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Limites de fonctions — Cours en classe — Terminale spécialité
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Limites de fonctions — Cours en classe — Terminale spécialité
Terminale spécialité · Cours en classe
Limites de fonctions
Terminale générale
Spécialité mathématiques
Limites de fonctions
Cours en classe
À retenir — Les questions du chapitre
Que deviennent les images lorsque la variable s’approche d’un réel ou part à l’infini ? Comment justifier ce comportement par un calcul, une comparaison ou un encadrement ? Quelles asymptotes peut-on en déduire ?
Ce cours rassemble la trace écrite à construire avec le professeur : les définitions, les résultats et leurs conditions, les méthodes de calcul, les démonstrations essentielles et les exemples de référence.
Prérequis. Domaine d’une fonction, signes, calcul littéral, puissances et racines carrées ; fonction exponentielle et règles usuelles de dérivation de première.
Lire les encadrés. Une définition fixe le sens d’une notion. Une propriété, une proposition ou un théorème énonce un résultat. Un lemme prépare une démonstration ; un corollaire découle d’un résultat déjà établi. Le statut des résultats rappelés ou admis est indiqué.
Faire Les 2k\(\pi\)
1. Comprendre une limite à l’infini
Objectif. Distinguer la direction de la variable et le comportement des images ; traduire une limite par une précision ou par un niveau.
Définition 1.1 — Variable, domaine et approche
Le domaine \(D_f\) est l’ensemble des entrées \(x\) pour lesquelles l’image \(f(x)\) est définie. Un point de la courbe de \(f\) a pour coordonnées \((x;f(x))\).
Dans \(\lim_{x\to a}f(x)\), l’indication sous le symbole de limite décrit où va \(x\). Le résultat décrit ce que deviennent les images. On reste toujours dans \(D_f\).
Exemple 1.2 — Commencer par les entrées autorisées
Pour \(p(x)=\sqrt{x-2}\), la condition \(x-2\ge0\) donne \(D_p=[2;+\infty[\). On peut approcher \(2\) par la droite et partir vers \(+\infty\). On ne peut approcher \(2\) par la gauche ni partir vers \(-\infty\) dans ce domaine.
Une limite finie : garantir une proximité
Définition 1.3 — Limite finie à l’infini
Soit \(L\) un réel. Dire que \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}f(x)=L\) signifie que l’on peut rendre les images aussi proches de \(L\) que l’on veut, et les y maintenir, en prenant toutes les entrées du domaine au-delà d’un seuil suffisamment grand.
Pour \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}f(x)=L\), on prend toutes les entrées inférieures à un seuil suffisamment négatif. Le domaine doit permettre l’approche considérée.
La distance à \(L\) est \(|f(x)-L|\). Pour chaque précision \(\varepsilon>0\) imposée, le seuil doit assurer \(|f(x)-L|<\varepsilon\) pour toutes les entrées concernées.
Exemple 1.4 — Transformer une précision en inégalité
Pour \(x>0\), soit \(f(x)=2+3/x\). Cherchons quand l’écart à \(2\) est strictement inférieur à \(0{,}02\). Comme \(x>0\), \[|f(x)-2|=\frac3x, \qquad \frac3x<0{,}02 \iff 3<0{,}02x \iff x>150.\] Le seuil \(150\) convient : toutes les entrées \(x>150\) satisfont la précision. À \(x=150\), l’écart vaut exactement \(0{,}02\).
Pour une précision quelconque \(\varepsilon>0\), le même calcul donne \(x>3/\varepsilon\). On peut répondre à toute précision : cela démontre \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=2\).
Lecture de la figure. Pour la fonction représentée, \(f(x)=2+2/(x+1)\), toutes les images sont dans \(]1{,}75;2{,}25[\) dès que \(x>7\). Une bande plus étroite demande généralement un seuil plus grand. Entrer une seule fois dans la bande ne suffit pas.
Propriété 1.5 — La fonction inverse aux deux infinis
Sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\), \[\lim_{x\to+\infty}\frac1x=0 \qquad\text{et}\qquad \lim_{x\to-\infty}\frac1x=0.\]
Démonstration.
Pour toute précision \(\varepsilon>0\), si \(|x|>1/\varepsilon\), alors \[\left|\frac1x-0\right|=\frac1{|x|}<\varepsilon.\] Cette condition est garantie par \(x>1/\varepsilon\) vers \(+\infty\), et par \(x<-1/\varepsilon\) vers \(-\infty\). Elle porte sur toutes les entrées après le seuil dans la direction étudiée.
\(\square\)
Une limite infinie : dépasser tout niveau
Définition 1.6 — Limites infinies à l’infini
Dire que \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}f(x)=+\infty\) signifie que, quel que soit le niveau réel \(A\) fixé, toutes les images finissent par être supérieures à \(A\).
Pour une limite \(-\infty\), elles doivent finir par être inférieures à \(A\). Dans les deux cas, on considère toutes les entrées au-delà d’un seuil suffisamment grand, dépendant éventuellement de \(A\).
Pour \(x\to-\infty\), les conditions sur les images sont les mêmes, mais les entrées doivent être toutes inférieures à un seuil suffisamment négatif.
Exemple 1.7 — Une direction pour \(x\), une autre pour les images
Pour \(p(x)=7-3x\), on obtient, quel que soit le réel \(A\), \[p(x)<A\iff x>\frac{7-A}{3}, \qquad p(x)>A\iff x<\frac{7-A}{3}.\] La division par \(-3\) renverse le sens de l’inégalité. Les deux garanties prouvent respectivement \[\lim_{x\to+\infty}(7-3x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}(7-3x)=+\infty.\]
Point de vigilance — Un comportement, pas une image à calculer
\(+\infty\) et \(-\infty\) ne sont pas des nombres réels à substituer dans une formule. Une grande valeur, quelques valeurs numériques ou la croissance d’une fonction ne prouvent pas une limite infinie. Par exemple, \(2-1/x\) est croissante sur \([1;+\infty[\) mais reste inférieure à \(2\).
2. Limites en un point et asymptotes verticales
Objectif. Étudier les côtés autorisés, distinguer limite et image, puis interpréter une limite infinie en un point.
Définition 2.1 — Limite finie en un point
Dans ce cours, on étudie la limite en \(a\) pour les entrées \(x\in D_f\) distinctes de \(a\). Le domaine doit permettre de s’approcher arbitrairement de \(a\).
Dire que \(\displaystyle\lim_{x\to a}f(x)=L\), avec \(L\in\mathbb{R}\), signifie que l’on peut rendre toutes les images aussi proches de \(L\) que l’on veut en prenant toutes les entrées suffisamment proches de \(a\), mais différentes de \(a\).
Cette convention, dite épointée, sépare la limite de l’image éventuellement définie exactement en \(a\).
Exemple 2.2 — Une limite malgré un point interdit
Pour \(x\ne3\), \[f(x)=\frac{x^2-9}{x-3} =\frac{(x-3)(x+3)}{x-3}=x+3.\] On a donc \(|f(x)-6|=|x-3|\) : toute précision sur les images est garantie par la même proximité des entrées. Ainsi \(\lim_{x\to3}f(x)=6\), bien que \(f(3)\) ne soit pas définie.
Si l’on ajoute la valeur \(f(3)=100\), les images voisines restent identiques : la limite épointée reste \(6\).
Lecture de la figure. La courbe coïncide avec \(y=x+3\), sauf au point \((3;6)\) absent. Les images s’approchent de \(6\) des deux côtés. Le cercle vide signale l’absence d’image en \(3\).
Définition 2.3 — Limites à gauche et à droite
\(x\to a^-\) signifie que \(x\) s’approche de \(a\) avec \(x<a\) ; \(x\to a^+\) impose \(x>a\). Les signes \(-\) et \(+\) décrivent le côté des entrées, pas le signe des images.
Le côté étudié doit contenir des entrées du domaine aussi proches de \(a\) que l’on veut. À une borne du domaine, un seul côté peut être accessible.
Définition 2.4 — Limite infinie en un point
Dire que \(\displaystyle\lim_{x\to a}f(x)=+\infty\) signifie que, quel que soit le niveau réel \(A\), toutes les images sont supérieures à \(A\) dès que les entrées du domaine sont suffisamment proches de \(a\), mais différentes de \(a\).
Pour une limite \(-\infty\), on impose des images inférieures à \(A\). Les définitions latérales sont identiques en ne gardant que le côté indiqué.
Théorème 2.5 — Assembler les deux côtés
Si les deux approches de \(a\) sont possibles, \(f\) a une limite \(L\) en \(a\) si et seulement si ses limites à gauche et à droite sont le même \(L\).
Cela vaut pour \(L\) réel, pour \(L=+\infty\) et pour \(L=-\infty\). Deux limites latérales différentes ne donnent pas de limite commune.
Démonstration.
Une condition satisfaite par toutes les entrées proches de \(a\) reste vraie sur chacun des deux côtés. Réciproquement, pour une précision ou un niveau fixé, chaque côté fournit une proximité suffisante. Choisir le plus petit des deux rayons assure la condition à gauche et à droite, donc pour toutes les entrées proches de \(a\) et différentes de \(a\).
\(\square\)
Contre-exemple 2.6 — Une image existe, mais aucune limite commune
Pour \(p(x)=x+1\) si \(x<0\) et \(p(x)=x+2\) si \(x\ge0\), on a \[\lim_{x\to0^-}p(x)=1, \qquad \lim_{x\to0^+}p(x)=2.\] Ces limites se justifient par les écarts \(|p(x)-1|=|x|\) à gauche et \(|p(x)-2|=|x|\) à droite. Elles sont différentes : \(p\) n’a pas de limite en \(0\), malgré l’image \(p(0)=2\).
Exemple 2.7 — Inverse et inverse du carré près de zéro
Pour tout niveau \(A>0\), la condition \(0<x<1/A\) assure \(1/x>A\). À gauche, on pose \(t=-x>0\) : si \(0<t<1/A\), alors \(1/x=-1/t<-A\). Ainsi \[\lim_{x\to0^+}\frac1x=+\infty, \qquad \lim_{x\to0^-}\frac1x=-\infty.\] Les deux limites diffèrent : \(1/x\) n’a pas de limite commune en \(0\).
En revanche, \(0<|x|<1/\sqrt A\) assure \(1/x^2>A\), quel que soit le côté. Donc \[\lim_{x\to0}\frac1{x^2}=+\infty.\]
Définition 2.8 — Asymptote verticale
La droite d’équation \(x=a\) est une asymptote verticale à la courbe de \(f\) si au moins une approche admissible de \(a\) donne une limite infinie.
Un seul côté suffit ; les deux côtés peuvent donner des infinis de signes opposés. On justifie l’asymptote par la ou les limites correspondantes.
Lecture de la figure. Pour \(1/x\), les deux branches s’approchent de l’axe vertical avec des limites opposées. Il ne faut pas relier les branches par un segment vertical. La courbe de \(1/x^2\) a la même asymptote, avec deux limites égales à \(+\infty\).
Exemple 2.9 — Une seule approche autorisée suffit
Pour \(g(x)=1/\sqrt{4-x}\), la racine est au dénominateur : il faut \(4-x>0\), donc \(D_g=]-\infty;4[\).
Pour tout \(A>0\), demander \(0<4-x<1/A^2\) assure \(0<\sqrt{4-x}<1/A\), puis \(g(x)>A\). Donc \(\lim_{x\to4^-}g(x)=+\infty\) et \(x=4\) est une asymptote verticale. L’approche par la droite n’est pas possible.
Point de vigilance — Un dénominateur nul ne suffit pas
Examiner aussi le numérateur et les signes de chaque côté. Dans l’exemple
2.2, le dénominateur s’annule en \(3\), mais la limite est finie : \(x=3\) n’est pas une asymptote verticale.
3. Propriétés essentielles et limites de référence
Objectif. Sécuriser les hypothèses, puis retrouver rapidement les références utiles au calcul.
Théorème 3.1 — Unicité de la limite
Pour une même fonction et une même approche admissible, il ne peut pas y avoir deux limites différentes, finies ou infinies.
Démonstration.
Deux limites finies \(L<K\) imposeraient, pour la précision \(\varepsilon=(K-L)/3\), des images dans deux intervalles disjoints centrés en \(L\) et \(K\). En satisfaisant simultanément les deux seuils, ou les deux proximités, une même image devrait appartenir aux deux intervalles : c’est impossible.
Une limite finie \(L\) impose finalement \(L-1<f(x)<L+1\). Cela contredit une limite \(+\infty\), qui impose finalement \(f(x)>L+1\), ou une limite \(-\infty\), qui impose \(f(x)<L-1\). Enfin, les limites \(+\infty\) et \(-\infty\) imposeraient simultanément \(f(x)>1\) et \(f(x)<-1\).
\(\square\)
Pour \(1/x\), les limites en \(0^-\) et \(0^+\) sont différentes sans contradiction : ce ne sont pas les mêmes approches.
Lemme 3.2 — Signe près d’une limite non nulle
Si \(f(x)\) tend vers un réel \(L\ne0\), alors, suffisamment près du point étudié ou suffisamment loin dans la direction considérée, \[f(x)\text{ a le signe de }L, \qquad |f(x)|>\frac{|L|}{2}.\] En particulier, \(f(x)\ne0\) dans cette zone : on peut y former \(1/f(x)\).
Démonstration.
Imposons \(|f(x)-L|<|L|/2\). Si \(L>0\), cela donne \(L/2<f(x)<3L/2\). Si \(L<0\), on obtient \(3L/2<f(x)<L/2<0\). Dans les deux cas, le signe et la minoration de la valeur absolue suivent.
\(\square\)
Exemple 3.3 — Une conclusion locale, avec sa condition
Si \(f(x)\to-3\) en \(2^+\), la précision \(1\) garantit \(-4<f(x)<-2\) pour toutes les entrées assez proches de \(2\) par la droite. La fonction est donc négative et non nulle dans cette zone.
Si la limite est \(0\), aucune conclusion de signe ne suit : \(1/x\), \(-1/x\) et la fonction nulle tendent tous vers \(0\) en \(+\infty\).
Puissances entières et racine carrée
Rappel utile — Exposant entier et parité
Pour \(n\ge1\) entier, \(x^n\) est le produit de \(n\) facteurs égaux à \(x\). Pour \(x\ne0\), \(x^{-n}=1/x^n\) ; un exposant négatif signifie un inverse. Une puissance paire d’un réel non nul est positive ; une puissance impaire conserve son signe.
Propriété 3.4 — Puissances aux infinis et près de zéro
Dans les deux tableaux, \(n\) est un entier fixé avec \(n\ge1\).
| Fonction | \(x\to-\infty\) | \(x\to+\infty\) |
|---|---|---|
| \(c\), constante réelle | \(c\) | \(c\) |
| \(x^n\), \(n\) pair | \(+\infty\) | \(+\infty\) |
| \(x^n\), \(n\) impair | \(-\infty\) | \(+\infty\) |
| \(1/x^n\) | \(0\) | \(0\) |
| Fonction | \(x\to0^-\) | \(x\to0^+\) |
|---|---|---|
| \(x^n\) | \(0\) | \(0\) |
| \(1/x^n\), \(n\) pair | \(+\infty\) | \(+\infty\) |
| \(1/x^n\), \(n\) impair | \(-\infty\) | \(+\infty\) |
Démonstration.
Pour \(x\ge1\), \(x^n\ge x\) : tout niveau est donc finalement dépassé. Pour \(x<0\), poser \(t=-x>0\) donne \(x^n=(-1)^nt^n\) ; la parité fixe le signe à gauche.
Pour \(|x|\ge1\), \(|1/x^n|\le1/|x|\) ; la preuve de la propriété
1.5assure donc la limite \(0\) aux deux infinis.
Pour \(0<|x|<1\), \(|x|^n\le|x|\) : les puissances tendent vers \(0\). De plus \(1/|x|^n\ge1/|x|\), dont la grandeur dépasse tout niveau près de \(0\). La parité donne alors le signe de \(1/x^n\) à gauche. Enfin une constante \(c\) reste à distance nulle de \(c\).
\(\square\)
Exemple 3.5 — Conserver la parité et le signe de l’expression
Quand \(x\to-\infty\), \(x^7\to-\infty\) alors que \(x^8\to+\infty\).
Quand \(x\to0^-\), \(x^3\) est négatif et tend vers \(0\) ; ainsi \(-3/x^3\to+\infty\).
Quand \(x\to-\infty\), \(1/x^3\to0\) par valeurs négatives. La limite est bien le nombre \(0\), pas un autre nombre appelé « zéro négatif ».
Propriété 3.6 — Puissances en un réel
Pour \(a\in\mathbb{R}\) et \(n\ge1\) entier fixé, \[\lim_{x\to a}x^n=a^n.\] Si de plus \(a\ne0\), alors \(\displaystyle\lim_{x\to a}\frac1{x^n}=\frac1{a^n}\).
Justification avec les règles de calcul de la section 4
La limite de \(x\) lorsque \(x\to a\) vaut \(a\). Appliquer la règle du produit aux \(n\) facteurs égaux à \(x\) donne \(a^n\). Si \(a\ne0\), alors \(a^n\ne0\) ; la règle du quotient permet de passer à l’inverse. Les règles opératoires utilisées ici seront admises indépendamment de ces références.
\(\square\)
Propriété 3.7 — Limites de la racine carrée
Sur \([0;+\infty[\), \[\lim_{x\to+\infty}\sqrt x=+\infty, \qquad \lim_{x\to0^+}\sqrt x=0.\] Pour \(a>0\), \(\displaystyle\lim_{x\to a}\sqrt x=\sqrt a\). L’approche de \(0\) par la gauche et celle de \(-\infty\) sont impossibles dans ce domaine.
Démonstration.
Pour dépasser un niveau \(A>0\), il suffit que \(x>A^2\) ; alors \(\sqrt x>A\). Pour approcher \(0\) avec une précision \(\varepsilon>0\), il suffit que \(0<x<\varepsilon^2\) ; alors \(0<\sqrt x<\varepsilon\).
Pour \(a>0\) et \(x\ge0\), l’identité \((u-v)(u+v)=u^2-v^2\) donne \[|\sqrt x-\sqrt a| =\frac{|x-a|}{\sqrt x+\sqrt a} \le\frac{|x-a|}{\sqrt a}.\] La condition \(|x-a|<\varepsilon\sqrt a\) garantit donc l’écart inférieur à \(\varepsilon\).
\(\square\)
Exemple 3.8 — Identifier la référence et son domaine
En \(a=-2\), on a \(x^4\to16\), puis \(1/x^4\to1/16\), car \(a\ne0\).
En \(a=9\), on a \(\sqrt x\to3\). La preuve précédente précise même que \(|x-9|<0{,}03\) assure \(|\sqrt x-3|<0{,}01\) pour les entrées \(x\ge0\).
4. Opérations et formes indéterminées
Objectif. Calculer avec des limites connues, reconnaître les situations où elles ne suffisent pas et contrôler les signes.
Dans toute cette section, les fonctions sont étudiées pour la même approche : en un réel, d’un côté de ce réel, en \(+\infty\) ou en \(-\infty\). Les opérations doivent être définies dans la zone considérée. Les lettres \(\ell\) et \(m\) désignent des réels. La mention FI signifie « forme indéterminée ».
Statut des résultats. Les théorèmes d’opérations ci-dessous sont admis. Les règles de quotient se déduisent des règles de produit et d’inverse. Un symbole infini décrit un comportement ; ce n’est pas un nombre avec lequel on effectue une division.
Théorème 4.1 — Limite d’une somme
Si les limites de \(f\) et de \(g\) sont celles indiquées, alors : \[\begin{array}{c|ccc} \lim f\,\backslash\,\lim g&m&+\infty&-\infty\\\hline \ell&\ell+m&+\infty&-\infty\\ +\infty&+\infty&+\infty&\mathrm{FI}\\ -\infty&-\infty&\mathrm{FI}&-\infty \end{array}\] Pour une différence, écrire \(f-g=f+(-g)\) et changer le signe de la limite de \(g\).
Théorème 4.2 — Limite d’un produit
Si \(f\to\ell\) et \(g\to m\) avec \(\ell,m\in\mathbb{R}\), alors \(fg\to\ell m\).
Si un facteur a une limite finie et l’autre une limite infinie : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\lim g&+\infty&-\infty\\\hline \ell>0&+\infty&-\infty\\ \ell<0&-\infty&+\infty\\ 0&\mathrm{FI}&\mathrm{FI} \end{array}\] Si les deux limites sont infinies : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\lim g&+\infty&-\infty\\\hline +\infty&+\infty&-\infty\\ -\infty&-\infty&+\infty \end{array}\] On peut intervertir les facteurs.
Exemple 4.3 — Identifier les blocs complets
En \(+\infty\), \(1/x\to0\), donc \(5+1/x\to5\) par somme.
Pour \((2+1/x)(3-x)\), le premier facteur tend vers \(2>0\) et le second vers \(-\infty\). Par produit, \[\lim_{x\to+\infty}\left(2+\frac1x\right)(3-x)=-\infty.\] Le signe s’obtient avec les deux facteurs complets, et non avec le seul signe de \(x\).
Théorème 4.4 — Limite d’un inverse
On suppose que \(g(x)\ne0\) dans la zone d’approche. \[\begin{array}{c|ccccc} \text{limite ou approche de }g&m\ne0&+\infty&-\infty&0^+&0^-\\\hline \lim(1/g)&1/m&0&0&+\infty&-\infty \end{array}\] La notation \(g\to0^+\) signifie \(g\to0\) avec \(g(x)>0\) dans cette zone ; \(g\to0^-\) signifie \(g\to0\) avec \(g(x)<0\). Ce sont des précisions sur le signe des images, pas deux nombres zéro différents.
Théorème 4.5 — Limite d’un quotient
On suppose le quotient \(f/g\) défini dans la zone d’étude.
Si \(f\to\ell\in\mathbb{R}\) et \(g\to m\in\mathbb{R}\setminus\{0\}\), alors \(f/g\to\ell/m\).
Si \(f\) a une limite infinie et \(g\to m\ne0\), le quotient a une limite infinie dont le signe suit la règle des signes.
Si \(f\to\ell\in\mathbb{R}\) et \(g\to+\infty\) ou \(g\to-\infty\), alors \(f/g\to0\).
Si \(f\) et \(g\) ont des limites infinies, le quotient est une FI.
Lorsque \(g\to0\), le signe du dénominateur est décisif : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\text{approche de }g&0^+&0^-\\\hline \ell>0\text{ ou }+\infty&+\infty&-\infty\\ \ell<0\text{ ou }-\infty&-\infty&+\infty\\ 0&\mathrm{FI}&\mathrm{FI} \end{array}\] Si le signe de \(g\) n’est pas fixé, on ne choisit pas un infini : on étudie les côtés ou les zones où le signe est connu.
Déduction des règles de quotient
Lorsque \(g(x)\ne0\), l’égalité \(f(x)/g(x)=f(x)\times1/g(x)\) est exacte. On applique d’abord le théorème de l’inverse, puis celui du produit. Si \(g\to m\ne0\), sa non-nullité près de l’approche est garantie par le lemme
3.2.
\(\square\)
Exemple 4.6 — Un quotient fini sur infini, puis deux côtés
En \(+\infty\), \(3+1/x\to3\) et \(x^2+1\to+\infty\), avec \(x^2+1>0\). Donc \[\lim_{x\to+\infty}\frac{3+1/x}{x^2+1}=0.\] Pour \(F(x)=(x+1)/(x-2)\), définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{2\}\), le numérateur tend vers \(3>0\) en \(2\). Le dénominateur tend vers \(0^-\) à gauche et vers \(0^+\) à droite. Ainsi, \[\lim_{x\to2^-}F(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to2^+}F(x)=+\infty.\] En revanche, \((x+1)/(x-2)^2\to+\infty\) des deux côtés : le carré est positif dès que \(x\ne2\).
Point de vigilance — Le côté de l’entrée ne donne pas toujours le signe du dénominateur
Quand \(x\to2^-\), on a \(x-2\to0^-\), mais \(2-x\to0^+\). C’est le signe de l’expression effectivement présente qui commande la règle.
Définition 4.7 — Forme indéterminée
Les limites des éléments d’une opération ne permettent pas toujours de déterminer la limite du résultat. Les quatre familles usuelles sont notées \[\infty-\infty,\qquad 0\times\infty,\qquad \frac{\infty}{\infty},\qquad \frac00.\] Ce sont des étiquettes de situations, jamais des égalités. Une FI ne signifie pas que la limite n’existe pas : il faut poursuivre le raisonnement.
Contre-exemple 4.8 — Une même forme peut conduire à des limites différentes
Dans les trois premières lignes, \(x\to+\infty\) ; dans la dernière, \(x\to0^+\). Les égalités, valables pour \(x>0\), justifient les limites. \[\begin{array}{c|cc} \text{forme}&\text{première issue}&\text{seconde issue}\\\hline \infty-\infty&(x+4)-x=4\to4&2x-x=x\to+\infty\\ 0\times\infty&\dfrac1{x^2}x=\dfrac1x\to0&\dfrac1x x=1\to1\\ \infty/\infty&\dfrac{x}{x^2}=\dfrac1x\to0&\dfrac{5x}{x}=5\to5\\ 0/0&\dfrac{x^2}{x}=x\to0&\dfrac{3x}{x}=3\to3 \end{array}\] Les deux issues de chaque ligne sont différentes : les limites séparées ne déterminent donc pas une réponse unique.
Méthode 4.9 — Diagnostiquer avant de transformer
Préciser le domaine et la direction d’approche.
Donner les limites des blocs et, si nécessaire, leurs signes.
Appliquer une règle dont toutes les conditions sont vérifiées.
En cas de FI, chercher une égalité exacte : factorisation, dénominateur commun, conjuguée, ou nouvelle variable. Refaire ensuite le diagnostic.
5. Transformer une expression pour calculer sa limite
Objectif. Lever les indéterminations par des égalités algébriques, en conservant les conditions de validité.
Polynômes et fonctions rationnelles à l’infini
Définition 5.1 — Degré et fonction rationnelle
Un polynôme non nul, écrit après réduction sous la forme \[P(x)=a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1}+\cdots+a_0,\qquad a_n\ne0,\] a pour degré \(n\), pour coefficient dominant \(a_n\) et pour terme dominant \(a_nx^n\). Un polynôme constant non nul est de degré \(0\) ; le polynôme nul se traite à part.
Une fonction rationnelle est un quotient \(P/Q\) de polynômes, avec \(Q\) non nul comme polynôme. Son domaine est l’ensemble des réels tels que \(Q(x)\ne0\).
Théorème 5.2 — Terme dominant d’un polynôme
Un polynôme non constant a, en chacun des deux infinis, la même limite que son terme dominant. Le signe du coefficient dominant et, en \(-\infty\), la parité du degré déterminent donc le signe de la limite infinie.
Un polynôme constant \(P(x)=c\) a pour limite \(c\), y compris si \(c=0\).
Démonstration.
Pour \(n\ge1\) et \(x\ne0\), la factorisation exacte donne \[P(x)=x^n\left(a_n+\frac{a_{n-1}}x+\cdots+\frac{a_0}{x^n}\right).\] Dans chaque infini, les puissances inverses tendent vers \(0\). La parenthèse tend donc vers \(a_n\ne0\) et a finalement son signe. La règle du produit conclut : \(x^n\to+\infty\) à droite ; à gauche, sa limite est \(+\infty\) si \(n\) est pair et \(-\infty\) si \(n\) est impair. Pour une constante, l’écart à \(c\) est nul.
\(\square\)
Exemple 5.3 — Le signe et la parité
Pour \(P(x)=-3x^4+2x-7\), la somme directe en \(+\infty\) est indéterminée. Pour \(x\ne0\), \[P(x)=x^4\left(-3+\frac2{x^3}-\frac7{x^4}\right).\] La parenthèse tend vers \(-3\) et \(x^4\to+\infty\) aux deux extrémités. Ainsi \(P\to-\infty\) en \(+\infty\) et en \(-\infty\).
Pour \(S(x)=2x^3-5x+1=x^3(2-5/x^2+1/x^3)\), la parenthèse tend vers \(2>0\). La limite est donc \(+\infty\) à droite et \(-\infty\) à gauche.
Corollaire 5.4 — Quotient de polynômes : règle des degrés
Soient \(P,Q\) deux polynômes non nuls, de degrés \(p,q\) et de coefficients dominants \(a,b\).
Si \(p<q\), alors \(P/Q\to0\) dans les deux infinis.
Si \(p=q\), alors \(P/Q\to a/b\) dans les deux infinis.
Si \(p>q\), le quotient a la même limite que \((a/b)x^{p-q}\) dans chaque infini. Il faut donc examiner le signe de \(a/b\) et la parité de \(p-q\).
Si \(P\) est le polynôme nul, \(P/Q\) vaut \(0\) sur son domaine et tend vers \(0\).
Démonstration.
Pour \(x\ne0\), on écrit \(P(x)=x^pA(x)\) et \(Q(x)=x^qB(x)\), avec \(A(x)\to a\) et \(B(x)\to b\ne0\). Cela vaut aussi pour un polynôme constant. Le lemme du signe garantit que \(B(x)\ne0\) assez loin ; \(Q\) ne s’y annule donc pas. Alors \[\frac{P(x)}{Q(x)}=x^{p-q}\frac{A(x)}{B(x)}, \qquad \frac{A(x)}{B(x)}\longrightarrow\frac ab\ne0.\] Si \(p<q\), \(x^{p-q}=1/x^{q-p}\to0\) ; si \(p=q\), ce facteur vaut \(1\). Si \(p>q\), il tend vers un infini dont le signe dépend de la direction et de la parité. Les règles de produit donnent les trois cas.
\(\square\)
Méthode 5.5 — Faire apparaître un dénominateur de limite non nulle
Réduire les polynômes, puis diviser tous les termes du numérateur et du dénominateur par une même puissance de \(x\). On peut aussi factoriser les deux puissances dominantes séparément. Conserver toute puissance restante et traiter les deux infinis séparément si nécessaire.
Exemple 5.6 — Les trois situations, avec leurs transformations
Même degré. Le dénominateur \(x^4+7\) est positif sur \(\mathbb{R}\). Pour \(x\ne0\), \[\frac{3x^4-x+2}{x^4+7} =\frac{3-1/x^3+2/x^4}{1+7/x^4}\longrightarrow3\] dans les deux infinis, car le dénominateur transformé tend vers \(1\).
Degré inférieur au numérateur. Le dénominateur \(2x^2+3\) est positif. Pour \(x\ne0\), \[\frac{4x+1}{2x^2+3} =\frac{4/x+1/x^2}{2+3/x^2}\longrightarrow0\] dans les deux infinis, car le dénominateur transformé tend vers \(2\).
Degré supérieur au numérateur. On a \(x^2-x+2=(x-1/2)^2+7/4>0\). Pour \(x\ne0\), \[\frac{2x^3+x}{x^2-x+2} =x\frac{2+1/x^2}{1-1/x+2/x^2}.\] Le quotient de droite tend vers \(2>0\). Le facteur \(x\) reste présent : la limite vaut \(+\infty\) à droite et \(-\infty\) à gauche, pas \(2\).
Au voisinage d’un réel : factoriser et simplifier
Proposition 5.7 — Égalité locale et limite
Deux expressions égales pour tous les \(x\) du domaine étudié assez proches de \(a\), avec \(x\ne a\), ont le même comportement limite en \(a\), ou du côté considéré.
Démonstration.
Dans cette zone, les deux expressions prennent exactement les mêmes valeurs. Toute garantie de proximité d’une limite finie, ou de dépassement d’un seuil pour une limite infinie, est donc valable pour l’une si elle l’est pour l’autre.
\(\square\)
Méthode 5.8 — Lever une forme \(0/0\) par factorisation
Après vérification du domaine et de la forme \(0/0\), factoriser les deux blocs. Simplifier seulement des facteurs non nuls, puis refaire le diagnostic : un dénominateur peut encore tendre vers \(0\), auquel cas il faut étudier son signe.
L’égalité simplifiée ne modifie pas le domaine initial : calculer une limite en un point interdit ne définit pas la fonction en ce point.
Exemple 5.9 — Un facteur commun à deux polynômes
Pour \(G(x)=(x^2-5x+6)/(x^2-4)\), le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{-2;2\}\). En \(2\), le calcul direct donne une forme \(0/0\). Pour \(x\) dans ce domaine, \[G(x)=\frac{(x-2)(x-3)}{(x-2)(x+2)} =\frac{x-3}{x+2}.\] Le numérateur transformé tend vers \(-1\), le dénominateur vers \(4\ne0\). Par égalité locale puis quotient, \[\lim_{x\to2}G(x)=-\frac14.\] La factorisation du numérateur se vérifie par développement : \((x-2)(x-3)=x^2-5x+6\).
Exemple 5.10 — Une simplification peut laisser deux limites différentes
Pour \(x\ne1\), \[\frac{x^2-1}{(x-1)^2}=\frac{(x-1)(x+1)}{(x-1)^2} =\frac{x+1}{x-1}.\] En \(1\), le numérateur restant tend vers \(2>0\). Le dénominateur tend vers \(0^-\) à gauche et \(0^+\) à droite : les limites sont respectivement \(-\infty\) et \(+\infty\). La FI initiale est levée, mais il n’existe pas de limite bilatérale.
Exemple 5.11 — Mettre des fractions au même dénominateur
On cherche en \(1\) la limite de \[K(x)=\frac{\dfrac1{x+1}-\dfrac12}{x-1}, \qquad x\notin\{-1;1\}.\] Le calcul direct donne \(0/0\). On transforme d’abord le numérateur : \[\frac1{x+1}-\frac12 =\frac{2-(x+1)}{2(x+1)} =-\frac{x-1}{2(x+1)}.\] Pour \(x\notin\{-1;1\}\), on obtient \(K(x)=-1/[2(x+1)]\), donc \(\displaystyle\lim_{x\to1}K(x)=-1/4\).
Le signe moins porte sur toute la parenthèse \((x+1)\) avant simplification.
Racines : la conjuguée et la valeur absolue
Définition 5.12 — Expression conjuguée
Pour \(A,B\ge0\), les expressions \(\sqrt A-\sqrt B\) et \(\sqrt A+\sqrt B\) sont dites ici conjuguées.
Propriété 5.13 — Transformer une différence de racines
Pour \(A,B\ge0\), \[(\sqrt A-\sqrt B)(\sqrt A+\sqrt B)=A-B.\] Si, de plus, \(\sqrt A+\sqrt B\ne0\), alors \[\sqrt A-\sqrt B=\frac{A-B}{\sqrt A+\sqrt B}.\]
Démonstration.
L’identité \((r-s)(r+s)=r^2-s^2\), appliquée à \(r=\sqrt A\) et \(s=\sqrt B\), donne la première égalité. La seconde s’obtient en divisant par la somme des racines, supposée non nulle.
\(\square\)
Méthode 5.14 — Quand utiliser la conjuguée ?
Vérifier les radicandes et le domaine. Si une différence contenant des racines intervient dans une forme indéterminée, utiliser la conjuguée : multiplier par elle au numérateur et au dénominateur, après avoir vérifié sa non-nullité. Chercher ensuite un facteur commun ou une limite de quotient applicable.
Exemple 5.15 — Une racine moins une constante en un point
Pour \(F(x)=(\sqrt{x+5}-3)/(x-4)\), le domaine est \([-5;+\infty[\setminus\{4\}\). En \(4\), le calcul direct donne \(0/0\). La conjuguée \(\sqrt{x+5}+3\) est au moins égale à \(3\), donc non nulle. Sur le domaine initial, \[\begin{align*} F(x)&=\frac{(\sqrt{x+5}-3)(\sqrt{x+5}+3)}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)}\\ &=\frac{x+5-9}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)} =\frac1{\sqrt{x+5}+3}. \end{align*}\] Le dernier dénominateur tend vers \(6\ne0\) ; ainsi \(\displaystyle\lim_{x\to4}F(x)=1/6\).
Exemple 5.16 — Deux racines qui deviennent grandes, un écart qui s’annule
Sur \([0;+\infty[\), les deux racines de \(H(x)=\sqrt{x+1}-\sqrt x\) tendent vers \(+\infty\). La somme des racines est positive et \[H(x)=\frac{(x+1)-x}{\sqrt{x+1}+\sqrt x} =\frac1{\sqrt{x+1}+\sqrt x}.\] Le dénominateur tend vers \(+\infty\). Par quotient, \(H(x)\to0\) en \(+\infty\).
Propriété 5.17 — Extraire un carré d’une racine
Pour tout réel \(x\), \(\sqrt{x^2}=|x|\). Pour \(A,B\ge0\), \(\sqrt{AB}=\sqrt A\sqrt B\).
Démonstration.
\(|x|\) est non négatif et son carré vaut \(x^2\) : c’est sa racine carrée. De même, \(\sqrt A\sqrt B\) est non négatif et son carré vaut \(AB\), d’où la seconde identité.
\(\square\)
Exemple 5.18 — La même racine aux deux infinis
Pour \(J(x)=\sqrt{4x^2+1}/x\), le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). Extraire \(x^2\) de la racine fait apparaître \(|x|\), et non nécessairement \(x\) : \[J(x)=\frac{\sqrt{x^2(4+1/x^2)}}x =\frac{|x|}{x}\sqrt{4+\frac1{x^2}}.\] La racine restante tend vers \(2\). À droite, \(|x|/x=1\) ; à gauche, \(|x|/x=-1\). Ainsi \[\lim_{x\to+\infty}J(x)=2, \qquad \lim_{x\to-\infty}J(x)=-2.\]
6. Comparer et encadrer
Objectif. Obtenir une limite grâce à des inégalités, même lorsqu’un terme n’a pas de limite ou que la formule de la fonction est inconnue.
Les inégalités utilisées doivent être vraies pour toutes les valeurs du domaine assez proches de l’endroit étudié, et non seulement pour quelques valeurs calculées. Les théorèmes de cette section valent en un point, d’un côté d’un point et dans les deux infinis.
Théorème 6.1 — Passer à la limite dans une inégalité
Si \(f(x)\le g(x)\) dans la zone d’approche, et si \(f(x)\to\ell\) et \(g(x)\to m\) avec \(\ell,m\in\mathbb{R}\), alors \(\ell\le m\).
Démonstration.
Supposons \(\ell>m\) et posons \(c=(\ell+m)/2\). Alors \(m<c<\ell\). La limite de \(f\) impose \(f(x)>c\) assez près ; celle de \(g\) impose \(g(x)<c\) assez près. Les deux garanties sont vraies simultanément dans une zone plus petite. On y aurait \(f(x)>g(x)\), contrairement à l’hypothèse. Donc \(\ell\le m\).
\(\square\)
Contre-exemple 6.2 — Une inégalité stricte peut devenir une égalité
Pour \(x>0\), \(0<1/x\), alors que les deux membres tendent vers \(0\) en \(+\infty\). On obtient \(0\le0\) à la limite, pas \(0<0\). Le théorème suppose aussi que les deux limites finies existent ; une inégalité ne suffit pas à créer cette existence.
Théorème 6.3 — Comparaison pour une limite infinie
Supposons \(f(x)\le g(x)\) dans la zone d’approche.
Si \(f(x)\to+\infty\), alors \(g(x)\to+\infty\).
Si \(g(x)\to-\infty\), alors \(f(x)\to-\infty\).
Démonstration.
Si \(f\to+\infty\), pour tout seuil réel \(M\), on finit par avoir \(f(x)>M\). Alors \(g(x)\ge f(x)>M\) : \(g\) dépasse finalement tout seuil.
Si \(g\to-\infty\), on finit par avoir \(g(x)<M\) pour tout seuil réel \(M\). Alors \(f(x)\le g(x)<M\) : \(f\) descend finalement sous tout seuil.
\(\square\)
Exemple 6.4 — Choisir la bonne borne
On rappelle que \(-1\le\sin x\le1\) pour tout réel \(x\). Donc \[x-1\le x+\sin x\le x+1.\] En \(+\infty\), la borne inférieure \(x-1\) tend vers \(+\infty\) : la comparaison donne \(x+\sin x\to+\infty\).
En \(-\infty\), la borne supérieure \(x+1\) tend vers \(-\infty\) : la comparaison donne \(x+\sin x\to-\infty\).
Point de vigilance — Une borne dans le mauvais sens ne suffit pas
De \(f(x)\le x^2\) en \(+\infty\), on ne peut pas déduire \(f(x)\to+\infty\) : la fonction nulle satisfait cette inégalité. Pour forcer une limite \(+\infty\), il faut une borne inférieure qui tend vers \(+\infty\).
Théorème 6.5 — Théorème d’encadrement, ou des gendarmes
Si \(f(x)\le g(x)\le h(x)\) dans la zone d’approche et si \[f(x)\to L\quad\text{et}\quad h(x)\to L \qquad\text{avec le même réel }L,\] alors \(g(x)\to L\).
Démonstration.
Choisissons une précision \(\varepsilon>0\). Assez près de l’endroit étudié, la première limite donne \(f(x)>L-\varepsilon\) et la seconde \(h(x)<L+\varepsilon\). Dans une zone où ces deux garanties et l’encadrement sont vrais, \[L-\varepsilon<f(x)\le g(x)\le h(x)<L+\varepsilon.\] Ainsi \(|g(x)-L|<\varepsilon\). Cette garantie est possible pour toute précision : \(g(x)\to L\). On n’a pas supposé à l’avance l’existence de la limite de \(g\).
\(\square\)
Corollaire 6.6 — Contrôler un écart ou une amplitude
Écart à une limite. Si \(|g(x)-L|\le r(x)\), avec \(r(x)\ge0\) et \(r(x)\to0\), alors \(g(x)\to L\).
Facteur borné. Si \(|b(x)|\le M\) dans la zone étudiée pour une constante \(M\ge0\), et si \(u(x)\to0\), alors \(b(x)u(x)\to0\). La fonction \(b\) n’a pas besoin d’avoir une limite.
Démonstration.
La première inégalité équivaut à \(L-r(x)\le g(x)\le L+r(x)\). Les deux bornes tendent vers \(L\) ; les gendarmes concluent.
Pour le produit, \(|b(x)u(x)|\le M|u(x)|\). Comme \(u\to0\), sa distance \(|u|\) à \(0\) tend vers \(0\). Le premier résultat s’applique donc avec \(L=0\) et \(r(x)=M|u(x)|\).
\(\square\)
Exemple 6.7 — Un quotient oscillant aux deux infinis
Pour \(x\ne0\), on sait que \(|\sin x|\le1\), donc \[\left|\frac{\sin x}{x}\right|\le\frac1{|x|}.\] Aux deux infinis, \(|x|\to+\infty\) et \(1/|x|\to0\). Par le corollaire, \[\lim_{x\to+\infty}\frac{\sin x}{x}=0, \qquad \lim_{x\to-\infty}\frac{\sin x}{x}=0.\] La valeur absolue évite de diviser une inégalité par un nombre de signe inconnu. On n’a pas attribué une limite à \(\sin x\).
Lecture de la figure. Pour \(x>0\), la courbe de \(\sin x/x\) reste entre \(-1/x\) et \(1/x\), dont les limites sont \(0\). La figure illustre le résultat ; l’inégalité justifie le comportement au-delà de toute fenêtre graphique.
Exemple 6.8 — La même idée au voisinage d’un point
Pour \(H(x)=x\sin(1/x)\), définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\), \[|H(x)|=|x|\,|\sin(1/x)|\le |x|.\] Lorsque \(x\to0\), la borne \(|x|\) tend vers \(0\). Donc \(H(x)\to0\) des deux côtés. Il n’est pas nécessaire de connaître une limite de \(\sin(1/x)\).
Exemple 6.9 — Une limite sans formule explicite
Si, pour tout \(x\ge1\), on sait que \[3-\frac4{x^2}\le P(x)\le3+\frac2x,\] les deux bornes tendent vers \(3\) en \(+\infty\). Le théorème d’encadrement donne \(P(x)\to3\), sans qu’il soit nécessaire de connaître une formule de \(P\).
Contre-exemple 6.10 — Bornes, limites et variations sont distinctes
Être bornée n’impose pas une limite. Le cosinus vérifie \(-1\le\cos x\le1\), mais, pour tout entier \(k\ge0\), \[\cos(2k\pi)=1,\qquad \cos((2k+1)\pi)=-1.\] Ces deux familles d’entrées sont arbitrairement grandes : les images ne peuvent pas rester aussi près que souhaité d’un même réel. Elles ne peuvent pas non plus dépasser tout seuil, puisqu’elles restent entre \(-1\) et \(1\). Le cosinus n’a donc pas de limite en \(+\infty\).
Tendre vers \(+\infty\) n’impose pas de croître. Pour \(b(x)=x+2\sin x\) sur \([0;+\infty[\), on a \(b(x)\ge x-2\), donc \(b(x)\to+\infty\). Pourtant, avec \[s=\frac\pi2+2k\pi<t=\frac{3\pi}2+2k\pi,\] on obtient \(b(t)-b(s)=\pi-4<0\). Il existe des descentes aussi loin que l’on veut. Une limite décrit le comportement des images à l’approche étudiée, pas leur sens de variation.
Méthode 6.11 — Construire l’inégalité utile
Repérer une borne connue, puis transformer l’inégalité en contrôlant les signes. Pour une limite finie, chercher deux bornes de même limite ou majorer la distance \(|f-L|\). Pour \(+\infty\), chercher une minoration ; pour \(-\infty\), chercher une majoration.
7. L’exponentielle et les croissances comparées
Objectif. Comparer une exponentielle et une puissance entière, puis transformer les expressions qui donnent une forme indéterminée.
Propriété 7.1 — Rappels sur l’exponentielle
Pour tous réels \(a,b\), \(\mathrm{e}^0=1\), \(\mathrm{e}^a>0\), \(\mathrm{e}^{a+b}=\mathrm{e}^a\mathrm{e}^b\) et \(\mathrm{e}^{-a}=1/\mathrm{e}^a\). La fonction exponentielle est strictement croissante, dérivable et sa dérivée est elle-même. Pour tout réel \(a\), \(\displaystyle\lim_{x\to a}\mathrm{e}^x=\mathrm{e}^a\).
Statut : propriétés antérieures rappelées. Par exemple, \(\lim_{x\to2}\mathrm{e}^x=\mathrm{e}^2\). Les comportements aux infinis sont établis ci-dessous.
Lemme 7.2 — Une minoration de l’exponentielle
Pour tout \(t\geq0\), \(\mathrm{e}^t\geq1+t\). L’égalité a lieu seulement en \(0\) ; en particulier, pour \(t>0\), \(\mathrm{e}^t>t\).
Démonstration.
Sur \([0;+\infty[\), posons \(h(t)=\mathrm{e}^t-1-t\). Alors \(h'(t)=\mathrm{e}^t-1\geq0\) puisque \(\mathrm{e}^t\geq\mathrm{e}^0=1\). La fonction \(h\) est donc croissante et \(h(t)\geq h(0)=0\). Pour \(t>0\), \(h'(t)>0\) ; ainsi \(h\) est strictement croissante et \(h(t)>0\). Cela établit les affirmations, avec \(1+t>t\).
\(\square\)
Proposition 7.3 — Les deux limites de l’exponentielle
\[\lim_{x\to+\infty}\mathrm{e}^x=+\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}\mathrm{e}^x=0.\] Dans la seconde limite, les valeurs de la fonction restent strictement positives.
Démonstration.
Pour \(x\geq0\), \(\mathrm{e}^x\geq1+x\). Comme \(1+x\to+\infty\), le théorème de comparaison donne la première limite.
Lorsque \(x\to-\infty\), \(-x\to+\infty\) et \(\mathrm{e}^x=1/\mathrm{e}^{-x}\). Le dénominateur tend vers \(+\infty\) et reste positif ; son inverse tend vers \(0\).
\(\square\)
Théorème 7.4 — L’exponentielle domine une puissance entière fixée
Pour tout entier \(n\in\mathbb{N}\) fixé, \[\lim_{x\to+\infty}\frac{x^n}{\mathrm{e}^x}=0, \qquad \lim_{x\to+\infty}\frac{\mathrm{e}^x}{x^n}=+\infty.\] Pour le second quotient, on travaille avec \(x>0\). Le cas \(n=0\) est inclus.
Démonstration.
Fixons \(n\in\mathbb{N}\). Pour \(x>0\), le lemme appliqué à \(t=x/(n+1)\) donne \[\mathrm{e}^{x/(n+1)}>\frac{x}{n+1}>0.\] On élève les deux membres positifs à la puissance \(n+1\) : \[\mathrm{e}^x>\frac{x^{n+1}}{(n+1)^{n+1}}.\] En inversant, puis en multipliant par \(x^n>0\), on obtient \[0<\frac{x^n}{\mathrm{e}^x}<\frac{(n+1)^{n+1}}x.\] Le nombre \((n+1)^{n+1}\) est constant. Le majorant tend vers \(0\) ; le théorème d’encadrement donne donc \(x^n/\mathrm{e}^x\to0\). Ce quotient étant positif pour \(x>0\), son inverse tend vers \(+\infty\), ce qui prouve la seconde limite.
\(\square\)
Exemple 7.5 — Traduire le théorème dans le bon quotient
Lorsque \(x\to+\infty\), \[\frac{x^7}{\mathrm{e}^x}\longrightarrow0, \qquad \frac{\mathrm{e}^x}{x^7}\longrightarrow+\infty.\] Ces deux quotients présentaient initialement la forme \(+\infty/+\infty\). Le théorème permet de lever l’indétermination ; il faut conserver l’ordre du numérateur et du dénominateur.
Lecture de la figure. Sur une partie de cette fenêtre, \(x^3\) est supérieur à \(\mathrm{e}^x\). Le théorème ne dit pas que \(\mathrm{e}^x>x^3\) pour tout \(x>0\). Il décrit la limite du quotient quand \(x\) devient arbitrairement grand.
Corollaire 7.6 — Changer d’échelle ou de direction
Pour \(a>0\) et \(n\in\mathbb{N}\) fixés, \[\lim_{x\to+\infty}\frac{x^n}{\mathrm{e}^{ax}}=0, \qquad \lim_{x\to-\infty}x^n\mathrm{e}^{ax}=0.\] Par passage à l’inverse positif, \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\mathrm{e}^{ax}/x^n=+\infty\).
Démonstration.
À droite, posons \(t=ax\). Puisque \(a>0\), \(t\to+\infty\) et \[\frac{x^n}{\mathrm{e}^{ax}}=\frac1{a^n}\frac{t^n}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] À gauche, posons \(t=-ax\). Alors \(t\to+\infty\) et \[x^n\mathrm{e}^{ax}=\frac{(-1)^n}{a^n}\frac{t^n}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] Les facteurs devant les quotients sont constants ; leur signe ne change pas la limite nulle.
\(\square\)
Exemple 7.7 — Conserver les coefficients d’un changement de variable
En \(+\infty\), avec \(t=3x\), donc \(x=t/3\), \[\frac{x^2}{\mathrm{e}^{3x}}=\frac19\frac{t^2}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] En \(-\infty\), avec \(t=-2x\), donc \(x=-t/2\), \[x^3\mathrm{e}^{2x}=-\frac18\frac{t^3}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] Dans ce dernier cas, les valeurs sont négatives pour \(x<0\). Le signe des valeurs et la valeur de la limite sont deux informations différentes.
Méthode 7.8 — Faire apparaître un quotient connu
Pour un produit \(P(x)\mathrm{e}^{-ax}\) en \(+\infty\), avec \(a>0\), écrire \(P(x)/\mathrm{e}^{ax}\) et appliquer le résultat à chaque terme du polynôme.
Pour une différence exponentielle–polynôme, factoriser l’exponentielle.
Pour un quotient contenant une exponentielle en haut et en bas, diviser tout le numérateur et tout le dénominateur par elle.
Avant de conclure, contrôler la direction de l’argument et le signe du facteur restant.
Exemple 7.9 — Une somme finie de quotients
Lorsque \(x\to+\infty\), \[(3x^4-2x+7)\mathrm{e}^{-2x} =3\frac{x^4}{\mathrm{e}^{2x}}-2\frac{x}{\mathrm{e}^{2x}}+7\frac1{\mathrm{e}^{2x}}.\] Les trois quotients tendent vers \(0\) par le corollaire, avec \(a=2\) et respectivement \(n=4\), \(n=1\) et \(n=0\). La limite de l’expression est donc \(0\).
Exemple 7.10 — Une différence d’infinis
En \(+\infty\), l’expression \(\mathrm{e}^x-5x^3\) donne d’abord \(+\infty-(+\infty)\). Comme \(\mathrm{e}^x\) est non nul, \[\mathrm{e}^x-5x^3=\mathrm{e}^x\left(1-5\frac{x^3}{\mathrm{e}^x}\right).\] La parenthèse tend vers \(1>0\), tandis que \(\mathrm{e}^x\to+\infty\). Par produit, la limite cherchée est \(+\infty\).
Exemple 7.11 — Une division commune
Pour \(x>0\), le dénominateur \(\mathrm{e}^x+x\) est positif. On écrit \[\frac{\mathrm{e}^x-x^2}{\mathrm{e}^x+x} =\frac{1-x^2/\mathrm{e}^x}{1+x/\mathrm{e}^x}.\] En \(+\infty\), numérateur et dénominateur tendent vers \(1\). La limite est donc \(1\) par quotient, puisque la limite du dénominateur n’est pas nulle.
Point de vigilance — Les conditions font partie du résultat
L’entier \(n\) est fixé ; on ne le remplace pas par une expression dépendant de \(x\). Le coefficient \(a\) du corollaire est strictement positif. Enfin \(\mathrm{e}^{2x}=(\mathrm{e}^x)^2\), et non \(2\mathrm{e}^x\).
8. Composition et taux d’accroissement
Objectif. Suivre les valeurs intermédiaires d’une expression et utiliser un résultat antérieur sans perdre ses conditions.
Définition 8.1 — Composition de fonctions
La composée de \(u\) par \(v\), notée \(v\circ u\), associe à \(x\) la valeur \[(v\circ u)(x)=v(u(x)).\] Son domaine est constitué des \(x\) du domaine de \(u\) tels que \(u(x)\) appartient au domaine de \(v\). La valeur intermédiaire peut être notée \(t=u(x)\).
Théorème 8.2 — Composition dans un contexte vérifié
On étudie une approche de \(x\) vers un réel ou vers un infini. On suppose que :
\(u(x)\to b\), où \(b\) est réel ou infini ;
\(v(t)\to L\) lorsque \(t\to b\) dans l’approche considérée ;
\(v(u(x))\) est définie assez près de l’endroit étudié et les valeurs \(u(x)\) arrivent dans le domaine et du côté où cette limite de \(v\) est valable.
Si \(b\) est réel, la convention de limite hors du point impose de vérifier en plus : \[u(x)\ne b\text{ dans la zone d'approche},\] ou bien \(L\in\mathbb{R}\), \(v\) est définie en \(b\) et \(v(b)=L\).
Alors \(v(u(x))\to L\), avec \(L\) fini ou infini selon les hypothèses.
Démonstration.
Imposons une exigence à la sortie : proximité de \(L\) si \(L\) est fini, dépassement d’un seuil si \(L=+\infty\), ou passage sous un seuil si \(L=-\infty\).
La limite de \(v\) garantit cette exigence dès que son entrée est assez proche de \(b\) si \(b\) est réel, ou assez loin dans la direction voulue si \(b\) est infini, dans le domaine et du côté appropriés. La limite de \(u\) garantit à son tour que \(u(x)\) entre dans cette zone lorsque \(x\) approche l’endroit étudié. Si \(b\) est fini, le cas \(u(x)=b\) est soit exclu, soit sans effet puisque \(v(b)=L\).
Ainsi toutes les sorties \(v(u(x))\) satisfont l’exigence imposée assez près de l’endroit étudié. C’est la définition de la limite \(L\).
\(\square\)
Pour une fonction usuelle \(v\) définie en \(b\) dont la limite en \(b\) vaut \(v(b)\), la seconde possibilité est satisfaite. On dit alors que \(v\) est continue en \(b\). C’est notamment le cas des puissances, de l’exponentielle et de la racine sur leur domaine. Ici, ce rappel sert uniquement à vérifier les compositions.
Méthode 8.3 — Trois étapes, trois objets distincts
Vérifier le domaine, puis nommer \(t=u(x)\).
Calculer la limite de \(t\), avec son côté d’arrivée si nécessaire.
Donner la limite de \(v(t)\) dans ce contexte et conclure par composition.
Ne pas confondre l’entrée \(x\), la valeur intermédiaire \(u(x)\) et la sortie \(v(u(x))\).
Exemple 8.4 — Une racine après un quotient
Pour \(F(x)=\sqrt{3+1/x}\), il faut \(x\ne0\) et \((3x+1)/x\ge0\). Le domaine est \[D_F=]-\infty;-1/3]\cup]0;+\infty[.\] En particulier, les grandes valeurs positives sont autorisées. Quand \(x\to+\infty\), \[t=3+\frac1x\longrightarrow3.\] Les valeurs \(t\) sont positives et \(\sqrt t\to\sqrt3\) lorsque \(t\to3\). Par composition, \(F(x)\to\sqrt3\).
L’entrée \(x\) part à l’infini, mais l’entrée de la racine se rapproche de \(3\).
Exemple 8.5 — Un changement de côté dans l’exposant
Soit \(H(x)=\mathrm{e}^{-1/x}\), définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). Les limites de l’exponentielle ont été établies dans la section
7.
Si \(x\to0^+\), alors \(-1/x\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-1/x}\to0\).
Si \(x\to0^-\), alors \(-1/x\to+\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-1/x}\to+\infty\).
Il n’y a pas de limite bilatérale en \(0\). Le signe moins agit sur l’exposant ; l’exponentielle reste toujours positive.
Point de vigilance — La valeur exceptionnelle ne peut pas être oubliée
Si \(v(t)=1\) pour \(t\ne0\), mais \(v(0)=7\), alors la limite épointée de \(v\) en \(0\) est \(1\). Pour \(u(x)=0\), pourtant, \(v(u(x))=7\). La condition supplémentaire du théorème empêche de conclure à tort que la composée tend vers \(1\).
Une passerelle avec le nombre dérivé
Définition 8.6 — Nombre dérivé : rappel de première
Soit \(f\) définie sur un intervalle ouvert contenant \(a\). Si la limite finie \[\lim_{h\to0}\frac{f(a+h)-f(a)}h\] existe, \(f\) est dérivable en \(a\) et cette limite est son nombre dérivé \(f'(a)\). Le quotient, défini pour \(h\ne0\), est un taux d’accroissement.
En posant \(x=a+h\), on obtient la même écriture : \[\lim_{x\to a}\frac{f(x)-f(a)}{x-a}=f'(a).\]
Méthode 8.7 — Reconnaître exactement le taux
Identifier la fonction \(f\) et le point \(a\). Vérifier le numérateur \(f(x)-f(a)\), le dénominateur \(x-a\) et la dérivabilité. Faire apparaître cette forme par une égalité exacte si un facteur d’échelle intervient.
Exemple 8.8 — Conserver le facteur d’échelle
La fonction exponentielle est dérivable et sa dérivée est elle-même : c’est un résultat de première rappelé ici. Comme \(\mathrm{e}^0=1\), \[\lim_{t\to0}\frac{\mathrm{e}^t-1}{t}=1.\] Pour étudier \((\mathrm{e}^{3x}-1)/x\) en \(0\), le calcul direct donne \(0/0\). Pour \(x\ne0\), on écrit \[\frac{\mathrm{e}^{3x}-1}{x}=3\frac{\mathrm{e}^{3x}-1}{3x}.\] Avec \(t=3x\), on a \(t\to0\) et \(t\ne0\). Le quotient de droite tend vers \(1\), donc la limite cherchée vaut \(3\). La présence de \(3x\) dans l’exposant interdit de recopier directement la limite \(1\).
9. Relier limites, asymptotes et interprétations
Objectif. Traduire un calcul de limite en information géométrique, puis interpréter une limite dans un modèle.
Définition 9.1 — Asymptote horizontale
La droite d’équation \(y=L\), où \(L\) est réel, est une asymptote horizontale à la courbe de \(f\) en \(+\infty\) lorsque \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=L\). La même définition s’applique en \(-\infty\).
On précise toujours l’extrémité concernée. Une limite finie en un point fini ne définit pas une asymptote horizontale.
Proposition 9.2 — L’écart donne la proximité ; son signe donne la position
À une extrémité infinie donnée, \(y=L\) est asymptote si et seulement si \[f(x)-L\longrightarrow0, \quad\text{ou, de façon équivalente,}\quad |f(x)-L|\longrightarrow0.\] La courbe est au-dessus de cette droite lorsque \(f(x)-L>0\), au-dessous lorsque \(f(x)-L<0\). Une intersection correspond à \(f(x)-L=0\).
Démonstration.
Le point de la courbe \((x;f(x))\) et le point de même abscisse sur la droite \((x;L)\) sont séparés par la distance \(|f(x)-L|\). Cette quantité est aussi la distance de \(f(x)-L\) à \(0\). Les conditions de proximité sont donc identiques. Le signe de la différence compare directement les deux ordonnées.
\(\square\)
Exemple 9.3 — Une asymptote peut être traversée
Pour \(x\ne0\), soit \(g(x)=1+(x-2)/x^2\). On écrit \[g(x)-1=\frac1x-\frac2{x^2}\longrightarrow0 \quad\text{en }-\infty\text{ et en }+\infty.\] La droite \(y=1\) est asymptote aux deux infinis. Pourtant \(g(2)=1\). Comme \(x^2>0\), le signe de \(g(x)-1\) est celui de \(x-2\) : la courbe traverse bien la droite en \((2;1)\).
Corollaire 9.4 — Un seul niveau par extrémité
Une courbe ne peut avoir deux asymptotes horizontales distinctes dans la même direction infinie.
Démonstration.
Deux niveaux différents imposeraient deux limites distinctes pour la même approche, ce que l’unicité de la limite exclut. Les limites en \(-\infty\) et en \(+\infty\) peuvent en revanche être différentes.
\(\square\)
Exemple 9.5 — Étude de référence : une fonction, quatre limites
On étudie \(\displaystyle f(x)=\frac{2x+1}{x-1}\).
Domaine et écriture utile. Le dénominateur s’annule en \(1\), donc \(D_f=\mathbb{R}\setminus\{1\}\). Pour \(x\ne1\), \[2x+1=2(x-1)+3 \quad\Longrightarrow\quad f(x)=2+\frac3{x-1}.\] Aux infinis. L’inverse de \(x-1\) tend vers \(0\) dans les deux directions. Ainsi \[\lim_{x\to-\infty}f(x)=2, \qquad \lim_{x\to+\infty}f(x)=2.\] Près de \(1\). À gauche, \(x-1\to0^-\) ; à droite, \(x-1\to0^+\). Le numérateur du terme \(3/(x-1)\) est positif. Par conséquent, \[\lim_{x\to1^-}f(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to1^+}f(x)=+\infty.\] Les deux limites latérales sont différentes : il n’y a pas de limite bilatérale en \(1\).
Asymptotes. La droite \(x=1\) est une asymptote verticale ; la droite \(y=2\) est une asymptote horizontale en \(-\infty\) et en \(+\infty\).
Position. L’écart \(f(x)-2=3/(x-1)\) est négatif pour \(x<1\) et positif pour \(x>1\). Il n’est jamais nul : la courbe ne coupe pas \(y=2\).
Contrôle de deux points. \(f(0)=-1\) et \(f(2)=5\).
Lecture de la figure. Chaque branche s’approche de \(y=2\) vers l’infini correspondant. Près de \(x=1\), les deux branches partent dans des directions opposées. Aucun morceau de courbe ne relie les branches à travers la valeur interdite.
Exemple 9.6 — Les limites donnent les extrémités, la dérivée donne les flèches
Pour \(x\ne1\), les règles de dérivation connues donnent \[f'(x)=-\frac3{(x-1)^2}<0.\] La fonction est donc strictement décroissante sur chacun des intervalles \(]-\infty;1[\) et \(]1;+\infty[\). On place ensuite les quatre limites aux extrémités des flèches du tableau.
Lecture de la figure. Les deux nombres \(2\) désignent des limites à l’infini. La double barre indique que \(1\) est exclu du domaine. Les flèches s’appuient sur le signe de la dérivée, et non sur les seules limites.
Point de vigilance — Ne pas demander aux limites plus qu’elles ne disent
Ici \(0<2\), mais \(f(0)=-1<f(2)=5\). La fonction n’est donc pas décroissante sur tout son domaine : elle l’est sur chacun des deux intervalles séparés.
Un tableau donné comme exact fournit des hypothèses utilisables. Une simple fenêtre graphique permet généralement de conjecturer un comportement ; le calcul ou une information exacte de l’énoncé le justifie.
Méthode 9.7 — Interpréter une limite dans une situation
Identifier ce que représentent l’entrée et l’image, leurs unités et le domaine du modèle. Choisir la direction correspondant à la question, calculer la limite, puis la traduire par une phrase qui conserve l’unité.
Le domaine de la formule est l’ensemble où elle se calcule ; le domaine du modèle est l’ensemble des valeurs auxquelles la situation donne un sens.
Exemple 9.8 — Un remplissage qui se rapproche d’une capacité
Le volume d’eau d’un réservoir, en litres, est modélisé par \[V(t)=40(1-\mathrm{e}^{-t/2}),\qquad t\geq0,\] où \(t\) est le nombre d’heures écoulées. La formule est définie pour tout réel, mais le modèle ne considère que \(t\geq0\).
Lorsque \(t\to+\infty\), \(-t/2\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-t/2}\to0\) et \[\lim_{t\to+\infty}V(t)=40.\] Le modèle prévoit un volume aussi proche que souhaité de \(40\) litres à long terme. Pourtant, pour tout temps fini, \[40-V(t)=40\mathrm{e}^{-t/2}>0.\] La capacité n’est jamais exactement atteinte dans ce modèle. Pour toute précision positive, l’écart devient inférieur à cette précision et le reste à partir d’un certain temps.
Pour justifier l’allure croissante du dessin, si \(0\leq t_1<t_2\), alors \(-t_1/2>-t_2/2\), donc \(\mathrm{e}^{-t_1/2}>\mathrm{e}^{-t_2/2}\), puis \(V(t_1)<V(t_2)\). La croissance est établie séparément de la limite.
Lecture de la figure. La courbe part de \(V(0)=0\) et reste sous le niveau \(40\) litres. Le modèle distingue un temps fini et un comportement à long terme.
10. Choisir une méthode et faire le bilan
Méthode 10.1 — Les quatre questions d’une recherche de limite
Où travaille-t-on ? Domaine, destination de \(x\), éventuellement côté autorisé.
Que donnent les limites connues ? Calculer les limites des expressions qui composent la fonction.
La règle permet-elle de conclure ? Vérifier la non-nullité, les signes, le domaine de la composée et l’absence de forme indéterminée.
Quel geste rend le calcul possible ? Transformer, comparer ou encadrer ; citer le résultat utilisé et conclure pour l’approche demandée.
Reconnaître le premier geste utile
| Situation repérée | Geste et contrôle décisif |
|---|---|
| Polynôme ou quotient de polynômes à l’infini | Factoriser la puissance la plus élevée ; garder le signe à gauche. Section 5. |
| \(0/0\) près d’un réel | Chercher un facteur commun ; préciser que la simplification se fait hors de la valeur exclue. Section 5. |
| Différence avec une racine | Si les opérations restent indéterminées, utiliser la conjuguée ; vérifier son domaine et sa non-nullité. Section 5. |
| \(\sqrt{x^2}\) à l’infini | Écrire \(|x|\), puis utiliser \(|x|=x\) à droite et \(|x|=-x\) à gauche. Section 5. |
| Dénominateur de limite nulle | Préciser \(0^+\) ou \(0^-\) ; une écriture \(\ell/0\) seule ne fixe pas le signe. Section 4. |
| Terme oscillant ou formule inconnue | Trouver des bornes utiles ; pour une limite finie, viser la même limite des deux côtés. Section 6. |
| Exponentielle et puissance | Faire apparaître \(t^n/\mathrm{e}^t\) avec \(t\to+\infty\) et \(n\) fixé. Section 7. |
| Fonction composée | Partir de l’intérieur ; vérifier le point ou le côté d’arrivée dans le domaine extérieur. Section 8. |
Exemple 10.2 — Une même écriture, plusieurs conclusions
Pour \(x>0\), \(f(x)=3-2/x\) vérifie \(f(x)-3=-2/x\). Cet écart tend vers \(0\) : \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=3\), donc \(y=3\) est une asymptote horizontale à droite. L’écart est négatif : la courbe reste sous la droite. Il est non nul : la valeur \(3\) n’est pas atteinte. Enfin, \(|f(x)-3|=2/x\) permet de garantir une précision en choisissant un seuil.
À retenir — Les distinctions à conserver
\(x\to+\infty\) décrit l’entrée ; \(f(x)\to L\) décrit les images. On n’écrit pas \(f(+\infty)=L\).
Une limite finie peut être atteinte ou non. La limite en un point ne dépend pas ici de la valeur isolée en ce point.
Une forme indéterminée est un diagnostic de calcul, pas la preuve d’une absence de limite.
Une fonction bornée n’a pas nécessairement de limite. Une limite infinie ne prouve pas la monotonie.
Des limites latérales différentes empêchent une limite bilatérale. Une seule limite latérale infinie suffit pour une asymptote verticale.
Une limite réelle à un infini donne une asymptote horizontale ; une courbe peut la traverser.
Ce qu’il faut savoir expliquer et utiliser
Donner le sens d’une limite finie ou infinie, au bon endroit et dans le domaine autorisé.
Utiliser les limites de référence et les opérations avec leurs hypothèses.
Lever une indétermination par une transformation algébrique adaptée.
Démontrer une limite par comparaison ou par encadrement.
Employer une composition dans un contexte vérifié et préserver les coefficients d’un changement de variable.
Expliquer la démonstration de la croissance comparée de l’exponentielle et d’une puissance entière fixée.
Relier les limites aux asymptotes parallèles aux axes, lire une représentation et interpréter la grandeur obtenue.
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