la fonction affine. Elle ne représente pas une quantité d’équilibre positive physiquement accessible dans ce modèle.

Posons \(v_n=u_n+30\), puisque \(u_n-L=u_n-(-30)=u_n+30\). Alors \[v_{n+1}=1{,}2u_n+36=1{,}2(u_n+30)=1{,}2v_n.\] Comme \(v_0=40\), \[u_n=-30+40(1{,}2)^n.\] La différence vaut \[u_{n+1}-u_n=40(1{,}2)^n(1{,}2-1) =8(1{,}2)^n>0.\] La suite est strictement croissante et tend vers \(+\infty\). Les premiers contrôles donnent \(u_1=18\) et \(u_2=27{,}6\).

Il serait faux de conclure « le point fixe est \(-30\), donc la quantité va tendre vers \(-30\) ». Les termes restent positifs, augmentent, et s’éloignent de cette valeur.

L’écart à l’équilibre donne une précision garantie

Proposition 13.18 — Erreur exacte lorsque \(0<|a|<1\)

Supposons \(0<|a|<1\), et posons \[L=\frac{b}{1-a},\qquad E_n=|u_n-L|.\] Alors, pour tout entier \(n\geq0\), \[\boxed{E_n=|u_0-L|\,|a|^n} \qquad\text{et}\qquad E_{n+1}=|a|E_n.\] Si \(u_0\neq L\), la suite \((E_n)\) est strictement décroissante et tend vers \(0\).

Démonstration.

La formule \(u_n-L=(u_0-L)a^n\) est déjà démontrée. On utilise la propriété de la valeur absolue \(|xy|=|x||y|\), puis \(|a^n|=|a|^n\) : \[E_n=|(u_0-L)a^n|=|u_0-L|\,|a|^n.\] Ainsi \[E_{n+1}=|u_0-L|\,|a|^{n+1}=|a|E_n.\] Lorsque \(u_0\neq L\), \(E_n>0\). Comme \(0<|a|<1\), on a \(E_{n+1}<E_n\). Enfin, \(|a|^n\to0\), donc \(E_n\to0\).

\(\square\)

Corollaire 13.19 — Encadrement par l’erreur

Sous les hypothèses de la proposition précédente, \[L-E_n\leq u_n\leq L+E_n.\] Pour garantir une précision \(\varepsilon>0\), il suffit et il est nécessaire ici que \[|u_0-L|\,|a|^n\leq\varepsilon.\] Si \(u_0=L\), la précision est satisfaite dès le rang \(0\).

Démonstration.

L’inégalité \(|u_n-L|\leq E_n\) équivaut à \(-E_n\leq u_n-L\leq E_n\), puis à l’encadrement annoncé. Ici \(E_n\) est exactement \(|u_n-L|\), et non une simple majoration : la condition sur \(\varepsilon\) est donc une équivalence.

\(\square\)

Exemple 13.20 — Un premier rang sans logarithme

Pour la suite \(u_n=2+3(-1/2)^n\), cherchons le premier rang tel que l’erreur soit au plus \(0{,}01\). On résout \[|u_n-2|\leq0{,}01 \quad\Longleftrightarrow\quad \frac{3}{2^n}\leq\frac1{100} \quad\Longleftrightarrow\quad 2^n\geq300.\] Le dénominateur \(2^n\) est positif, donc ces transformations ne changent pas le sens des inégalités. Or \(2^8=256<300\) et \(2^9=512\geq300\). Les puissances de \(2\) étant croissantes, le premier rang est \(9\).

La garantie vaut ensuite à tous les rangs \(n\geq9\), même si les termes continuent à osciller autour de \(2\). La monotonie utilisée est celle de l’erreur, pas celle de \((u_n)\).

Point de vigilance — Erreur exacte et majorant de l’erreur

Si l’on dispose seulement d’une inégalité \(E_n\leq Mq^n\), résoudre \(Mq^n\leq\varepsilon\) fournit un rang suffisant, qui n’est pas nécessairement le premier rang réel. Dans les récurrences affines étudiées ici, la formule \(E_n=|u_0-L||a|^n\) est une égalité. C’est cette information plus précise qui autorise la recherche du premier rang par équivalences.

Si le premier terme ne porte pas l’indice 0

Proposition 13.21 — Formule à partir d’un rang \(p\)

On suppose que le premier terme donné est \(u_p\), avec \(u_{n+1}=a u_n+b\) pour \(n\geq p\). Si \(a\neq0,1\) et \(L=b/(1-a)\), alors, pour tout \(n\geq p\), \[\boxed{u_n=L+(u_p-L)a^{\,n-p}.}\] Si \(a=1\), la formule est \(u_n=u_p+(n-p)b\). Si \(a=0\), tous les termes de rang \(n\geq p+1\) valent \(b\).

Démonstration.

Le changement \(v_n=u_n-L\) donne toujours \(v_{n+1}=a v_n\). Mais le départ est maintenant \(v_p=u_p-L\). Pour passer du rang \(p\) au rang \(n\), on multiplie \(n-p\) fois par \(a\), d’où \(v_n=v_pa^{n-p}\).

On peut aussi vérifier la formule par récurrence sur \(n\geq p\). Au rang \(p\), le facteur \(a^{p-p}=1\) donne bien \(L+(u_p-L)=u_p\). Si la formule est vraie au rang \(k\geq p\), alors \[u_{k+1}=a\bigl(L+(u_p-L)a^{k-p}\bigr)+b =L+(u_p-L)a^{k+1-p},\] car \(aL+b=L\). La formule se transmet donc au rang suivant. Les deux cas particuliers se déduisent directement de l’addition constante ou de l’image constante.

\(\square\)

Exemple 13.22 — Un terme initial au rang \(3\)

On donne \[u_3=7,\qquad u_{n+1}=\frac12u_n+1\quad(n\geq3).\] Le point fixe vérifie \(L=\frac12L+1\), donc \(L=2\). L’écart initial vaut \(u_3-2=5\). Ainsi \[u_n=2+5\left(\frac12\right)^{n-3}\qquad(n\geq3).\] En particulier, \[u_6=2+5\left(\frac12\right)^3 =2+\frac58 =\frac{21}{8}.\] Le calcul direct donne \(u_4=\frac92\), \(u_5=\frac{13}{4}\), puis \(u_6=\frac{21}{8}\), ce qui confirme l’indice.

Comme \(u_3>2\) et \(0<\frac12<1\), la suite est strictement décroissante et converge vers \(2\). Écrire l’exposant \(n\) à la place de \(n-3\) aurait donné une formule fausse dès le rang initial.

Une autre voie : étudier les différences successives

Le changement d’origine est la méthode de référence. Il existe une autre structure utile : même si \((u_n)\) n’est pas géométrique, la suite de ses différences successives l’est.

Proposition 13.23 — Les accroissements forment une suite géométrique

Pour \(u_{n+1}=a u_n+b\), posons \[d_n=u_{n+1}-u_n.\] Alors \(d_{n+1}=a d_n\). Si \(a\neq0\), on a \(d_n=d_0a^n\).

Pour \(a\neq0,1\) et \(n\geq1\), on en déduit \[u_n=u_0+d_0\,\frac{1-a^n}{1-a}.\]

Démonstration.

On écrit la relation à deux rangs consécutifs : \[u_{n+2}=a u_{n+1}+b,\qquad u_{n+1}=a u_n+b.\] La soustraction fait disparaître \(b\) : \[\begin{align*} d_{n+1} &=u_{n+2}-u_{n+1}\\ &=(a u_{n+1}+b)-(a u_n+b)\\ &=a(u_{n+1}-u_n)\\ &=a d_n. \end{align*}\] La suite \((d_n)\) est donc géométrique. Ensuite, pour \(n\geq1\), \[\begin{align*} d_0+d_1+\cdots+d_{n-1} &=(u_1-u_0)+(u_2-u_1)+\cdots+(u_n-u_{n-1})\\ &=u_n-u_0. \end{align*}\] Les termes intermédiaires se compensent. Ainsi \[u_n=u_0+d_0(1+a+\cdots+a^{n-1}).\] La somme de \(n\) puissances, pour \(a\neq1\), vaut \((1-a^n)/(1-a)\), ce qui donne la formule annoncée. Cette somme finie ne fait intervenir aucune série infinie.

\(\square\)

Exemple 13.24 — Comparer les deux méthodes

Soit \(u_0=3\) et \(u_{n+1}=2u_n+1\).

Par le point fixe. L’équation \(L=2L+1\) donne \(L=-1\). L’écart initial vaut \(3-(-1)=4\). Ainsi \[u_n=-1+4\cdot2^n.\]

Par les différences. Le premier terme suivant vaut \(u_1=7\), donc \(d_0=7-3=4\). La proposition donne \(d_n=4\cdot2^n\). Pour \(n\geq1\), \[\begin{align*} u_n &=3+4(1+2+\cdots+2^{n-1})\\ &=3+4(2^n-1)\\ &=4\cdot2^n-1. \end{align*}\] Au rang \(0\), cette dernière expression donne bien \(3\). Les deux méthodes aboutissent à la même formule.

La première transforme les écarts à une valeur fixe ; la seconde transforme les écarts entre deux termes successifs. Ces deux écarts sont des objets différents, même s’ils sont tous deux géométriques dans ce problème.

S’entraîner en diminuant progressivement l’aide

Un essai guidé

À vous 13.25 — De la relation à un seuil

On considère \[u_0=10,\qquad u_{n+1}=0{,}8u_n+6.\]

  1. Calculer la valeur \(L\) telle que \(L=0{,}8L+6\).

  2. Définir \(v_n=u_n-L\), puis démontrer qu’elle est géométrique.

  3. En déduire \(u_n\) en fonction de \(n\).

  4. Déterminer les variations et la limite de \((u_n)\).

  5. Chercher le premier rang tel que \(u_n\geq25\). Pour la comparaison numérique, on pourra calculer \((0{,}8)^6\) et \((0{,}8)^7\).

Correction de l’activité 13.25

1. Le centre. On a \(L-0{,}8L=6\), donc \(0{,}2L=6\) et \(L=30\).

2. La suite auxiliaire. On pose \(v_n=u_n-30\). Alors \[v_{n+1}=0{,}8u_n+6-30 =0{,}8u_n-24 =0{,}8(u_n-30) =0{,}8v_n.\] La suite est géométrique de raison \(0{,}8\), et \(v_0=-20\).

3. La formule. On obtient \(v_n=-20(0{,}8)^n\), puis \[u_n=30-20(0{,}8)^n.\] Au rang \(0\), elle donne \(10\), et au rang \(1\), elle donne \(14\), comme la relation initiale.

4. Les variations et la limite. La différence est \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=-20(0{,}8)^{n+1}+20(0{,}8)^n\\ &=20(0{,}8)^n(1-0{,}8)\\ &=4(0{,}8)^n>0. \end{align*}\] La suite est strictement croissante. La puissance \((0{,}8)^n\) tend vers \(0\), donc \(u_n\to30\).

5. Le premier rang. On transforme la condition : \[30-20(0{,}8)^n\geq25 \quad\Longleftrightarrow\quad (0{,}8)^n\leq\frac14.\] Or \[(0{,}8)^6=0{,}262144>\frac14,\qquad (0{,}8)^7=0{,}2097152<\frac14.\] Les puissances étant décroissantes, le premier rang est \(7\). La vérification au rang précédent est indispensable pour le mot « premier ».

Une tentative sans méthode indiquée

À vous 13.26 — Un départ au rang \(1\)

On donne \[v_1=1,\qquad v_{n+1}=\frac32v_n-1\quad(n\geq1).\]

  1. Trouver une formule explicite de \(v_n\), puis la vérifier au rang \(1\).

  2. Étudier les variations et la limite.

  3. Quel est le premier rang où la suite devient négative ? Si \(v_n\) modélisait une quantité nécessairement positive ou nulle, quelle précaution faudrait-il prendre ?

Avant de lire, écrire au moins le choix d’une suite auxiliaire et sa relation de récurrence.

Correction de l’activité 13.26

1. Choisir un écart qui supprime le terme ajouté. La relation est affine, avec \(a=\frac32\) et \(b=-1\). Le point fixe vérifie \[L=\frac32L-1 \quad\Longleftrightarrow\quad -\frac12L=-1 \quad\Longleftrightarrow\quad L=2.\] Posons \(w_n=v_n-2\). Alors \[w_{n+1}=\frac32v_n-3 =\frac32(v_n-2) =\frac32w_n.\] Le départ est \(w_1=1-2=-1\), donc \[w_n=-\left(\frac32\right)^{n-1}, \qquad \boxed{v_n=2-\left(\frac32\right)^{n-1}}.\] Au rang \(1\), l’exposant est \(0\), et la formule donne \(2-1=1\).

2. Ne pas confondre \(a>1\) et croissance de la suite. Le coefficient du terme géométrique est négatif. On calcule \[v_{n+1}-v_n =-\left(\frac32\right)^{n-1}\left(\frac32-1\right) =-\frac12\left(\frac32\right)^{n-1}<0.\] La suite est strictement décroissante. Comme \((3/2)^{n-1}\to+\infty\), on a \(v_n\to-\infty\).

3. Le passage aux valeurs négatives. On trouve \[v_1=1,\qquad v_2=\frac12,\qquad v_3=-\frac14.\] La stricte décroissance montre que le premier rang négatif est \(3\). Si la grandeur modélisée ne peut pas être négative, le modèle ne peut pas être utilisé tel quel au-delà de ce changement de signe. On ne remplace pas arbitrairement les termes négatifs par zéro : cela changerait la règle du modèle et devrait être justifié.

Reprendre après une erreur de signe

À vous 13.27 — Réparer le changement d’origine

Pour la suite \[u_0=2,\qquad u_{n+1}=\frac13u_n+4,\] un élève trouve le point fixe \(L=6\), pose \(v_n=u_n+6\), puis écrit \(v_{n+1}=\frac13v_n\).

  1. Vérifier le point fixe.

  2. Calculer réellement \(v_{n+1}\) en fonction de \(v_n\). Où l’erreur apparaît-elle ?

  3. Choisir la bonne suite auxiliaire et donner la formule de \(u_n\).

  4. Contrôler cette formule avec \(u_0\) et \(u_1\).

Correction de l’activité 13.27

1. Le point fixe est correct. \(L=\frac13L+4\) donne \(\frac23L=4\), donc \(L=6\).

2. Le changement choisi ne supprime pas la constante. Puisque \(v_n=u_n+6\), on a \(u_n=v_n-6\). Ainsi \[\begin{align*} v_{n+1} &=u_{n+1}+6\\ &=\frac13u_n+10\\ &=\frac13(v_n-6)+10\\ &=\frac13v_n+8. \end{align*}\] Il reste un terme ajouté \(8\). La suite \((v_n)\) n’est donc pas géométrique par la relation annoncée. L’erreur est le signe dans l’écart à \(L\) : il fallait soustraire \(6\), et non l’ajouter.

3. Réparer. Avec \(w_n=u_n-6\), \[w_{n+1}=\frac13u_n+4-6 =\frac13(u_n-6) =\frac13w_n.\] Comme \(w_0=2-6=-4\), on obtient \[u_n=6-4\left(\frac13\right)^n.\]

4. Contrôler. Au rang \(0\), on trouve \(6-4=2\). Au rang \(1\), on trouve \(6-\frac43=\frac{14}{3}\). La relation initiale donne également \(\frac13\times2+4=\frac{14}{3}\). La réparation est confirmée par la relation générale et par ces valeurs.

Point de vigilance — Retester le choix du signe avant de poursuivre

Sans consulter la solution, traiter la première question de l’exercice 

13.28

qui suit, avec le départ \(u_0=5\). Écrire votre propre suite auxiliaire, sa relation de récurrence, son terme initial, puis la formule de \(u_n\). Cette nouvelle tâche vérifie que l’écart choisi supprime réellement le terme ajouté ; reconnaître un point fixe ne suffit pas. Après comparaison avec la correction, revenir à la relation \(u_{n+1}=\frac13u_n+4\) de l’exercice précédent et expliquer pourquoi \(u_n-6\) supprime la constante alors que \(u_n+6\) laisse un terme ajouté égal à \(8\).

Réinvestir avec une initialisation exceptionnelle

À vous 13.28 — Même règle, trois comportements

On considère \(u_{n+1}=3u_n-8\).

  1. Avec \(u_0=5\), trouver \(u_n\) et sa limite.

  2. Avec \(u_0=4\), que devient la suite ? Le démontrer.

  3. Avec \(u_0=3\), trouver la formule et la limite.

  4. Expliquer pourquoi les trois conclusions ne se contredisent pas.

Correction de l’activité 13.28

Le point fixe vérifie \(L=3L-8\), donc \(-2L=-8\) et \(L=4\). La suite \(v_n=u_n-4\) vérifie \[v_{n+1}=3u_n-12=3(u_n-4)=3v_n.\] La formule générale est donc \[u_n=4+(u_0-4)3^n.\]

1. Si \(u_0=5\), alors \(u_n=4+3^n\to+\infty\).

2. Si \(u_0=4\), le coefficient \(u_0-4\) est nul : \(u_n=4\) pour tout \(n\). On peut aussi le démontrer directement : \(u_0=4\), et \(u_k=4\) entraîne \(u_{k+1}=3\times4-8=4\).

3. Si \(u_0=3\), alors \(u_n=4-3^n\to-\infty\).

4. La règle de passage est identique, mais le terme initial change le signe de l’écart à l’équilibre, ou l’annule. La donnée d’une récurrence ne définit donc pas une unique suite tant que le terme initial n’est pas fixé.

Revenir plus tard : une étude à reconstruire

À vous 13.29 — Étude différée complète

Après une pause, sans reprendre les exemples, étudier la suite \[u_0=-2,\qquad u_{n+1}=-\frac13u_n+4.\] Rédiger une solution qui établit :

  1. une formule explicite, avec la preuve de la relation géométrique utile ;

  2. la limite et le caractère monotone ou non de la suite ;

  3. le premier rang à partir duquel la distance à la limite est au plus \(0{,}01\) ;

  4. ce qui change si l’on remplace seulement \(u_0\) par \(3\).

La lecture des seules premières valeurs ne constitue pas une étude des variations ou de la limite.

Correction de l’activité 13.29

1. Construire la formule. Le point fixe vérifie \[L=-\frac13L+4 \quad\Longleftrightarrow\quad \frac43L=4 \quad\Longleftrightarrow\quad L=3.\] Posons \(v_n=u_n-3\). Alors \[\begin{align*} v_{n+1} &=-\frac13u_n+4-3\\ &=-\frac13u_n+1\\ &=-\frac13(u_n-3)\\ &=-\frac13v_n. \end{align*}\] Avec \(v_0=-2-3=-5\), on obtient \[v_n=-5\left(-\frac13\right)^n,\qquad \boxed{u_n=3-5\left(-\frac13\right)^n}.\] Au rang \(0\), \(3-5=-2\), comme dans l’énoncé. Au rang \(1\), la formule donne \(3+\frac53=\frac{14}{3}\), identique au calcul \(-\frac13(-2)+4\).

2. Convergence et variations. Puisque \(|-1/3|<1\), la puissance \((-1/3)^n\) tend vers \(0\). Ainsi \(\lim_{n\to+\infty}u_n=3\). Mais \[u_{n+1}-u_n =-5\left(-\frac13\right)^n \left(-\frac13-1\right) =\frac{20}{3}\left(-\frac13\right)^n.\] Cette différence est positive pour les rangs pairs et négative pour les rangs impairs. La suite n’est donc ni croissante ni décroissante. Les termes de rang pair sont inférieurs à \(3\), et ceux de rang impair sont supérieurs à \(3\).

3. Premier rang pour la précision. La distance à la limite vaut exactement \[|u_n-3|=\frac5{3^n}.\] Par conséquent, \[|u_n-3|\leq0{,}01 \quad\Longleftrightarrow\quad \frac5{3^n}\leq\frac1{100} \quad\Longleftrightarrow\quad 3^n\geq500.\] Or \(3^5=243<500\) et \(3^6=729\geq500\). Les puissances de \(3\) sont strictement croissantes : le premier rang est \(6\), et la précision est conservée pour tous les rangs suivants.

4. Le départ à l’équilibre. Avec \(u_0=3\), l’écart initial est nul, donc \(u_n=3\) pour tout \(n\). La suite est constante et la distance à la limite est nulle dès le rang \(0\).

Pour vérifier sa rédaction. Une solution complète a calculé le point fixe, démontré la relation sur la suite auxiliaire, conservé le signe négatif de la raison, séparé variations et convergence, et justifié le mot « premier » par la comparaison avec le rang précédent.

À retenir — La structure qui organise tout le chapitre

Pour \(u_{n+1}=a u_n+b\), commencer par les cas \(a=1\) et \(a=0\). Si \(a\neq1\), l’équilibre est \(L=b/(1-a)\), et l’écart \(u_n-L\) se multiplie par \(a\) à chaque étape.

Pour \(a\neq0,1\), \[u_n=L+(u_0-L)a^n.\] Cette formule démontre le comportement ; elle ne suppose pas la convergence. L’écart initial nul donne toujours une suite constante.

Un coefficient négatif fait alterner les signes des écarts non nuls. Lorsque \(|a|<1\), les distances diminuent et tendent vers zéro, ce qui ne rend pas nécessairement la suite monotone.

Pour une question de seuil, écrire une condition exacte, vérifier le sens des inégalités et contrôler le rang précédent. Pour un départ au rang \(p\), compter les passages : l’exposant est \(n-p\).

14. Modéliser, programmer et interpréter un seuil

— Ce que vous allez apprendre

Traduire une évolution en suite ; choisir l’origine et l’unité ; calculer un terme ou une liste ; rechercher le premier rang vérifiant une condition ; justifier l’arrêt d’une boucle et distinguer un résultat exact d’une observation numérique.

Un programme peut répéter une opération beaucoup plus vite que nous. Il ne choisit cependant ni le bon modèle, ni le sens des unités, ni les hypothèses d’un théorème. Cette unité fait travailler les trois niveaux : la situation, les mathématiques, puis le calcul.

Rappel utile — Les résultats utiles dans cette unité

Une évolution \(u_{n+1}=au_n+b\), avec \(a\neq0\) et \(a\neq1\), possède le point fixe \(L=b/(1-a)\). La suite \(u_n-L\) est géométrique de raison \(a\), donc \[u_n=L+(u_0-L)a^n\quad(n\geq0).\] Lorsque \(0<a<1\), \(a^n\) tend vers \(0\). La limite est alors \(L\). Pour trouver un premier rang, une formule peut servir à tester la frontière ; une boucle peut aussi examiner tous les rangs successifs en commençant au rang initial.

Construire un modèle avant de calculer

Méthode 14.1 — Cinq informations à fixer

  1. Nommer la grandeur : masse, volume, montant, émission annuelle…

  2. Définir \(u_n\) par une phrase, avec son unité.

  3. Fixer l’origine \(n=0\) et l’instant de mesure dans chaque période.

  4. Traduire les transformations dans leur ordre réel.

  5. Vérifier si le modèle reste pertinent pour les valeurs obtenues.

À vous 14.2 — Repérer l’ordre des opérations

Un stock de \(100\) kg perd \(20\,\%\) de sa masse, puis reçoit \(30\) kg.

  1. Quelle masse reste après la perte ?

  2. Quelle est la masse finale ?

  3. Que donnerait l’ordre inverse : apport, puis perte ?

Correction de l’activité 14.2

Après la perte. Perdre \(20\,\%\) laisse \(80\,\%\), soit le coefficient \(1-\frac{20}{100}=0{,}8\). Il reste \(0{,}8\times100=80\) kg.

Après l’apport. On ajoute ensuite \(30\) kg : \[0{,}8\times100+30=80+30=110\text{ kg}.\]

Dans l’ordre inverse. L’apport serait lui aussi soumis à la perte : \[0{,}8(100+30)=0{,}8\times130=104\text{ kg}.\] L’écart de \(6\) kg correspond aux \(20\,\%\) des \(30\) kg ajoutés. Si vous aviez utilisé \(0{,}2\) à la première question, vous auriez calculé la part retirée, non la part conservée.

Exemple 14.3 — Étudier entièrement un stock

On mesure un stock juste après chaque opération mensuelle. Au départ, il vaut \(100\) kg. Chaque mois, on conserve \(80\,\%\) de la masse précédente, puis on ajoute \(30\) kg. On suppose ces données constantes.

En notant \(s_n\) la masse après \(n\) mois, \[s_0=100,\qquad s_{n+1}=\frac45s_n+30.\] Le coefficient \(\frac45\) est exact ; il vaut \(0{,}8\).

1. Chercher le centre du modèle. Le point fixe \(L\) vérifie \[\begin{aligned} L&=\frac45L+30,\\ L-\frac45L&=30,\\ \frac15L&=30,\\ L&=150. \end{aligned}\] La dernière ligne multiplie les deux membres par \(5\).

2. Déplacer l’origine. Posons \(v_n=s_n-150\). Alors \[\begin{aligned} v_{n+1} &=\frac45s_n+30-150\\ &=\frac45s_n-120\\ &=\frac45(s_n-150)=\frac45v_n. \end{aligned}\] Comme \(v_0=100-150=-50\), la suite \((v_n)\) est géométrique : \[v_n=-50\left(\frac45\right)^n,\qquad s_n=150-50\left(\frac45\right)^n.\]

3. Interpréter les bornes et la limite. Pour tout \(n\geq0\), \(0<(4/5)^n\leq1\). En multipliant par \(-50\), on inverse l’ordre : \[-50\leq-50(4/5)^n<0.\] En ajoutant \(150\), on obtient \(100\leq s_n<150\). Comme \((4/5)^n\to0\), \(s_n\to150\). Le stock se rapproche de \(150\) kg sans atteindre exactement cette masse à un rang fini.

4. Vérifier la variation. \[\begin{aligned} s_{n+1}-s_n &=-50(4/5)^{n+1}+50(4/5)^n\\ &=50(4/5)^n(1-4/5)\\ &=10(4/5)^n>0. \end{aligned}\] La croissance est démontrée pour tous les rangs.

— Une limite mathématique est-elle une prévision certaine ?

Non. Le résultat \(s_n\to150\) est une conséquence du modèle : mêmes pertes proportionnelles, même apport, même rythme, absence de capacité maximale supplémentaire. Si une de ces hypothèses change, il faut réexaminer la règle. Le raisonnement est exact sur le modèle ; sa fidélité à une situation réelle est une autre question.

Le premier rang : existence et minimalité

Définition 14.4 — Premier rang d’atteinte

Pour une suite définie à partir de \(0\), le premier rang vérifiant une condition est le plus petit entier \(N\geq0\) pour lequel cette condition est vraie, si un tel entier existe.

« Premier » comporte donc deux exigences : la condition doit être satisfaite au rang annoncé, et aucun rang antérieur ne doit convenir.

Exemple 14.5 — Quand le stock atteint-il au moins 140 kg ?

Pour le stock précédent, \[\begin{aligned} s_n\geq140 &\iff 150-50(4/5)^n\geq140\\ &\iff -50(4/5)^n\geq-10\\ &\iff (4/5)^n\leq\frac15. \end{aligned}\] La dernière équivalence divise par \(-50<0\), donc inverse le sens. Les puissances décroissent. On trouve exactement : \[(4/5)^7=0{,}2097152>\frac15,\qquad (4/5)^8=0{,}16777216<\frac15.\] Par conséquent \(N=8\).

Le contrôle dans le modèle donne \[s_7=139{,}51424<140,\qquad s_8=141{,}611392>140.\] Les écarts à \(140\) valent respectivement \(0{,}48576\) kg et \(1{,}611392\) kg. Le premier mois où le stock atteint au moins \(140\) kg est le huitième mois après l’origine.

Point de vigilance — Un seuil égal à la limite peut ne jamais être atteint

Dans ce modèle, \(s_n<150\) pour tout \(n\). Chercher le premier rang où \(s_n\geq150\) n’a donc pas de solution. La convergence ne signifie pas qu’un terme finit par être égal à la limite.

En revanche, tout seuil strictement compris entre \(100\) et \(150\) est dépassé à partir d’un certain rang : choisissez une bande autour de \(150\) assez étroite pour rester au-dessus du seuil.

À vous 14.6 — Un seuil et un calendrier

Le stock vaut \(100\) kg au 1 septembre 2026. Une opération est effectuée chaque mois ; \(s_1\) est mesuré au 1 octobre 2026.

  1. À quelle date correspond le rang \(8\) ?

  2. Le rang \(8\) serait-il aussi la réponse pour atteindre \(150\) kg ?

  3. Expliquez pourquoi tester seulement le rang \(8\) ne suffirait pas, sans autre argument, à affirmer qu’il est le premier.

Correction de l’activité 14.6

1. Septembre est le rang \(0\), octobre le rang \(1\). Les rangs \(2,3,4\) correspondent à novembre, décembre et janvier ; les rangs \(5,6,7,8\) à février, mars, avril et mai. Le rang \(8\) correspond donc au 1 mai 2027.

2. Aucun rang ne convient pour \(150\) kg, car \(150-s_n=50(4/5)^n>0\).

3. Un seul test prouve seulement que le rang testé convient. Ici, la croissance et \(s_7<140\) excluent tous les rangs \(0\) à \(7\). Dans une suite non monotone, le rang précédent seul ne suffirait pas : un rang plus ancien pourrait déjà avoir vérifié la condition.

Calculer un terme avec une boucle

Rappel utile — Variables et affectation

En Python, u = u / 2 + 1 signifie : calculer la valeur de droite avec l’ancienne valeur de u, puis remplacer la valeur mémorisée. Ce n’est pas une équation dont on cherche la solution.

range(n) fournit \(n\) passages lorsque \(n\) est un entier positif ou nul : les indices vont de \(0\) à \(n-1\). Pour \(n=0\), il n’y a aucun passage.

Algorithme 14.7 — Calculer un terme de rang donné

Pour la suite \(u_0=-1\), \(u_{n+1}=u_n/2+1\), la fonction suivante renvoie \(u_n\). L’entrée n est un entier positif ou nul.

def terme(n):
    u = -1
    for k in range(n):
        u = u / 2 + 1
    return u

Pourquoi y a-t-il exactement \(n\) passages ? La valeur de départ est déjà \(u_0\). Un passage produit \(u_1\), deux passages produisent \(u_2\), et \(n\) passages produisent \(u_n\).

Nombre de passages effectués Rang représenté Valeur de u
0 0 \(-1\)
1 1 \(-1/2+1=1/2\)
2 2 \(1/4+1=5/4\)
3 3 \(5/8+1=13/8\)

Une justification générale. Avant tout passage, la variable vaut \(u_0\). Si elle vaut \(u_k\) après \(k\) passages, l’affectation suivante la remplace par \(u_k/2+1=u_{k+1}\). La récurrence justifie ainsi le sens de la variable pendant toute l’exécution. Le nombre de passages étant fixé, l’algorithme s’arrête.

À vous 14.8 — Un décalage d’un rang

Une copie remplace range(n) par range(n + 1) dans terme. Que renvoie-t-elle pour \(n=0\) ? Quel terme renvoie-t-elle en général ? Proposez un contrôle très court.

Correction de l’activité 14.8

Pour \(n=0\), range(1) déclenche un passage : \(-1/2+1=1/2=u_1\). La fonction ne renvoie donc plus \(u_0=-1\).

En général, elle effectue \(n+1\) passages et renvoie \(u_{n+1}\). Tester le rang initial détecte immédiatement ce décalage. Le correctif consiste à rétablir range(n), non à soustraire arbitrairement \(1\) à la valeur finale.

Produire une liste et non un seul terme

Algorithme 14.9 — Les termes du rang 0 au rang n

def termes(n):
    u = -1
    valeurs = [u]
    for k in range(n):
        u = u / 2 + 1
        valeurs.append(u)
    return valeurs

La liste commence avec \(u_0\), puis reçoit chaque nouveau terme. Elle contient donc \(n+1\) valeurs, de \(u_0\) à \(u_n\).

Par exemple, termes(3) donne \(\left[-1,\frac12,\frac54,\frac{13}{8}\right]\). Le dernier élément a l’indice \(3\), mais la liste possède quatre éléments. Cette différence entre rang et nombre de termes est la même que dans une somme allant de \(0\) à \(n\).

Chercher un seuil avec une boucle conditionnelle

Méthode 14.10 — Écrire la condition qui fait continuer

Une boucle while continue tant que son test est vrai. Le test doit donc exprimer que l’objectif n’est pas encore atteint.

Objectif recherché Continuer tant que…
\(u_n\geq A\) \(u_n<A\)
\(u_n>A\) \(u_n\leq A\)
\(u_n<\varepsilon\) \(u_n\geq\varepsilon\)
\(\left\lvert u_n-L\right\rvert\leq\varepsilon\) \(\left\lvert u_n-L\right\rvert>\varepsilon\)

Initialiser le rang et le terme de façon cohérente, puis mettre à jour les deux variables à chaque passage. Justifier séparément que la sortie existe.

Algorithme 14.11 — Un seuil exact pour le stock

La bibliothèque standard fractions permet ici de garder des nombres rationnels exacts. Les entrées considérées sont rationnelles.

from fractions import Fraction

def seuil_stock(seuil=Fraction(140)):
    if seuil >= 150:
        raise ValueError("Seuil non atteint dans ce modele")
    n = 0
    s = Fraction(100)
    while s < seuil:
        s = Fraction(4, 5) * s + 30
        n = n + 1
    return n

Sens de l’état. Au début de chaque test, n est le rang et s vaut \(s_n\). L’affectation de s calcule \(s_{n+1}\), puis celle de n incrémente le rang. Les deux sont cohérents au test suivant.

Pourquoi l’arrêt est-il assuré ? Si le seuil est inférieur ou égal à \(100\), le rang \(0\) convient déjà et aucun passage n’est nécessaire. S’il est compris strictement entre \(100\) et \(150\), la convergence vers \(150\) assure l’existence d’un rang satisfaisant le seuil. Le cas supérieur ou égal à \(150\) est rejeté explicitement.

Pourquoi le rang est-il le premier ? Chaque rang antérieur a été testé, dans l’ordre, et a échoué. Le premier test faux signifie précisément \(s_n\geq\texttt{seuil}\). La sortie par défaut est \(8\).

Point de vigilance — Une boucle courte peut tourner indéfiniment

La suite \(u_0=-1,\ u_{n+1}=u_n/2+1\) vérifie \(u_n=2-3(1/2)^n<2\). Une boucle qui cherche \(u_n\geq2\) n’a pas d’arrêt mathématique. Avec des nombres flottants, un arrondi pourrait même finir par créer artificiellement la valeur \(2\). Ce résultat informatique ne réparerait pas la question initiale.

À vous 14.12 — Une inégalité stricte

On cherche le premier entier \(n\geq0\) tel que \(\frac1{n+1}<\frac1{100}\).

  1. Écrire le test qui doit faire continuer la boucle.

  2. Déterminer le premier rang par un calcul exact.

  3. Que change l’objectif \(\frac1{n+1}\leq\frac1{100}\) ?

Correction de l’activité 14.12

1. Il faut continuer tant que \(\frac1{n+1}\geq\frac1{100}\). L’égalité n’atteint pas l’objectif strict.

2. Les deux dénominateurs sont positifs. Multiplier par \(100(n+1)>0\) donne successivement \[\frac1{n+1}<\frac1{100} \iff 100<n+1 \iff 99<n.\] Le premier entier est \(100\). Au rang \(99\), on obtient exactement \(1/100\) ; au rang \(100\), on obtient \(1/101<1/100\).

3. Pour l’inégalité large, on a \(100\leq n+1\), donc \(n\geq99\). Le premier rang devient \(99\).

Algorithme 14.13 — Le même seuil avec des fractions

from fractions import Fraction

def seuil_inverse(epsilon):
    if epsilon <= 0:
        raise ValueError("epsilon doit etre strictement positif")
    n = 0
    while Fraction(1, n + 1) >= epsilon:
        n = n + 1
    return n

L’appel seuil_inverse(Fraction(1, 100)) renvoie \(100\). La comparaison reste exacte grâce à l’emploi de fractions. La limite \(1/(n+1)\to0\) garantit l’arrêt pour chaque entrée positive annoncée.

Ne pas confondre une quantité annuelle et son cumul

Exemple 14.14 — Ma ville de demain : des émissions et un total

Dans un scénario hypothétique, une émission annuelle vaut \(120\) tonnes en 2026 et diminue de \(10\,\%\) par an. On note \(e_n\) l’émission de l’année \(2026+n\). Alors \[e_0=120,\qquad e_{n+1}=0{,}9e_n,\qquad e_n=120(0{,}9)^n.\] La suite \((e_n)\) tend vers \(0\), mais chacun de ses termes est positif.

Le premier passage sous la moitié. \[e_n\leq60\iff (0{,}9)^n\leq\frac12.\] Or \(0{,}9^6=0{,}531441>\frac12\) et \(0{,}9^7=0{,}4782969<\frac12\). Comme ces puissances décroissent, le premier rang est \(7\), soit l’année 2033. On vérifie \(e_7=57{,}395628\) tonnes.

Le cumul est une autre suite. Notons \[C_n=e_0+e_1+\cdots+e_n\] le total émis de 2026 à \(2026+n\), bornes incluses. Il y a \(n+1\) années. La somme géométrique donne \[\begin{aligned} C_n &=120\bigl(1+0{,}9+\cdots+0{,}9^n\bigr)\\ &=120\frac{1-0{,}9^{\,n+1}}{1-0{,}9}\\ &=1200\bigl(1-0{,}9^{\,n+1}\bigr). \end{aligned}\] Ainsi \(C_n\to1200\) tonnes.

Pourquoi les comportements sont-ils différents ? \(e_n\) est la quantité ajoutée pendant une année ; \(C_n\) additionne les quantités des années déjà écoulées. On a \[C_{n+1}-C_n=e_{n+1}>0.\] Le cumul augmente, même si l’apport annuel diminue. Les contrôles \(C_0=120\) et \(C_1=120+108=228\) correspondent bien à la formule.

Point de vigilance — Ce que ce modèle ne décrit pas

Une émission annuelle n’est pas la concentration présente dans un milieu. Pour étudier un stock accumulé avec dégradation ou évacuation, il faudrait une autre règle. Le scénario suppose également que la même réduction en pourcentage peut se prolonger ; ce choix doit être discuté dans une application réelle.

À vous 14.15 — Interpréter une sortie avant de l’utiliser

Un programme lié au modèle des émissions renvoie \(7\). Peut-on écrire directement « le résultat est 7 tonnes » ? Précisez les réponses possibles si la sortie est un rang, une émission ou un nombre d’années incluses dans un cumul.

Correction de l’activité 14.15

Le nombre seul ne porte pas son unité.

  • Si la fonction renvoie le rang, \(7\) désigne l’année \(2026+7=2033\).

  • Si elle renvoie une émission, la valeur est en tonnes ; il faut connaître le rang auquel elle correspond.

  • Si elle compte les années de 2026 à \(2026+n\), elle renvoie \(n+1\). Sept années incluses correspondent alors au rang \(6\), non au rang \(7\).

Avant d’interpréter, lire la définition de la variable renvoyée et le return. Le critère de réussite est d’identifier grandeur, unité et origine, pas de deviner à partir du nombre.

Ce que l’expérience numérique prouve, et ce qu’elle ne prouve pas

Un tableau peut suggérer une croissance ou une limite. Il peut aussi réfuter une affirmation universelle si une valeur exacte fournit un contre-exemple. En revanche, une longue liste favorable ne vérifie pas une infinité de rangs.

Contre-exemple 14.16 — Une très longue apparence peut être trompeuse

Définissons \(a_n=0\) pour \(0\leq n\leq999\), et \(a_n=n-999\) pour \(n\geq1000\). Les mille premiers termes valent \(0\). Pourtant, à partir du rang \(1000\), les termes augmentent sans borne, et \(a_n\to+\infty\).

Une expérience arrêtée au rang \(999\) ne permettait donc pas de conclure à une limite nulle.

Rappel utile — Exact, approché et affiché

Un nombre affiché avec six décimales n’est pas automatiquement exact à six décimales. Un calcul en flottants accumule des arrondis ; un affichage peut masquer une différence avec un seuil.

On écrit \(=\) pour une égalité exacte et \(\approx\) pour une approximation. Une garantie d’erreur vient d’un encadrement démontré ou d’une analyse adaptée du calcul, pas du seul nombre de chiffres à l’écran.

Réparer une erreur et vérifier une nouvelle tentative

Rétablir l’ordre des transformations

Point de vigilance — Une copie qui protège l’apport de la perte

Un stock reçoit \(30\) kg, puis perd \(20\,\%\) de la masse obtenue. Une copie propose pourtant \[s_{n+1}=0{,}8s_n+30.\] La première erreur porte sur l’ordre : cette écriture applique la perte à l’ancien stock seulement, puis ajoute \(30\) kg qui échappent à la perte. Ce n’est pas la situation annoncée.

Repartons d’un cas simple. Avec \(100\) kg au départ, l’apport donne \(130\) kg ; la perte laisse \(0{,}8\times130=104\) kg, et non \(0{,}8\times100+30=110\) kg. La règle correcte est donc \[s_{n+1}=0{,}8(s_n+30)=0{,}8s_n+24.\] Les parenthèses montrent quelle masse subit le pourcentage.

À vous 14.17 — Nouvel essai : l’apport subit-il la perte ?

Une cuve contient \(80\) litres. Chaque jour, on ajoute \(20\) litres, puis on retire \(25\,\%\) du volume ainsi obtenu. On note \(v_n\) le volume, en litres, après \(n\) jours ; le départ porte le rang \(0\).

  1. Donnez le terme initial et la relation de récurrence, en justifiant l’ordre des opérations et le coefficient utilisé.

  2. Calculez les volumes après un jour, puis après deux jours.

  3. Une réponse propose \(v_{n+1}=0{,}75v_n+20\). À quelle situation correspondrait-elle ? Contrôlez son échec au premier jour.

Cherchez avant de lire la correction ; les données ont changé, mais la question reste de savoir à quel volume on applique le pourcentage.

Correction de l’activité 14.17

1. Construire la règle. Le départ est \(v_0=80\). Après l’ajout, le volume est \(v_n+20\). Retirer \(25\,\%\) laisse \(75\,\%\), soit le coefficient \(0{,}75=3/4\). Ainsi, \[v_{n+1}=0{,}75(v_n+20)=0{,}75v_n+15\qquad(n\geq0).\] Le facteur multiplie tout le volume présent après l’apport.

2. Recommencer avec la nouvelle valeur. Le premier calcul donne \[v_1=\frac34(80+20)=\frac34\times100=75.\] Pour le deuxième jour, on utilise \(v_1\), pas le volume initial : \[v_2=\frac34(75+20)=\frac34\times95 =\frac{285}{4}=71{,}25.\] Les volumes sont donc \(75\) litres puis \(71{,}25\) litres.

3. Identifier la situation décrite par l’erreur. L’écriture \(0{,}75v_n+20\) décrirait une perte avant l’apport. Au premier jour, elle donnerait \(0{,}75\times80+20=80\), au lieu de \(75\). Les \(5\) litres de différence correspondent aux \(25\,\%\) des \(20\) litres ajoutés qui doivent eux aussi subir la perte.

Revenez à la copie du stock : le même geste de réparation consiste à placer l’apport dans les parenthèses avant de multiplier par le coefficient de conservation. Les valeurs changent ; la raison du correctif ne change pas.

Synchroniser le rang et la valeur mémorisée

Erreur proposée. « Pour \(u_0=3\), \(u_{n+1}=u_n+2\), après un passage j’ai \(n=1\) et \(u=3\). » L’indice a été modifié mais pas le terme. Le couple mémorisé ne représente plus le même état mathématique.

Rappel plus simple. Après une opération « ajouter \(2\) », la valeur \(3\) devient \(5\). Le premier état suivant est donc \((1,5)\).

À vous 14.18 — Reconstituer des états cohérents

On part de \(n=0\), \(u=5\), et l’on ajoute \(3\) à chaque passage. Écrivez les couples \((n,u)\) après zéro, un et deux passages. Indiquez ensuite les deux affectations nécessaires dans une boucle.

Correction de l’activité 14.18

Sans passage, l’état est \((0,5)\). Après un passage, la valeur est \(5+3=8\) et le rang devient \(1\) : \((1,8)\). Après deux passages, \(8+3=11\) et le rang devient \(2\) : \((2,11)\).

Les affectations sont u = u + 3 et n = n + 1. Dans cet exemple, elles ne dépendent pas de la nouvelle valeur l’une de l’autre ; il faut cependant les avoir toutes deux effectuées avant le test suivant.

Retour à l’erreur initiale : pour le départ \(3\) et l’ajout \(2\), les états corrects sont \((0,3)\), \((1,5)\), \((2,7)\).

Écrire une fonction entière à partir d’un cahier des charges

À vous 14.19 — Une trajectoire jusqu’au premier passage

Le volume d’une cuve, en litres, est modélisé par \[w_0=12,\qquad w_{n+1}=\frac23w_n+1\quad(n\geq0).\] Écrivez une fonction Python appelée trajectoire_cuve, sans argument, qui respecte ce cahier des charges :

  • elle utilise des fractions exactes ;

  • elle renvoie une liste commençant par \(w_0\) ;

  • elle calcule et conserve les termes successifs jusqu’au premier terme vérifiant \(w_n\leq4\), ce terme compris ;

  • elle ne calcule aucun terme supplémentaire après ce premier passage.

Rédigez toute la fonction, import compris, avant de lire le modèle. Expliquez ensuite ce que représentent ses variables, pourquoi elle s’arrête, et comment lire le nombre d’opérations à partir de la liste obtenue.

Correction de l’activité 14.19

1. Choisir la boucle et son test. Le nombre de passages n’est pas donné au programme. On utilise une boucle while. L’objectif est \(w\leq4\) : tant qu’il n’est pas atteint, on a \(w>4\). L’égalité doit donc arrêter la boucle. La liste contient d’abord le terme initial, avant tout passage.

from fractions import Fraction

def trajectoire_cuve():
    w = Fraction(12)
    valeurs = [w]
    while w > 4:
        w = Fraction(2, 3) * w + 1
        valeurs.append(w)
    return valeurs

2. Décrire un état et vérifier qu’il se transmet. Après \(k\) passages, la variable w vaut \(w_k\) et la liste contient exactement \(w_0,w_1,\ldots,w_k\). Elle possède \(k+1\) éléments. C’est vrai avant la boucle : \(k=0\), w vaut \(12\) et la liste contient seulement \(w_0\).

Si cette description est vraie avant un nouveau passage, l’affectation calcule \(\frac23w_k+1=w_{k+1}\). L’instruction valeurs.append(w) ajoute ensuite ce nouveau terme à la liste. La description est donc vraie au passage suivant, par récurrence. Ajouter la valeur avant de la mettre à jour aurait répété l’ancien terme et aurait laissé de côté le dernier terme calculé.

3. Justifier l’arrêt sans compter sur un affichage. Le nombre \(3\) est fixe, car \(\frac23\times3+1=3\). Alors \[w_{n+1}-3=\frac23w_n-2=\frac23(w_n-3).\] Les écarts à \(3\) forment une suite géométrique de raison \(2/3\), de premier terme \(12-3=9\). Ainsi, \[w_n=3+9\left(\frac23\right)^n.\] La puissance tend vers zéro et décroît strictement. La suite \((w_n)\) décroît donc vers \(3<4\) : un terme finit par vérifier le seuil. De façon plus précise, \[w_5=3+9\frac{32}{243}=\frac{113}{27}>4, \qquad w_6=3+9\frac{64}{729}=\frac{307}{81}<4.\] La décroissance exclut tous les rangs antérieurs à \(6\). La boucle s’arrête donc après six passages.

4. Interpréter la liste et contrôler la sortie. Les termes successifs sont \[w_0=12,\quad w_1=9,\quad w_2=7,\quad w_3=\frac{17}{3},\] \[w_4=\frac{43}{9},\quad w_5=\frac{113}{27},\quad w_6=\frac{307}{81}.\] La liste renvoyée contient ces sept valeurs dans cet ordre, représentées par des objets Fraction. Son dernier élément satisfait le seuil, et l’avant-dernier ne le satisfait pas. Le programme n’ajoute pas \(w_7\). Sept termes correspondent ici à six opérations, puisque le terme initial était déjà présent. La longueur de la liste moins \(1\) donne le premier rang recherché, et non le volume final.

À reprendre plus tard, avant de relire

À vous 14.20 — Un modèle neuf et son programme

Une cuve contient \(40\) litres. Chaque semaine, on garde \(60\,\%\) du volume précédent puis on ajoute \(20\) litres.

  1. Définissez la suite et donnez ses deux premières valeurs après le départ.

  2. Montrez que \(u_n=50-10(0{,}6)^n\).

  3. Cherchez le premier rang pour lequel \(u_n\geq49\).

  4. Écrivez le test d’une boucle qui renvoie ce premier rang et expliquez pourquoi elle s’arrête.

Indice éventuel : soustraire le point fixe \(50\), puis regarder les puissances \(0{,}6^4\) et \(0{,}6^5\).

Correction de l’activité 14.20

1. Définition et valeurs. \(u_n\) est le volume, en litres, après \(n\) semaines : \[u_0=40,\quad u_{n+1}=0{,}6u_n+20.\] Donc \(u_1=0{,}6\times40+20=44\), puis \(u_2=0{,}6\times44+20=46{,}4\).

2. Justification de la formule. On a \[u_{n+1}-50=0{,}6u_n-30=0{,}6(u_n-50).\] La suite \((u_n-50)\) est géométrique de raison \(0{,}6\), de terme initial \(40-50=-10\). Ainsi \(u_n-50=-10(0{,}6)^n\). Le contrôle au départ donne \(50-10=40\).

3. Frontière du seuil. \[u_n\geq49 \iff -10(0{,}6)^n\geq-1 \iff (0{,}6)^n\leq0{,}1.\] On divise par \(-10\), ce qui inverse le sens. Or \(0{,}6^4=0{,}1296>0{,}1\) et \(0{,}6^5=0{,}07776<0{,}1\). Ces puissances décroissent : le premier rang est \(5\). On vérifie \(u_4=48{,}704<49\) et \(u_5=49{,}2224>49\).

4. Programme et arrêt. Initialiser n = 0, u = 40, puis continuer tant que u < 49. À chaque passage, calculer u = 0.6 * u + 20, puis n = n + 1. Le calcul théorique prouve l’arrêt en cinq passages. Pour certifier les comparaisons sans arrondi, remplacer 0.6 par Fraction(3, 5) et initialiser u avec Fraction(40).

À retenir — Les critères d’une réponse complète

Je définis la grandeur et l’origine. Je respecte l’ordre des opérations. Je sais ce que représente chaque variable. Je distingue rang et terme. Je vérifie la frontière du seuil et son existence. Je donne une unité ou une date lorsque le contexte le demande. Je n’attribue pas à une expérience numérique la portée d’une démonstration.

15. Choisir, rédiger et vérifier : bilans et problèmes

— Ce que vous allez apprendre

Choisir une stratégie sans que l’énoncé donne le nom de la méthode ; enchaîner plusieurs résultats en vérifiant leurs hypothèses ; rédiger une solution lisible ; distinguer un résultat trouvé, un résultat démontré et un résultat seulement approché. Cette unité est à travailler par séances : il n’est pas nécessaire de résoudre tous les problèmes le même jour.

Avant de se lancer : quelle question est réellement posée ?

Une suite peut être étudiée sous plusieurs angles. Calculer \(u_5\), établir une formule pour \(u_n\), prouver la convergence et trouver un premier rang ne sont pas quatre formulations de la même question. Le premier geste consiste à identifier ce que la réponse doit établir.

Rappel utile — Les outils nécessaires pour les bilans

Une suite arithmétique de raison \(r\) vérifie \(u_n=u_p+(n-p)r\). Une suite géométrique de raison \(q\) vérifie \(u_n=u_pq^{n-p}\) pour \(n\geq p\) lorsque \(q\ne0\). Si \(q=0\), tous les termes après le rang \(p\) sont nuls ; on conserve séparément le terme initial \(u_p\). Pour \(q\ne1\) et \(n\geq1\), \[1+q+\cdots+q^n=\frac{1-q^{n+1}}{1-q}.\] Une récurrence exige un départ vérifié, un passage d’un rang arbitraire au suivant et une conclusion sur tous les rangs concernés.

Pour les limites, les opérations doivent être autorisées par les limites des facteurs et des dénominateurs. Si \(-1<q<1\), alors \(q^n\to0\). Une suite croissante majorée converge ; une suite décroissante minorée converge. Ce dernier théorème donne d’abord l’existence d’une limite, pas sa valeur. Pour \(u_{n+1}=f(u_n)\), on ne peut écrire \(\ell=f(\ell)\) comme équation satisfaite par la limite qu’après avoir justifié la convergence vers une limite finie et la continuité utile de \(f\).

Méthode 15.1 — Associer un objectif à un premier geste

  1. Calculer un terme : repérer la donnée initiale, le rang demandé et le mode de génération. Ne pas confondre \(n+1\) et \(u_n+1\).

  2. Établir une identité pour tout rang : chercher une preuve directe si la formule s’y prête ; sinon, préciser la propriété à transmettre dans une récurrence.

  3. Étudier la variation : examiner d’abord \(u_{n+1}-u_n\). Un quotient peut être plus simple si tous les termes sont strictement positifs ; la condition de signe n’est alors pas facultative.

  4. Prouver une limite : exploiter une expression explicite, un encadrement, une comparaison ou le couple monotonie–borne, selon les informations réellement disponibles.

  5. Trouver un premier rang : écrire exactement la condition, trouver un rang qui convient, puis montrer pourquoi les rangs précédents ne conviennent pas. Une majoration de l’erreur ne fournit parfois qu’un rang suffisant.

À vous 15.2 — Nommer l’objectif, puis le premier geste

Sans mener encore tous les calculs, indiquez pour chaque question un premier geste pertinent et une condition à surveiller.

  1. Montrer que \(a_n=(2n+1)/(n+3)\) tend vers \(2\).

  2. Montrer que la suite \(b_0=1\), \(b_{n+1}=\sqrt{2+b_n}\) est définie et bornée.

  3. Déterminer le premier rang \(n\geq0\) tel que \(3(1/2)^n<1/100\).

  4. Étudier la variation de \(c_n=-2^n\).

Justifiez votre choix par les données de la question, non par la phrase « c’est la méthode du chapitre ».

Prenez le temps de noter vos quatre réponses avant la lecture suivante.

Correction de l’activité 15.2

1. La suite est donnée explicitement par un quotient de polynômes. On peut diviser numérateur et dénominateur par \(n\), pour \(n\geq1\), ou écrire directement \[\frac{2n+1}{n+3}=2-\frac5{n+3}.\] Le dénominateur est positif pour \(n\geq0\) et le dernier terme tend vers zéro : la seconde écriture est ici particulièrement lisible.

2. La racine impose d’abord \(2+b_n\geq0\). On cherche un intervalle contenant \(b_0\) et conservé par la transformation. L’intervalle \([0,2]\) convient : si \(0\leq b_n\leq2\), alors \(2\leq2+b_n\leq4\), donc \(0\leq\sqrt{2+b_n}\leq2\). Il faudra ensuite écrire une récurrence complète, en incluant l’existence du terme suivant. Une liste de valeurs ne prouverait pas cette propriété.

3. Les puissances sont positives. La condition équivaut à \(2^n>300\). On compare \(2^8=256\) et \(2^9=512\), puis on utilise la croissance de \(2^n\). Le premier rang est \(9\). Le signe strict \(>\) doit être conservé.

4. La notation signifie \(c_n=-(2^n)\), non \((-2)^n\). La différence vaut \[c_{n+1}-c_n=-2^{n+1}+2^n=-2^n<0.\] La suite est strictement décroissante. Le quotient vaut pourtant \(2>1\) : le critère usuel du quotient pour une suite positive ne s’applique pas.

Bilan A : indices, sommes et récurrence

À vous 15.3 — Trois questions sans indication de méthode

  1. Une suite vérifie \(u_2=7\) et \(u_{n+1}=u_n+3\) pour \(n\geq2\). Déterminez \(u_8\), puis \(u_2+u_3+\cdots+u_8\).

  2. Une suite vérifie \(v_1=5\) et \(v_{n+1}=2v_n\) pour \(n\geq1\). Établissez une formule pour \(v_n\), puis calculez \(v_1+\cdots+v_6\).

  3. Démontrez que, pour tout entier \(n\geq1\), \[1+3+5+\cdots+(2n-1)=n^2.\] Expliquez pourquoi le terme ajouté au passage du rang \(n\) au rang \(n+1\) est \(2n+1\), et non \(2n-1\).

Avant la correction. Dans les deux premières questions, écrivez le nombre de termes de chaque somme. Dans la troisième, rédigez séparément l’hypothèse et ce qu’il faut obtenir.

Correction de l’activité 15.3

1. Un départ au rang \(2\). La suite est arithmétique de raison \(3\). Entre les rangs \(2\) et \(8\), il y a six augmentations : \[u_8=7+(8-2)\times3=25.\] La somme contient \(8-2+1=7\) termes. Sa moyenne des extrêmes vaut \((7+25)/2=16\). Elle vaut donc \[u_2+\cdots+u_8=7\times16=112.\] Pour contrôler le décalage, on peut écrire les termes : \(7,10,13,16,19,22,25\). Les compter ne remplace pas la formule générale, mais permet ici de repérer immédiatement un indice mal lu.

2. Un départ au rang \(1\). La suite est géométrique de raison \(2\). On propose \(v_n=5\times2^{n-1}\). Au rang \(1\), cette formule donne \(5\times2^0=5\), ce qui est correct. Si elle est vraie à un rang \(k\geq1\), alors \[v_{k+1}=2v_k=2\times5\times2^{k-1}=5\times2^k,\] qui est la formule au rang \(k+1\). La récurrence établit donc la formule pour tout \(n\geq1\).

La somme demandée contient six termes, dont les exposants vont de \(0\) à \(5\) : \[\begin{align*} v_1+\cdots+v_6 &=5(1+2+2^2+2^3+2^4+2^5)\\ &=5\frac{1-2^6}{1-2}\\ &=5\times63=315. \end{align*}\] L’exposant \(6\) apparaît dans la formule de la somme, tandis que le dernier terme contient \(2^5\). Il n’y a pas de contradiction : le nombre de termes est six.

3. Une propriété à transmettre. Notons \(P(n)\) l’égalité demandée.

Initialisation. Pour \(n=1\), le membre de gauche est \(1\) et celui de droite est \(1^2=1\). Donc \(P(1)\) est vraie.

Hérédité. Fixons un entier \(k\geq1\) et supposons \(1+3+\cdots+(2k-1)=k^2\). Au rang suivant, la somme contient un terme de plus : \(2(k+1)-1=2k+1\). Ainsi, \[\begin{align*} 1+3+\cdots+(2k-1)+(2k+1) &=k^2+2k+1\\ &=(k+1)^2. \end{align*}\] La première égalité utilise précisément l’hypothèse de récurrence ; la seconde reconnaît le développement d’un carré. On a démontré \(P(k+1)\).

Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout entier \(n\geq1\). Ajouter \(2k-1\) aurait répété le dernier terme au lieu d’ajouter le suivant.

Bilan B : limites, hypothèses et contre-exemples

À vous 15.4 — Résultats et justifications

Les suites sont définies pour les entiers \(n\geq1\).

  1. Déterminez la limite de \(a_n=(3n^2-n+4)/(2n^2+5)\).

  2. Déterminez la limite de \(b_n=\sqrt{n^2+n}-n\).

  3. Déterminez la limite de \(c_n=2+(-1)^n/(n+1)\).

  4. Déterminez la limite de \(d_n=n+(-1)^n\).

  5. Une suite positive et décroissante a-t-elle nécessairement pour limite \(0\) ? Justifiez par un théorème et, si nécessaire, un exemple.

  6. La relation \(u_{n+1}=2u_n-1\) suffit-elle pour conclure que \(u_n\to1\) ? Expliquez précisément ce que donne l’équation \(\ell=2\ell-1\).

Conseil. Écrivez une justification différente lorsque la structure change. « Par les opérations sur les limites » ne résout pas une forme indéterminée.

Correction de l’activité 15.4

1. Normaliser un quotient. Le dénominateur est strictement positif. Pour \(n\geq1\), on divise les deux parties de la fraction par \(n^2\) : \[a_n=\frac{3-1/n+4/n^2}{2+5/n^2}.\] Le numérateur tend vers \(3\) et le dénominateur vers \(2\ne0\). Le théorème sur les quotients donne donc \(a_n\to3/2\).

2. Faire apparaître une différence de carrés. Les deux termes \(\sqrt{n^2+n}\) et \(n\) tendent vers \(+\infty\), ce qui ne donne pas leur différence. Le conjugué est strictement positif et l’on obtient \[\begin{align*} b_n &=\frac{(\sqrt{n^2+n}-n)(\sqrt{n^2+n}+n)}{\sqrt{n^2+n}+n}\\ &=\frac{n}{\sqrt{n^2+n}+n}\\ &=\frac{1}{\sqrt{1+1/n}+1}. \end{align*}\] La dernière étape utilise \(n>0\), donc \(\sqrt{n^2}=n\). La continuité de la racine sur les réels positifs donne \(\sqrt{1+1/n}\to1\). Le dénominateur tend vers \(2\), d’où \(b_n\to1/2\). La réponse \(0\), parfois suggérée par « les deux termes se ressemblent », serait fausse.

3. Encadrer une perturbation oscillante. On a \[-\frac1{n+1}\leq\frac{(-1)^n}{n+1}\leq\frac1{n+1}.\] Les deux bornes tendent vers \(0\). Le théorème des gendarmes donne donc \((-1)^n/(n+1)\to0\), puis \(c_n\to2\). Le facteur \((-1)^n\) n’a pas de limite, mais cela n’empêche pas son produit par \(1/(n+1)\) de converger.

4. Choisir le côté utile. Puisque \((-1)^n\geq-1\), \(d_n\geq n-1\). Or \(n-1\to+\infty\). La comparaison donne \(d_n\to+\infty\). Il n’est pas nécessaire d’étudier la monotonie de \((d_n)\) pour appliquer ce théorème.

5. Séparer existence et valeur. Une suite décroissante et positive est minorée par \(0\), donc converge par le théorème de convergence monotone. Sa limite est supérieure ou égale à \(0\), mais peut être strictement positive. Par exemple, \[u_n=1+\frac1n\] est positive, strictement décroissante, et tend vers \(1\). La borne \(0\) n’est pas obligatoirement la limite.

6. Une équation seulement conditionnelle. Si la suite converge vers une limite finie \(\ell\), les opérations sur les limites donnent \(\ell=2\ell-1\), donc \(\ell=1\). Cela indique la seule limite finie possible, sans établir qu’une telle limite existe. Avec \(u_1=3\), on vérifie au contraire, pour \(n\geq1\), \[u_n=1+2^n.\] En effet, au rang \(1\), elle donne \(1+2=3=u_1\). Pour un entier \(k\geq1\), l’hypothèse \(u_k=1+2^k\) donne \[u_{k+1}=2u_k-1=2(1+2^k)-1=1+2^{k+1}.\] La formule se transmet au rang suivant. Par récurrence, elle est donc vraie pour tout \(n\geq1\). Cette suite tend vers \(+\infty\), pas vers \(1\). Avec \(u_1=1\), elle serait constante égale à \(1\). La donnée initiale importe.

Problème 1 : un comportement qui alterne

À vous 15.5 — Étude complète d’une suite oscillante

On considère \[u_0=-1,\qquad u_{n+1}=-\frac13u_n+4\quad(n\geq0).\]

  1. Calculez les quatre premiers termes. La suite est-elle monotone ?

  2. Déterminez une expression de \(u_n\) en fonction de \(n\), en choisissant et en justifiant votre démarche.

  3. Démontrez la convergence et déterminez sa limite.

  4. Donnez un encadrement valable pour tout rang. Expliquez de quel côté de la limite se trouvent les termes de rang pair et ceux de rang impair.

  5. Déterminez le premier rang \(N\) à partir duquel \(\lvert u_n-3\rvert<1/100\) pour tout \(n\geq N\).

Piste facultative, après une première recherche. Si vous ne trouvez pas de départ pour la question 2, cherchez une valeur laissée inchangée par la transformation, puis comparez chaque terme à cette valeur.

Correction de l’activité 15.5

1. Calculer sans effacer le signe. On obtient \[u_0=-1,\qquad u_1=-\frac13(-1)+4=\frac{13}{3},\] \[u_2=-\frac13\times\frac{13}{3}+4 =-\frac{13}{9}+\frac{36}{9}=\frac{23}{9},\] \[u_3=-\frac13\times\frac{23}{9}+4 =-\frac{23}{27}+\frac{108}{27}=\frac{85}{27}.\] La suite monte de \(u_0\) à \(u_1\), puis descend de \(u_1\) à \(u_2\), car \(23/9<13/3=39/9\). Elle n’est donc ni croissante ni décroissante sur l’ensemble des rangs. Deux variations de sens opposés suffisent à réfuter la monotonie ; elles ne suffiraient pas à prouver un comportement pour tous les rangs.

2. Choisir une origine adaptée. La relation est affine : elle multiplie par \(-1/3\), puis ajoute \(4\). L’ajout de \(4\) suggère un changement d’origine pour retrouver une relation multiplicative. Nous cherchons une constante \(L\) qui reste inchangée par cette transformation, afin que sa soustraction fasse disparaître l’ajout : \[L=-\frac13L+4 \quad\Longleftrightarrow\quad \frac43L=4 \quad\Longleftrightarrow\quad L=3.\] On ne sait pas encore que \(3\) est une limite : nous avons seulement trouvé un centre utile au calcul. On soustrait \(3\) à la relation : \[\begin{align*} u_{n+1}-3 &=-\frac13u_n+4-3\\ &=-\frac13u_n+1\\ &=-\frac13(u_n-3). \end{align*}\] La suite \(v_n=u_n-3\) est géométrique de raison \(-1/3\), de premier terme \(v_0=-1-3=-4\). Par conséquent, \[v_n=-4\left(-\frac13\right)^n,\qquad \boxed{u_n=3-4\left(-\frac13\right)^n}.\] Au rang \(0\), la formule redonne \(3-4=-1\) ; au rang \(1\), elle donne \(3+4/3=13/3\). Ces contrôles repèrent un éventuel signe erroné, mais la preuve est bien le changement de suite suivi de la formule géométrique.

3. Converger malgré les oscillations. La raison \(-1/3\) appartient à \(]-1,1[\). Sa puissance tend donc vers zéro et \(u_n\to3\). Le théorème de convergence monotone ne convient pas à \((u_n)\) ; l’expression explicite donne ici une autre preuve.

4. Distinguer les deux parités. Pour \(n=2k\), \[u_{2k}=3-\frac4{9^k},\] donc \(-1\leq u_{2k}<3\). La quantité \(4/9^k\) décroît strictement vers zéro ; son opposé croît. Les termes de rang pair croissent donc vers \(3\), en restant en dessous. Pour \(n=2k+1\), \[u_{2k+1}=3+\frac4{3\times9^k},\] donc \(3<u_{2k+1}\leq13/3\), et ces termes décroissent vers \(3\), en restant au-dessus. On obtient ainsi l’encadrement commun \[-1\leq u_n\leq\frac{13}{3}.\] Les deux bornes sont atteintes : au rang \(0\) pour la première, au rang \(1\) pour la seconde.

5. La distance, elle, décroît. La valeur absolue élimine le signe alterné : \[\lvert u_n-3\rvert=\frac4{3^n}.\] La condition demandée équivaut, par multiplication par les quantités positives \(100\) et \(3^n\), à \(3^n>400\). Puisque \(3^5=243<400<729=3^6\), le rang \(6\) convient et le rang \(5\) ne convient pas. Plus précisément, \(4/243>1/100\) et \(4/729<1/100\), par produits en croix positifs. La distance \(4/3^n\) décroît strictement : tous les rangs suivants conviennent, et aucun rang précédent ne convient. Ainsi \(N=6\).

Problème 2 : deux chemins vers la même limite

À vous 15.6 — Une récurrence rationnelle

On définit, tant que l’expression a un sens, \[x_0=\frac13,\qquad x_{n+1}=\frac{2x_n}{1+x_n}.\]

  1. Montrez que la suite est définie et que \(0<x_n<1\) à tout rang.

  2. Étudiez sa variation, puis prouvez sa convergence et identifiez sa limite.

  3. On pose \(z_n=1/x_n-1\). Déterminez la relation entre \(z_{n+1}\) et \(z_n\), puis une formule explicite de \(x_n\).

  4. Déterminez le premier rang tel que \(1-x_n<1/100\).

  5. Comparez les rôles des deux démarches : monotonie–borne et changement de suite.

Pour chercher. Dans la première question, ne multipliez une inégalité par \(1+x_n\) qu’après avoir établi son signe. Dans la troisième, calculez d’abord \(1/x_{n+1}\), puis soustrayez \(1\).

Correction de l’activité 15.6

1. Existence et intervalle stable. Considérons la propriété \(P(n)\) : « \(x_n\) est défini et \(0<x_n<1\) ».

Au rang \(0\), \(x_0=1/3\) vérifie la propriété. Fixons un entier \(k\geq0\) et supposons \(P(k)\) vraie. Alors \(1+x_k>1>0\), donc \(x_{k+1}\) est défini et positif. De plus, \[\frac{2x_k}{1+x_k}<1 \quad\Longleftrightarrow\quad 2x_k<1+x_k \quad\Longleftrightarrow\quad x_k<1.\] La multiplication est licite et conserve le sens de l’inégalité car le dénominateur est positif. La dernière proposition est vraie par hypothèse. Donc \(P(k+1)\) est vraie. Par récurrence, la suite est définie et reste strictement entre \(0\) et \(1\).

2. Variation, existence, puis valeur de la limite. Pour tout rang, \[\begin{align*} x_{n+1}-x_n &=\frac{2x_n-x_n(1+x_n)}{1+x_n}\\ &=\frac{x_n(1-x_n)}{1+x_n}>0. \end{align*}\] Le numérateur et le dénominateur sont positifs grâce à l’encadrement précédent. La suite est donc strictement croissante et majorée par \(1\). Elle converge vers un réel \(\ell\), et \(1/3\leq\ell\leq1\).

La fonction \(f(x)=2x/(1+x)\) est continue sur \([0,1]\), son dénominateur n’y étant jamais nul. Le passage à la limite donne \[\ell=\frac{2\ell}{1+\ell}.\] Comme \(1+\ell>0\), cette équation équivaut à \(\ell+\ell^2=2\ell\), puis \(\ell(\ell-1)=0\). Les possibilités sont \(0\) et \(1\). La borne \(\ell\geq1/3\) écarte \(0\), d’où \(\ell=1\). Résoudre l’équation seule n’aurait ni prouvé la convergence, ni éliminé la solution \(0\).

3. Trouver une expression exacte. La positivité de \(x_n\) autorise tous les inverses. On calcule \[\begin{align*} z_{n+1} &=\frac1{x_{n+1}}-1\\ &=\frac{1+x_n}{2x_n}-1\\ &=\frac{1-x_n}{2x_n}\\ &=\frac12\left(\frac1{x_n}-1\right)=\frac12z_n. \end{align*}\] Comme \(z_0=3-1=2\), on a \(z_n=2(1/2)^n\). En revenant à \(x_n\), \[\frac1{x_n}=1+\frac2{2^n},\qquad \boxed{x_n=\frac{2^n}{2^n+2}}.\] Le dénominateur est strictement positif. La formule redonne \(x_0=1/3\) et \(x_1=1/2\), en accord avec la récurrence. Elle permet aussi de retrouver directement \(x_n\to1\).

4. Un premier rang exact. Puisque \(1-x_n=2/(2^n+2)>0\), \[\begin{align*} 1-x_n<\frac1{100} &\quad\Longleftrightarrow\quad 200<2^n+2\\ &\quad\Longleftrightarrow\quad 2^n>198. \end{align*}\] Or \(2^7=128<198<256=2^8\). La croissance des puissances de \(2\) établit que le premier rang est \(8\). Au rang \(7\), l’erreur est \(2/130=1/65>1/100\) ; au rang \(8\), elle est \(2/258=1/129<1/100\).

5. Pourquoi deux démarches ? La première établit la convergence sans disposer d’une formule : elle se généralise à des suites pour lesquelles on ne sait pas résoudre explicitement la récurrence. La seconde fournit une valeur exacte de chaque terme et rend le seuil plus facile à calculer. Un changement de suite n’est pas disponible dans tous les problèmes. L’existence de deux preuves ne signifie donc pas qu’une des méthodes serait inutile.

Réparer une solution convaincante en apparence

À vous 15.7 — Repérer l’étape illégitime

Un élève écrit :

« \(u_{n+1}=\sqrt{u_n+2}\). Donc la limite vérifie \(\ell=\sqrt{\ell+2}\), puis \(\ell^2=\ell+2\). Les solutions sont \(-1\) et \(2\). La suite converge donc vers \(2\). »

  1. Que manque-t-il avant le passage à la limite ?

  2. Pourquoi \(-1\) n’est-il pas une solution de l’équation avec la racine ?

  3. Reprenez le raisonnement complet dans le cas \(u_0=1\).

Correction de l’activité 15.7

1. Le manque principal. L’élève suppose implicitement l’existence d’une limite finie pour la démontrer ensuite. Il faut d’abord établir l’existence de la suite, un encadrement et une convergence, puis vérifier la continuité nécessaire.

2. Une condition perdue en élevant au carré. Une racine carrée est positive ou nulle. L’égalité \(\ell=\sqrt{\ell+2}\) impose \(\ell\geq0\). Le nombre \(-1\) résout l’équation au carré, mais \(-1\ne\sqrt1=1\). Il doit être rejeté.

3. Une réparation complète. Au rang \(0\), \(1\leq u_0\leq2\). Si un terme est défini et dans \([1,2]\), alors \(3\leq u_n+2\leq4\). La racine est définie et appartient à \([\sqrt3,2]\subset[1,2]\). Par récurrence, tous les termes sont définis et compris entre \(1\) et \(2\).

Sur cet intervalle, comparer la racine à \(u_n\) est possible en comparant leurs carrés, car les deux quantités sont positives : \[u_n+2-u_n^2=(2-u_n)(u_n+1)\geq0.\] Donc \(u_{n+1}=\sqrt{u_n+2}\geq u_n\). La suite est croissante et majorée par \(2\), donc converge vers \(\ell\in[1,2]\). La racine étant continue sur les réels positifs, le passage à la limite est maintenant autorisé : \(\ell=\sqrt{\ell+2}\). On obtient \((\ell-2)(\ell+1)=0\), et seule la valeur \(2\) appartient à \([1,2]\). Ainsi \(u_n\to2\).

Le critère de réussite est l’ordre logique : existence, encadrement, variation, convergence, puis identification. La présence de la bonne valeur finale ne répare pas l’absence de ces justifications.

À vous 15.8 — Une nouvelle tentative, sans recopier la réparation

Étudiez \(w_0=0\), \(w_{n+1}=\sqrt{2w_n+3}\). Cherchez un encadrement par deux constantes simples, démontrez la convergence et identifiez la limite. Expliquez quelle information élimine une des solutions de l’équation obtenue après passage à la limite.

Correction de l’activité 15.8

On cherche une borne supérieure \(M\geq0\) conservée par la transformation. La condition \(\sqrt{2M+3}\leq M\) conduit, puisque les deux membres sont non négatifs, à \(2M+3\leq M^2\), soit \((M-3)(M+1)\geq0\). La valeur simple \(M=3\) convient.

Au rang \(0\), \(w_0\in[0,3]\). Si \(w_k\) est défini et dans cet intervalle, alors \(3\leq2w_k+3\leq9\), donc \(w_{k+1}\) est défini et dans \([\sqrt3,3]\subset[0,3]\). Par récurrence, tous les termes sont définis et dans \([0,3]\).

Pour \(0\leq w_n\leq3\), \[2w_n+3-w_n^2=(3-w_n)(w_n+1)\geq0.\] Comme \(w_n\) et \(\sqrt{2w_n+3}\) sont non négatifs, on en déduit \(w_{n+1}\geq w_n\). La suite est croissante et majorée par \(3\), donc converge vers \(\ell\in[0,3]\). La continuité de la racine autorise \(\ell=\sqrt{2\ell+3}\), donc \((\ell-3)(\ell+1)=0\). La solution \(-1\) est exclue par \(\ell\geq0\). La limite est \(3\).

À reprendre plus tard : changer les données et le but

À vous 15.9 — Terme, cumul et premier rang

Un modèle, sans signification physique imposée, est donné par \[a_0=8,\qquad a_{n+1}=\frac13a_n+2.\]

  1. Trouvez une formule explicite, puis la variation et la limite.

  2. Déterminez le premier rang tel que \(\lvert a_n-3\rvert<1/100\).

  3. On pose \(E_n=(a_0-3)+(a_1-3)+\cdots+(a_n-3)\). Calculez \(E_n\), puis sa limite. Pourquoi cette limite n’est-elle pas \(0\) ?

Correction de l’activité 15.9

1. Le centre. L’équation \(L=L/3+2\) donne \(L=3\). En posant \(b_n=a_n-3\), on obtient \[b_{n+1}=\frac13(a_n-3)=\frac13b_n,\qquad b_0=5.\] La suite \((b_n)\) est géométrique, d’où \[a_n=3+\frac5{3^n}.\] Puisque \(1/3\in]0,1[\), les termes \(5/3^n\) diminuent strictement vers zéro. La suite \((a_n)\) est donc strictement décroissante et tend vers \(3\). On peut vérifier la variation par la différence \[a_{n+1}-a_n=\frac5{3^{n+1}}-\frac5{3^n} =-\frac{10}{3^{n+1}}<0.\]

2. Une distance exacte. Comme \(a_n>3\), la distance vaut \(5/3^n\). La condition équivaut à \(3^n>500\). Or \(3^5=243<500<729=3^6\). La croissance de \(3^n\) prouve que le premier rang est \(6\). Le rang précédent ne convient pas et tous les suivants conviennent.

3. Un cumul d’écarts, pas un écart isolé. Il y a \(n+1\) termes : \[\begin{align*} E_n &=5\left(1+\frac13+\cdots+\left(\frac13\right)^n\right)\\ &=5\frac{1-(1/3)^{n+1}}{1-1/3}\\ &=\frac{15}{2}\left(1-\left(\frac13\right)^{n+1}\right). \end{align*}\] La puissance tend vers zéro, donc \(E_n\to15/2\). Chaque nouvel écart tend vers zéro, mais les écarts déjà additionnés ne disparaissent pas. Au rang \(0\), le cumul vaut déjà \(5\), et il augmente car \(E_{n+1}-E_n=a_{n+1}-3>0\). Il ne peut donc pas tendre vers \(0\).

À retenir — Comment décider si une solution est vraiment terminée ?

Une solution aboutie répond à la question exacte, nomme le résultat utilisé, en vérifie les hypothèses et donne une conclusion avec les bons indices. Pour une récurrence : propriété, départ, hérédité, conclusion. Pour une limite : existence et valeur, sans passage circulaire. Pour un seuil : condition exacte, rang valable, justification de minimalité ou mention explicite d’un rang seulement suffisant. Pour une formule : domaine de validité et contrôle sur un ou deux termes. Pour un programme : signification des variables, ordre des mises à jour, arrêt justifié et interprétation du résultat.

Approfondissements et passerelles

16. Deux suites, un encadrement : des prolongements utiles

— Ce que vous allez apprendre

Cette unité est un approfondissement facultatif. Elle ne remplace pas les méthodes fondamentales sur les suites. Elle vous apprend à reconnaître deux suites qui se rapprochent d’une même limite, à certifier une approximation et à adapter une récurrence lorsque deux rangs, ou tous les rangs précédents, interviennent.

Rappel utile — Les outils utilisés dans cette unité

Une suite croissante et majorée converge ; une suite décroissante et minorée converge. Ce théorème de convergence monotone est admis dans le cours de Terminale. Il garantit l’existence d’une limite, sans nécessairement donner sa valeur.

Si deux suites convergent, la limite de leur différence est la différence de leurs limites. Enfin, une inégalité vraie à partir d’un certain rang est conservée au passage à la limite, mais une inégalité stricte peut devenir une égalité.

Suites adjacentes : trois conditions, pas une seule

Définition 16.1 — Deux suites adjacentes

Deux suites réelles \((a_n)\) et \((b_n)\) sont dites adjacentes lorsque l’une est croissante, l’autre décroissante, et que leur différence tend vers \(0\).

En choisissant les noms de manière que \((a_n)\) soit croissante et \((b_n)\) décroissante, les trois conditions s’écrivent : \[a_{n+1}\geq a_n,\qquad b_{n+1}\leq b_n, \qquad \lim_{n\to+\infty}(b_n-a_n)=0.\] La convergence des deux suites n’est pas incluse dans cette définition : elle sera une conséquence du théorème suivant.

Exemple 16.2 — Un encadrement explicite

Pour \(n\in\mathbb{N}\), posons \[a_n=2-\frac1{n+1},\qquad b_n=2+\frac1{n+1}.\] Le calcul de la différence de deux termes consécutifs donne \[a_{n+1}-a_n =\frac1{n+1}-\frac1{n+2} =\frac1{(n+1)(n+2)}>0.\] Pour \((b_n)\), on obtient l’opposé de cette quantité : la suite est strictement décroissante. Enfin, \[b_n-a_n=\frac2{n+1}\longrightarrow 0.\] Les trois conditions sont donc vérifiées. Ici, on voit directement que les deux limites valent \(2\) ; le théorème sera surtout utile lorsque les expressions des termes ne sont pas connues.

Contre-exemple 16.3 — Se rapprocher ne suffit pas

Les suites \(a_n=b_n=(-1)^n\) ont un écart identiquement nul. Pourtant, aucune des deux ne converge : les termes de rang pair valent \(1\) et ceux de rang impair valent \(-1\).

Autre possibilité : \(a_n=n\) et \(b_n=n+1/(n+1)\) ont encore un écart qui tend vers \(0\), mais les deux suites tendent vers \(+\infty\). La seconde n’est pas décroissante : par exemple, \(b_0=1\) et \(b_1=3/2\).

L’information sur l’écart ne remplace donc pas les deux informations de monotonie.

Théorème 16.4 — Convergence des suites adjacentes

Si \((a_n)\) est croissante, si \((b_n)\) est décroissante et si \(b_n-a_n\to0\), alors les deux suites convergent vers une même limite réelle \(L\).

De plus, pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \[a_n\leq L\leq b_n.\]

Démonstration.

1. Montrons d’abord que \(a_n\leq b_n\). Ce point n’a pas été supposé dans notre définition.

Fixons un rang \(n\). Pour tout \(m\geq n\), la croissance de \((a_n)\) donne \(a_m\geq a_n\) et la décroissance de \((b_n)\) donne \(b_m\leq b_n\). En soustrayant, \[a_m-b_m\geq a_n-b_n.\] Or \(a_m-b_m\to0\) quand \(m\to+\infty\). Le passage à la limite dans cette inégalité entraîne \(0\geq a_n-b_n\), c’est-à-dire \(a_n\leq b_n\).

2. Établissons l’existence de deux limites. Pour tout \(n\), \[a_0\leq a_n\leq b_n\leq b_0.\] Ainsi, \((a_n)\) est croissante et majorée par \(b_0\), tandis que \((b_n)\) est décroissante et minorée par \(a_0\). Le théorème de convergence monotone assure l’existence de deux réels \(A\) et \(B\) tels que \(a_n\to A\) et \(b_n\to B\).

3. Montrons que les limites coïncident. Les opérations sur les limites donnent \[\lim_{n\to+\infty}(b_n-a_n)=B-A.\] Mais cette limite vaut \(0\) par hypothèse. Donc \(A=B\). Appelons \(L\) cette valeur commune.

4. Encadrons \(L\). Pour \(m\geq n\), on a \(a_n\leq a_m\leq b_m\leq b_n\). En faisant tendre \(m\) vers \(+\infty\), les extrémités \(a_n\) et \(b_n\) restent fixes ; nous obtenons \(a_n\leq L\leq b_n\).

\(\square\)

Corollaire 16.5 — Une approximation avec une erreur contrôlée

Sous les hypothèses précédentes, on dispose des majorations \[0\leq L-a_n\leq b_n-a_n, \qquad 0\leq b_n-L\leq b_n-a_n.\] Si l’on choisit le milieu \(m_n=(a_n+b_n)/2\), on gagne un facteur \(2\) : \[\left\lvert L-m_n\right\rvert\leq\frac{b_n-a_n}{2}.\]

Démonstration.

Les deux premières inégalités se déduisent directement de \(a_n\leq L\leq b_n\). En retranchant \(m_n\) à ce même encadrement, on obtient \[-\frac{b_n-a_n}{2}\leq L-m_n\leq\frac{b_n-a_n}{2},\] ce qui équivaut à la dernière majoration.

\(\square\)

Une erreur absolue est la distance entre l’approximation et la valeur recherchée. L’encadrement apporte une garantie mathématique : des décimales affichées sur un écran n’apportent pas, à elles seules, cette garantie.

À vous 16.6 — Lire correctement une précision

On sait que deux suites sont adjacentes et que, pour un certain rang \(n\), \[a_n=1{,}4142,\qquad b_n=1{,}4144.\] Sans supposer connue leur limite commune \(L\) :

  1. donner une erreur maximale lorsqu’on approche \(L\) par \(a_n\) ;

  2. donner le milieu de l’intervalle et son erreur maximale ;

  3. expliquer pourquoi on ne peut pas affirmer que ce milieu est exactement égal à \(L\).

Correction de l’activité 16.6

L’écart vaut \(1{,}4144-1{,}4142=0{,}0002\). L’approximation \(a_n\) est donc à une distance au plus égale à \(2\times10^{-4}\) de \(L\).

Le milieu vaut \((1{,}4142+1{,}4144)/2=1{,}4143\). Son erreur est au plus \(10^{-4}\). L’encadrement autorise cependant toutes les positions de \(L\) dans l’intervalle : rien n’impose que \(L\) soit son milieu.

Construire un encadrement par deux récurrences

Exemple 16.7 — Deux moyennes qui se rapprochent

On définit \[a_0=1,\qquad b_0=3,\] puis, pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \[a_{n+1}=\frac{2a_n+b_n}{3},\qquad b_{n+1}=\frac{a_n+2b_n}{3}.\] Chaque nouveau terme est une moyenne pondérée des deux termes précédents. Pour étudier ces suites, le premier geste utile est de calculer leur écart, plutôt que d’essayer immédiatement de deviner deux formules explicites.

Posons \(d_n=b_n-a_n\). En soustrayant les deux relations, \[d_{n+1} =\frac{a_n+2b_n-(2a_n+b_n)}{3} =\frac{b_n-a_n}{3} =\frac13d_n.\] L’écart est une suite géométrique de raison \(1/3\) et de premier terme \(d_0=2\). Par conséquent, \[d_n=\frac2{3^n}>0,\qquad d_n\longrightarrow0.\] Calculons maintenant les variations : \[\begin{align*} a_{n+1}-a_n &=\frac{2a_n+b_n-3a_n}{3} =\frac{d_n}{3}>0,\\ b_{n+1}-b_n &=\frac{a_n+2b_n-3b_n}{3} =-\frac{d_n}{3}<0. \end{align*}\] Les suites sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite \(L\).

Pour trouver \(L\), une seconde opération est féconde : additionner les relations. On obtient \[a_{n+1}+b_{n+1}=a_n+b_n.\] La somme est constante, égale à \(a_0+b_0=4\). En passant à la limite, \(L+L=4\), donc \(L=2\).

On peut même combiner la somme et la différence pour retrouver les termes : \[a_n=\frac{4-2/3^n}{2}=2-\frac1{3^n}, \qquad b_n=\frac{4+2/3^n}{2}=2+\frac1{3^n}.\] Dans cet exemple particulier, le milieu est exactement \(2\) dès le départ : cela vient de la somme constante, et non du seul fait que les suites sont adjacentes.

Méthode 16.8 — Étudier deux suites liées

Lorsque deux suites sont définies l’une à partir de l’autre :

  1. calculer leur différence, pour chercher un écart simple et en déterminer le signe ;

  2. calculer séparément \(a_{n+1}-a_n\) et \(b_{n+1}-b_n\) ;

  3. réunir les trois conditions avant de conclure à l’adjacence ;

  4. chercher une somme constante, ou une autre relation simple, pour identifier la limite ;

  5. utiliser l’écart pour contrôler une approximation.

Ces opérations sont des pistes de recherche, pas des conclusions automatiques.

À vous 16.9 — Transférer la méthode

On conserve les mêmes relations de récurrence mais on prend \(a_0=2\) et \(b_0=8\).

  1. Déterminer \(b_n-a_n\), puis montrer que les suites sont adjacentes.

  2. Déterminer leur limite commune et leurs expressions explicites.

  3. Trouver le premier rang \(n\) pour lequel l’approximation de la limite par \(a_n\) a une erreur inférieure ou égale à \(0{,}01\). On pourra comparer des puissances entières de \(3\).

Correction de l’activité 16.9

Les calculs sur les relations ne changent pas : \(d_{n+1}=d_n/3\). Comme \(d_0=6\), nous obtenons \(d_n=6/3^n>0\) et \(d_n\to0\). Les différences des termes consécutifs sont respectivement \(d_n/3\) et \(-d_n/3\) : les deux monotonies requises sont vérifiées.

La somme vaut constamment \(2+8=10\), donc \(2L=10\) et \(L=5\). En combinant somme et différence, \[a_n=5-\frac3{3^n},\qquad b_n=5+\frac3{3^n}.\] L’erreur exacte de \(a_n\) est \(3/3^n\). Il faut donc \(3^n\geq300\). Or \(3^5=243<300\) et \(3^6=729\geq300\). Comme \(3^n\) croît, le premier rang est \(n=6\). Il ne suffit pas de donner un rang qui fonctionne : vérifier le rang précédent permet ici d’établir qu’il est le premier.

À vous 16.10 — Un écart nul à la limite suffit-il ?

Un élève considère \[p_n=(-1)^n,\qquad q_n=(-1)^n+\frac1{n+1}.\] Il écrit : « Les deux suites sont bornées et leur écart tend vers \(0\) ; elles sont donc adjacentes et convergent. »

  1. Repérer les conditions non vérifiées. Calculer les trois premiers termes de chaque suite pour réfuter la conclusion d’adjacence.

  2. Faire un nouvel essai avec \[c_n=1-\left(\frac13\right)^n, \qquad d_n=1+2\left(\frac13\right)^n.\] Vérifier séparément les deux monotonies et la limite de l’écart, puis donner la limite commune.

  3. Quel contrôle d’erreur l’encadrement donne-t-il lorsqu’on utilise le milieu de \([c_n;d_n]\) ?

Si le nouvel essai bloque : commencez par écrire \((1/3)^{n+1}=(1/3)(1/3)^n\) pour calculer les deux différences successives.

Correction de l’activité 16.10

La bornitude n’est pas une monotonie. Les termes de \((p_n)\) commencent par \(1,-1,1\), et ceux de \((q_n)\) par \(2,-1/2,4/3\) : chacune descend puis remonte. Aucune n’est croissante ou décroissante sur \(\mathbb{N}\). L’écart \(q_n-p_n=1/(n+1)\) tend pourtant vers \(0\) ; cette seule information ne suffit pas. En particulier, \((p_n)\) ne converge pas, puisque ses termes pairs et impairs valent respectivement \(1\) et \(-1\).

Pour le nouvel essai, les différences sont \[c_{n+1}-c_n=\frac23\left(\frac13\right)^n>0, \qquad d_{n+1}-d_n=-\frac43\left(\frac13\right)^n<0.\] L’écart \(d_n-c_n=3(1/3)^n\) tend vers \(0\). Les trois conditions sont maintenant réunies : les suites sont adjacentes. Leurs expressions donnent la limite commune \(1\).

L’erreur du milieu est au plus \(\frac32(1/3)^n\), moitié de la largeur. Cette majoration est garantie par l’encadrement, même sans calculer l’erreur exacte.

Une récurrence qui dépend de deux rangs

Définition 16.11 — Relation de récurrence d’ordre deux

Une relation qui définit \(u_{n+2}\) à partir de \(u_n\) et de \(u_{n+1}\) est une relation de récurrence d’ordre deux. Pour déterminer une suite par une telle relation, il faut généralement donner deux termes initiaux, par exemple \(u_0\) et \(u_1\).

Exemple 16.12 — Une formule à découvrir puis à démontrer

Considérons \[u_0=4,\quad u_1=7,\qquad u_{n+2}=3u_{n+1}-2u_n\quad(n\in\mathbb{N}).\] Les premiers calculs donnent \[u_2=3\times7-2\times4=13, \qquad u_3=3\times13-2\times7=25.\] On peut conjecturer \(u_n=1+3\times2^n\). Ces quatre valeurs ne démontrent pas la formule. La difficulté est d’organiser une hypothèse qui fournisse les deux termes dont la relation a besoin.

Proposition 16.13 — Une formule explicite pour cette suite

La suite de l’exemple précédent vérifie, pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \[u_n=1+3\times2^n.\]

Démonstration par une propriété portant sur deux rangs

Définissons la propriété \(P(n)\) : \[\text{« }u_n=1+3\times2^n\ \text{et}\ u_{n+1}=1+3\times2^{n+1}\text{ ».}\] Initialisation. Pour \(n=0\), les deux égalités à vérifier sont \(u_0=1+3=4\) et \(u_1=1+6=7\). Elles correspondent bien aux deux données initiales. Ainsi, \(P(0)\) est vraie.

Hérédité. Fixons \(k\in\mathbb{N}\) et supposons \(P(k)\) vraie. Nous connaissons alors les expressions de \(u_k\) et de \(u_{k+1}\). La relation fournit \[\begin{align*} u_{k+2} &=3\bigl(1+3\times2^{k+1}\bigr)-2\bigl(1+3\times2^k\bigr)\\ &=3+9\times2^{k+1}-2-6\times2^k\\ &=1+(18-6)2^k\\ &=1+12\times2^k =1+3\times2^{k+2}. \end{align*}\] La formule pour \(u_{k+1}\) faisait déjà partie de \(P(k)\) ; nous venons d’obtenir celle pour \(u_{k+2}\). Nous avons donc bien les deux égalités de \(P(k+1)\).

Conclusion. Par récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout \(n\in\mathbb{N}\). Sa première égalité donne la formule annoncée à tous les rangs.

\(\square\)

Point de vigilance — « Deux initialisations » doit avoir un sens précis

On peut présenter cette rédaction en vérifiant la formule aux rangs \(0\) et \(1\), puis en montrant que sa validité à deux rangs consécutifs entraîne sa validité au suivant. La propriété couplée \(P(n)\) explicite pourquoi ce raisonnement est une récurrence ordinaire parfaitement valide.

Vérifier seulement \(u_0\) puis supposer une formule au seul rang \(k+1\) ne permet pas de remplacer également \(u_k\) dans une relation d’ordre deux.

Comment trouver la formule sans la deviner ?

Posons \(d_n=u_{n+1}-u_n\). Alors \[\begin{align*} d_{n+1} &=u_{n+2}-u_{n+1}\\ &=3u_{n+1}-2u_n-u_{n+1}\\ &=2(u_{n+1}-u_n)=2d_n. \end{align*}\] Comme \(d_0=7-4=3\), nous obtenons \(d_n=3\times2^n\). Pour \(n\geq1\), additionnons les différences : \[(u_1-u_0)+(u_2-u_1)+\cdots+(u_n-u_{n-1})=u_n-u_0.\] Tous les termes intermédiaires se simplifient. Il reste \[u_n=4+3(1+2+\cdots+2^{n-1}).\] La somme entre parenthèses vaut \(2^n-1\) : en l’appelant \(S\), la soustraction \(2S-S\) laisse \(2^n-1\). Ainsi, \(u_n=4+3(2^n-1)=1+3\times2^n\). Le rang \(0\) se vérifie séparément.

Cette recherche explique l’origine de la formule. Elle ne nécessite aucune théorie générale des récurrences linéaires d’ordre deux.

À vous 16.14 — Changer les données initiales

Une suite vérifie \(v_0=2\), \(v_1=4\) et \(v_{n+2}=3v_{n+1}-2v_n\).

  1. Calculer \(v_2\) et \(v_3\), puis proposer une formule.

  2. Démontrer cette formule par une propriété portant sur deux rangs consécutifs.

  3. Expliquer pourquoi la même relation de récurrence n’a pas donné la même suite que dans l’exemple précédent.

Correction de l’activité 16.14

Nous trouvons \(v_2=3\times4-2\times2=8\) et \(v_3=3\times8-2\times4=16\). La formule conjecturée est \(v_n=2^{n+1}\).

On prend \(P(n)\) : « \(v_n=2^{n+1}\) et \(v_{n+1}=2^{n+2}\) ». Les deux égalités sont vraies au départ : \(v_0=2\) et \(v_1=4\). Si \(P(k)\) est vraie, \[v_{k+2}=3\times2^{k+2}-2\times2^{k+1} =(6-2)2^{k+1}=2^{k+3}.\] Avec l’égalité déjà connue pour \(v_{k+1}\), cela établit \(P(k+1)\). La formule est donc vraie à tous les rangs.

Une relation de récurrence indique comment avancer ; les conditions initiales indiquent d’où l’on part. Les modifier peut changer toute la suite.

Quand tous les rangs précédents sont utiles

Propriété 16.15 — Forme forte du raisonnement par récurrence

Pour établir une propriété \(P(n)\) pour tout entier \(n\geq n_0\), on peut :

  1. établir \(P(n_0)\) ;

  2. fixer \(k\geq n_0\), supposer toutes les propriétés \(P(n_0),P(n_0+1),\ldots,P(k)\) vraies et en déduire \(P(k+1)\).

Cette présentation est appelée récurrence forte. Elle n’autorise pas à supposer déjà \(P(k+1)\).

Justification à partir de la récurrence ordinaire

Introduisons \(Q(n)\) : « toutes les propriétés \(P(j)\) pour \(n_0\leq j\leq n\) sont vraies ». L’initialisation de \(P\) donne \(Q(n_0)\). Si \(Q(k)\) est vraie, l’hypothèse de l’étape 2 permet de démontrer \(P(k+1)\). En conservant les propriétés déjà connues, nous obtenons donc \(Q(k+1)\).

La récurrence ordinaire établit \(Q(n)\) pour tout \(n\geq n_0\), donc en particulier \(P(n)\) pour tout \(n\geq n_0\). Nous avons seulement regroupé davantage d’informations dans la propriété de récurrence.

\(\square\)

Exemple 16.16 — Une relation qui utilise une somme de termes

Définissons \(w_0=1\) et \[w_{n+1}=1+\sum_{j=0}^{n}w_j.\] Le symbole \(\sum_{j=0}^{n}w_j\) désigne la somme finie \(w_0+w_1+\cdots+w_n\). Les premiers termes sont \(1\), \(2\), \(4\), \(8\). Montrons que \(w_n=2^n\).

Au rang \(0\), \(w_0=1=2^0\). Fixons \(k\geq0\) et supposons \(w_j=2^j\) pour tout \(j\) de \(0\) à \(k\). Nous pouvons alors remplacer chaque terme de la somme : \[w_{k+1}=1+\sum_{j=0}^{k}2^j =1+(2^{k+1}-1)=2^{k+1}.\] La somme géométrique a été calculée en soustrayant la somme à son double. La récurrence forte donne donc la formule pour tout \(n\in\mathbb{N}\).

Ici, supposer seulement \(w_k=2^k\) ne suffirait pas à remplacer tous les \(w_j\) de la somme. C’est précisément ce qui rend la forme forte naturelle.

Il existe néanmoins une autre voie. Pour \(n\geq1\), soustraire \[w_{n+1}=1+w_0+\cdots+w_n \quad\text{et}\quad w_n=1+w_0+\cdots+w_{n-1}\] donne \(w_{n+1}-w_n=w_n\), donc \(w_{n+1}=2w_n\). L’égalité \(w_1=2w_0\) se vérifie directement. On retrouve une suite géométrique. Une méthode adaptée n’est pas nécessairement la seule méthode possible.

Réparer, puis vérifier que l’on sait faire seul

À vous 16.17 — Réparer une initialisation incomplète

Une élève considère \(u_0=4\), \(u_1=8\) et \(u_{n+2}=3u_{n+1}-2u_n\). Elle annonce \(u_n=1+3\times2^n\) en disant : « La formule fonctionne pour \(u_0\), et le calcul d’hérédité de l’exemple est inchangé. »

  1. Quel contrôle permet de rejeter immédiatement sa conclusion ?

  2. Trouver la formule correcte en étudiant \(u_{n+1}-u_n\).

  3. Rédiger la conclusion avec son ensemble de rangs.

Correction de l’activité 16.17

Au rang \(1\), la formule annoncée donne \(1+3\times2=7\), alors que \(u_1=8\). L’initialisation n’a pas vérifié les deux données nécessaires.

En posant \(d_n=u_{n+1}-u_n\), le même calcul qu’auparavant donne \(d_{n+1}=2d_n\). Mais \(d_0=8-4=4\), donc \(d_n=4\times2^n\). Pour \(n\geq1\), \[u_n=4+\sum_{j=0}^{n-1}4\times2^j =4+4(2^n-1)=4\times2^n.\] La formule fonctionne aussi au rang \(0\). Ainsi, pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \(u_n=4\times2^n\). Un calcul d’hérédité correct ne dispense jamais de vérifier toutes les conditions de départ.

À vous 16.18 — À reprendre plus tard, sans relire les exemples

  1. Pour \(n\in\mathbb{N}\), on pose \(a_n=3-2/(n+1)\) et \(b_n=3+1/(n+1)\). Montrer que ces suites sont adjacentes. Donner leur limite et l’erreur maximale garantie par leur écart lorsqu’on utilise le milieu.

  2. On définit \(z_0=2\) et \(z_{n+1}=2+\sum_{j=0}^{n}z_j\). Démontrer, par récurrence forte, que \(z_n=2^{n+1}\).

  3. Dans la première question, le milieu vaut-il exactement la limite ? Justifier par un calcul, sans généraliser le cas particulier des moyennes étudié plus haut.

  4. Une suite vérifie \(v_0=3\), \(v_1=5\) et \(v_{n+2}=3v_{n+1}-2v_n\). Calculer \(v_2\) et \(v_3\), proposer une formule, puis la démontrer par une propriété portant sur deux rangs consécutifs.

Correction de l’activité 16.18

Les différences successives valent \[a_{n+1}-a_n=\frac2{(n+1)(n+2)}>0, \qquad b_{n+1}-b_n=-\frac1{(n+1)(n+2)}<0.\] L’écart \(b_n-a_n=3/(n+1)\) tend vers \(0\), donc les suites sont adjacentes. Leurs expressions donnent la limite commune \(3\). L’erreur du milieu est garantie inférieure ou égale à \(3/[2(n+1)]\).

Pour la seconde question, \(z_0=2=2^{0+1}\). Si, pour un entier \(k\geq0\), \(z_j=2^{j+1}\) pour tout \(0\leq j\leq k\), alors \[z_{k+1}=2+2\sum_{j=0}^{k}2^j =2+2(2^{k+1}-1)=2^{k+2}.\] La récurrence forte établit donc \(z_n=2^{n+1}\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\).

Enfin, le milieu de la première question est \[m_n=\frac{a_n+b_n}{2}=3-\frac1{2(n+1)}.\] Il n’est jamais égal à \(3\) pour un rang fini. Son erreur exacte vaut \(1/[2(n+1)]\), ce qui est plus petit que la borne générale garantie par le seul encadrement. Une majoration d’erreur n’est pas forcément une égalité.

Pour la dernière question, \(v_2=3\times5-2\times3=9\) et \(v_3=3\times9-2\times5=17\). La formule proposée est \(v_n=1+2^{n+1}\). Les égalités aux rangs \(0\) et \(1\) donnent bien \(3\) et \(5\). Supposons, pour un entier \(k\geq0\), la formule vraie aux rangs \(k\) et \(k+1\). Alors \[v_{k+2}=3(1+2^{k+2})-2(1+2^{k+1}) =1+(6-2)2^{k+1}=1+2^{k+3}.\] Avec la formule déjà connue au rang \(k+1\), on obtient les deux égalités du rang suivant de la propriété couplée. La récurrence établit \(v_n=1+2^{n+1}\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\). Les deux valeurs initiales ont été vérifiées avant le calcul d’hérédité.

À retenir — Critères de maîtrise de cette unité

Vous êtes prêt à utiliser ces prolongements si vous savez : vérifier séparément les trois conditions d’adjacence ; expliquer d’où vient l’existence de la limite ; distinguer erreur exacte et majoration d’erreur ; écrire une propriété couplée avec ses deux initialisations ; et dire précisément quelles hypothèses sont disponibles dans une récurrence forte.

17. Approcher une racine : Newton et la méthode de Héron

— Ce que vous allez apprendre

Cet approfondissement facultatif relie les suites, les tangentes et le calcul d’approximations. Vous allez comprendre d’où vient une relation de récurrence, démontrer qu’elle fonctionne dans un cas précis et produire un encadrement dont l’erreur est garantie.

Le but n’est pas d’apprendre une théorie générale des méthodes numériques. C’est de distinguer une idée de calcul, une observation et une démonstration de convergence.

Rappel utile — Trois outils, avec leurs conditions

Si \(f\) est dérivable au point d’abscisse \(x\), sa tangente en ce point a pour équation, avec \(t\) comme abscisse variable, \[y=f(x)+f'(x)(t-x).\] Une suite décroissante et minorée converge : c’est le théorème de convergence monotone, admis en Terminale. Enfin, si \(x_n\to L\) et \(L\ne0\), alors \(1/x_n\to1/L\), à condition que les quotients soient bien définis aux rangs considérés.

Remplacer une courbe par sa tangente

Nous cherchons une solution de l’équation \(f(t)=0\). Si l’on connaît une abscisse \(x\) proche d’une solution, on peut remplacer localement la courbe par sa tangente, plus facile à étudier. L’intersection de cette tangente avec l’axe des abscisses donne une nouvelle valeur.

Proposition 17.1 — Abscisse de l’intersection avec l’axe

Supposons \(f\) dérivable au point \(x\) et \(f'(x)\ne0\). La tangente à sa courbe en \((x,f(x))\) coupe l’axe des abscisses au point d’abscisse \[t=x-\frac{f(x)}{f'(x)}.\]

Démonstration.

Sur l’axe des abscisses, \(y=0\). Il faut donc résoudre \[0=f(x)+f'(x)(t-x).\] En retranchant \(f(x)\), puis en divisant par \(f'(x)\), qui est non nul, on obtient \[t-x=-\frac{f(x)}{f'(x)}.\] Ajouter \(x\) aux deux membres donne la formule annoncée. Si \(f'(x)=0\), la division n’est pas permise et cette étape de la méthode n’est pas définie.

\(\square\)

Définition 17.2 — Itération de Newton

À partir d’une valeur initiale \(x_0\), la relation \[x_{n+1}=x_n-\frac{f(x_n)}{f'(x_n)}\] définit les itérations de Newton aux rangs où \(f\) et \(f'\) sont définies et où \(f'(x_n)\ne0\). Une itération est une étape du calcul : on applique de nouveau la même transformation au résultat précédent.

Exemple 17.3 — Une première étape pour approcher une racine carrée

Pour résoudre \(t^2-5=0\) du côté positif, prenons \(f(t)=t^2-5\) et \(x_0=3\). Alors \(f(3)=4\) et \(f'(3)=2\times3=6\). L’abscisse suivante vaut \[x_1=3-\frac46=\frac73.\] La tangente a pour équation \(y=4+6(t-3)=6t-14\). Son intersection avec l’axe vérifie bien \(6t-14=0\), donc \(t=7/3\).

La courbe et sa tangente ne coupent pas exactement l’axe au même endroit. Le dessin explique la construction ; il ne prouve pas encore que la répétition de cette construction convergera vers la solution.

Contre-exemple 17.4 — Newton ne converge pas toujours

Prenons \(f(t)=t^3-2t+2\) et \(x_0=0\). Sa dérivée est \(f'(t)=3t^2-2\). Une étape donne \[x_1=0-\frac{2}{-2}=1.\] L’étape suivante donne \[x_2=1-\frac{1-2+2}{3-2}=1-1=0.\] Les mêmes calculs se répètent : \(0,1,0,1,\ldots\). La suite ne converge pas. Pourtant, les dérivées utilisées, \(-2\) et \(1\), sont non nulles : toutes ces étapes de calcul sont définies.

Une formule d’itération ne constitue donc jamais, à elle seule, une preuve de convergence.

À vous 17.5 — Retrouver soi-même la formule

Pour \(f(t)=t^2-2\), partir de l’abscisse \(x_0=2\).

  1. Écrire l’équation de la tangente au point d’abscisse \(2\).

  2. Calculer son intersection avec l’axe des abscisses sans utiliser directement la formule de Newton.

  3. Vérifier le résultat avec cette formule.

Correction de l’activité 17.5

Nous avons \(f(2)=2\) et \(f'(2)=4\). La tangente a donc pour équation \[y=2+4(t-2)=4t-6.\] Elle coupe l’axe pour \(4t-6=0\), soit \(t=3/2\). Avec la formule de Newton, nous retrouvons \(2-2/4=3/2\). Ces deux calculs concordent parce qu’ils décrivent la même construction.

La méthode de Héron : un cas que l’on peut démontrer

Définition 17.6 — Suite de Héron

Soient un réel \(a>0\) et un réel initial \(x_0>0\). La suite de Héron associée à \(a\) est définie par \[x_{n+1}=\frac12\left(x_n+\frac a{x_n}\right).\] Elle est destinée à approcher \(\sqrt a\), c’est-à-dire l’unique réel positif dont le carré est \(a\).

Cette formule se retrouve à partir de Newton pour \(f(t)=t^2-a\). En effet, pour \(x\ne0\), \[x-\frac{x^2-a}{2x} =\frac{2x^2-x^2+a}{2x} =\frac{x^2+a}{2x} =\frac12\left(x+\frac ax\right).\] Mais la démonstration qui suit étudie directement la suite : elle ne suppose aucun théorème général sur Newton.

Lemme 17.7 — La suite est définie et positive

Pour \(a>0\) et \(x_0>0\), tous les termes \(x_n\) sont définis et strictement positifs.

Démonstration.

Le terme initial est positif par hypothèse. Supposons \(x_k>0\). Le quotient \(a/x_k\) est alors défini et positif. La moyenne de \(x_k\) et de \(a/x_k\) est strictement positive, donc \(x_{k+1}>0\).

Par récurrence, chaque nouveau terme peut être calculé et demeure positif. Le dénominateur ne s’annule donc jamais.

\(\square\)

Lemme 17.8 — Une identité qui donne un encadrement

Notons \(s=\sqrt a\). Pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \[x_{n+1}-s=\frac{(x_n-s)^2}{2x_n}\geq0.\] Ainsi, \(x_n\geq\sqrt a\) pour tout \(n\geq1\), quelle que soit la position du terme initial positif \(x_0\) par rapport à \(\sqrt a\).

Démonstration.

Comme \(a=s^2\), mettons les termes au même dénominateur : \[\begin{align*} x_{n+1}-s &=\frac12\left(x_n+\frac{s^2}{x_n}\right)-s\\ &=\frac{x_n^2+s^2-2sx_n}{2x_n}\\ &=\frac{(x_n-s)^2}{2x_n}. \end{align*}\] Le numérateur est un carré et le dénominateur est positif. L’inégalité annoncée suit. Elle porte sur \(x_{n+1}\) ; le premier rang garanti au-dessus de \(s\) est donc le rang \(1\), pas nécessairement le rang \(0\).

\(\square\)

Théorème 17.9 — Convergence de la suite de Héron

Si \(a>0\) et \(x_0>0\), alors la suite de Héron converge vers \(\sqrt a\). Elle est décroissante à partir du rang \(1\) et minorée par \(\sqrt a\) à partir de ce rang.

Si l’on a aussi \(x_0\geq\sqrt a\), ces deux propriétés sont vraies dès le rang \(0\).

Démonstration.

1. Variations. Pour tout \(n\), \[x_{n+1}-x_n =\frac{a-x_n^2}{2x_n}.\] Pour \(n\geq1\), nous savons que \(x_n\geq\sqrt a>0\), donc \(x_n^2\geq a\). Le numérateur est négatif ou nul et le dénominateur positif. Ainsi, \(x_{n+1}\leq x_n\) pour \(n\geq1\).

2. Existence de la limite. À partir du rang \(1\), la suite est décroissante et minorée par \(\sqrt a\). Le théorème de convergence monotone assure donc l’existence d’un réel \(L\) tel que \(x_n\to L\). L’encadrement donne \(L\geq\sqrt a>0\).

3. Identification. Maintenant seulement, nous pouvons passer à la limite dans la relation. La suite décalée \((x_{n+1})\) a la même limite \(L\). Comme \(L>0\), le quotient a pour limite \(a/L\), d’où \[L=\frac12\left(L+\frac aL\right).\] Multiplier par \(2L\) donne \(2L^2=L^2+a\), donc \(L^2=a\). Puisque \(L>0\), nous obtenons \(L=\sqrt a\).

Si \(x_0\geq\sqrt a\), le calcul de variation s’applique aussi au rang \(0\).

\(\square\)

Point de vigilance — L’ordre logique de la démonstration

Résoudre l’équation \(L=(L+a/L)/2\) fournit seulement des candidats à une éventuelle limite. Il faut auparavant établir que la suite converge et que la limite ne rend pas le quotient impossible. C’est le rôle des étapes « monotonie et borne » puis « \(L>0\) ».

Exemple 17.10 — Un premier terme en dessous de la racine

Avec \(a=5\) et \(x_0=1\), on obtient \(x_1=(1+5)/2=3\). Le premier déplacement est donc une augmentation. Puis \(x_2=7/3\) et les termes décroissent vers \(\sqrt5\).

Il serait faux d’annoncer une décroissance dès le rang \(0\) pour tout terme initial positif. Le rang auquel une propriété devient vraie fait partie de l’énoncé mathématique.

Comprendre et certifier l’erreur

Proposition 17.11 — L’erreur de l’étape suivante

Pour \(n\geq1\), posons \(e_n=x_n-\sqrt a\geq0\). Alors \[e_{n+1}=\frac{e_n^2}{2x_n}\leq\frac{e_n}{2}.\] Par conséquent, \[0\leq e_n\leq\frac{e_1}{2^{n-1}}\qquad(n\geq1).\]

Démonstration.

L’égalité est l’identité déjà démontrée. De plus, \(0\leq e_n=x_n-\sqrt a\leq x_n\), donc \(e_n/x_n\leq1\). Ainsi, \[e_{n+1}=\frac{e_n}{2}\frac{e_n}{x_n}\leq\frac{e_n}{2}.\] Au rang \(1\), la dernière majoration est une égalité. Si \(e_k\leq e_1/2^{k-1}\), alors \[e_{k+1}\leq\frac{e_k}{2}\leq\frac{e_1}{2^k}.\] La récurrence établit la majoration à tous les rangs \(n\geq1\).

\(\square\)

L’égalité avec \(e_n^2\) explique pourquoi la méthode peut devenir très efficace : lorsque l’erreur est déjà petite, la nouvelle erreur dépend de son carré. Cette observation est plus précise que la simple division par \(2\). Cependant, \(e_n\) contient la valeur inconnue \(\sqrt a\) : il nous faut aussi un encadrement calculable sans connaître cette racine.

Proposition 17.12 — Des bornes calculables sans connaître la racine

Pour tout rang auquel \(x_n\geq\sqrt a\), on a \[\frac a{x_n}\leq\sqrt a\leq x_n.\] La largeur de cet intervalle est \[\Delta_n=x_n-\frac a{x_n}\geq0.\] Si \(m_n=(x_n+a/x_n)/2\) est son milieu, alors \[\left\lvert m_n-\sqrt a\right\rvert\leq\frac{\Delta_n}{2}.\]

Démonstration.

Les nombres \(x_n\) et \(\sqrt a\) étant positifs, l’inégalité \(x_n\geq\sqrt a\) entraîne \[\frac1{x_n}\leq\frac1{\sqrt a}.\] En multipliant par \(a>0\), nous obtenons \(a/x_n\leq a/\sqrt a=\sqrt a\). L’autre borne est déjà connue.

Tout nombre de l’intervalle \([a/x_n\,;\,x_n]\) est à une distance au plus égale à la moitié de la largeur de son milieu. Cela se démontre en retranchant le milieu aux trois membres de l’encadrement.

\(\square\)

Exemple 17.13 — Un encadrement rationnel de \(\sqrt5\)

Avec \(x_0=3\), les premiers termes se calculent exactement : \[x_1=\frac12\left(3+\frac53\right)=\frac73,\] \[x_2=\frac12\left(\frac73+\frac{15}{7}\right) =\frac12\left(\frac{49+45}{21}\right)=\frac{47}{21},\] \[x_3=\frac12\left(\frac{47}{21}+\frac{105}{47}\right) =\frac12\left(\frac{2209+2205}{987}\right) =\frac{2207}{987}.\] Tous sont au-dessus de \(\sqrt5\). Au rang \(2\), l’encadrement est \[\frac{105}{47}\leq\sqrt5\leq\frac{47}{21}.\] Sa largeur vaut \((2209-2205)/987=4/987\).

Au rang \(3\), on obtient \[\frac{4935}{2207}\leq\sqrt5\leq\frac{2207}{987}.\] La largeur vaut exactement \[\frac{2207^2-4935\times987}{987\times2207} =\frac4{2\,178\,309}<2\times10^{-6}.\] Le milieu de ce dernier intervalle approche donc \(\sqrt5\) avec une erreur strictement inférieure à \(10^{-6}\). La certification repose sur des fractions et des inégalités exactes, non sur une comparaison avec une valeur décimale supposée connue de \(\sqrt5\).

Point de vigilance — Une borne supérieure doit vraiment être supérieure

Si l’on part de \(x_0=1\) pour \(a=5\), l’écriture \(5/x_0\leq\sqrt5\leq x_0\) serait fausse : elle donnerait \(5\leq\sqrt5\leq1\). Les bornes précédentes sont garanties à partir du rang \(1\), ou dès le rang \(0\) si \(x_0\geq\sqrt a\) a été vérifié.

À vous 17.14 — Certifier une autre approximation

Pour approcher \(\sqrt7\), on part de \(x_0=3\) et on utilise la méthode de Héron.

  1. Pourquoi les bornes \(7/x_n\leq\sqrt7\leq x_n\) sont-elles valides dès le rang \(0\) ?

  2. Calculer exactement \(x_1\) et \(x_2\).

  3. Donner l’encadrement obtenu au rang \(2\), sa largeur et l’erreur maximale garantie pour son milieu.

Correction de l’activité 17.14

Nous avons \(3>0\) et \(3^2=9>7\), donc \(3>\sqrt7\). La suite est une suite de majorants dès le départ.

Les deux premières étapes donnent \[x_1=\frac12\left(3+\frac73\right)=\frac83, \qquad x_2=\frac12\left(\frac83+\frac{21}{8}\right) =\frac12\frac{64+63}{24}=\frac{127}{48}.\] L’autre borne est \(7/x_2=7\times48/127=336/127\). Ainsi, \[\frac{336}{127}\leq\sqrt7\leq\frac{127}{48}.\] La largeur est \[\frac{127^2-336\times48}{48\times127} =\frac{16\,129-16\,128}{6\,096}=\frac1{6\,096}.\] Le milieu est donc à une distance au plus égale à \(\dfrac1{12\,192}\) de \(\sqrt7\). Il n’est pas nécessaire de calculer ses décimales pour disposer de cette garantie.

Un programme qui s’arrête sur un critère démontré

Algorithme 17.15 — Encadrer \(\sqrt5\) à une précision imposée

Nous partons de \(x=3\), un majorant de \(\sqrt5\). À chaque étape, l’intervalle \([5/x\,;\,x]\) contient \(\sqrt5\). Si sa largeur est inférieure ou égale à \(2\varepsilon\), son milieu fournit une approximation d’erreur au plus \(\varepsilon\).

Le programme suivant utilise des fractions exactes. On lui transmet par exemple Fraction(1, 10**6), et non une valeur flottante arrondie.

from fractions import Fraction

def heron_precision(epsilon):
    if epsilon <= 0:
        raise ValueError("epsilon doit etre strictement positif")
    x = Fraction(3)
    n = 0
    while x - 5 / x > 2 * epsilon:
        x = (x + 5 / x) / 2
        n = n + 1
    bas = 5 / x
    haut = x
    milieu = (bas + haut) / 2
    return n, milieu, bas, haut

resultat = heron_precision(Fraction(1, 10**6))

Que représentent les variables ? Au début de chaque passage dans la boucle, x est le terme \(x_n\) de la suite de Héron ; n est son rang. Le terme initial porte le rang \(0\). Le quotient \(5/x\) est toujours défini, car \(x\) reste positif.

Pourquoi la boucle s’arrête-t-elle ? Nous avons démontré \(x_n\to\sqrt5\). Les opérations sur les limites donnent \(5/x_n\to\sqrt5\), donc \(x_n-5/x_n\to0\). Pour tout \(\varepsilon>0\), cette largeur devient inférieure ou égale à \(2\varepsilon\) à partir d’un certain rang. La condition de la boucle finit donc par être fausse.

Que garantit la sortie ? La boucle continue tant que la largeur est strictement supérieure à \(2\varepsilon\). À la sortie, elle est donc inférieure ou égale à \(2\varepsilon\). Le milieu rendu est à une distance au plus \(\varepsilon\) de \(\sqrt5\).

Pour \(\varepsilon=10^{-6}\), la sortie a pour rang \(n=3\), avec les bornes \(4935/2207\) et \(2207/987\) calculées plus haut. Au rang \(2\), la largeur \(4/987\) était encore supérieure à \(2\times10^{-6}\).

Point de vigilance — Calcul exact et calcul flottant

Fraction conserve ici des nombres rationnels exacts : les tests d’inégalité portent sur les fractions elles-mêmes. Une version avec des nombres flottants peut être très utile pour explorer les premières étapes, mais les arrondis et la précision de la machine demandent une analyse supplémentaire pour certifier une erreur arbitrairement petite.

La démonstration de terminaison décrit l’algorithme mathématique. Elle ne promet pas un temps de calcul pratique pour toutes les précisions imaginables.

À vous 17.16 — Lire une condition de boucle

On veut que l’erreur du milieu soit strictement inférieure à \(\varepsilon\), et non simplement inférieure ou égale.

  1. Quelle condition de boucle garantit cette exigence à la sortie ?

  2. Pourquoi une condition portant seulement sur \(|x_{n+1}-x_n|\) ne doit-elle pas être utilisée sans une relation démontrée avec l’erreur ?

Correction de l’activité 17.16

Pour obtenir une largeur strictement inférieure à \(2\varepsilon\), on continue tant que x - 5 / x >= 2 * epsilon. À la sortie, la largeur est strictement inférieure à \(2\varepsilon\), donc l’erreur du milieu aussi est strictement inférieure à \(\varepsilon\).

Deux termes consécutifs très proches ne sont pas automatiquement proches d’une limite connue. Un critère d’arrêt exige une borne d’erreur démontrée. Dans le cas particulier de Héron, on peut établir \[x_n-x_{n+1}=\frac12\left(x_n-\frac5{x_n}\right)=\frac{\Delta_n}{2}\] quand \(x_n\geq\sqrt5\). Cela relie ici la différence à la largeur de l’encadrement. Sans une telle justification, le test resterait une simple règle empirique.

Réparer un raisonnement incomplet

À vous 17.17 — Une limite annoncée trop vite

Un élève écrit : « Pour \(a=2\), si \(x_n\to L\), alors \(L=(L+2/L)/2\), donc \(L=\sqrt2\). La suite converge donc vers \(\sqrt2\). » Il n’a rien écrit sur \(x_0\).

  1. Relever les hypothèses manquantes et le saut logique.

  2. Avec \(x_0=2\), rétablir les grandes étapes de la démonstration dans le bon ordre.

  3. Calculer \(x_2\) et donner un encadrement exact de \(\sqrt2\).

Correction de l’activité 17.17

Il faut assurer la définition des quotients et préciser une condition initiale adaptée : ici \(x_0>0\). La phrase commence par une hypothèse conditionnelle « si la suite converge », puis transforme cette hypothèse en conclusion sans la démontrer. Enfin, l’équation \(L^2=2\) a deux solutions réelles ; le choix de \(\sqrt2\) exige \(L>0\).

Avec \(x_0=2\), on établit d’abord \(x_n>0\) par récurrence. Comme \(2\geq\sqrt2\), l’identité \[x_{n+1}-\sqrt2=\frac{(x_n-\sqrt2)^2}{2x_n}\] maintient les termes au-dessus de \(\sqrt2\). La différence \((2-x_n^2)/(2x_n)\) est donc négative ou nulle : la suite décroît et reste minorée. Elle converge vers un réel \(L\geq\sqrt2>0\). On peut alors passer à la limite, obtenir \(L^2=2\) et conclure \(L=\sqrt2\).

Les calculs donnent \(x_1=3/2\) puis \[x_2=\frac12\left(\frac32+\frac43\right)=\frac{17}{12}.\] Ainsi, \(24/17\leq\sqrt2\leq17/12\). La largeur vaut \(1/204\) ; le milieu est une approximation d’erreur au plus \(1/408\).

À vous 17.18 — À reprendre plus tard

Pour \(a=9\), on part de \(x_0=1\).

  1. Calculer \(x_1\) et \(x_2\). La suite est-elle décroissante dès le départ ?

  2. Déterminer sa limite en citant les hypothèses du théorème utilisé.

  3. Donner l’encadrement produit par \(x_2\), puis son milieu. Pourquoi l’utilisation de la méthode est-elle ici inutile pour connaître la valeur exacte de la racine, tout en restant un bon test de compréhension ?

Correction de l’activité 17.18

On obtient \(x_1=(1+9)/2=5\) puis \(x_2=(5+9/5)/2=17/5\). La suite commence par augmenter de \(1\) à \(5\) ; elle n’est donc pas décroissante dès le rang \(0\).

Les hypothèses \(a=9>0\) et \(x_0=1>0\) sont satisfaites. Le théorème de Héron assure la convergence vers \(\sqrt9=3\) et la décroissance à partir du rang \(1\).

Au rang \(2\), l’encadrement est \(45/17\leq3\leq17/5\). Son milieu vaut \[\frac12\left(\frac{45}{17}+\frac{17}{5}\right) =\frac{257}{85}.\] La racine exacte est déjà connue, puisque \(3^2=9\) et \(3>0\). Cet exemple permet néanmoins de vérifier la gestion du premier rang, le sens des bornes et le rôle du milieu, sans être gêné par une valeur irrationnelle.

À retenir — Critères de maîtrise de cette unité

Vous savez expliquer l’origine de la formule de Newton ; vous ne confondez pas une itération définie avec une convergence garantie ; vous démontrez la positivité avant de diviser ; vous justifiez l’existence d’une limite avant de résoudre son équation ; et vous reliez votre critère d’arrêt à une erreur effectivement majorée.

18. Passerelle : les logarithmes au service des suites

— Ce que vous allez apprendre

Cette unité est facultative et à utiliser après la découverte du logarithme népérien en Terminale. Elle explique comment le logarithme permet d’isoler un rang placé dans un exposant et de déterminer un premier rang avec précision.

Les résultats essentiels sur les suites et les récurrences ont été établis sans cet outil. Cette passerelle complète ces méthodes ; elle ne transforme pas le cours sur les suites en un chapitre général sur les logarithmes.

Le minimum de logarithme nécessaire, avec son sens

Rappel utile — L’exponentielle : les résultats utilisés

La fonction exponentielle est continue et strictement croissante sur \(\mathbb{R}\), prend des valeurs strictement positives, vérifie \(\exp(0)=1\) et \[\exp(u+v)=\exp(u)\exp(v).\] Ses limites sont \(0\) en \(-\infty\) et \(+\infty\) en \(+\infty\). Ces résultats du cours sur l’exponentielle permettent d’affirmer que tout nombre strictement positif possède un unique antécédent par cette fonction.

L’existence utilise la continuité et le théorème des valeurs intermédiaires ; l’unicité utilise la stricte croissance. Ce sont ici des résultats préalables du cours de fonctions, pas des conséquences d’un calcul sur les suites.

Définition 18.1 — Logarithme népérien

Pour tout réel \(t>0\), le logarithme népérien de \(t\), noté \(\ln t\), est l’unique réel dont l’exponentielle est \(t\). Ainsi, \[\exp(\ln t)=t\quad(t>0), \qquad \ln(\exp x)=x\quad(x\in\mathbb{R}).\] On dit que les fonctions exponentielle et logarithme sont réciproques l’une de l’autre.

Exemple 18.2 — Deux valeurs et une interdiction

Puisque \(\exp(0)=1\), nous avons \(\ln1=0\). En notant \(\mathrm{e}=\exp(1)\), nous avons \(\ln\mathrm{e}=1\).

En revanche, \(\ln0\) n’est pas un nombre réel : l’exponentielle ne prend jamais la valeur \(0\). De même, \(\ln(-2)\) n’est pas défini dans le cadre réel de ce cours. Écrire « on prend le logarithme des deux membres » exige donc de vérifier leur stricte positivité.

Propriété 18.3 — Croissance et signe du logarithme

La fonction logarithme est strictement croissante sur \(]0;+\infty[\). En particulier, \[0<t<1\Longrightarrow\ln t<0, \quad \ln1=0, \quad t>1\Longrightarrow\ln t>0.\] Pour deux réels \(a,b>0\), les inégalités \(a\leq b\) et \(\ln a\leq\ln b\) sont équivalentes. Il en est de même pour les inégalités strictes.

Démonstration.

Si \(0<a<b\) mais \(\ln a\geq\ln b\), la croissance de l’exponentielle donnerait \[a=\exp(\ln a)\geq\exp(\ln b)=b,\] ce qui contredit \(a<b\). Donc \(\ln a<\ln b\). Le signe s’obtient en comparant \(t\) à \(1\) et \(\ln t\) à \(\ln1=0\).

Pour l’équivalence sur les inégalités, le sens direct utilise cette croissance ; le sens réciproque s’obtient en appliquant l’exponentielle, elle-même croissante.

\(\square\)

Propriété 18.4 — Produits, quotients et puissances

Pour \(a>0\), \(b>0\) et \(m\in\mathbb{N}\), \[\ln(ab)=\ln a+\ln b, \qquad \ln\left(\frac ab\right)=\ln a-\ln b, \qquad \ln(a^m)=m\ln a.\]

Démonstration.

La relation multiplicative de l’exponentielle donne \[\exp(\ln a+\ln b)=\exp(\ln a)\exp(\ln b)=ab.\] Par unicité de l’antécédent de \(ab\), \(\ln(ab)=\ln a+\ln b\).

En appliquant cette égalité à \(b\times(1/b)=1\), on obtient \(\ln b+\ln(1/b)=0\), donc \(\ln(1/b)=-\ln b\). La formule du quotient découle alors de \(a/b=a\times(1/b)\).

Pour les puissances, au rang \(m=0\), \(\ln(a^0)=\ln1=0=0\ln a\). Si \(\ln(a^m)=m\ln a\), la formule du produit donne \[\ln(a^{m+1})=\ln(a^ma)=\ln(a^m)+\ln a=(m+1)\ln a.\] La récurrence établit la dernière propriété pour tous les entiers \(m\geq0\).

\(\square\)

Point de vigilance — Le logarithme ne distribue pas une somme

Il n’existe pas de règle \(\ln(a+b)=\ln a+\ln b\). Par exemple, pour \(a=b=1\), le membre de gauche vaut \(\ln2>0\) tandis que celui de droite vaut \(0\).

Dans une expression comme \(20-6(0{,}7)^n\), il faut d’abord isoler la puissance. On ne peut pas remplacer le logarithme de toute l’expression par une somme ou une différence de logarithmes.

À vous 18.5 — Vérifier les prérequis avant de résoudre

  1. Quel est le signe de \(\ln(0{,}8)\) ? de \(\ln(1{,}2)\) ?

  2. Pour \(n\in\mathbb{N}\), simplifier \(\ln((0{,}8)^n)\).

  3. Peut-on écrire \(\ln((-0{,}8)^n)=n\ln(-0{,}8)\) ? Pourquoi ?

  4. Si \(\ln A<\ln B\) avec \(A,B>0\), quelle comparaison entre \(A\) et \(B\) est certaine ?

Correction de l’activité 18.5

Comme \(0<0{,}8<1\), \(\ln(0{,}8)<0\). Comme \(1{,}2>1\), \(\ln(1{,}2)>0\).

La puissance de base positive donne \(\ln((0{,}8)^n)=n\ln(0{,}8)\). En revanche, \(\ln(-0{,}8)\) n’est pas défini dans \(\mathbb{R}\). Même si \((-0{,}8)^n\) est positif lorsque \(n\) est pair, cela n’autorise pas une formule contenant un terme qui n’existe pas.

Enfin, la stricte croissance de l’exponentielle appliquée à \(\ln A<\ln B\) donne \(A<B\).

Un seuil pour une décroissance géométrique

Exemple 18.6 — Le premier rang d’une erreur inférieure à un seuil

Pour \(n\in\mathbb{N}\), une erreur est donnée par \(E_n=5(0{,}75)^n\). On cherche le premier rang pour lequel \(E_n\leq0{,}1\).

Isoler la puissance. Comme \(5>0\), \[5(0{,}75)^n\leq0{,}1 \quad\Longleftrightarrow\quad (0{,}75)^n\leq0{,}02.\] Appliquer le logarithme. Les deux membres sont strictement positifs, et \(\ln\) est croissante : \[(0{,}75)^n\leq0{,}02 \quad\Longleftrightarrow\quad n\ln(0{,}75)\leq\ln(0{,}02).\] Isoler le rang. Cette fois, on divise par \(\ln(0{,}75)<0\), donc on inverse le sens de l’inégalité : \[n\geq\frac{\ln(0{,}02)}{\ln(0{,}75)} \approx13{,}5984.\] Puisque \(n\) est un entier, le premier candidat est \(n=14\).

Vérifions sans arrondi le rang candidat et le précédent. Avec \(0{,}75=3/4\), la condition est équivalente à \(50\times3^n\leq4^n\). Or \[50\times3^{13}=79\,716\,150>67\,108\,864=4^{13},\] \[50\times3^{14}=239\,148\,450<268\,435\,456=4^{14}.\] Le rang \(13\) ne convient pas, le rang \(14\) convient. Comme \((E_n)\) est strictement décroissante, \(14\) est bien le premier rang. L’approximation décimale du quotient a servi à trouver le candidat ; les inégalités exactes ont confirmé la frontière.

Méthode 18.7 — Une rédaction sûre pour un seuil géométrique

  1. Écrire exactement l’inégalité voulue, notamment son caractère strict ou large.

  2. Isoler la puissance positive.

  3. Vérifier la positivité des deux membres avant de prendre leurs logarithmes.

  4. Utiliser \(\ln(q^m)=m\ln q\) avec \(q>0\).

  5. Vérifier le signe de \(\ln q\) avant de diviser.

  6. Revenir à un rang entier autorisé, puis contrôler ce rang et le précédent lorsque celui-ci existe.

Le logarithme, qui est croissant, n’inverse pas l’inégalité. C’est la division par un nombre négatif qui l’inverse dans le cas \(0<q<1\).

Seuil strict et seuil large : le cas frontière compte

Exemple 18.8 — Un quotient logarithmique qui est un entier

Considérons \(E_n=3(1/2)^n\) et le seuil \(3/16\). \[E_n\leq\frac3{16} \quad\Longleftrightarrow\quad \left(\frac12\right)^n\leq\left(\frac12\right)^4 \quad\Longleftrightarrow\quad n\geq4.\] Le premier rang est \(4\) : l’égalité est autorisée.

En revanche, \[E_n<\frac3{16} \quad\Longleftrightarrow\quad n>4.\] Le premier rang est alors \(5\). Si un calcul arrondi affiche \(3{,}999999999\) à la place de \(4\), il ne faut pas laisser cet affichage remplacer l’étude exacte de l’égalité.

Notation 18.9 — Les deux entiers voisins d’un réel

Pour un réel \(\alpha\), \(\lfloor\alpha\rfloor\) désigne le plus grand entier inférieur ou égal à \(\alpha\) ; \(\lceil\alpha\rceil\) désigne le plus petit entier supérieur ou égal à \(\alpha\).

Ainsi, le plus petit entier \(m\) tel que \(m\geq\alpha\) est \(\lceil\alpha\rceil\), tandis que le plus petit entier \(m\) tel que \(m>\alpha\) est \(\lfloor\alpha\rfloor+1\).

Exemples : \(\lceil4\rceil=4\), mais \(\lfloor4\rfloor+1=5\). Pour \(\alpha=4{,}2\), les deux expressions valent \(5\). On peut aussi raisonner directement avec les entiers voisins, sans employer ces notations.

Proposition 18.10 — Premier rang : formule complète avec rang de départ

Soient \(C>0\), \(0<q<1\), \(\varepsilon>0\), et une suite définie pour \(n\geq n_0\) par \[E_n=Cq^{n-n_0}.\] Posons \(\alpha=\ln(\varepsilon/C)/\ln q\).

Le premier rang tel que \(E_n\leq\varepsilon\) est \[n_0+\max\bigl(0,\lceil\alpha\rceil\bigr).\] Le premier rang tel que \(E_n<\varepsilon\) est \[n_0+\max\bigl(0,\lfloor\alpha\rfloor+1\bigr).\]

Démonstration.

Le nombre d’étapes depuis le départ est \(m=n-n_0\), qui est un entier positif ou nul. Comme \(C>0\), les inégalités se réduisent respectivement à \(q^m\leq\varepsilon/C\) et \(q^m<\varepsilon/C\).

Les deux membres sont positifs. En prenant le logarithme, puis en divisant par \(\ln q<0\), on obtient respectivement \(m\geq\alpha\) et \(m>\alpha\).

Les plus petits entiers répondant à ces conditions sont \(\lceil\alpha\rceil\) et \(\lfloor\alpha\rfloor+1\). Cependant, \(m\) ne peut pas être négatif : on prend donc le maximum avec \(0\). Le rang de la suite est enfin \(n=n_0+m\).

\(\square\)

Exemple 18.11 — Un départ au rang \(5\)

Pour \(n\geq5\), posons \(E_n=8(1/2)^{n-5}\). Cherchons le premier rang tel que \(E_n\leq1\).

Il faut \((1/2)^{n-5}\leq1/8=(1/2)^3\), donc \(n-5\geq3\) et \(n\geq8\). Le rang recherché est \(8\), pas \(3\) : \(3\) est le nombre d’étapes après le terme initial.

On vérifie \(E_7=2>1\) et \(E_8=1\). Pour l’inégalité stricte \(E_n<1\), le premier rang serait \(9\).

Ne pas oublier les cas simples avant d’utiliser une formule

Si \(\varepsilon>C\), le terme initial \(E_{n_0}=C\) satisfait déjà les deux inégalités. Si \(\varepsilon=C\), il satisfait l’inégalité large, mais pas la stricte ; la première baisse, au rang \(n_0+1\), suffit alors pour la stricte.

Si \(C=0\), la suite d’erreurs est nulle et tout seuil positif est satisfait dès le rang initial. Si \(q=1\), l’erreur reste constamment égale à \(C\) ; on compare directement \(C\) et \(\varepsilon\). Si \(q=0\), on décrit séparément le terme initial \(E_{n_0}=C\) et les suivants, tous nuls, sans écrire un \(\ln0\) ni utiliser \(0^0\).

À vous 18.12 — Trois frontières à traiter sans calculatrice

Pour \(n\geq2\), on définit \(E_n=4(1/2)^{n-2}\).

  1. Premier rang tel que \(E_n\leq4\) ? Premier rang tel que \(E_n<4\) ?

  2. Premier rang tel que \(E_n\leq1/2\) ? Premier rang tel que \(E_n<1/2\) ?

  3. Premier rang tel que \(E_n<5\) ?

Correction de l’activité 18.12

Le terme initial est \(E_2=4\). Pour \(E_n\leq4\), le premier rang est donc \(2\) ; pour \(E_n<4\), il est \(3\), car \(E_3=2\).

La condition \(E_n\leq1/2\) devient \((1/2)^{n-2}\leq1/8=(1/2)^3\), donc \(n\geq5\). Le premier rang est \(5\). Au rang \(5\), il y a égalité ; pour l’inégalité stricte, il faut donc le rang \(6\).

Enfin, \(E_2=4<5\) : le premier rang autorisé, \(2\), convient déjà. Il serait inutile de chercher un rang antérieur, où la suite n’est pas définie dans cet exercice.

Revenir à la question concrète, pas seulement à la puissance

Exemple 18.13 — Une suite affine qui approche un niveau

Une grandeur est modélisée, pour \(n\in\mathbb{N}\), par \(u_n=20-6(0{,}7)^n\). On cherche le premier rang tel que \(u_n\geq19{,}9\).

Il faut d’abord réorganiser l’inégalité : \[\begin{align*} 20-6(0{,}7)^n\geq19{,}9 &\Longleftrightarrow -6(0{,}7)^n\geq-0{,}1\\ &\Longleftrightarrow (0{,}7)^n\leq\frac1{60}. \end{align*}\] Le sens s’inverse lors de la division par \(-6\). Ensuite, \[n\ln(0{,}7)\leq\ln(1/60) \quad\Longleftrightarrow\quad n\geq\frac{\ln(1/60)}{\ln(0{,}7)}\approx11{,}4792.\] Le premier candidat est \(12\). Vérification avec des décimaux exacts : \[6(0{,}7)^{11}=0{,}11863960458>0{,}1,\] \[6(0{,}7)^{12}=0{,}083047723206<0{,}1.\] Donc \(u_{11}<19{,}9\) et \(u_{12}>19{,}9\). La suite \((u_n)\) est croissante, puisque la quantité positive soustraite à \(20\) décroît. Le premier rang recherché est bien \(12\).

Exemple 18.14 — Une raison négative : travailler sur l’erreur absolue

Considérons \(u_n=3+4(-1/2)^n\). Les termes se trouvent alternativement au-dessus et en dessous de \(3\), mais leur distance à \(3\) est \[\left\lvert u_n-3\right\rvert=4\left(\frac12\right)^n.\] Pour être à une distance strictement inférieure à \(0{,}1\), il faut \[4(1/2)^n<0{,}1 \quad\Longleftrightarrow\quad 2^n>40.\] Comme \(2^5=32\) et \(2^6=64\), le premier rang est \(6\), et tous les rangs suivants conviennent.

En revanche, la question « \(u_n>3\) ? » a une autre réponse : elle est vraie exactement aux rangs pairs. Elle n’est donc pas vraie définitivement à partir d’un certain rang. Un seuil de distance et un seuil de position ne sont pas interchangeables.

Point de vigilance — Un majorant d’erreur donne parfois seulement un rang suffisant

Si l’on sait seulement \(|u_n-L|\leq Cq^n\), résoudre \(Cq^n\leq\varepsilon\) fournit un rang qui garantit la précision. Il peut ne pas être le premier rang auquel l’erreur réelle est assez petite.

Pour annoncer le premier rang de l’erreur réelle, il faut une expression exacte de cette erreur ou un argument supplémentaire qui exclut tous les rangs précédents. Le premier rang d’un majorant n’est pas automatiquement le premier rang de la quantité majorée.

Une raison supérieure à un : le signe change la méthode

Proposition 18.15 — Seuil pour une croissance géométrique

Soient \(C>0\), \(q>1\), \(H>0\), et \(u_n=Cq^{n-n_0}\) pour \(n\geq n_0\). Alors \[u_n\geq H \quad\Longleftrightarrow\quad n-n_0\geq\frac{\ln(H/C)}{\ln q},\] et \[u_n>H \quad\Longleftrightarrow\quad n-n_0>\frac{\ln(H/C)}{\ln q}.\] On choisit ensuite le plus petit entier positif ou nul répondant à la condition sur \(n-n_0\).

Démonstration.

On divise d’abord par \(C>0\), puis on prend les logarithmes de deux membres positifs. Comme \(\ln q>0\), la division finale conserve le sens de l’inégalité. Le raisonnement est donc différent de celui du cas \(0<q<1\) sur ce point précis.

\(\square\)

Exemple 18.16 — Dépasser strictement un niveau

Pour \(u_n=2(1{,}1)^n\), on cherche \(u_n>5\). On obtient \[n>\frac{\ln(5/2)}{\ln(1{,}1)}\approx9{,}6138.\] Le premier entier candidat est \(10\). Les calculs exacts donnent \[2(1{,}1)^9=4{,}715895382<5, \qquad 2(1{,}1)^{10}=5{,}1874849202>5.\] La suite est croissante, donc le premier rang est \(10\).

À vous 18.17 — Réparer une inversion oubliée

Un élève cherche le premier rang tel que \(10(0{,}8)^n\leq1\). Il écrit correctement \[n\ln(0{,}8)\leq\ln(0{,}1),\] puis conclut \(n\leq\ln(0{,}1)/\ln(0{,}8)\).

  1. Localiser l’erreur et corriger l’inégalité.

  2. Déterminer le premier rang, puis contrôler le rang précédent.

  3. Expliquer en une phrase pourquoi une condition de la forme « tous les petits rangs conviennent » devrait ici éveiller un doute.

Correction de l’activité 18.17

Comme \(0<0{,}8<1\), nous avons \(\ln(0{,}8)<0\). La division doit inverser le sens : \[n\geq\frac{\ln(0{,}1)}{\ln(0{,}8)}\approx10{,}3189.\] Le premier candidat est \(11\). Les valeurs exactes donnent \[10(0{,}8)^{10}=1{,}073741824>1, \qquad 10(0{,}8)^{11}=0{,}8589934592<1.\] Le rang \(11\) est donc le premier. La suite part de \(10\) et décroît vers \(0\) : les rangs suffisamment grands doivent convenir, pas les tout premiers. Cette cohérence qualitative est un contrôle utile, même si elle ne remplace pas le calcul.

Un complément : comparer logarithme et croissance linéaire

Rappel utile — Un résultat de dérivation utilisé seulement ici

Dans ce dernier complément, nous utilisons le résultat du cours de fonctions : le logarithme est dérivable sur \(]0;+\infty[\) et \((\ln)'(x)=1/x\). Nous utilisons également \((\sqrt{x})'=1/(2\sqrt{x})\) sur ce même intervalle.

Ces deux résultats sont rappelés comme prérequis de dérivation. La preuve ci-dessous démontre la limite de suite à partir d’eux ; elle ne prétend pas redémontrer toute la théorie du logarithme.

Proposition 18.18 — Une croissance plus lente que la croissance linéaire

Pour les entiers \(n\geq1\), \[\lim_{n\to+\infty}\frac{\ln n}{n}=0.\]

Démonstration.

Nous cherchons une majoration qui tend vers \(0\) après division par \(n\). Pour \(x\geq1\), posons \[h(x)=2\sqrt{x}-2-\ln x.\] Cette fonction est dérivable et \[h'(x)=\frac1{\sqrt{x}}-\frac1x =\frac{\sqrt{x}-1}{x}\geq0\qquad(x\geq1).\] Ainsi, \(h\) est croissante sur \([1;+\infty[\). Comme \(h(1)=0\), nous avons \(h(x)\geq0\), donc \[0\leq\ln x\leq2\sqrt{x}-2\leq2\sqrt{x}\qquad(x\geq1).\] Pour un entier \(n\geq1\), divisons par \(n>0\) : \[0\leq\frac{\ln n}{n}\leq\frac2{\sqrt n}.\] Le membre de droite tend vers \(0\). Le théorème des gendarmes donne la limite annoncée.

\(\square\)

Exemple 18.19 — Ne pas confondre deux termes qui tendent vers l’infini

La forme de \((\ln n+3)/n\) est, à première vue, un quotient dont numérateur et dénominateur deviennent grands. Cela ne suffit pas pour conclure. En séparant, \[\frac{\ln n+3}{n}=\frac{\ln n}{n}+\frac3n\longrightarrow0+0=0.\] La proposition précédente apporte précisément l’information de comparaison qui manquait.

Vérification différée de l’autonomie

À vous 18.20 — À reprendre sans les corrections précédentes

  1. Pour \(n\in\mathbb{N}\), soit \(E_n=7(1/3)^n\). Déterminer le premier rang pour lequel \(E_n\leq7/81\), puis celui pour lequel \(E_n<7/81\).

  2. Pour \(n\geq3\), soit \(F_n=2(1/2)^{n-3}\). Déterminer le premier rang pour lequel \(F_n<1/4\). Ne pas confondre nombre d’étapes et rang.

  3. Une suite satisfait \(|u_n-5|\leq6(1/2)^n\). Trouver un rang suffisant pour garantir \(|u_n-5|\leq0{,}1\). Peut-on affirmer qu’il s’agit du premier rang pour cette erreur réelle ?

  4. Déterminer la limite de \((2\ln n-1)/n\), pour \(n\geq1\).

Correction de l’activité 18.20

Comme \(81=3^4\), la première condition équivaut à \((1/3)^n\leq(1/3)^4\), donc \(n\geq4\) : le premier rang est \(4\). Pour l’inégalité stricte, il faut \(n>4\) : le premier rang est \(5\).

La deuxième condition donne \((1/2)^{n-3}<1/8=(1/2)^3\), donc \(n-3>3\) et \(n>6\). Le premier rang est \(7\). On vérifie \(F_6=1/4\) et \(F_7=1/8<1/4\).

Pour la troisième question, il suffit que \(6/2^n\leq0{,}1\), c’est-à-dire \(2^n\geq60\). Comme \(2^5=32\) et \(2^6=64\), tous les rangs \(n\geq6\) garantissent la précision. Nous ne connaissons qu’un majorant de l’erreur : l’erreur réelle pourrait déjà être petite à un rang antérieur, voire être nulle à tous les rangs. Nous annonçons donc un rang suffisant, pas nécessairement le premier rang réel.

Enfin, \[\frac{2\ln n-1}{n}=2\frac{\ln n}{n}-\frac1n\longrightarrow0.\] Les deux limites utilisées sont justifiées séparément.

À retenir — Critères de maîtrise de cette passerelle

Vous vérifiez les domaines avant de prendre un logarithme ; vous distinguez la croissance de \(\ln\) du signe de \(\ln q\) ; vous traitez l’égalité au seuil au lieu de vous fier à un arrondi ; vous traduisez correctement un nombre d’étapes en rang ; et vous n’appelez pas « premier rang » un simple rang garanti par une majoration.

Repères pour retrouver une méthode

Le sommaire est cliquable. Le tableau suivant permet de revenir à une question précise sans reprendre tout le volume dans l’ordre.

Ce que je cherche Unités
Lire les indices, calculer un terme, justifier son existence 1

,

12
Construire et rédiger une récurrence 2

,

4
Utiliser les suites arithmétiques, géométriques et leurs sommes 3

,

10
Choisir une méthode de variation et chercher des bornes 5

,

11
Comprendre les définitions et les conséquences d’une limite 6

,

7
Calculer une limite, lever une indétermination, encadrer 8

,

9
Étudier une suite récurrente ou changer de suite 12

,

13
Modéliser, programmer et trouver un seuil 14

,

18
M’entraîner à choisir et à rédiger une étude complète 15
Encadrer une limite par deux suites ou approcher une racine 16

,

17

Référence du programme

Ce cours est conçu pour la Terminale générale, spécialité mathématiques, en 2026–2027. Le programme de référence est celui du Bulletin officiel spécial no 8 du 25 juillet 2019, arrêté du 19 juillet 2019 : texte officiel et annexe. Les approfondissements et les passerelles sont identifiés dans les unités concernées ; ils ne constituent pas tous des attendus exigibles au même titre que le parcours principal.

Pour poursuivre

Les exercices et les figures de ce volume ont été composés pour accompagner la lecture et le travail personnel. Les figures illustrent les relations mathématiques ; les démonstrations restent nécessaires pour conclure. Vous pouvez retrouver les ressources Faire Les 2k\(\pi\) sur faireles2kpi.fr.