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Limites de fonctions — Cours en autonomie — Terminale spécialité
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Limites de fonctions — Cours en autonomie — Terminale spécialité
Terminale spécialité · Cours en autonomie
Limites de fonctions
FAIRE LES 2k\(\pi\)
Terminale générale
Spécialité mathématiques
Limites de
fonctions
Cours en autonomie
Comprendre les comportements.
Choisir une méthode. Justifier chaque étape.
Définitions et résultats identifiés · Démonstrations accessibles
Exemples détaillés · Essais corrigés · Reprises ciblées
faireles2kpi.frAnnée scolaire 2026–2027
1. Bien utiliser ce cours et consolider les prérequis
Pour démarrer.
Ce document porte sur les limites de fonctions en Terminale spécialité. Une limite décrit le comportement des images lorsque la variable s’approche d’un réel ou devient très grande, positivement ou négativement. Elle ne se réduit ni à un calcul de valeur ni à un dessin.
Un parcours complet, mais pas une lecture en une seule fois
Le parcours principal va du sens des limites aux méthodes de calcul, puis à leur utilisation dans les représentations et les modèles. Les passages « pour aller plus loin » sont identifiés. Les asymptotes obliques constituent un approfondissement : les asymptotes parallèles aux axes restent le noyau du programme.
Les rappels de dérivation et les exemples avec paramètres servent uniquement à calculer et à justifier des limites. Ils ne constituent pas de nouveaux chapitres de dérivation, de continuité, de logarithme, de suites ou d’intégration.
Méthode — Trois façons de travailler
J’apprends la notion. Je lis le sens du résultat, ses conditions et un exemple. Je cache la suite du calcul pour chercher le prochain geste, puis je compare.
Je bloque sur une tâche. Je repère mon premier pas incorrect, je reprends la règle locale, je traite l’exemple plus simple de la remédiation, puis je reviens à la tâche de départ.
Je pense maîtriser. Je commence par les tâches sans regarder les solutions, je justifie mes choix et je termine par l’atelier mélangé. Une réponse exacte obtenue avec une justification fausse doit encore être retravaillée.
Chaque chapitre rappelle les outils immédiatement utiles. Les corrections sont proches des tâches pour permettre de travailler sans aide extérieure : c’est donc à toi de les masquer avant de chercher. Lors de la reprise différée, refais réellement la tâche annoncée avant de relire.
Lire le statut des énoncés
Définition 1.1 — Les mots qui organisent le cours
Une définition fixe le sens d’un mot ou d’une notation. Un théorème, une proposition ou une propriété affirme un résultat mathématique vrai sous des hypothèses précisées. Un lemme est un résultat utilisé comme étape d’une démonstration. Un corollaire est une conséquence d’un résultat déjà établi.
Ces appellations ne correspondent pas à des degrés de vérité : une proposition n’est pas moins vraie qu’un théorème. Le choix du nom indique surtout sa fonction dans l’exposé.
Exemple 1.1 — Une définition n’est pas une recette de calcul
Dire « \(y=\ell\) est une asymptote horizontale en \(+\infty\) lorsque \(f(x)-\ell\) tend vers \(0\) » fixe un vocabulaire géométrique. Montrer ensuite que \(f(x)=\ell+1/x\) possède cette asymptote est une application, car il faut vérifier que \(1/x\) tend vers \(0\).
Une démonstration de l’unicité d’une limite est, quant à elle, un raisonnement général : elle doit s’appliquer à toutes les fonctions répondant aux hypothèses, pas seulement à la courbe dessinée à côté.
À retenir — Démontré, rappelé ou admis : ne pas les confondre
Les résultats centraux sont accompagnés de démonstrations accessibles. Certaines règles générales d’opérations sont admises au niveau du programme ; plusieurs cas sont néanmoins expliqués ou démontrés. Les résultats antérieurs utilisés, par exemple \((\mathrm{e}^x)'=\mathrm{e}^x\), sont rappelés avec leur rôle. Aucun graphique, tableau de valeurs ou calcul logiciel ne remplace une preuve.
Les prérequis qui font réellement gagner du temps
Pour aborder les limites, il faut surtout savoir calculer une valeur, déterminer un domaine, factoriser, réduire une fraction, lire un signe et manipuler les puissances. Les huit questions suivantes ne demandent encore aucun théorème de limites.
À toi 1.1 — Diagnostic de départ
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Déterminer le domaine de \(f(x)=\dfrac{\sqrt{x+2}}{x-1}\).
Simplifier \(A(x)=\dfrac{x^2-9}{x-3}\) en conservant les conditions de validité. Peut-on utiliser la formule simplifiée pour calculer \(A(3)\) ?
Écrire sans racine \(\sqrt{x^2}\) lorsque \(x\geqslant0\), puis lorsque \(x<0\). Vérifier avec \(x=-4\).
Factoriser \(3x^2-2x+5\) par \(x^2\) pour \(x\ne0\), puis vérifier la factorisation en développant.
Réduire \(\dfrac1{x-1}-\dfrac1{x+1}\) à une seule fraction et préciser son domaine.
Si \(0<a<b\), comparer \(1/a\) et \(1/b\). Justifier par une différence.
Simplifier \(\mathrm{e}^{2x}/\mathrm{e}^x\) et \(\mathrm{e}^x\mathrm{e}^{-x}\). Préciser pourquoi le quotient est défini.
Pour \(x>0\), donner le signe de \(\dfrac{-3}{x(x+2)}\). Pour \(x<-2\), donner son signe également.
Correction expliquée.
1. Domaine. La racine carrée impose \(x+2\geqslant0\), donc \(x\geqslant-2\). Le dénominateur impose \(x-1\ne0\), donc \(x\ne1\). Les deux conditions doivent être réunies : \[D_f=[-2;1[\,\cup\,]1;+\infty[.\] Le nombre \(-2\) est autorisé : le numérateur y vaut \(0\) et le dénominateur \(-3\).
2. Factorisation et simplification. L’identité \(x^2-9=(x-3)(x+3)\) donne, uniquement pour \(x\ne3\), \[A(x)=\frac{(x-3)(x+3)}{x-3}=x+3.\] Le facteur \(x-3\) a été simplifié parce qu’il est non nul. L’expression initiale reste non définie en \(3\). On ne peut donc pas écrire \(A(3)=6\) ; en revanche, on pourra étudier les valeurs de \(A(x)\) lorsque \(x\) s’approche de \(3\) sans lui être égal.
3. Racine d’un carré. Par définition de la racine carrée, \(\sqrt{x^2}\) est le nombre positif ou nul dont le carré vaut \(x^2\). Ainsi \[\sqrt{x^2}=|x|= \begin{cases}x&\text{si }x\geqslant0,\\-x&\text{si }x<0.\end{cases}\] Pour \(x=-4\), \(\sqrt{(-4)^2}=\sqrt{16}=4=-(-4)\), et non \(-4\).
4. Mettre le plus haut degré en facteur. Pour \(x\ne0\), \[3x^2-2x+5=x^2\left(3-\frac2x+\frac5{x^2}\right).\] Le contrôle est un développement : \(x^2\times3=3x^2\), \(x^2\times(-2/x)=-2x\) et \(x^2\times5/x^2=5\). Il faut transformer chaque terme, pas seulement le premier.
5. Dénominateur commun. Les deux dénominateurs doivent être non nuls : \(x\ne1\) et \(x\ne-1\). Pour ces valeurs, \[\begin{align*} \frac1{x-1}-\frac1{x+1} &=\frac{x+1}{(x-1)(x+1)}-\frac{x-1}{(x-1)(x+1)}\\ &=\frac{(x+1)-(x-1)}{(x-1)(x+1)}\\ &=\frac{x+1-x+1}{x^2-1}=\frac2{x^2-1}. \end{align*}\] Le signe « \(-\) » porte sur toute la seconde parenthèse.
6. Comparer deux inverses. Comme \(ab>0\) et \(b-a>0\), \[\frac1a-\frac1b=\frac{b-a}{ab}>0.\] Donc \(1/a>1/b\). L’inversion renverse ici l’ordre, sous la condition que les deux nombres soient strictement positifs.
7. Exponentielle. Pour tout réel \(x\), \(\mathrm{e}^x>0\), donc le quotient est défini. Les règles \(\mathrm{e}^{u+v}=\mathrm{e}^u\mathrm{e}^v\) et \(\mathrm{e}^{u-v}=\mathrm{e}^u/\mathrm{e}^v\) donnent \[\frac{\mathrm{e}^{2x}}{\mathrm{e}^x}=\mathrm{e}^{2x-x}=\mathrm{e}^x, \qquad \mathrm{e}^x\mathrm{e}^{-x}=\mathrm{e}^{x-x}=\mathrm{e}^0=1.\] On ne confond pas \(\mathrm{e}^{2x}\) et \(2\mathrm{e}^x\).
8. Signe. Si \(x>0\), les facteurs \(x\) et \(x+2\) sont positifs ; leur produit est positif, donc la fraction de numérateur \(-3\) est négative. Si \(x<-2\), les deux facteurs sont négatifs ; leur produit est encore positif, donc la fraction est encore négative. Il n’est pas nécessaire d’étudier ici l’intervalle \(]-2;0[\).
Réparer un obstacle avant de poursuivre
Piège — Simplifier des termes au lieu de facteurs
Le calcul \(\dfrac{x+1}{x}=1+1\) est faux : le \(x\) du dénominateur ne permet pas de supprimer celui du seul premier terme et de laisser le second inchangé. Pour \(x\ne0\), \[\frac{x+1}{x}=\frac xx+\frac1x=1+\frac1x.\] Une simplification par annulation s’applique à un facteur commun de tout le numérateur et de tout le dénominateur.
Exemple 1.2 — Repartir d’une transformation contrôlable
Pour simplifier \(\dfrac{2x+6}{x+3}\), on factorise d’abord le numérateur : \(2x+6=2(x+3)\). Alors, pour \(x\ne-3\), \[\frac{2x+6}{x+3}=\frac{2(x+3)}{x+3}=2.\] Le facteur commun est maintenant visible. Le contrôle en \(x=0\) donne \(6/3=2\) ; ce contrôle aide à détecter une erreur, mais la justification générale reste la factorisation.
À toi 1.2 — Nouvel essai après réparation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Simplifier \(\dfrac{x^2+2x}{x}\) et \(\dfrac{5x-10}{x-2}\) avec leurs domaines. Puis expliquer pourquoi \(\dfrac{x^2+2}{x}\) ne se simplifie pas en \(x+2\).
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), \(x^2+2x=x(x+2)\), donc \(\dfrac{x^2+2x}{x}=x+2\). Pour \(x\ne2\), \(5x-10=5(x-2)\), donc \(\dfrac{5x-10}{x-2}=5\). Enfin, \[\frac{x^2+2}{x}=\frac{x^2}{x}+\frac2x=x+\frac2x\quad(x\ne0).\] Le nombre \(2\) ne contient pas le facteur \(x\). Reprendre maintenant les questions 2 et 4 du diagnostic sans regarder leurs solutions.
À toi 1.3 — Réparer une erreur de signe avec la racine
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un élève écrit, pour \(x<0\), \(\dfrac{\sqrt{9x^2}}x=3\). Repérer la première égalité implicite fausse, refaire le calcul, puis traiter \(\dfrac{\sqrt{4x^2}}{-x}\) pour \(x<0\).
Correction expliquée.
L’erreur est \(\sqrt{9x^2}=3x\) lorsque \(x<0\). La racine vaut \(3|x|=-3x\). Ainsi \(\sqrt{9x^2}/x=(-3x)/x=-3\). Dans le nouvel essai, \(\sqrt{4x^2}=2|x|=-2x\) et \(-x>0\), donc \(\sqrt{4x^2}/(-x)=(-2x)/(-x)=2\). Reprendre ensuite la question 3 du diagnostic.
Rédiger sans transformer l’infini en nombre
Le symbole \(+\infty\) n’est pas un nombre réel à remplacer dans une expression. Dans la suite du cours, écrire « \(x^2\to+\infty\) et \(1/x\to0\) » décrira deux comportements. On ne calculera jamais une valeur \(f(+\infty)\) en remplaçant littéralement \(x\) par un nombre nommé infini.
Une rédaction utile comporte quatre éléments : l’approche étudiée, les limites des expressions simples, la règle et ses conditions, puis la conclusion portant sur l’expression initiale. Le premier élément évite déjà beaucoup d’erreurs de signe.
Correction expliquée.
La racine impose \(x\geqslant-5\) et le dénominateur impose \(x\ne-2\) : \(D_g=[-5;-2[\cup]-2;+\infty[\). Pour \(x\ne4\), \(x^2-16=(x-4)(x+4)\), donc le quotient vaut \(x+4\) sans devenir défini en \(4\). Enfin \(\sqrt{25x^2}=5|x|=-5x\) lorsque \(x<0\).
2. Lire la question : variable, domaine et direction
Pour démarrer.
Une limite décrit le comportement des images lorsque la variable s’approche d’un point ou part vers une extrémité infinie. Avant de calculer, il faut donc répondre à deux questions différentes : « Où va \(x\) ? » et « Que devient \(f(x)\) ? ». Cette unité apprend à les séparer.
Un premier tri, avant les définitions
À toi 2.1 — Quatre questions qui ne demandent pas la même chose
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On considère \(f(x)=2+\dfrac{1}{x+1}\), définie pour \(x\ne-1\).
Calculer \(f(3)\).
Chercher les \(x\) tels que \(f(x)=3\).
Que semblent devenir les images lorsque \(x\) prend des valeurs positives de plus en plus grandes ?
Que se passe-t-il lorsque \(x\) se rapproche de \(-1\) par valeurs supérieures ?
Pour chaque question, préciser si l’on cherche une image, un antécédent ou un comportement. Pour les deux dernières, une conjecture suffit ici.
Correction expliquée.
Pour la première question, l’entrée est fixée : \[f(3)=2+\frac{1}{3+1}=2+\frac14=\frac94.\] On calcule donc une image.
Pour la deuxième question, l’image est imposée. Pour \(x\ne-1\), \[2+\frac1{x+1}=3 \iff \frac1{x+1}=1 \iff 1=x+1 \iff x=0.\] La multiplication par \(x+1\) est autorisée parce qu’il est non nul. Le candidat \(0\) appartient au domaine et \(f(0)=3\) : c’est l’unique antécédent demandé.
Dans la troisième question, \(x\) n’est pas fixé. Lorsque \(x\) devient très grand, \(1/(x+1)\) devient très petit et positif. On conjecture que \(f(x)\) se rapproche de \(2\). Cette affirmation sera démontrée à l’aide d’une précision et d’un seuil.
Dans la quatrième question, \(x+1\) est positif et se rapproche de \(0\). Son inverse devient très grand et positif. On conjecture que \(f(x)\) augmente sans borne. Cette situation n’est pas un calcul de \(f(-1)\) : cette image n’existe pas.
Définition 2.1 — Variable, image et domaine
Une fonction réelle \(f\) associe à chaque nombre \(x\) de son ensemble de définition, noté \(D_f\), un unique nombre réel \(f(x)\), appelé image de \(x\). La variable \(x\) représente une entrée autorisée. Un point de la courbe représentative a pour coordonnées \((x;f(x))\).
L’écriture \(x\to a\) indique une direction de déplacement de l’entrée. L’écriture \(f(x)\to L\) indique le comportement des images. Ces deux indications ne sont pas interchangeables.
Exemple 2.1 — Une grande entrée peut produire une petite image
Pour \(g(x)=1/x\), l’entrée \(x=1\,000\) produit l’image \(g(x)=0{,}001\). Quand l’entrée augmente, les images positives se rapprochent de \(0\).
Pour \(h(x)=x^2\), les entrées \(-10\), \(-100\), \(-1\,000\) donnent respectivement les images \(100\), \(10\,000\), \(1\,000\,000\). Ainsi, une entrée qui part vers \(-\infty\) peut produire des images qui partent vers \(+\infty\). Le signe placé sous le symbole de limite décrit \(x\), pas automatiquement \(f(x)\).
Lecture de la figure. La courbe de \(1/x\) descend vers l’axe horizontal, tandis que celle de \(x/2\) monte. La flèche \(x\to+\infty\) est la même dans les deux cas ; les images n’ont pas le même comportement. Le dessin suggère une différence, il ne démontre pas à lui seul les limites.
Vérifier que l’approche a un sens
Définition 2.2 — Approches permises par le domaine
Pour étudier \(f(x)\) quand \(x\to a\), il faut pouvoir choisir dans \(D_f\) des nombres distincts de \(a\) et aussi proches de \(a\) que l’on veut.
\(x\to a^-\) : on utilise seulement les entrées \(x<a\), à gauche de \(a\).
\(x\to a^+\) : on utilise seulement les entrées \(x>a\), à droite de \(a\).
\(x\to+\infty\) : le domaine doit contenir des entrées arbitrairement grandes.
\(x\to-\infty\) : le domaine doit contenir des entrées arbitrairement négatives.
Dans tout le cours, on reste dans le domaine de la fonction. Pour une limite en un point, on considère les valeurs de \(x\) distinctes du point étudié ; cette convention sera précisée dans l’unité consacrée aux limites en un point.
Exemple 2.2 — La racine carrée décide du côté
La fonction \(p(x)=\sqrt{x-2}\) est définie lorsque \(x-2\ge0\), c’est-à-dire lorsque \(x\ge2\). Ainsi \(D_p=[2;+\infty[\).
On peut approcher \(2\) par la droite : \(2{,}1\), \(2{,}01\), \(2{,}001\) sont des entrées autorisées. On ne peut pas l’approcher par la gauche dans ce domaine. On peut aussi étudier \(p\) en \(+\infty\), mais pas en \(-\infty\).
Dire « la limite en \(-\infty\) n’existe pas à cause d’oscillations » serait ici hors sujet : l’approche elle-même n’est pas disponible. Il faut écrire que \(-\infty\) n’est pas une extrémité du domaine permettant cette étude.
Exemple 2.3 — Plusieurs contraintes doivent être satisfaites ensemble
Pour \(q(x)=\dfrac{\sqrt{9-x^2}}{x-1}\), la racine impose \(9-x^2\ge0\) et le dénominateur impose \(x\ne1\).
La première condition équivaut à \(x^2\le9\), donc à \(-3\le x\le3\). Après retrait de \(1\), on obtient \[D_q=[-3;1[\ \cup\ ]1;3].\] Les approches possibles aux points particuliers sont \(x\to-3^+\), \(x\to1^-\), \(x\to1^+\) et \(x\to3^-\). Les approches vers les deux infinis ne sont pas possibles, puisque toutes les entrées sont comprises entre \(-3\) et \(3\).
Le fait que \(1\) soit interdit n’empêche pas de s’en approcher. À l’inverse, le fait que \(3\) soit autorisé n’autorise pas une approche de \(3\) par la droite.
Lecture de la figure. Les segments représentent \([-3;1[\) et \(]1;3]\). Les points \(-3\) et \(3\) sont inclus ; \(1\) est exclu. Les flèches montrent uniquement les directions accessibles à l’intérieur du domaine, sans annoncer les limites des images.
Méthode — Préparer une recherche de limite
Écrire le domaine, ou au moins sa partie utile près du point étudié.
Repérer où va la variable : \(+\infty\), \(-\infty\), \(a^-\) ou \(a^+\).
Ne pas confondre l’éventuelle image \(f(a)\) avec le comportement des images voisines.
Chercher ensuite une méthode de preuve : référence connue, transformation, opération ou encadrement. Un dessin ou un tableau peut guider ce choix, pas le remplacer.
À toi 2.2 — Un domaine à établir, puis des directions à choisir
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Soit \(r(x)=\dfrac{\sqrt{x+4}}{x-2}\).
Déterminer \(D_r\).
Dire quelles approches sont possibles parmi \(x\to-4^-\), \(x\to-4^+\), \(x\to2^-\), \(x\to2^+\), \(x\to+\infty\) et \(x\to-\infty\).
Justifier pourquoi l’absence de \(r(2)\) ne suffit pas à interdire une recherche de limite en \(2\).
Indication, après un premier essai : traiter séparément la racine et le dénominateur, puis croiser leurs conditions.
Correction expliquée.
La racine exige \(x+4\ge0\), donc \(x\ge-4\). La division exige \(x-2\ne0\), donc \(x\ne2\). Ainsi \[D_r=[-4;2[\ \cup\ ]2;+\infty[.\] On peut approcher \(-4\) par la droite, mais pas par la gauche. On peut approcher \(2\) des deux côtés. On peut aller vers \(+\infty\), mais pas vers \(-\infty\).
La limite en \(2\) concerne les images d’entrées proches de \(2\) et différentes de \(2\). Or le domaine contient de telles entrées des deux côtés, par exemple \(1{,}99\) et \(2{,}01\). Cela autorise l’étude ; cela ne donne pas encore son résultat.
Lire une écriture de limite sans ajouter ce qu’elle ne dit pas
Exemple 2.4 — Traduire une information donnée
L’énoncé \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}f(x)=3\) signifie que les images deviennent aussi proches de \(3\) que souhaité lorsque les entrées sont suffisamment négatives. Il ne dit pas que \(f(-3)=3\), que \(f\) est croissante, ni que toutes les images sont supérieures à \(3\).
L’énoncé \(\displaystyle\lim_{t\to2^+}g(t)=-\infty\) décrit des entrées supérieures à \(2\) qui s’en rapprochent et des images qui deviennent aussi négatives que souhaité. La lettre \(t\) joue ici le même rôle que \(x\) dans une autre écriture ; en revanche, on ne change pas le point d’approche ou le côté.
Piège — L’infini n’est pas une entrée réelle
L’expression \(f(+\infty)\) n’est pas un calcul d’image usuel. On écrit \(\lim_{x\to+\infty}f(x)\) pour parler d’un comportement. On ne remplace pas \(x\) par un « nombre infini » dans la formule.
De même, une grande valeur affichée par une calculatrice n’est pas une preuve de limite infinie : une fonction constante égale à un milliard reste constante.
À toi 2.3 — Réparer une confusion de sens
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un élève affirme : « Comme \(x\to-\infty\), on a forcément \(x^2\to-\infty\). »
Identifier la confusion.
Utiliser trois entrées pour la rendre visible, puis expliquer pourquoi ces trois calculs ne constituent pas une preuve générale.
Nouvel essai : pour \(s(x)=-x\), que deviennent les images lorsque \(x\to-\infty\) ? Expliquer avec une phrase qui distingue entrée et image.
Correction expliquée.
La confusion consiste à recopier sur les images la direction de déplacement de l’entrée. Or le carré transforme un nombre négatif en nombre positif.
Pour \(x=-2,-20,-200\), on obtient \(x^2=4,400,40\,000\). Ces exemples contredisent l’idée que les images seraient nécessairement négatives. Ils ne prouvent pas encore que toutes les images deviennent arbitrairement grandes : une preuve doit contrôler toutes les entrées suffisamment négatives, et pas seulement trois d’entre elles.
Pour \(s(x)=-x\), les entrées deviennent arbitrairement négatives et leurs opposés deviennent arbitrairement positifs. Par exemple, exiger \(s(x)>A\) revient à exiger \(x<-A\). On a donc \(s(x)\to+\infty\) lorsque \(x\to-\infty\). L’inégalité fournit cette fois un contrôle valable pour toutes les entrées concernées.
À toi 2.4 — Choisir sans indication de calcul
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On donne \(v(x)=\sqrt{5-x}\) et l’information \(\lim_{x\to5^-}v(x)=0\). Écrire un court paragraphe qui précise le domaine, le sens de l’exposant « \(-\) », la valeur \(v(5)\) et une approche infinie autorisée. Faut-il que les images soient négatives parce que l’approche porte le signe « \(-\) » ?
Correction expliquée.
Le domaine est \(]-\infty;5]\), car \(5-x\ge0\) équivaut à \(x\le5\). L’exposant « \(-\) » indique des entrées strictement inférieures à \(5\), pas des images négatives. Au contraire, une racine carrée est toujours positive ou nulle.
L’image \(v(5)=0\) est définie. L’information de limite décrit les images de points proches de \(5\) par la gauche ; c’est une autre information, même si le nombre obtenu coïncide ici avec l’image. L’étude en \(-\infty\) est permise, tandis que celle en \(+\infty\) ne l’est pas.
Correction expliquée.
Il faut simultanément \(3-x\ge0\) pour la racine et \(\sqrt{3-x}\ne0\) pour la division. Ces conditions se regroupent en \(3-x>0\), donc \(x<3\). Ainsi \(D_w=]-\infty;3[\). L’approche de \(3\) par la gauche est permise même si \(w(3)\) n’existe pas. L’approche par la droite ne l’est pas. On peut étudier \(w\) en \(-\infty\), pas en \(+\infty\).
3. Une limite finie à l’infini : précision et seuil
Pour démarrer.
Pour une fonction \(f\), \(x\) est l’entrée et \(f(x)\) son image. Une étude en \(+\infty\) exige des entrées arbitrairement grandes ; une étude en \(-\infty\) exige des entrées arbitrairement négatives. Une limite finie est un nombre réel, même lorsque la variable part à l’infini.
À toi 3.1 — Reconnaître ce que l’on voudrait prouver
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x>0\), on pose \(f(x)=2+3/x\). Calculer \(f(10)\), \(f(100)\) et \(f(1\,000)\). Quel nombre semble être approché ? Ces calculs prouvent-ils que les images resteront proches de ce nombre pour toutes les entrées suffisamment grandes ?
Correction expliquée.
On obtient \(f(10)=2{,}3\), \(f(100)=2{,}03\) et \(f(1\,000)=2{,}003\). Le nombre \(2\) est un candidat naturel. Mais trois valeurs ne contrôlent ni les entrées intermédiaires, ni toutes les entrées suivantes. Il faut transformer cette observation en une affirmation portant sur toutes les entrées au-delà d’un seuil.
Ce que signifie « devenir aussi proche que l’on veut »
Définition 3.1 — Limite finie en \(+\infty\)
Soit \(f\) une fonction dont le domaine contient tous les réels suffisamment grands. Dire que \(f\) a pour limite finie \(L\) en \(+\infty\) signifie que l’on peut rendre les images aussi proches de \(L\) que l’on veut, et les y maintenir, en prenant toutes les entrées au-delà d’un seuil suffisamment grand.
On écrit \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}f(x)=L\). Pour toute précision imposée, un seuil peut être choisi ; ce seuil dépend en général de la précision.
Pour mesurer la proximité, on utilise la distance \(|f(x)-L|\). Par exemple, « à moins de \(0{,}1\) de \(L\) » signifie \[|f(x)-L|<0{,}1 \iff L-0{,}1<f(x)<L+0{,}1.\] Le nombre \(L\) peut être positif, nul ou négatif. Il n’est pas nécessaire que la fonction soit croissante, décroissante, ni même qu’elle reste d’un seul côté de \(L\).
Lecture de la figure. Pour \(f(x)=2+2/(x+1)\), la bande va de \(1{,}75\) à \(2{,}25\). Dès que \(x>7\), la courbe reste strictement dans cette bande. Il ne suffit pas qu’elle y entre une fois : toute la partie située à droite du seuil doit y rester. Une bande plus étroite demanderait un nouveau seuil.
Définition 3.2 — Limite finie en \(-\infty\)
Soit \(f\) une fonction dont le domaine contient tous les réels suffisamment négatifs. Dire que \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}f(x)=L\) signifie que les images restent aussi proches de \(L\) que souhaité dès que les entrées sont toutes inférieures à un seuil suffisamment négatif.
La précision porte encore sur \(|f(x)-L|\). Seule la direction dans laquelle on choisit les entrées change.
Intuition — L’ordre des demandes est essentiel
Imagine qu’une personne impose une précision, puis qu’une autre doive annoncer un seuil garantissant cette précision pour toutes les entrées suivantes dans la direction étudiée. Pour prouver une limite, la seconde personne doit pouvoir répondre à toute précision, même très exigeante.
Une seule bande réussie, par exemple une distance inférieure à \(1\), ne suffit pas. Une suite de quelques essais numériques très convaincants ne suffit pas non plus.
Construire une garantie par une inégalité
Exemple 3.1 — Une précision numérique pour \(2+3/x\)
Pour \(x>0\), on cherche à rendre \(f(x)=2+3/x\) proche de \(2\) à moins de \(0{,}02\).
Pourquoi regarder la différence ? La précision concerne l’écart à \(2\), et non la taille de \(f(x)\) elle-même. On calcule \[|f(x)-2|=\left|\frac3x\right|=\frac3x,\] la dernière égalité utilisant \(x>0\). Alors \[\begin{align*} |f(x)-2|<0{,}02 &\iff \frac3x<0{,}02\\ &\iff 3<0{,}02x \qquad (x>0)\\ &\iff x>\frac3{0{,}02}=150. \end{align*}\] Ainsi toutes les entrées \(x>150\) satisfont la demande. Le seuil \(150\) suffit. Un seuil \(200\) convient aussi : le but n’est pas toujours de trouver le seuil le plus petit.
Au bord, \(x=150\) donne un écart exactement égal à \(0{,}02\), pas strictement inférieur. Les signes \(<\) et \(\le\) ne doivent pas être échangés sans vérifier la consigne.
Exemple 3.2 — Le même travail vers les entrées négatives
Pour \(x<0\), on pose \(g(x)=-2+6/x\). On veut une distance à \(-2\) inférieure à \(0{,}01\).
Comme \(6/x<0\), sa valeur absolue est \(-6/x=6/|x|\). On obtient \[|g(x)-(-2)|=\frac6{|x|}<0{,}01 \iff |x|>600.\] Dans la direction \(x<0\), la condition \(|x|>600\) s’écrit \(x<-600\). Toutes ces entrées donnent donc des images dans \(]-2{,}01;-1{,}99[\).
De plus, \(g(x)-(-2)=6/x<0\) : les images sont en dessous de \(-2\). Le signe de cet écart donne la position ; sa valeur absolue donne la distance. Ce sont deux informations différentes.
Lecture de la figure. La fonction \(-2+6/x\) est tracée pour des entrées négatives. Vers la gauche, ses images se rapprochent de \(-2\) par valeurs inférieures. La limite est finie et négative ; cela ne signifie pas que les images partent vers \(-\infty\).
Une démonstration pour toutes les précisions
Propriété 3.3 — La fonction inverse aux deux infinis
La fonction \(x\mapsto1/x\) est définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\) et vérifie \[\lim_{x\to+\infty}\frac1x=0 \qquad\text{et}\qquad \lim_{x\to-\infty}\frac1x=0.\]
Démonstration.
Imposons une distance positive à \(0\), par exemple \(0{,}01\). Prendre \(x>100\) garantit \(0<1/x<0{,}01\). Pour une distance \(0{,}001\), prendre \(x>1\,000\) garantit le même type de contrôle.
La règle se généralise à toute distance positive : il suffit de prendre une entrée positive supérieure à l’inverse de la distance imposée. Le contrôle porte sur toutes les entrées après ce seuil, ce qui établit la limite en \(+\infty\).
Pour des entrées négatives, la distance de \(1/x\) à \(0\) vaut \(1/|x|\). On choisit donc \(x\) plus négatif que l’opposé de l’inverse de la précision. La même garantie établit la limite en \(-\infty\).
\(\square\)
Approfondissement de lecture — écrire la preuve avec une précision quelconque
La lettre grecque \(\varepsilon\) représente une précision positive choisie à l’avance. La définition en \(+\infty\) peut s’écrire : pour tout \(\varepsilon>0\), il existe un réel \(M\) tel que, pour tout \(x\) du domaine, \(x>M\) entraîne \(|f(x)-L|<\varepsilon\).
Pour \(1/x\), choisir \(M=1/\varepsilon\) assure \[x>\frac1\varepsilon>0 \quad\Longrightarrow\quad 0<\frac1x<\varepsilon.\] En \(-\infty\), \(x<-1/\varepsilon\) entraîne \(|x|>1/\varepsilon\), donc \(|1/x|<\varepsilon\).
Cette écriture explique exactement « toute précision, puis un seuil ». Elle approfondit le sens de la définition ; elle n’impose pas de refaire systématiquement une démonstration formalisée pour chaque limite du cours.
Proposition 3.4 — Une famille dont la limite se lit après contrôle de l’écart
Pour tous réels fixés \(L\) et \(c\), la fonction \(x\mapsto L+c/x\), définie pour \(x\ne0\), a pour limite \(L\) en chacun des deux infinis.
Démonstration.
Si \(c=0\), toutes les images valent exactement \(L\) : leur distance à \(L\) est nulle.
Si \(c\ne0\), la distance vaut \(|c|/|x|\). Pour la rendre inférieure à une précision positive, on prend \(|x|\) supérieur au quotient de \(|c|\) par cette précision. Ce choix est possible aussi bien vers les grandes entrées positives que vers les grandes entrées négatives. Avec la notation facultative \(\varepsilon>0\), la condition suffisante est \(|x|>|c|/\varepsilon\).
\(\square\)
À toi 3.2 — De la recherche guidée à la justification
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x>0\), on considère \(p(x)=5-8/x\).
Calculer \(|p(x)-5|\) et trouver un seuil assurant une distance inférieure à \(0{,}1\).
Les images correspondantes sont-elles au-dessus ou en dessous de \(5\) ?
Expliquer comment adapter le seuil si l’on exige une précision dix fois plus petite.
Peut-on résoudre \(p(x)=5\) ? Cela contredit-il la limite ?
Indication : la distance utilise une valeur absolue ; la position utilise le signe de \(p(x)-5\).
Correction expliquée.
On a \(p(x)-5=-8/x\), puis \(|p(x)-5|=8/x\) puisque \(x>0\). La condition \[\frac8x<0{,}1 \iff 8<0{,}1x \iff x>80\] fournit le seuil cherché. Les images sont en dessous de \(5\), car \(-8/x<0\).
Une précision dix fois plus petite vaut \(0{,}01\). Il suffit de multiplier le seuil par dix : \(x>800\) assure \(8/x<0{,}01\). Plus généralement, on peut répondre à toute précision positive en ajustant le seuil ; cela donne une limite égale à \(5\).
L’égalité \(p(x)=5\) demanderait \(-8/x=0\), impossible pour un réel \(x>0\). Une distance peut devenir aussi petite que souhaité sans jamais être nulle. Il n’y a aucune contradiction.
Limite atteinte, non atteinte, traversée : trois possibilités
Exemple 3.3 — Une constante atteint sa limite partout
Si \(k(x)=7\) pour tout réel \(x\), alors \(|k(x)-7|=0\). Toute précision positive est satisfaite, quel que soit le seuil. La limite vaut \(7\) aux deux infinis, et la valeur \(7\) est atteinte à chaque entrée.
Il faut donc éviter de définir une limite comme « une valeur que la fonction approche sans jamais l’atteindre ». La fin de cette phrase décrit certaines fonctions, pas la notion générale.
Exemple 3.4 — Des images qui passent des deux côtés de la limite
Pour \(x\ge1\), on pose \(v(x)=1+\sin x/x\). Le rappel trigonométrique utile est simplement \(|\sin x|\le1\). Donc \[|v(x)-1|=\frac{|\sin x|}{x}\le\frac1x.\] Pour obtenir une distance à \(1\) inférieure à une précision donnée, il suffit de prendre \(x\) assez grand pour que \(1/x\) soit inférieur à cette précision. Ce contrôle vaut pour toutes les entrées concernées : \(v\) tend vers \(1\).
Selon le signe de \(\sin x\), les images sont supérieures ou inférieures à \(1\) ; pour \(x=n\pi\) avec \(n\) entier strictement positif, elles valent \(1\). Une limite finie n’impose donc ni une absence d’intersection avec le niveau limite, ni un rapprochement monotone.
Un tableau de valeurs ne remplace pas « toutes les entrées »
Piège — Des valeurs exactes sur certains points seulement
La fonction \(x\mapsto\sin x\) vaut \(0\) pour toutes les entrées \(x=n\pi\), où \(n\) est un entier. Pourtant elle vaut \(1\) aux entrées \(x=\pi/2+2n\pi\), aussi grandes que l’on veut. Elle ne peut donc pas finir par rester à une distance inférieure à \(1/2\) de \(0\).
Une liste d’images nulles, même prolongée par une règle sur certains points, ne prouve pas une limite nulle sur toutes les entrées réelles.
À toi 3.3 — Réparer une preuve par quelques valeurs
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un élève écrit : « \(h(10)=h(100)=h(1\,000)=4\), donc \(h(x)\to4\). »
Expliquer ce qui manque sans se contenter de dire que la conclusion est fausse.
On dispose désormais de l’information \(|h(x)-4|\le2/x\) pour tout \(x\ge1\). Trouver un seuil garantissant une distance strictement inférieure à \(0{,}1\).
Nouvel essai : si \(|j(x)+3|\le5/|x|\) pour tout \(x\le-1\), donner un seuil négatif garantissant une distance à \(-3\) inférieure à \(0{,}01\).
Correction expliquée.
Les trois valeurs ne donnent aucune information sur les autres entrées. La conclusion peut être vraie, mais elle n’est pas démontrée par ce raisonnement. Ce qui manque est un contrôle valable pour toutes les entrées au-delà d’un seuil.
Avec la nouvelle information, \(x>20\) entraîne \(2/x<0{,}1\), puis \[|h(x)-4|\le\frac2x<0{,}1.\] Le seuil \(20\) est aussi supérieur à \(1\), donc l’hypothèse utilisée est bien applicable.
Pour le nouvel essai, demander \(5/|x|<0{,}01\) revient à demander \(|x|>500\). Dans la direction négative, \(x<-500\) convient. Ces entrées satisfont également \(x\le-1\), condition de validité de la majoration fournie.
À toi 3.4 — Une formule différente, le même principe
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Sur \([0;+\infty[\), soit \(a(x)=\dfrac{2x+1}{x+1}\).
Vérifier l’identité \(a(x)=2-1/(x+1)\) en développant le numérateur.
Trouver une condition suffisante sur \(x\) pour que \(|a(x)-2|<0{,}05\).
Rédiger en trois ou quatre phrases une preuve que les images peuvent être maintenues aussi proches de \(2\) que souhaité.
Correction expliquée.
Pour \(x\ge0\), le dénominateur \(x+1\) est positif. On écrit \[2-\frac1{x+1} =\frac{2(x+1)-1}{x+1} =\frac{2x+2-1}{x+1} =\frac{2x+1}{x+1}.\] La distance à \(2\) est donc \(1/(x+1)\). Pour la précision demandée, \[\frac1{x+1}<0{,}05 \iff x+1>20 \iff x>19.\] Pour une précision positive quelconque, on peut de la même façon choisir \(x+1\) supérieur à son inverse. Alors toutes les entrées plus grandes satisfont la demande. Le contrôle est donc disponible pour toute précision, et la limite de \(a\) en \(+\infty\) vaut \(2\).
Critères de justification : mentionner une distance, une condition suffisante, toutes les entrées après le seuil et la possibilité de resserrer arbitrairement la précision. Trois calculs numériques ne remplissent pas ces critères.
Correction expliquée.
Pour \(x<0\), la distance vaut \(|b(x)-3|=5/|x|\). La précision \(0{,}02\) est garantie si \(|x|>250\), donc si \(x<-250\).
L’écart signé \(b(x)-3=-5/x\) est positif : les images sont au-dessus de \(3\). Pour toute précision positive, choisir la valeur absolue de \(x\) supérieure à \(5\) divisé par cette précision assure la même propriété. Ainsi \(b(x)\to3\) quand \(x\to-\infty\). En notation approfondie, \(x<-5/\varepsilon\) suffit pour une distance inférieure à \(\varepsilon\).
4. Une limite infinie à l’infini : dépasser tout niveau
Pour démarrer.
Une limite finie impose une précision autour d’un nombre. Une limite infinie impose au contraire un niveau à dépasser, vers le haut ou vers le bas. La direction de la variable et celle des images doivent toujours être lues séparément. On étudie seulement les extrémités accessibles dans le domaine.
À toi 4.1 — Grand, croissant, sans borne : est-ce la même chose ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Sur \([1;+\infty[\), on considère les trois fonctions \[f(x)=1\,000\,000,\qquad g(x)=2-\frac1x,\qquad h(x)=x.\] Laquelle peut finir par dépasser tout niveau fixé ? Donner un niveau qui exclut cette propriété pour chacune des deux autres.
Correction expliquée.
La fonction \(h\) dépasse tout niveau \(A\) dès que \(x>A\), en restant aussi dans le domaine \(x\ge1\).
La fonction \(f\) ne dépasse jamais \(1\,000\,001\), bien que toutes ses images soient grandes. La fonction \(g\) reste strictement inférieure à \(2\), car \(1/x>0\). Elle ne dépasse donc jamais \(3\). Elle est pourtant croissante : si \(1\le x<y\), alors \(1/x>1/y\), donc \(2-1/x<2-1/y\). Être croissante ne suffit pas pour avoir une limite \(+\infty\).
Quatre directions possibles
Définition 4.1 — Limites infinies en \(+\infty\)
Pour une fonction définie pour toutes les entrées suffisamment grandes :
\(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}f(x)=+\infty\) signifie que, quel que soit le niveau réel \(A\) fixé, toutes les images finissent par être supérieures à \(A\) ;
\(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}f(x)=-\infty\) signifie que, quel que soit le niveau réel \(A\) fixé, toutes les images finissent par être inférieures à \(A\).
Dans les deux cas, « finissent par » signifie : pour toutes les entrées au-delà d’un seuil convenable, qui peut dépendre de \(A\).
Définition 4.2 — Limites infinies en \(-\infty\)
Les définitions sont identiques pour les images, mais on prend cette fois toutes les entrées inférieures à un seuil suffisamment négatif :
pour une limite \(+\infty\), les images dépassent tout niveau fixé ;
pour une limite \(-\infty\), elles passent sous tout niveau fixé.
| La variable | Les images vers \(+\infty\) | Les images vers \(-\infty\) |
|---|---|---|
| \(x\to+\infty\) | Entrées à droite ; images arbitrairement hautes | Entrées à droite ; images arbitrairement basses |
| \(x\to-\infty\) | Entrées à gauche ; images arbitrairement hautes | Entrées à gauche ; images arbitrairement basses |
Ce tableau organise les directions ; il ne donne pas encore une règle de calcul. Il n’existe pas de règle imposant aux images le même signe d’infini qu’à la variable.
Lecture de la figure. Pour \(f(x)=x^2\), les images deviennent grandes aussi bien lorsque \(x\) part vers la droite que lorsqu’il part vers la gauche. Pour \(g(x)=-x^2\), les deux branches descendent. Les flèches sur les axes ne doivent pas être confondues avec les comportements des images.
Passer du dessin à une garantie
Exemple 4.1 — Une fonction affine aux deux infinis
Soit \(p(x)=7-3x\), définie sur \(\mathbb{R}\).
Quand \(x\to+\infty\). On veut prouver que les images deviennent arbitrairement négatives. Fixons un niveau réel \(A\). On résout \[\begin{align*} p(x)<A &\iff 7-3x<A\\ &\iff -3x<A-7\\ &\iff x>\frac{7-A}{3}. \end{align*}\] La division par \(-3\) inverse le sens de l’inégalité. Toutes les entrées après ce seuil satisfont la demande, quel que soit \(A\). Donc \(p(x)\to-\infty\) en \(+\infty\).
Quand \(x\to-\infty\). Pour dépasser un niveau \(A\), on résout \[\begin{align*} p(x)>A &\iff 7-3x>A\\ &\iff -3x>A-7\\ &\iff x<\frac{7-A}{3}. \end{align*}\] Toutes les entrées suffisamment négatives conviennent. Ainsi \(p(x)\to+\infty\) en \(-\infty\).
Contrôle concret. Pour avoir \(p(x)<-1\,000\), il suffit de prendre \(x>1007/3\). Pour avoir \(p(x)>1\,000\), il suffit de prendre \(x<-331\). Les seuils donnent des garanties, pas seulement quelques images favorables.
Exemple 4.2 — Un carré aux entrées négatives
Montrons que \(x^2\to+\infty\) lorsque \(x\to-\infty\).
Pour dépasser un niveau positif \(A\), il suffit d’avoir \(|x|>\sqrt A\). Dans la direction négative, cela s’écrit \(x<-\sqrt A\). On a alors \(-x>\sqrt A\ge0\), donc, en élevant deux nombres positifs au carré, \[x^2=(-x)^2>A.\] Tout niveau positif peut ainsi être dépassé. Les niveaux négatifs sont également dépassés, puisque \(x^2\ge0\). Cela prouve la limite annoncée.
Attention : on n’a pas élevé directement au carré l’inégalité \(x<-\sqrt A\) en gardant son sens. Le carré n’est pas croissant sur les nombres négatifs ; le passage par \(-x\) ou \(|x|\) évite cette erreur.
Exemple 4.3 — Des images négatives dont la grandeur augmente
Considérons \(r(x)=-x^3\) lorsque \(x\to+\infty\). Pour \(x\ge1\), on a \(x^3\ge x\), donc \(-x^3\le-x\).
Fixons un niveau réel \(A\). Si \(x>\max(1,-A)\), alors \(-x<A\) et donc \[r(x)=-x^3\le-x<A.\] Toutes les images sont alors sous le niveau demandé. On a bien \(r(x)\to-\infty\). Le raisonnement n’a pas consisté à remplacer \(x\) par un « nombre infini » : on a construit une condition sur les entrées.
Approfondissement de lecture — les seuils en notation compacte
La phrase \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=+\infty\) se formalise ainsi : pour tout réel \(A\), il existe un réel \(M\) tel que, pour toutes les entrées du domaine, \(x>M\) entraîne \(f(x)>A\).
Pour \(x\to-\infty\), on remplace la condition \(x>M\) par \(x<M\). Pour une limite \(-\infty\), on remplace la conclusion \(f(x)>A\) par \(f(x)<A\).
Cette écriture n’est pas une nouvelle méthode à appliquer mécaniquement partout. Elle précise les trois points essentiels : tout niveau, un seuil adapté, toutes les entrées au-delà dans la bonne direction.
À toi 4.2 — Construire puis interpréter deux seuils
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Soit \(a(x)=4x-9\), définie sur \(\mathbb{R}\).
Trouver un seuil garantissant \(a(x)>500\).
Trouver un seuil négatif garantissant \(a(x)<-500\).
Reprendre avec un niveau \(A\) quelconque et conclure aux deux infinis.
Indication : isoler \(x\) dans les inégalités ; une division par \(4>0\) conserve leur sens.
Correction expliquée.
Pour la première demande, \[4x-9>500\iff4x>509\iff x>\frac{509}{4}.\] Toutes ces entrées donnent des images strictement supérieures à \(500\).
Pour la seconde, \[4x-9<-500\iff4x<-491\iff x<-\frac{491}{4}.\] Le seuil est bien négatif et toutes les entrées plus négatives conviennent.
Pour un niveau réel \(A\), les conditions sont respectivement \(x>(A+9)/4\) pour \(a(x)>A\), et \(x<(A+9)/4\) pour \(a(x)<A\). Ainsi \[\lim_{x\to+\infty}a(x)=+\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}a(x)=-\infty.\] L’information complète comporte l’extrémité étudiée et le comportement des images.
Ce qu’une limite infinie n’exige pas
Exemple 4.4 — Une fonction peut tendre vers \(+\infty\) sans être croissante
Sur \([0;+\infty[\), prenons \(b(x)=x+2\sin x\). Le seul encadrement utile est \(-1\le\sin x\le1\), donc \[x-2\le b(x)\le x+2.\] Pour garantir \(b(x)>A\), il suffit d’exiger \(x-2>A\), donc \(x>A+2\). La fonction tend ainsi vers \(+\infty\).
Pourtant, elle ne croît pas tout le temps. Aux entrées \(s=\pi/2+2n\pi\) et \(t=3\pi/2+2n\pi\), avec \(n\) entier positif ou nul, on a \(s<t\), mais \[b(t)-b(s)=(t-2)-(s+2)=\pi-4<0.\] On a utilisé \(\sin s=1\), \(\sin t=-1\) et \(\pi<4\). Il existe donc des descentes aussi loin que l’on veut, sans empêcher le dépassement définitif de chaque niveau fixé.
Lecture de la figure. La courbe de \(x+2\sin x\) est située entre les droites \(y=x-2\) et \(y=x+2\). Elle peut descendre sur certains intervalles, mais la borne inférieure \(x-2\) finit par dépasser n’importe quel niveau fixé.
Définition 4.3 — Être non majorée n’est pas encore tendre vers \(+\infty\)
Une fonction est non majorée sur son domaine si aucun réel ne domine toutes ses images : pour tout réel \(A\), il existe au moins une entrée dont l’image dépasse \(A\).
Pour une limite \(+\infty\) en \(+\infty\), il faut beaucoup plus : toutes les entrées suffisamment grandes doivent donner une image supérieure à \(A\).
Exemple 4.5 — Très hauts sommets, mais retours à un même niveau
Sur \([0;+\infty[\), soit \(c(x)=1+x(1+\sin x)\). Comme \(1+\sin x\ge0\), cette fonction est toujours positive.
Pour \(x=\pi/2+2n\pi\), le sinus vaut \(1\) et \(c(x)=1+2x\) : ces images sont aussi grandes que l’on veut. La fonction est non majorée.
Mais pour \(x=3\pi/2+2n\pi\), le sinus vaut \(-1\) et \(c(x)=1\). Ces entrées sont elles aussi aussi grandes que l’on veut. Il n’existe donc aucun seuil après lequel toutes les images dépassent \(2\). La fonction ne tend pas vers \(+\infty\).
Cet exemple distingue trois affirmations : « les images sont positives », « certaines images sont très grandes » et « toutes les images finissent par dépasser chaque niveau ». Seule la troisième est la définition recherchée.
Réparer une erreur de signe
À toi 4.3 — Une inégalité mal résolue
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(d(x)=-2x+1\), un élève écrit : « \(d(x)>100\) équivaut à \(x>49{,}5\) ; donc \(d(x)\to+\infty\) en \(+\infty\). »
Refaire les deux transformations et localiser l’erreur.
Vérifier le résultat avec une entrée choisie de chaque côté du seuil.
Nouvel essai : résoudre \(-5x+2<-20\), puis expliquer ce que cette condition contrôle.
Correction expliquée.
On part de \[-2x+1>100\iff-2x>99\iff x<-\frac{99}{2}=-49{,}5.\] L’élève a oublié d’inverser le sens en divisant par le nombre négatif \(-2\), et a aussi perdu le signe du seuil. Pour \(x=-50\), on a \(d(-50)=101>100\). Pour \(x=50\), on a \(d(50)=-99\), ce qui ne convient pas. Ces contrôles démasquent l’erreur ; la résolution de l’inégalité établit le résultat général.
Pour le nouvel essai, \[-5x+2<-20\iff-5x<-22\iff x>\frac{22}{5}.\] Toutes les entrées supérieures à \(22/5\) produisent une image inférieure à \(-20\). Cela contrôle un niveau précis. Pour prouver une limite \(-\infty\), il faudrait pouvoir contrôler de la même façon un niveau arbitraire, ce qui est bien possible ici.
À toi 4.4 — Rédiger sans modèle de résolution
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudier \(j(x)=10-x^2\) quand \(x\to-\infty\). Une réponse « le carré domine » ne suffit pas à ce stade : donner un seuil assurant \(j(x)<-90\), puis expliquer comment passer sous tout niveau réel \(A\).
Correction expliquée.
La demande \(10-x^2<-90\) équivaut à \(x^2>100\). Dans la direction négative, \(x<-10\) suffit.
Pour un niveau quelconque \(A\), on veut \(x^2>10-A\). Si \(A\le10\), choisir \(x<-\sqrt{10-A}-1\) est une condition suffisante : alors \(|x|>\sqrt{10-A}\) et \(x^2>10-A\). Si \(A>10\), toute entrée convient déjà puisque \(10-x^2\le10<A\).
On peut donc répondre à chaque niveau par un seuil suffisamment négatif. Ainsi \(\lim_{x\to-\infty}(10-x^2)=-\infty\).
Critères : la preuve traite la direction négative, justifie le signe du résultat et contrôle toutes les entrées après un seuil dans cette direction. Elle ne conclut pas à partir d’une seule image.
Correction expliquée.
Lorsque \(x\to-\infty\), les images tendent vers \(+\infty\) ; lorsque \(x\to+\infty\), elles tendent vers \(-\infty\). En effet, pour chaque niveau \(A\), les conditions respectives sont \(x<(3-A)/2\) et \(x>(3-A)/2\).
Pour les niveaux demandés, \[3-2x>1\,003\iff-2x>1\,000\iff x<-500,\] et \[3-2x<-997\iff-2x<-1\,000\iff x>500.\] Les deux sens d’inégalité viennent de la division par \(-2\).
5. Une limite finie en un point : proximité, côtés et valeur isolée
Pour démarrer.
Le domaine indique quelles entrées sont autorisées. Étudier une limite en \(a\) demande des entrées du domaine aussi proches de \(a\) que l’on veut. Une limite à gauche utilise \(x<a\) ; une limite à droite utilise \(x>a\). Ces signes décrivent les entrées et non les images.
À toi 5.1 — Un point interdit empêche-t-il de s’en approcher ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Soit \(f(x)=\dfrac{x^2-9}{x-3}\), définie pour \(x\ne3\).
Factoriser \(x^2-9\) et simplifier \(f(x)\) sur son domaine.
Calculer \(f(2{,}9)\) et \(f(3{,}1)\).
Peut-on calculer \(f(3)\) ? Peut-on néanmoins étudier le comportement des images autour de \(3\) ?
Correction expliquée.
L’identité \((x-3)(x+3)=x^2-9\) donne, pour \(x\ne3\), \[f(x)=\frac{(x-3)(x+3)}{x-3}=x+3.\] La simplification est autorisée parce que le facteur \(x-3\) est non nul sur le domaine. On obtient donc \(f(2{,}9)=5{,}9\) et \(f(3{,}1)=6{,}1\).
L’image \(f(3)\) n’existe pas dans la fonction initiale, car son dénominateur y est nul. Mais les entrées proches de \(3\), différentes de \(3\), sont autorisées. Leurs images semblent se rapprocher de \(6\). La limite porte précisément sur ce comportement voisin, et non sur une division par zéro.
Une convention explicitée avant de l’utiliser
Définition 5.1 — Limite finie en un réel \(a\)
Dans ce document, on considère la limite en \(a\) pour \(x\) distinct de \(a\), à l’intérieur du domaine. Dire que \[\lim_{x\to a}f(x)=L\] signifie que l’on peut rendre toutes les images aussi proches de \(L\) que l’on veut en prenant toutes les entrées du domaine assez proches de \(a\), mais différentes de \(a\).
La précision sur les images est imposée d’abord ; on choisit ensuite une proximité suffisante des entrées. On suppose que le domaine permet effectivement cette approche.
Cette convention est dite épointée, car le point \(a\) lui-même n’intervient pas dans la condition. Elle permet de parler d’une limite quand \(f(a)\) n’existe pas, et de séparer clairement une limite de la valeur éventuellement attribuée au point. Les exemples et théorèmes de ce cours utilisent tous cette même convention.
Exemple 5.1 — Une fonction affine : mesurer les deux distances
Pour \(p(x)=2x+1\), étudions les images lorsque \(x\to3\). Le candidat est \(7\). La différence se simplifie exactement : \[p(x)-7=2x+1-7=2x-6=2(x-3).\] La distance de l’image à \(7\) est donc \[|p(x)-7|=2|x-3|.\] Pour obtenir une distance à \(7\) inférieure à \(0{,}1\), il suffit que \(|x-3|<0{,}05\). Pour une précision dix fois plus petite sur l’image, on choisit une proximité dix fois plus forte de l’entrée.
Plus généralement, toute précision positive sur l’image est garantie dès que la distance de \(x\) à \(3\) est inférieure à la moitié de cette précision. Cela prouve \(\lim_{x\to3}p(x)=7\).
L’image \(p(3)\) vaut également \(7\), mais la preuve de limite vient de la relation entre les distances, pas de la seule existence de cette image.
Approfondissement de lecture — deux précisions, deux rôles
Une écriture précise de la définition est : pour toute précision \(\varepsilon>0\), il existe un rayon \(\delta>0\) tel que \[x\in D_f\ \text{et}\ 0<|x-a|<\delta \quad\Longrightarrow\quad |f(x)-L|<\varepsilon.\] \(\varepsilon\) règle la précision voulue sur les images ; \(\delta\) règle la proximité suffisante des entrées. Le signe \(0<|x-a|\) exclut \(x=a\).
Dans l’exemple \(p(x)=2x+1\) en \(3\), choisir \(\delta=\varepsilon/2\) convient. Comprendre cette écriture approfondit le sens de « suffisamment proche » ; sa manipulation générale n’est pas nécessaire pour tous les calculs usuels de Terminale.
Exemple 5.2 — Un carré : contrôler aussi le facteur qui reste
Pour prouver \(\lim_{x\to2}x^2=4\), on calcule \[x^2-4=(x-2)(x+2).\] On peut vérifier la factorisation en développant : \[(x-2)(x+2)=x^2+2x-2x-4=x^2-4.\] Si l’entrée est à moins de \(1\) de \(2\), alors \(1<x<3\), donc \(3<x+2<5\). Par conséquent, \[|x^2-4|=|x-2|\,|x+2|<5|x-2|.\] Pour obtenir une précision donnée sur l’image, il suffit de demander que la distance \(|x-2|\) soit à la fois inférieure à \(1\) et inférieure au cinquième de cette précision. Les deux conditions peuvent toujours être satisfaites ensemble.
Le premier contrôle, \(|x-2|<1\), évite de laisser le facteur \(x+2\) grandir sans contrôle. Le second réduit effectivement l’écart recherché. En notation approfondie, \(\delta=\min(1,\varepsilon/5)\) convient.
Une limite peut exister sans image au point
Exemple 5.3 — Le quotient initial a un trou, mais une limite
Reprenons \(f(x)=(x^2-9)/(x-3)\) sur \(\mathbb{R}\setminus\{3\}\). Pour chaque entrée autorisée, \(f(x)=x+3\), donc \[|f(x)-6|=|x+3-6|=|x-3|.\] Toute précision sur l’image est garantie par la même précision sur l’entrée. Ainsi \[\lim_{x\to3}\frac{x^2-9}{x-3}=6.\] On n’a pas donné une valeur à une expression indéfinie. On a utilisé une égalité valable pour toutes les entrées voisines, différentes de \(3\).
Lecture de la figure. La courbe du quotient coïncide avec la droite \(y=x+3\), sauf au point \((3;6)\), qui est absent. À gauche comme à droite, les images se rapprochent de \(6\). Le cercle vide signale l’absence d’image en \(3\), pas l’absence de limite.
Exemple 5.4 — La valeur au point peut être différente de la limite
Définissons \(g\) sur \(\mathbb{R}\) par \[g(x)=\begin{cases} x+3,&x\ne3,\\ 100,&x=3. \end{cases}\] Pour \(x\ne3\), on a encore \(|g(x)-6|=|x-3|\). La définition épointée donne donc \(\lim_{x\to3}g(x)=6\), alors que \(g(3)=100\).
La limite dépend du comportement voisin. L’image \(g(3)\) dépend de la valeur choisie exactement au point. Modifier cette seule valeur ne change pas la limite, dans la convention adoptée ici.
Lecture de la figure. Pour une autre fonction, les images voisines de \(2\) sont données par \(x+1\) et tendent vers \(3\). Le cercle vide est en \((2;3)\) ; le point plein est en \((2;5)\) et donne l’image \(f(2)=5\). Le niveau approché est \(3\), la valeur au point est \(5\).
À gauche et à droite : deux questions distinctes
Définition 5.2 — Limites latérales
La limite \(\lim_{x\to a^-}f(x)\) utilise uniquement les entrées du domaine avec \(x<a\). La limite \(\lim_{x\to a^+}f(x)\) utilise uniquement celles avec \(x>a\).
Il faut que le côté considéré contienne des entrées autorisées aussi proches de \(a\) que l’on veut. À une borne du domaine, un seul côté peut être disponible.
Théorème 5.3 — Rassembler deux limites latérales finies
Supposons que le domaine permette l’approche de \(a\) des deux côtés. Pour un réel \(L\), on a \[\lim_{x\to a}f(x)=L \quad\Longleftrightarrow\quad \lim_{x\to a^-}f(x)=L\ \text{et}\ \lim_{x\to a^+}f(x)=L.\] Les deux limites latérales doivent être le même nombre.
Démonstration.
Si toutes les images d’entrées suffisamment proches de \(a\), différentes de \(a\), sont proches de \(L\), cette propriété reste vraie lorsqu’on ne garde que les entrées de gauche, ou seulement celles de droite. Cela prouve le sens direct.
Réciproquement, imposons une précision sur les images. La limite à gauche fournit une proximité suffisante des entrées de gauche ; la limite à droite en fournit une pour les entrées de droite. Prenons le plus petit des deux rayons de proximité. Toute entrée du domaine située à cette distance de \(a\), mais différente de \(a\), est soit à gauche, soit à droite : dans les deux cas, son image satisfait la précision demandée. On a donc la limite sans restriction de côté.
\(\square\)
Exemple 5.5 — Une fonction par morceaux présente un saut
Soit \[p(x)=\begin{cases} x+1,&x<0,\\ x+2,&x\ge0. \end{cases}\] À gauche de \(0\), la formule à utiliser est \(x+1\). La distance de l’image à \(1\) vaut \(|x|\), donc la limite à gauche vaut \(1\).
À droite de \(0\), la formule est \(x+2\). La distance de l’image à \(2\) vaut \(|x|\), donc la limite à droite vaut \(2\).
Les deux résultats sont différents. Il n’y a pas de limite finie commune en \(0\). La valeur \(p(0)=2\), donnée par la seconde ligne, ne supprime pas cette différence. Les images restent d’ailleurs bornées près de \(0\), donc aucune limite infinie ne peut remplacer la limite finie absente.
Exemple 5.6 — Un seul côté existe dans le domaine
Pour \(s(x)=\sqrt x\), le domaine est \([0;+\infty[\). Si \(0<x<0{,}01\), alors \(0<\sqrt x<0{,}1\). Plus généralement, pour rendre \(\sqrt x\) inférieur à une précision positive, il suffit de prendre \(x\) inférieur au carré de cette précision.
Ainsi \(\lim_{x\to0^+}\sqrt x=0\). Il n’y a pas d’approche par la gauche dans le domaine réel. Si l’on écrit \(\lim_{x\to0}\sqrt x=0\) en restant dans le domaine, cela désigne ici cette seule approche disponible ; cela ne crée pas une limite à gauche.
À toi 5.2 — Un essai guidé avec valeur absolue
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudier \(v(x)=\dfrac{|x-1|}{x-1}\) en \(1\).
Donner le domaine.
Écrire \(|x-1|\) sans valeur absolue pour \(x<1\), puis pour \(x>1\).
Calculer les deux limites latérales et décider s’il existe une limite commune.
Indication : \(|t|=-t\) si \(t<0\), et \(|t|=t\) si \(t>0\).
Correction expliquée.
Le dénominateur interdit \(x=1\), donc \(D_v=\mathbb{R}\setminus\{1\}\).
Si \(x<1\), alors \(x-1<0\) et \(|x-1|=-(x-1)\). Ainsi \[v(x)=\frac{-(x-1)}{x-1}=-1.\] La fonction est constante à gauche : sa limite à gauche vaut \(-1\).
Si \(x>1\), alors \(|x-1|=x-1\) et \(v(x)=1\). Sa limite à droite vaut \(1\). Les deux côtés donnent des nombres différents ; il n’y a donc pas de limite commune en \(1\). L’erreur à éviter est de remplacer partout \(|x-1|\) par \(x-1\), ce qui ferait disparaître artificiellement le côté gauche.
Réparer « je remplace, donc j’ai la limite »
Piège — L’existence de l’image ne suffit pas
Pour beaucoup de fonctions usuelles, la limite en un point de leur domaine coïncide avec l’image. Mais ce n’est pas une conséquence de la seule définition d’une fonction. Une formule par morceaux ou une valeur isolée exige de regarder réellement les images voisines.
Réciproquement, l’absence d’image au point n’interdit pas une limite finie : le quotient simplifié au début de cette unité en fournit un exemple démontré.
À toi 5.3 — Une petite réparation, puis un nouvel essai
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On pose \(h(x)=4\) si \(x\ne1\), et \(h(1)=9\). Un élève conclut que la limite en \(1\) vaut \(9\).
Expliquer la cause de l’erreur et donner la limite correcte.
Nouvel essai : \(r(x)=3x-2\) si \(x\ne2\), et \(r(2)=10\). Déterminer la limite en \(2\) en contrôlant l’écart au nombre proposé.
Quel nombre faudrait-il attribuer à \(r(2)\) pour que la valeur au point égale la limite ?
Correction expliquée.
L’élève a lu l’image au point au lieu des images voisines. Pour chaque \(x\ne1\), on a \(|h(x)-4|=0\). Ces images sont donc à toute précision de \(4\), quelle que soit la proximité imposée. La limite en \(1\) vaut \(4\), pas \(9\).
Pour le nouvel essai, lorsque \(x\ne2\), \[r(x)-4=3x-2-4=3x-6=3(x-2),\] donc \(|r(x)-4|=3|x-2|\). Pour toute précision sur l’image, prendre l’entrée à moins du tiers de cette précision de \(2\) suffit. La limite en \(2\) vaut \(4\), tandis que \(r(2)=10\).
Attribuer la valeur \(4\) au point \(2\) ferait coïncider la valeur et la limite. Cela ne changerait aucune image voisine ni la limite déjà obtenue.
À toi 5.4 — Choisir la bonne formule de chaque côté
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On définit \(u\) sur \(\mathbb{R}\) par \(u(x)=2x+1\) pour \(x<2\), \(u(2)=-8\) et \(u(x)=x+3\) pour \(x>2\). Déterminer les limites latérales en \(2\), puis la limite en \(2\). Expliquer pourquoi l’image \(u(2)\) ne figure pas dans le calcul des limites latérales.
Correction expliquée.
Pour \(x<2\), on a \(|u(x)-5|=|2x+1-5|=2|x-2|\). Les images de gauche tendent donc vers \(5\).
Pour \(x>2\), on a \(|u(x)-5|=|x+3-5|=|x-2|\). Les images de droite tendent aussi vers \(5\).
Les deux limites étant égales, le théorème d’assemblage donne \(\lim_{x\to2}u(x)=5\). La valeur \(u(2)=-8\) n’intervient pas : les approches latérales utilisent des entrées strictement inférieures ou supérieures à \(2\), jamais l’entrée \(2\) elle-même.
Critères : choisir une formule par côté, justifier chaque valeur limite et comparer les deux résultats avant de conclure. La seule lecture de la valeur isolée ne suffit pas.
Correction expliquée.
L’identité \(x^2-1=(x-1)(x+1)\) donne, pour \(x\ne-1\), \(w(x)=x-1\). La distance au candidat \(-2\) vaut \[|w(x)-(-2)|=|x-1+2|=|x+1|.\] Elle devient aussi petite que souhaité lorsque \(x\) se rapproche de \(-1\). La limite vaut donc \(-2\), des deux côtés. Ajouter \(w(-1)=7\) changerait le domaine et la valeur au point, mais pas les images voisines : la limite resterait \(-2\) selon la convention épointée de ce cours.
6. Une limite infinie en un point et les asymptotes verticales
Pour démarrer.
On travaille toujours dans le domaine, avec \(x\ne a\) pour une limite en \(a\). Le côté gauche signifie \(x<a\) ; le côté droit signifie \(x>a\). Ici l’entrée reste proche d’un nombre fini, tandis que les images peuvent devenir arbitrairement grandes ou négatives.
À toi 6.1 — Le dénominateur se rapproche de zéro : regarder le signe
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calculer \(1/(x-2)\) pour \(x=1{,}9\), \(1{,}99\), \(2{,}1\) et \(2{,}01\). Comparer les comportements suggérés à gauche et à droite de \(2\). Pourquoi ne faut-il pas écrire directement « la limite est l’infini » sans signe ni côté ?
Correction expliquée.
Les images sont respectivement \(-10\), \(-100\), \(10\) et \(100\). À gauche de \(2\), les dénominateurs sont négatifs ; à droite, ils sont positifs. Les images semblent donc partir vers deux directions opposées : \(-\infty\) à gauche et \(+\infty\) à droite.
Le mot « infini » seul efface cette différence. Les calculs suggèrent les conclusions ; pour les prouver, il faut montrer que toutes les entrées suffisamment proches, du côté choisi, produisent des images au-delà du niveau demandé.
Dépasser un niveau en rapprochant l’entrée
Définition 6.1 — Limite infinie en un point
Dire que \(\displaystyle\lim_{x\to a}f(x)=+\infty\) signifie que, quel que soit le niveau réel \(A\) fixé, toutes les images deviennent supérieures à \(A\) lorsque les entrées du domaine sont suffisamment proches de \(a\), mais différentes de \(a\).
Pour \(\displaystyle\lim_{x\to a}f(x)=-\infty\), on demande que toutes ces images deviennent inférieures à \(A\).
Les limites \(x\to a^-\) et \(x\to a^+\) utilisent la même définition en ne gardant que les entrées du côté indiqué. L’approche doit être possible dans le domaine.
Pour prouver une limite \(+\infty\), il suffit de pouvoir dépasser tout niveau positif : un niveau négatif sera lui aussi dépassé. Pour une limite \(-\infty\), il suffit de pouvoir descendre sous \(-A\) pour tout \(A>0\).
Exemple 6.1 — La fonction inverse près de zéro, avec une preuve
La fonction \(x\mapsto1/x\) est définie pour \(x\ne0\).
À droite de \(0\). Fixons un niveau \(A>0\). Si \(0<x<1/A\), les nombres sont positifs et l’inversion renverse leur ordre : \(1/x>A\). On peut donc dépasser tout niveau en se rapprochant suffisamment de \(0\) par la droite. Ainsi \[\lim_{x\to0^+}\frac1x=+\infty.\] À gauche de \(0\). Écrivons \(x=-t\) avec \(t>0\). Lorsque \(x\) se rapproche de \(0\) par la gauche, \(t\) se rapproche de \(0\) par la droite. Si \(0<t<1/A\), alors \(1/x=-1/t<-A\). Donc \[\lim_{x\to0^-}\frac1x=-\infty.\] Le nombre \(0\) n’est jamais une entrée autorisée. Les expressions « zéro par valeurs positives » et « zéro par valeurs négatives » décrivent le signe des dénominateurs proches de zéro, pas deux nouveaux nombres par lesquels on pourrait diviser.
Lecture de la figure. La branche de gauche de \(1/x\) descend lorsque \(x\) approche \(0\) ; celle de droite monte. Le tracé est séparé à l’abscisse interdite \(0\). On ne relie pas les deux branches par un segment vertical : ce segment ne fait pas partie de la courbe.
Exemple 6.2 — Un carré donne le même signe des deux côtés
Pour \(x\ne0\), le nombre \(x^2\) est strictement positif. Fixons un niveau \(A>0\). Si \[0<|x|<\frac1{\sqrt A},\] alors \(0<x^2<1/A\), donc \(1/x^2>A\). La condition ne dépend pas du côté. On a donc \[\lim_{x\to0^-}\frac1{x^2}=+\infty, \qquad \lim_{x\to0^+}\frac1{x^2}=+\infty, \qquad \lim_{x\to0}\frac1{x^2}=+\infty.\] La présence du carré change le signe à gauche, même si le dénominateur se rapproche encore de zéro.
Lecture de la figure. Les deux branches de \(1/x^2\) montent près de \(0\). La limite sans restriction de côté vaut donc \(+\infty\). Le graphe de \(1/x\) et celui de \(1/x^2\) ne se distinguent pas seulement par une forme : leurs limites à gauche de \(0\) sont différentes.
Proposition 6.2 — Assembler des limites latérales infinies
Lorsque les deux approches de \(a\) sont possibles, la limite sans restriction de côté vaut \(+\infty\) si et seulement si les deux limites latérales valent \(+\infty\). Le même énoncé vaut pour \(-\infty\).
Si les deux limites latérales sont différentes, par exemple \(-\infty\) et \(+\infty\), elles ne constituent pas une limite commune en \(a\).
Démonstration.
Si une condition sur les images vaut pour toutes les entrées suffisamment proches de \(a\), elle vaut en particulier en ne conservant qu’un des côtés.
Réciproquement, pour un niveau fixé, chaque limite latérale fournit un rayon de proximité suffisant. Choisir le plus petit des deux rayons assure simultanément la condition à gauche et à droite. Toutes les entrées proches de \(a\), différentes de \(a\), sont alors couvertes. C’est la définition de la limite sans restriction de côté.
\(\square\)
Une asymptote verticale est une droite, pas une valeur
Définition 6.3 — Asymptote verticale
La droite d’équation \(x=a\) est une asymptote verticale à la courbe de \(f\) si au moins une approche admissible de \(a\) donne une limite \(+\infty\) ou \(-\infty\).
On précise la ou les limites qui justifient cette affirmation. Une limite infinie d’un seul côté suffit ; les deux côtés peuvent aussi donner des signes opposés.
Les courbes de \(1/x\) et de \(1/x^2\) ont toutes deux l’asymptote verticale \(x=0\). Pour la première, il n’y a pas de limite commune en \(0\) ; pour la seconde, il y a la limite commune \(+\infty\). Une asymptote verticale n’exige donc pas une limite bilatérale unique.
Exemple 6.3 — Un quotient dont le numérateur ne disparaît pas
Considérons \(f(x)=x/(x-1)\), de domaine \(\mathbb{R}\setminus\{1\}\). Pour \(x\ne1\), \[x=(x-1)+1 \quad\Longrightarrow\quad f(x)=1+\frac1{x-1}.\] À droite de \(1\). Le nombre \(x-1\) est positif et se rapproche de \(0\). Son inverse devient arbitrairement grand, donc \(f(x)\to+\infty\). Pour une garantie concrète, \[1+\frac1{x-1}>100 \iff \frac1{x-1}>99 \iff 0<x-1<\frac1{99}.\] À gauche de \(1\). Posons \(t=1-x>0\). On a \(x-1=-t\), donc \(f(x)=1-1/t\). Pour obtenir \(f(x)<-100\), \[1-\frac1t<-100 \iff \frac1t>101 \iff 0<t<\frac1{101}.\] Le même calcul fonctionne pour tout niveau négatif imposé : \(f(x)\to-\infty\) en \(1^-\).
La droite \(x=1\) est une asymptote verticale. Les deux limites latérales différentes interdisent une limite commune en \(1\).
Exemple 6.4 — Un seul côté est disponible
Soit \(g(x)=1/\sqrt{4-x}\). La racine doit être définie et le dénominateur non nul : \(4-x>0\). Le domaine est donc \(]-\infty;4[\).
L’approche de \(4\) est uniquement une approche par la gauche. Pour un niveau \(A>0\), demander \[0<4-x<\frac1{A^2}\] assure \(0<\sqrt{4-x}<1/A\), puis \(g(x)>A\). Ainsi \[\lim_{x\to4^-}\frac1{\sqrt{4-x}}=+\infty.\] La droite \(x=4\) est une asymptote verticale. Aucune étude à droite de \(4\) n’est requise ni possible dans le domaine réel de cette fonction.
Organiser l’étude des signes au voisinage
Méthode — Un dénominateur qui s’annule : les contrôles indispensables
Déterminer les côtés autorisés par le domaine.
Examiner aussi le numérateur : il ne suffit pas de constater que le dénominateur tend vers zéro.
Factoriser si cela rend les signes visibles, sans simplifier par un facteur nul au point lui-même.
Déterminer le signe de chaque facteur de chaque côté.
Justifier que la grandeur de l’inverse devient arbitrairement grande, puis conclure avec un signe et un côté.
Donner l’équation \(x=a\) de l’asymptote, lorsque la définition s’applique.
À toi 6.2 — Deux facteurs : un seul change de signe près du point
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudier \(h(x)=1/(x^2-4)\) en \(2^-\) et en \(2^+\).
Factoriser \(x^2-4\) et donner le domaine de \(h\).
Sur l’intervalle \(]1;3[\), quel est le signe de \(x+2\) ? Quel facteur décide alors du signe du produit ?
Donner les limites latérales et l’asymptote éventuelle.
Indication pour approfondir la preuve : sur cet intervalle, \(3<x+2<5\). Utiliser cette borne pour contrôler la taille de \(x^2-4\) près de \(2\).
Correction expliquée.
L’identité \(x^2-4=(x-2)(x+2)\) donne le domaine \(D_h=\mathbb{R}\setminus\{-2;2\}\).
Pour \(1<x<3\), le facteur \(x+2\) est compris entre \(3\) et \(5\), donc strictement positif. Le signe du dénominateur est alors le signe de \(x-2\) : négatif à gauche de \(2\), positif à droite.
Voici un contrôle de sa taille, pour ne pas limiter la justification au signe. Fixons \(A>0\). Si \[0<|x-2|<\min\left(1,\frac1{5A}\right),\] alors \(1<x<3\) et \[0<|x^2-4|=|x-2|\,|x+2|<\frac1{5A}\times5=\frac1A.\] Il en résulte \(|h(x)|>A\). En tenant compte du signe, les images sont inférieures à \(-A\) à gauche et supérieures à \(A\) à droite. Donc \[\lim_{x\to2^-}h(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to2^+}h(x)=+\infty.\] La droite \(x=2\) est une asymptote verticale. Il n’y a pas de limite commune en \(2\).
Un point interdit n’est pas automatiquement une asymptote
Exemple 6.5 — Même point interdit, mais limite finie
Pour \(x\ne2\), \[k(x)=\frac{x^2-4}{x-2} =\frac{(x-2)(x+2)}{x-2} =x+2.\] La distance de \(k(x)\) à \(4\) est \(|x-2|\). Ainsi les deux limites latérales en \(2\) valent \(4\). La droite \(x=2\) n’est pas une asymptote verticale : aucune limite infinie n’apparaît.
Le dénominateur initial s’annule pourtant en \(2\). Cette seule observation ne permettait donc pas de conclure.
Exemple 6.6 — Une valeur au point ne supprime pas une divergence voisine
Définissons \(m\) par \(m(x)=1/x\) pour \(x\ne0\) et \(m(0)=7\). Avec la convention de limite pour \(x\ne0\), les limites latérales restent \(-\infty\) à gauche et \(+\infty\) à droite. La droite \(x=0\) reste asymptote verticale au sens de la définition donnée.
Le point isolé \((0;7)\) ne contrôle pas les autres images proches de \(0\). Il serait donc faux d’affirmer qu’une asymptote verticale impose toujours l’absence de valeur au point, pour toute fonction possible.
Exemple 6.7 — Un côté fini, un côté infini
Soit \(n(x)=0\) pour \(x\le0\) et \(n(x)=1/x\) pour \(x>0\). À gauche de \(0\), toutes les images sont nulles : la limite vaut \(0\). À droite, la limite vaut \(+\infty\).
La droite \(x=0\) est une asymptote verticale, car un côté suffit. Il n’existe cependant pas de limite commune en \(0\). Cet exemple distingue la définition d’une asymptote de la condition d’assemblage des limites latérales.
À toi 6.3 — Réparer « un zéro au dénominateur donne l’infini »
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un élève annonce une limite infinie en \(0\) pour \(r(x)=2x/x\), définie pour \(x\ne0\).
Expliquer pourquoi cette conclusion ne découle pas du dénominateur.
Simplifier et donner la limite correcte.
Nouvel essai : étudier \((3x-6)/(x-2)\) en \(2\) et décider si \(x=2\) est une asymptote verticale.
Correction expliquée.
Le numérateur de \(2x/x\) se rapproche lui aussi de zéro. Il faut examiner l’expression entière. Pour \(x\ne0\), la simplification par le facteur non nul \(x\) donne \(r(x)=2\). Les images voisines sont constantes ; la limite en \(0\) vaut \(2\).
Pour le nouvel essai, \(3x-6=3(x-2)\). Pour \(x\ne2\), \[\frac{3x-6}{x-2}=\frac{3(x-2)}{x-2}=3.\] La limite vaut \(3\) des deux côtés. Il n’y a donc pas d’asymptote verticale en \(2\). La réparation consiste à chercher un facteur commun avant de conclure, et non à apprendre que « les dénominateurs nuls ne donnent jamais d’infini » : ce serait l’erreur opposée.
À toi 6.4 — Changer la représentation et retrouver les signes
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Sur \(\mathbb{R}\setminus\{2\}\), étudier les limites en \(2^-\) et \(2^+\) de \[p(x)=-\frac2{2-x}.\] Donner l’asymptote éventuelle. Justifier les deux signes sans recopier ceux de \(1/(x-2)\) avant d’avoir comparé les expressions.
Correction expliquée.
À gauche de \(2\), le dénominateur \(2-x\) est positif et se rapproche de zéro. Le numérateur \(-2\) est négatif, donc le quotient devient arbitrairement négatif : limite \(-\infty\).
À droite de \(2\), le dénominateur est négatif et se rapproche de zéro ; le quotient est positif et devient arbitrairement grand : limite \(+\infty\).
Un contrôle algébrique confirme les deux conclusions : \(2-x=-(x-2)\), donc \(p(x)=2/(x-2)\) pour \(x\ne2\). Pour un niveau \(A>0\), la condition \(0<|x-2|<2/A\) assure \(|p(x)|>A\), puis le signe de \(x-2\) donne le signe de l’image. La droite \(x=2\) est asymptote verticale.
Correction expliquée.
Pour \(x\ne2\), on écrit \(x+1=(x-2)+3\), donc \[q(x)=1+\frac3{x-2}.\] À gauche de \(2\), \(x-2\) est négatif et se rapproche de zéro, donc \(3/(x-2)\) et \(q(x)\) tendent vers \(-\infty\). À droite, les deux tendent vers \(+\infty\).
Pour contrôler la divergence malgré l’ajout de \(1\), fixer \(A>0\) et imposer \(0<|x-2|<3/(A+1)\) assure \(|3/(x-2)|>A+1\). À gauche, \(q(x)<1-(A+1)=-A\) ; à droite, \(q(x)>1+(A+1)>A\).
La droite \(x=2\) est asymptote verticale, mais il n’y a pas de limite commune en \(2\), puisque les côtés donnent des signes opposés.
7. Sécuriser une limite et connaître les fonctions de référence
Pour démarrer.
Une limite concerne toutes les entrées suffisamment proches du point étudié, ou suffisamment loin dans la direction infinie choisie. Au point \(a\), on garde la convention \(x\ne a\). Les résultats de cette unité précisent ce que l’on peut déduire d’une limite, puis établissent les références de puissances et de racine carrée.
Un repérage : quelles conclusions sont réellement garanties ?
À toi 7.1 — Une fonction tend vers \(3\) en \(+\infty\)
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On sait seulement que \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=3\). Les affirmations suivantes sont-elles nécessairement vraies ?
Toutes les images sont positives sur tout le domaine.
Toutes les images sont positives pour les entrées suffisamment grandes.
Toutes les images finissent par être comprises entre \(2\) et \(4\).
La fonction est croissante.
La fonction pourrait avoir aussi la limite \(4\) dans la même direction.
Correction expliquée.
Les affirmations 2 et 3 sont vraies : une précision strictement inférieure à \(1\) autour de \(3\) place toutes les images, à partir d’un seuil, dans l’intervalle \(]2;4[\), donc parmi les nombres positifs.
L’affirmation 1 ne porte pas seulement sur les entrées suffisamment grandes. La limite ne contrôle pas tout le domaine : par exemple, \(3-100/x\) pour \(x>0\) tend vers \(3\), mais prend des valeurs négatives pour certaines petites entrées.
L’affirmation 4 n’est pas garantie. Par exemple, \(3+\sin x/x\) pour \(x\ge1\) tend vers \(3\) grâce à \(|\sin x/x|\le1/x\), tout en passant de part et d’autre de ce niveau.
L’affirmation 5 est fausse : l’unicité est démontrée ci-dessous. Une même approche ne peut pas produire deux destinations différentes au sens des définitions.
Une limite, quand elle existe, est unique
Théorème 7.1 — Unicité de la limite
Pour une même fonction et une même approche admissible, il ne peut pas y avoir deux limites différentes, qu’elles soient finies ou infinies.
Il faut conserver la même approche : ce théorème n’interdit pas deux résultats différents à gauche et à droite d’un point, ni aux deux infinis.
Démonstration.
Deux limites finies distinctes. Supposons que deux réels \(L<K\) soient des limites pour la même approche. Prenons une précision égale au tiers de la distance entre eux, soit \(\varepsilon=(K-L)/3>0\). Les intervalles \[]L-\varepsilon;L+\varepsilon[ \quad\text{et}\quad ]K-\varepsilon;K+\varepsilon[\] sont disjoints, car \(L+\varepsilon<K-\varepsilon\). Les deux définitions obligeraient pourtant toutes les images suffisamment avancées dans la même approche à appartenir aux deux intervalles. C’est impossible.
Pourquoi peut-on satisfaire simultanément les deux proximités ? En \(+\infty\), on prend une entrée après le plus grand des deux seuils ; en \(-\infty\), avant le plus petit ; près d’un point, dans le plus petit des deux rayons. L’approche admissible assure l’existence de telles entrées.
Une limite finie et \(+\infty\). Une limite finie \(L\) impose finalement \(f(x)<L+1\), en choisissant la précision \(1\). Une limite \(+\infty\) impose finalement \(f(x)>L+1\), en choisissant le niveau \(L+1\). Ces deux conditions ne peuvent pas être satisfaites ensemble.
Une limite finie et \(-\infty\). De même, la limite finie impose finalement \(f(x)>L-1\), tandis que la limite \(-\infty\) impose finalement \(f(x)<L-1\) : contradiction.
Les deux limites infinies opposées. La limite \(+\infty\) impose finalement \(f(x)>1\) ; la limite \(-\infty\) impose finalement \(f(x)<-1\). Ces conditions sont incompatibles. Tous les cas de deux destinations différentes sont donc exclus.
\(\square\)
Lecture de la figure. Pour deux nombres distincts \(L\) et \(K\), on choisit des intervalles de précision qui ne se recouvrent pas. Une image ne peut appartenir aux deux. La preuve consiste à imposer simultanément ces deux contraintes assez loin dans la même approche.
Exemple 7.1 — Ce que l’unicité ne mélange pas
Pour \(f(x)=1/x\), la limite en \(0^-\) vaut \(-\infty\) et la limite en \(0^+\) vaut \(+\infty\). Il n’y a aucune contradiction avec l’unicité : les ensembles d’entrées utilisés ne sont pas les mêmes.
En revanche, il serait contradictoire d’annoncer simultanément \(+\infty\) et \(-\infty\) pour la limite en \(0^+\) de cette même fonction. Dans une correction, il faut donc vérifier le point et le côté avant de comparer deux résultats.
Une limite finie contrôle les images localement
Proposition 7.2 — Une fonction ayant une limite finie est localement bornée
Si \(f(x)\) tend vers un réel \(L\) dans une approche, alors les images sont bornées dans cette approche suffisamment près du point, ou suffisamment loin à l’infini.
Plus précisément, on peut assurer \(|f(x)|<|L|+1\) pour toutes les entrées suffisamment avancées dans l’approche.
Démonstration.
La définition permet d’imposer \(|f(x)-L|<1\). L’inégalité triangulaire donne alors \[|f(x)|=|f(x)-L+L| \le|f(x)-L|+|L| <1+|L|.\] Cette borne porte sur toutes les entrées concernées par la condition de proximité, pas nécessairement sur tout le domaine.
\(\square\)
Exemple 7.2 — Ni réciproque, ni contrôle de tout le domaine
La fonction \(f(x)=|x|/x\), définie pour \(x\ne0\), vérifie toujours \(|f(x)|=1\). Elle est bornée près de \(0\), mais sa limite à gauche vaut \(-1\) et celle à droite vaut \(1\). Elle n’a donc pas de limite commune en \(0\). Être bornée ne suffit pas pour avoir une limite finie.
Dans l’autre sens, \(1/x\) tend vers \(0\) en \(+\infty\), mais ses images sont arbitrairement grandes au voisinage de \(0^+\). La limite à une extrémité ne donne pas une borne sur tout le domaine.
Lemme 7.3 — Une limite non nulle impose un signe local et un écart à zéro
Si \(f(x)\to L\) avec \(L\ne0\), alors, suffisamment loin dans l’approche :
\(f(x)\) a le même signe que \(L\) ;
\(|f(x)|>|L|/2\).
Ce lemme sera notamment utile pour sécuriser une division lorsque le dénominateur a une limite non nulle.
Démonstration.
Imposons la précision \(|L|/2\), qui est positive.
Si \(L>0\), la condition \(|f(x)-L|<L/2\) donne \[\frac L2<f(x)<\frac{3L}{2}.\] Les images sont donc positives et leur valeur absolue est supérieure à \(|L|/2\).
Si \(L<0\), on a \(|L|=-L\). La même précision donne \[\frac{3L}{2}<f(x)<\frac L2<0.\] Les images sont négatives et \(|f(x)|=-f(x)>-L/2=|L|/2\). Les deux conclusions sont démontrées.
\(\square\)
Corollaire 7.4 — Une limite non nulle garantit la non-nullité locale
Si \(f(x)\) a une limite réelle non nulle, alors \(f(x)\ne0\) pour toutes les entrées suffisamment avancées dans l’approche. Cela autorise localement l’expression \(1/f(x)\).
Démonstration.
Le lemme précédent assure \(|f(x)|>|L|/2>0\). Une image de valeur absolue strictement positive ne peut être nulle. Cela ne donne pas encore la limite de l’inverse ; cela vérifie que la division est effectivement définie localement.
\(\square\)
Exemple 7.3 — Utiliser le signe sans inventer un seuil numérique
Supposons que \(f(x)\to-3\) lorsque \(x\to2^+\). En choisissant une précision \(1\), on sait que, pour toutes les entrées suffisamment proches de \(2\) par la droite, \[-4<f(x)<-2.\] En particulier, \(f(x)\) est négatif et non nul. Sans formule supplémentaire, on n’a pas nécessairement de rayon numérique explicite ; son existence est néanmoins garantie par la limite.
Si, à la place, la limite vaut \(0\), aucune conclusion unique sur le signe n’est possible : \(1/x\), \(-1/x\) et la fonction nulle ont tous la limite \(0\) en \(+\infty\), avec des signes ou des valeurs nulles différents.
À toi 7.2 — Une propriété, ses hypothèses et ses limites
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On sait que \(f(x)\to-2\) en \(+\infty\).
Donner un intervalle borné, entièrement négatif, qui contient toutes les images à partir d’un certain seuil.
Peut-on affirmer que \(1/f(x)\) est définie à partir d’un certain seuil ?
Peut-on en déduire \(f(0)<0\) ?
Une fonction positive pour toutes les grandes entrées doit-elle avoir une limite strictement positive ? Fournir un contre-exemple.
Indication : la précision \(1/2\) suffit pour les deux premières questions.
Correction expliquée.
Avec la précision \(1/2\) autour de \(-2\), toutes les images sont finalement dans \(]-5/2;-3/2[\). Elles sont donc bornées, négatives et non nulles. L’inverse \(1/f(x)\) est bien définie pour ces entrées.
L’entrée \(0\) peut être en dehors du domaine, ou en dehors de la zone contrôlée par le seuil. La limite en \(+\infty\) ne donne donc pas l’information \(f(0)<0\).
La fonction \(1/x\) sur \(]0;+\infty[\) est positive, mais sa limite en \(+\infty\) vaut \(0\). Le lemme sur le signe part d’une limite non nulle ; on ne peut pas le renverser pour forcer une limite strictement positive.
Une limite est inchangée par une modification hors de la zone étudiée
Propriété 7.5 — Égalité locale et conservation de la limite
Supposons que deux fonctions soient définies sur les mêmes entrées suffisamment avancées dans une approche, et y prennent les mêmes valeurs. Alors elles ont les mêmes limites dans cette approche, lorsque celles-ci existent.
En un point \(a\), il suffit qu’elles coïncident pour les entrées suffisamment proches de \(a\), distinctes de \(a\). En \(+\infty\), il suffit qu’elles coïncident après un seuil ; en \(-\infty\), avant un seuil.
Démonstration.
Une condition de précision ou de dépassement de niveau portant sur les valeurs d’une des fonctions porte alors sur exactement les mêmes valeurs pour l’autre. On choisit la proximité ou le seuil de façon à être à la fois dans la zone d’égalité et dans la zone où la condition de limite est assurée. La définition de la limite est ainsi transférée, sans rien utiliser hors de cette zone.
\(\square\)
Exemple 7.4 — Deux modifications sans effet sur l’approche étudiée
La fonction définie par \(h(x)=7-2/x\) pour \(x>10\) et \(h(x)=x^2\) pour \(x\le10\) a pour limite \(7\) en \(+\infty\). En effet, dans la zone \(x>10\), elle est égale à \(7-2/x\), dont la distance à \(7\) est \(2/x\). La formule différente avant le seuil n’intervient pas.
De même, pour \(x\ne3\), le quotient \((x^2-9)/(x-3)\) vaut \(x+3\). Sa limite en \(3\) est donc celle de \(x+3\), soit \(6\). On ne prétend pas que les deux fonctions ont le même domaine global : l’égalité est utilisée seulement sur les entrées proches de \(3\) et différentes de \(3\).
Puissances entières : comprendre la parité avant de mémoriser
Définition 7.6 — Puissances utilisées ici
Pour un entier \(n\ge1\), \(x^n\) est le produit de \(n\) facteurs égaux à \(x\). Pour \(x\ne0\), on note \(x^{-n}=1/x^n\).
Un exposant négatif demande donc un inverse ; il ne change pas à lui seul le signe de l’expression. La fonction constante égale à \(1\) se traite séparément des puissances d’exposant strictement positif.
Propriété 7.7 — Puissances et puissances inverses aux deux infinis
Pour un entier \(n\ge1\), \[\lim_{x\to+\infty}x^n=+\infty.\] En \(-\infty\), la limite de \(x^n\) vaut \(+\infty\) si \(n\) est pair et \(-\infty\) si \(n\) est impair. Aux deux infinis, \(1/x^n\) tend vers \(0\).
Démonstration.
Pour \(x\ge1\), on a \(x^{n-1}\ge1\), donc \(x^n=x\,x^{n-1}\ge x\). Pour dépasser un niveau \(A\), il suffit de choisir \(x>\max(1,A)\). Cela prouve la première limite.
Pour \(x<0\), posons \(t=-x>0\). Quand \(x\to-\infty\), \(t\to+\infty\) et \[x^n=(-t)^n=(-1)^nt^n.\] Si \(n\) est pair, \((-1)^n=1\) ; si \(n\) est impair, \((-1)^n=-1\). La grandeur \(t^n\) devient arbitrairement grande, et le facteur \((-1)^n\) détermine le signe annoncé.
Enfin, pour \(|x|\ge1\), on a \(|x|^n\ge|x|\), donc \[\left|\frac1{x^n}\right|=\frac1{|x|^n}\le\frac1{|x|}.\] Pour chaque précision positive, choisir \(|x|\) supérieur à son inverse, et au moins égal à \(1\), rend cette distance inférieure à la précision. Cela prouve la limite nulle aux deux infinis, quelle que soit la parité.
\(\square\)
Exemple 7.5 — Le signe de l’approche de zéro n’est pas un second zéro
Quand \(x\to-\infty\), \(1/x^3\) est négatif, mais sa limite est le nombre \(0\). On peut dire qu’il tend vers zéro par valeurs négatives. On ne crée pas pour autant un autre nombre réel nommé « zéro négatif ».
Pour \(-2/x^2\), le dénominateur est positif sur le domaine et le numérateur négatif : les images sont négatives aux deux extrémités. Leur distance à zéro vaut \(2/x^2\), qui devient arbitrairement petite. La limite vaut donc \(0\) aux deux infinis, par valeurs négatives.
Propriété 7.8 — Les inverses de puissances près de zéro
Pour tout entier \(n\ge1\), la limite de \(1/x^n\) en \(0^+\) vaut \(+\infty\).
En \(0^-\), elle vaut \(+\infty\) si \(n\) est pair et \(-\infty\) si \(n\) est impair.
Démonstration.
Pour \(0<x<1\), on a \(0<x^n\le x\), donc \(1/x^n\ge1/x\). Si un niveau \(A>0\) est imposé, prendre \[0<x<\min\left(1,\frac1{A+1}\right)\] assure \(1/x^n\ge1/x>A+1>A\). Cela démontre la limite à droite.
À gauche, on pose encore \(t=-x>0\). On obtient \[\frac1{x^n}=\frac{(-1)^n}{t^n}.\] La grandeur \(1/t^n\) tend vers \(+\infty\) lorsque \(t\to0^+\) ; la parité donne le signe. Ce sont donc les mêmes deux mécanismes qu’à l’infini : une grandeur positive, puis un signe à déterminer.
\(\square\)
Les puissances en un point : une preuve algébrique disponible
Lemme 7.9 — Une différence de puissances se factorise
Pour deux réels \(x,a\) et un entier \(n\ge2\), \[x^n-a^n=(x-a)\bigl(x^{n-1}+x^{n-2}a+\cdots+xa^{n-2}+a^{n-1}\bigr).\] La parenthèse contient \(n\) termes. Pour \(n=2\), elle est simplement \(x+a\) ; pour \(n=3\), elle est \(x^2+xa+a^2\).
Démonstration.
Notons \(S\) la somme entre parenthèses. En multipliant chaque terme par \(x\), on obtient les termes de \(x^n\) à \(xa^{n-1}\). En multipliant chaque terme par \(a\), on obtient les termes de \(ax^{n-1}\) à \(a^n\).
Dans la différence \(xS-aS\), tous les termes intermédiaires apparaissent une fois avec le signe \(+\) et une fois avec le signe \(-\) : ils s’annulent. Il reste \(x^n-a^n\). Or \(xS-aS=(x-a)S\), ce qui donne l’identité.
Pour voir explicitement le mécanisme lorsque \(n=3\) : \[\begin{align*} (x-a)(x^2+xa+a^2) &=x^3+x^2a+xa^2-ax^2-a^2x-a^3\\ &=x^3-a^3. \end{align*}\]
\(\square\)
Propriété 7.10 — Limite d’une puissance en un réel
Pour tout réel \(a\) et tout entier \(n\ge1\), \[\lim_{x\to a}x^n=a^n.\]
Démonstration.
Pour \(n=1\), la distance \(|x-a|\) est précisément celle que l’approche fait devenir arbitrairement petite.
Pour \(n\ge2\), utilisons le lemme de factorisation. Restreignons les entrées à \(|x-a|<1\). L’inégalité triangulaire donne \(|x|\le|x-a|+|a|<|a|+1\). Posons \(B=|a|+1\), qui est un réel positif fixé.
Chacun des \(n\) termes de la parenthèse a une valeur absolue inférieure ou égale à \(B^{n-1}\). La valeur absolue de la somme est donc inférieure ou égale à \(nB^{n-1}\). Ainsi \[|x^n-a^n|\le nB^{n-1}|x-a|.\] Le facteur \(nB^{n-1}\) est constant. Pour toute précision imposée sur l’image, il suffit de rendre \(|x-a|\) inférieur à cette précision divisée par ce facteur, tout en gardant \(|x-a|<1\). Cela prouve la limite.
\(\square\)
Comment lire cette démonstration générale
Pour utiliser les limites usuelles au niveau Terminale, il suffit de reconnaître la fonction de référence et de vérifier que le point appartient au domaine. La preuve générale précédente explique pourquoi la règle fonctionne ; elle n’impose pas de réintroduire la factorisation de \(x^n-a^n\) dans chaque exercice.
L’idée transférable est la suivante : isoler un facteur qui devient petit, puis borner les autres facteurs dans la zone étudiée. La même idée réapparaît dans les calculs de limites et dans les encadrements.
Corollaire 7.11 — Inverse d’une puissance en un point non nul
Pour \(a\ne0\) et un entier \(n\ge1\), \[\lim_{x\to a}\frac1{x^n}=\frac1{a^n}.\]
Démonstration.
Si \(|x-a|<|a|/2\), l’inégalité \(|a|\le|a-x|+|x|\) donne \(|x|>|a|/2>0\). Les deux dénominateurs suivants sont donc non nuls, et \[\left|\frac1{x^n}-\frac1{a^n}\right| =\frac{|a^n-x^n|}{|x|^n|a|^n} \le\frac{2^n}{|a|^{2n}}\,|x^n-a^n|.\] La dernière distance devient arbitrairement petite par la propriété précédente ; le facteur \(2^n/|a|^{2n}\) est un nombre positif fixé. On peut donc assurer toute précision pour la différence des inverses. Le cas \(a=0\) est exclu et relève des limites infinies latérales déjà établies.
\(\square\)
La racine carrée : une borne, puis une identité utile
Propriété 7.12 — Limites de la racine carrée
La fonction \(x\mapsto\sqrt x\) est définie sur \([0;+\infty[\). Elle vérifie \[\lim_{x\to+\infty}\sqrt x=+\infty, \qquad \lim_{x\to0^+}\sqrt x=0,\] et, pour chaque \(a>0\), \[\lim_{x\to a}\sqrt x=\sqrt a.\] L’approche de \(0\) par la gauche et l’approche de \(-\infty\) ne sont pas possibles dans ce domaine.
Démonstration.
En \(+\infty\). Pour dépasser un niveau \(A>0\), il suffit de prendre \(x>A^2\) : alors \(\sqrt x>A\). Tout niveau positif peut être dépassé, donc aussi tout niveau réel.
En \(0^+\). Pour rendre \(\sqrt x\) inférieur à une précision positive, il suffit de prendre \(x\) positif et inférieur au carré de cette précision. En notation approfondie, \(0<x<\varepsilon^2\) assure \(0<\sqrt x<\varepsilon\).
En \(a>0\). La somme \(\sqrt x+\sqrt a\) est au moins égale à \(\sqrt a>0\). On peut donc multiplier puis diviser par cette somme : \[\begin{align*} |\sqrt x-\sqrt a| &=\frac{|(\sqrt x-\sqrt a)(\sqrt x+\sqrt a)|}{\sqrt x+\sqrt a}\\ &=\frac{|x-a|}{\sqrt x+\sqrt a}\\ &\le\frac{|x-a|}{\sqrt a}. \end{align*}\] L’identité utilisée est \((u-v)(u+v)=u^2-v^2\) ; ici \((\sqrt x)^2=x\) et \((\sqrt a)^2=a\). Pour une précision donnée sur l’image, il suffit de choisir \(|x-a|\) inférieur à cette précision multipliée par \(\sqrt a\), en restant dans le domaine. Cela prouve le troisième résultat.
\(\square\)
Exemple 7.6 — Une racine en un point, avec sa garantie
La limite de \(\sqrt x\) en \(9\) vaut \(3\). Pour relier la proximité des entrées à celle des images, on utilise \[|\sqrt x-3|=\frac{|x-9|}{\sqrt x+3}\le\frac{|x-9|}{3} \qquad(x\ge0).\] Ainsi \(|x-9|<0{,}03\) assure \(|\sqrt x-3|<0{,}01\). La proximité \(0{,}03\) n’est pas forcément la plus large possible ; elle est une garantie démontrée, ce qui suffit.
Répertoire synthétique, à lire avec les conditions
| Fonction et condition | \(x\to-\infty\) | \(x\to+\infty\) |
|---|---|---|
| \(c\), constante réelle | \(c\) | \(c\) |
| \(x^n\), \(n\ge1\) pair | \(+\infty\) | \(+\infty\) |
| \(x^n\), \(n\ge1\) impair | \(-\infty\) | \(+\infty\) |
| \(x^{-n}=1/x^n\), \(n\ge1\) | \(0\) | \(0\) |
| \(\sqrt x\) | approche impossible | \(+\infty\) |
| Fonction et condition | \(x\to0^-\) | \(x\to0^+\) |
|---|---|---|
| \(x^n\), \(n\ge1\) | \(0\) | \(0\) |
| \(1/x^n\), \(n\ge1\) pair | \(+\infty\) | \(+\infty\) |
| \(1/x^n\), \(n\ge1\) impair | \(-\infty\) | \(+\infty\) |
| \(\sqrt x\) | approche impossible | \(0\) |
Pour un point réel \(a\), les références sont \(x^n\to a^n\), \(1/x^n\to1/a^n\) si \(a\ne0\), et \(\sqrt x\to\sqrt a\) pour \(a\ge0\) selon les côtés disponibles. La fonction exponentielle sera traitée séparément avec sa démonstration de croissance comparée ; elle n’est pas nécessaire pour justifier ces tableaux.
À toi 7.3 — Lire, expliquer, puis vérifier un cas voisin
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Donner la limite de \(x^7\) en \(-\infty\), puis celle de \(x^8\) dans la même direction. Expliquer la différence.
Donner la limite de \(-3/x^3\) en \(0^-\) en séparant le signe et la grandeur.
Donner la limite de \(1/x^4\) en \(-2\) et rappeler la condition qui permet ce calcul.
Une approche de \(-4\) est-elle possible pour la fonction réelle \(\sqrt x\) ?
Correction expliquée.
Pour les entrées négatives, une puissance impaire reste négative et une puissance paire devient positive. La grandeur des deux puissances devient arbitrairement grande. Ainsi \(x^7\to-\infty\) et \(x^8\to+\infty\) en \(-\infty\).
En \(0^-\), \(x^3\) est négatif et se rapproche de zéro. Le quotient \(-3/x^3\) est positif, de grandeur \(3/|x|^3\), qui devient arbitrairement grande. La limite vaut \(+\infty\).
Au point \(-2\ne0\), le dénominateur de \(1/x^4\) ne s’annule pas dans un voisinage assez petit. La limite est \(1/(-2)^4=1/16\), par le corollaire sur l’inverse d’une puissance.
Enfin, aucune entrée du domaine \([0;+\infty[\) n’est arbitrairement proche de \(-4\). L’étude d’une limite de \(\sqrt x\) en \(-4\) n’est donc pas une approche admissible. Il ne faut pas confondre cette question de domaine avec un échec de convergence.
Réparer une mauvaise lecture de l’exposant
À toi 7.4 — Un exposant négatif n’est pas un signe moins devant la fonction
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un élève écrit : « Quand \(x\to+\infty\), \(x^{-2}\) tend vers \(-\infty\) parce que l’exposant est négatif. »
Réécrire \(x^{-2}\) et expliquer l’erreur.
Comparer les images de \(x^{-2}\) et de \(-x^2\) pour \(x=10\).
Nouvel essai : déterminer le signe et la limite de \(-2/x^2\) aux deux infinis.
Correction expliquée.
L’exposant négatif signifie \(x^{-2}=1/x^2\) pour \(x\ne0\). Il ne signifie pas \(-x^2\). Le carré au dénominateur est positif, et son inverse se rapproche de zéro lorsque la valeur absolue de \(x\) devient grande. La limite de \(x^{-2}\) en \(+\infty\) vaut donc \(0\).
Pour \(x=10\), les valeurs sont \(10^{-2}=1/100=0{,}01\) et \(-10^2=-100\). Ce contrôle simple montre que les expressions ne peuvent pas être confondues.
Pour le nouvel essai, \(-2/x^2\) est négatif à chaque entrée de son domaine. Sa distance à zéro vaut \(2/x^2\) et tend vers zéro aux deux infinis. La limite est donc \(0\) dans les deux directions, par valeurs négatives. Le signe des images ne détermine pas à lui seul si la limite est nulle ou infinie.
À toi 7.5 — Un changement de direction à l’intérieur de l’expression
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudier les deux limites latérales en \(2\) de \(v(x)=1/(2-x)^3\). Ne recopier aucun tableau avant d’avoir déterminé le signe de \(2-x\).
Correction expliquée.
Si \(x<2\), alors \(2-x>0\). Lorsque \(x\to2^-\), cette quantité se rapproche de zéro par valeurs positives, son cube aussi, et l’inverse tend vers \(+\infty\).
Si \(x>2\), alors \(2-x<0\). Lorsque \(x\to2^+\), son cube est négatif et se rapproche de zéro. L’inverse tend vers \(-\infty\).
Pour vérifier les directions, poser \(t=2-x\). À gauche de \(2\), \(t\to0^+\) ; à droite, \(t\to0^-\). La parité impaire de l’exposant \(3\) conserve le signe de \(t\). La droite \(x=2\) est donc une asymptote verticale, avec deux limites latérales opposées.
Correction expliquée.
Pour la première question, une précision \(1\) autour de \(-5\) place finalement les images dans \(]-6;-4[\). Elles sont donc non nulles. Aucune affirmation sur tout le domaine n’en découle.
Pour la deuxième, le sixième exposant est pair : \(x^6\) est positif pour \(x\ne0\) et se rapproche de zéro. L’inverse tend vers \(+\infty\), même à gauche de zéro.
Pour la troisième, la condition \(x+5\ge0\) donne le domaine \([-5;+\infty[\). La valeur attendue est \(\sqrt9=3\). Pour les entrées du domaine, \[|\sqrt{x+5}-3| =\frac{|x+5-9|}{\sqrt{x+5}+3} \le\frac{|x-4|}{3}.\] Toute précision sur l’image est assurée en rendant \(|x-4|\) inférieur à trois fois cette précision. La limite vaut donc \(3\). Cette justification vérifie à la fois le domaine, le candidat et le contrôle de l’écart.
8. Les asymptotes horizontales : traduire une limite en géométrie
Pour démarrer.
Une limite finie \(L\) à l’infini signifie que la distance \(|f(x)-L|\) devient aussi petite que souhaité pour toutes les entrées suffisamment éloignées dans la direction étudiée. Le signe de \(f(x)-L\) indique une position ; sa valeur absolue indique une distance. La valeur \(L\) peut être atteinte ou traversée.
À toi 8.1 — Une limite donnée, quelle droite tracer ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On sait que \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=-2\). Un élève propose de tracer \(x=-2\), un autre \(y=-2\). Quelle droite traduit le niveau approché par les images ? L’information donnée permet-elle de parler aussi du comportement en \(-\infty\) ?
Correction expliquée.
Les images sont les ordonnées des points de la courbe. Le niveau d’ordonnée \(-2\) correspond à la droite horizontale \(y=-2\). La droite \(x=-2\) fixerait au contraire une abscisse et serait verticale.
L’information porte uniquement sur \(x\to+\infty\). Elle ne donne pas le comportement à l’autre extrémité. Il faut donc préciser « en \(+\infty\) » dans la conclusion géométrique.
La définition et sa justification géométrique
Définition 8.1 — Asymptote horizontale
La droite d’équation \(y=L\) est une asymptote horizontale à la courbe de \(f\) en \(+\infty\) lorsque \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=L\), avec \(L\) réel.
La même définition vaut en \(-\infty\). On indique toujours l’extrémité concernée ; une même droite peut être asymptote aux deux extrémités, ou à une seule.
Pour une entrée \(x\), le point de la courbe est \((x;f(x))\). Le point de même abscisse sur la droite \(y=L\) est \((x;L)\). La distance verticale entre eux est \(|f(x)-L|\). Comme la droite est horizontale, cette distance verticale est aussi la distance du point à cette droite.
Proposition 8.2 — Le critère par l’écart
La droite \(y=L\) est asymptote à l’extrémité étudiée si et seulement si l’écart \(f(x)-L\) tend vers \(0\) à cette extrémité. Cela équivaut à demander que \(|f(x)-L|\) tende vers \(0\).
Démonstration.
La distance de \(f(x)\) à \(L\) est \(|f(x)-L|\). C’est également la distance de \(f(x)-L\) à \(0\), et, puisque cette quantité est positive ou nulle, la distance de \(|f(x)-L|\) à \(0\). Les trois conditions de précision sont donc exactement la même inégalité. La définition de l’asymptote donne l’équivalence.
\(\square\)
Corollaire 8.3 — Un seul niveau horizontal par extrémité
Une courbe de fonction ne peut pas avoir deux asymptotes horizontales distinctes dans la même direction infinie.
Démonstration.
Deux niveaux distincts \(L\) et \(K\) imposeraient deux limites finies différentes pour la même fonction et la même approche. Or deux petites bandes disjointes autour de \(L\) et \(K\) ne peuvent pas contenir simultanément toutes les images suffisamment éloignées. C’est l’unicité de la limite.
\(\square\)
Étudier aussi la position de la courbe
Exemple 8.1 — Une même asymptote aux deux infinis, jamais atteinte
Pour \(x\ne0\), soit \(h(x)=4+2/x^2\). La référence \(1/x^2\to0\) aux deux infinis donne déjà le candidat \(4\). On peut vérifier directement la distance : \[|h(x)-4|=\frac2{x^2}.\] Pour une précision positive, rendre \(|x|\) supérieur à la racine carrée du quotient de \(2\) par cette précision suffit. Par exemple, une distance inférieure à \(0{,}02\) est garantie par \(|x|>\sqrt{2/0{,}02}=10\). Les deux directions permettent ce choix. Ainsi \(h\) tend vers \(4\) aux deux infinis et la droite \(y=4\) est une asymptote horizontale en \(-\infty\) et en \(+\infty\).
Pour la position, on conserve l’écart signé : \(h(x)-4=2/x^2>0\) sur tout le domaine. La courbe est donc toujours au-dessus de la droite. Résoudre \(h(x)=4\) demanderait \(2/x^2=0\), ce qui est impossible. L’existence d’une asymptote ne demande pas une intersection.
Par exemple, \(h(100)=4+0{,}0002\), et non \(4\). Une proximité très forte n’est pas une égalité.
Méthode — Une conclusion géométrique complète
Identifier une extrémité infinie accessible dans le domaine.
Établir une limite réelle \(L\), ou montrer directement que l’écart à \(L\) tend vers zéro.
Conclure par une équation de droite : « \(y=L\) est asymptote horizontale en … ».
Si la position est demandée, étudier séparément le signe de \(f(x)-L\).
Le calcul de la limite et l’étude de position répondent à deux questions différentes.
À toi 8.2 — Asymptote et position, sans confondre les deux
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Soit \(r(x)=-2+5/x^2\), définie pour \(x\ne0\).
Donner les asymptotes horizontales et les extrémités concernées.
Étudier la position de la courbe par rapport à chacune.
Trouver une condition sur \(|x|\) garantissant une distance à l’asymptote inférieure à \(0{,}05\).
Indication : soustraire le niveau candidat avant de traiter la distance et le signe.
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), l’écart au niveau \(-2\) est \[r(x)-(-2)=\frac5{x^2}.\] Il tend vers zéro aux deux infinis. La droite \(y=-2\) est donc asymptote horizontale à chacune des deux extrémités. Ce n’est pas la droite \(x=-2\).
L’écart est positif pour toutes les entrées autorisées, donc la courbe est au-dessus de cette même droite de chaque côté.
Pour la distance demandée, \[\frac5{x^2}<0{,}05 \iff 5<0{,}05x^2 \iff x^2>100 \iff |x|>10.\] On obtient donc \(x>10\) à droite et \(x<-10\) à gauche. Les entrées \(x=10\) et \(x=-10\) donnent exactement la distance \(0{,}05\) ; elles ne satisfont pas la demande stricte.
Deux extrémités peuvent donner deux niveaux différents
Exemple 8.2 — Le rôle décisif de \(\sqrt{x^2}=|x|\)
Considérons \(f(x)=x/\sqrt{x^2+1}\). Le dénominateur est strictement positif pour tout réel \(x\), donc \(D_f=\mathbb{R}\).
Pour \(x\ne0\), on peut factoriser \(x^2\) sous la racine : \[\begin{align*} \sqrt{x^2+1} &=\sqrt{x^2\left(1+\frac1{x^2}\right)}\\ &=|x|\sqrt{1+\frac1{x^2}}. \end{align*}\] Les facteurs sous la racine sont positifs, ce qui autorise cette écriture.
Pour \(x>0\), on a \(|x|=x\), donc \[f(x)=\frac1{\sqrt{1+1/x^2}}.\] Pour \(x<0\), on a \(|x|=-x\), donc \[f(x)=-\frac1{\sqrt{1+1/x^2}}.\] Le signe ne doit pas disparaître lors de la simplification.
Pour justifier les limites sans anticiper une règle de composition, posons \(s=\sqrt{1+1/x^2}\), donc \(s\ge1\). L’écart entre \(1/s\) et \(1\) vaut \[\begin{align*} 1-\frac1s &=\frac{s-1}{s}\\ &=\frac{(s-1)(s+1)}{s(s+1)}\\ &=\frac{s^2-1}{s(s+1)}\\ &=\frac{1/x^2}{s(s+1)}. \end{align*}\] Puisque \(s(s+1)\ge2\), on obtient \[0\le1-\frac1s\le\frac1{2x^2}.\] La borne de droite devient arbitrairement petite aux deux infinis. Pour \(x>0\), elle contrôle \(|f(x)-1|\) ; pour \(x<0\), elle contrôle \(|f(x)+1|\). Ainsi \[\lim_{x\to+\infty}f(x)=1, \qquad \lim_{x\to-\infty}f(x)=-1.\] Les droites \(y=1\) et \(y=-1\) sont asymptotes, respectivement à droite et à gauche. L’unicité de la limite n’impose pas de faire coïncider deux directions différentes.
Lecture de la figure. La branche de droite s’approche de \(y=1\), tandis que celle de gauche s’approche de \(y=-1\). La formule est définie pour toutes les abscisses. La différence entre les deux niveaux vient du signe de \(x/|x|\), et non d’un trou dans le domaine.
Une asymptote n’est pas une barrière
Exemple 8.3 — Une intersection exactement calculable
Pour \(x\ne0\), soit \(g(x)=1+(x-2)/x^2\). Si \(|x|\ge1\), alors \[\begin{align*} |g(x)-1| &=\frac{|x-2|}{x^2}\\ &\le\frac{|x|+2}{x^2}\\ &=\frac1{|x|}+\frac2{x^2}\\ &\le\frac3{|x|}. \end{align*}\] La dernière quantité devient arbitrairement petite aux deux infinis. La droite \(y=1\) est donc asymptote aux deux extrémités.
Pourtant, \(g(x)=1\) équivaut à \(x-2=0\), puisque \(x^2\ne0\). L’entrée \(x=2\) est autorisée et donne l’intersection \((2;1)\).
Le signe de \(g(x)-1\) est celui de \(x-2\), car le dénominateur est positif. Sur le domaine, la courbe est en dessous de \(y=1\) pour \(x<2\) et au-dessus pour \(x>2\). Elle traverse donc son asymptote au point calculé.
Exemple 8.4 — Une infinité de traversées reste compatible avec une limite
Sur \([1;+\infty[\), prenons \(v(x)=1+\sin x/x\). Le rappel utile est \(|\sin x|\le1\). Ainsi \[|v(x)-1|=\frac{|\sin x|}{x}\le\frac1x.\] Pour chaque précision, le même seuil que pour \(1/x\to0\) rend l’écart assez petit. On a \(\lim_{x\to+\infty}v(x)=1\), donc l’asymptote horizontale \(y=1\) à droite.
Pour chaque entier \(n\ge1\), \(\sin(n\pi)=0\), donc \(v(n\pi)=1\). Le sinus change de signe de part et d’autre de ces zéros, tandis que \(x\) reste positif. La courbe traverse donc le niveau \(1\) une infinité de fois. Ce qui se réduit est la taille des oscillations, pas nécessairement le nombre d’intersections.
Lecture de la figure. Les oscillations de \(1+\sin x/x\) passent au-dessus et au-dessous de \(y=1\). Les enveloppes \(1-1/x\) et \(1+1/x\) montrent une distance maximale qui tend vers zéro. Il n’est pas nécessaire que le sinus lui-même ait une limite.
Le dessin suggère ; l’hypothèse ou le calcul établit
Un écran ne montre qu’une portion finie de courbe. Une courbe qui paraît presque horizontale dans la fenêtre choisie peut changer de comportement plus loin. Par exemple, une fonction peut être égale à \(4\) jusqu’à une très grande abscisse, puis suivre une formule affine croissante après cette abscisse. Le dessin initial ne suffirait pas à lui attribuer une asymptote \(y=4\).
Lorsque l’énoncé donne explicitement une limite, on peut en déduire l’asymptote par définition. Lorsque l’on dispose seulement d’un graphe, il faut distinguer une lecture demandée par l’exercice d’une preuve analytique à partir d’une expression.
À toi 8.3 — Traduire des informations sans en inventer
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une fonction est définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{-1\}\). L’énoncé donne exactement les informations suivantes : \[\lim_{x\to-\infty}f(x)=4,\qquad \lim_{x\to+\infty}f(x)=-2,\qquad \lim_{x\to-1^+}f(x)=+\infty.\] Donner les asymptotes justifiées par ces informations. Peut-on en déduire la limite en \(-1^-\), le nombre d’intersections avec \(y=4\), ou la position par rapport à \(y=-2\) ?
Correction expliquée.
La droite \(y=4\) est asymptote horizontale en \(-\infty\), et la droite \(y=-2\) est asymptote horizontale en \(+\infty\). La droite \(x=-1\) est asymptote verticale, puisque la limite à droite y est infinie.
Aucune des informations données ne fixe la limite à gauche de \(-1\). Elles ne fixent pas non plus le nombre d’intersections avec \(y=4\), ni le signe de \(f(x)+2\) à droite. Pour connaître la position par rapport à \(y=-2\), il faudrait une information supplémentaire sur ce signe.
Réparer deux confusions fréquentes
À toi 8.4 — Une limite finie en un point n’est pas une asymptote horizontale
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un élève écrit : « \(x^2\to0\) quand \(x\to0\), donc \(y=0\) est une asymptote horizontale de la parabole. » Un autre écrit : « Une courbe coupe \(y=2\), donc cette droite ne peut pas être asymptote. »
Localiser précisément l’erreur de chacun.
Réparer le premier raisonnement en étudiant \(x^2\) aux extrémités infinies.
Nouvel essai : pour \(w(x)=2+1/x\), \(x\ne0\), déterminer les asymptotes horizontales et décider si la courbe les coupe.
Correction expliquée.
Le premier élève utilise une limite en un point fini, alors que la définition d’une asymptote horizontale concerne une extrémité infinie. Pour \(x^2\), les limites aux deux infinis valent \(+\infty\) ; aucune limite réelle n’y donne d’asymptote horizontale. La limite nulle en \(0\) décrit simplement le comportement près de l’origine.
Le second élève transforme l’asymptote en une droite infranchissable. Les exemples \(1+(x-2)/x^2\) et \(1+\sin x/x\) montrent que des intersections, même nombreuses, sont compatibles avec une distance qui tend vers zéro à l’infini.
Pour le nouvel essai, la distance de \(w(x)\) à \(2\) est \(1/|x|\), qui tend vers zéro aux deux infinis. La droite \(y=2\) est donc asymptote horizontale aux deux extrémités. Cependant, l’égalité \(w(x)=2\) demanderait \(1/x=0\), impossible. Ici il n’y a aucune intersection. C’est un résultat propre à cette fonction, pas une règle générale sur les asymptotes.
À toi 8.5 — Un écart oscillant, à étudier sans limite du cosinus
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne0\), on pose \(k(x)=3-\cos x/x^2\).
Montrer que \(y=3\) est une asymptote horizontale à chaque infini.
Peut-on dire que la courbe est toujours en dessous de cette droite parce qu’un signe moins apparaît dans la formule ?
Quelle information précise faut-il examiner pour donner la position ?
Correction expliquée.
Le rappel trigonométrique nécessaire est \(|\cos x|\le1\). On a \[|k(x)-3|=\frac{|\cos x|}{x^2}\le\frac1{x^2}.\] La borne de droite tend vers zéro aux deux infinis. Pour toute précision, elle donne un seuil assurant cette même précision pour l’écart de \(k\) à \(3\). La droite \(y=3\) est donc asymptote horizontale dans les deux directions. Il n’a pas été nécessaire de donner une limite au cosinus.
Le signe moins ne suffit pas à placer la courbe en dessous. Lorsque \(\cos x=-1\), par exemple en \(x=\pi\), l’écart \(-\cos x/x^2\) est positif. Lorsque \(\cos x=1\), par exemple en \(x=2\pi\), il est négatif.
Le dénominateur \(x^2\) étant positif, la position est donnée par le signe de \(-\cos x\). La courbe est au-dessus lorsque \(\cos x<0\), en dessous lorsque \(\cos x>0\), et sur la droite lorsque \(\cos x=0\).
Correction expliquée.
L’expression \(|f(x)+5|\) est la distance de l’image au niveau \(-5\). La majoration par \(4/x\) permet de la rendre arbitrairement petite pour toutes les entrées assez grandes. La limite de \(f\) en \(+\infty\) vaut donc \(-5\), et la droite \(y=-5\) est asymptote horizontale à droite.
Pour la précision demandée, \(4/x<0{,}02\) dès que \(x>200\). Ce seuil satisfait aussi la condition \(x\ge1\) de l’hypothèse. Toutes ces entrées garantissent donc la distance voulue.
La majoration porte sur une valeur absolue : elle ne donne pas le signe de \(f(x)+5\). On ne peut pas décider si la courbe est au-dessus, en dessous ou si elle traverse la droite. Connaître une distance ne donne pas automatiquement une position.
9. Opérer sur les limites sans perdre les conditions
Pour démarrer.
Avant tout calcul, précise vers quoi tend \(x\), puis vers quoi tend chaque expression. On ne peut additionner des limites que si elles concernent la même approche. Les tableaux ci-dessous valent en un point, d’un côté d’un point, en \(+\infty\) ou en \(-\infty\), sur un domaine commun où les opérations sont définies.
À toi 9.1 — Un premier diagnostic de signes
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Quand \(x\to0^-\), donne le signe de \(x\), de \(x^2\) et de \(-3/x\). Prévois ensuite les limites de \(-3/x\) et de \(-3/x^2\). Écris une phrase qui distingue les deux calculs.
Correction expliquée.
À gauche de \(0\), \(x<0\), mais \(x^2>0\). Le quotient \(-3/x\) est donc positif et son dénominateur devient arbitrairement proche de \(0\) : il tend vers \(+\infty\). Au contraire, \(-3/x^2\) est négatif et tend vers \(-\infty\). La petitesse du dénominateur ne détermine pas à elle seule le signe de l’infini obtenu.
Ce que signifient les tableaux
Les lettres \(\ell\) et \(m\) désignent des nombres réels, jamais des infinis. Une case « FI » signifie forme indéterminée : les seules limites de \(f\) et de \(g\) ne suffisent pas pour conclure. Elle ne signifie ni « la limite n’existe pas », ni « le calcul est interdit pour toujours ».
Propriété 9.1 — Signe près d’une limite non nulle
Si \(f(x)\to\ell>0\), alors \(f(x)>0\) pour \(x\) assez proche du point considéré, ou assez loin dans l’infini considéré. Si \(\ell<0\), alors \(f(x)<0\) dans les mêmes conditions.
Démonstration.
Si \(\ell>0\), l’intervalle \(]\ell/2;3\ell/2[\) contient \(\ell\) et uniquement des nombres positifs. La définition de la limite assure que toutes les valeurs de \(f\) finissent par appartenir à cet intervalle. Si \(\ell<0\), on utilise l’intervalle \(]3\ell/2;\ell/2[\), qui est entièrement négatif.
\(\square\)
Ainsi, « \(g\to m\ne0\) » garantit aussi que le quotient \(f/g\) est défini près de l’endroit étudié, dès que \(f\) et \(g\) le sont.
Théorème 9.2 — Limite d’une somme
Les deux fonctions ont les limites indiquées, pour une même approche. Alors : \[\begin{array}{c|ccc} \lim f\,\backslash\,\lim g&m&+\infty&-\infty\\\hline \ell&\ell+m&+\infty&-\infty\\ +\infty&+\infty&+\infty&\mathrm{FI}\\ -\infty&-\infty&\mathrm{FI}&-\infty \end{array}\] Pour une différence \(f-g\), on écrit \(f+(-g)\) et on change le signe de la limite de \(g\).
Ces règles sont admises dans le cadre du programme. La preuve suivante explique le cas de deux limites finies, sans prétendre démontrer toutes les cases à la fois.
Démonstration.
Supposons \(f(x)\to\ell\) et \(g(x)\to m\). Fixons une précision positive \(\varepsilon\). On peut rendre simultanément \(|f(x)-\ell|<\varepsilon/2\) et \(|g(x)-m|<\varepsilon/2\), en se plaçant dans une zone où les deux conditions sont satisfaites. L’inégalité triangulaire donne \[|(f(x)+g(x))-(\ell+m)| \le |f(x)-\ell|+|g(x)-m|<\varepsilon.\] La somme est donc aussi proche que souhaité de \(\ell+m\).
\(\square\)
Exemple 9.1 — Additionner, puis interpréter une différence
Lorsque \(x\to+\infty\), \(1/x\to0\) et \(x^2\to+\infty\). Par somme, \[\lim_{x\to+\infty}\left(5+\frac1x\right)=5, \qquad \lim_{x\to+\infty}\left(x^2+5+\frac1x\right)=+\infty.\] En revanche, pour \(x^2-x\), les limites séparées donnent \(+\infty-(+\infty)\), donc une FI. Il faut transformer l’expression. Pour \(x\ne0\), \[x^2-x=x^2\left(1-\frac1x\right).\] Le second facteur tend vers \(1>0\) et le premier vers \(+\infty\) : le produit tend vers \(+\infty\). L’indétermination portait sur la première écriture, pas sur la fonction elle-même.
Produits : le signe est une hypothèse, pas un détail
Théorème 9.3 — Limite d’un produit
Si \(f\to\ell\) et \(g\to m\) avec \(\ell,m\in\mathbb{R}\), alors \(fg\to\ell m\).
Si un seul facteur a une limite infinie, les cas sont : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\lim g&+\infty&-\infty\\\hline \ell>0&+\infty&-\infty\\ \ell<0&-\infty&+\infty\\ 0&\mathrm{FI}&\mathrm{FI} \end{array}\] Si les deux facteurs ont une limite infinie : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\lim g&+\infty&-\infty\\\hline +\infty&+\infty&-\infty\\ -\infty&-\infty&+\infty \end{array}\] On peut intervertir \(f\) et \(g\), car \(fg=gf\).
Les règles générales sont admises. Les deux démonstrations suivantes établissent le cas de deux limites finies et un cas de limite infinie ; elles ne constituent pas une démonstration de toutes les cases du tableau.
Démonstration.
Deux limites finies. Supposons \(f\to\ell\) et \(g\to m\). Près de l’endroit étudié, on peut imposer \(|f-\ell|<1\), donc \(|f|\le|\ell|+1\). En ajoutant et retranchant \(fm\), on obtient \[fg-\ell m=f(g-m)+m(f-\ell),\] puis \[|fg-\ell m|\le |f|\,|g-m|+|m|\,|f-\ell|.\] Pour une précision \(\varepsilon>0\), on peut aussi imposer simultanément \[|g-m|<\frac{\varepsilon}{2(|\ell|+1)}, \qquad |f-\ell|<\frac{\varepsilon}{2(|m|+1)}.\] Les deux termes de la majoration sont alors chacun strictement inférieurs à \(\varepsilon/2\) : le premier grâce à la borne de \(|f|\), le second parce que \(|m|/(|m|+1)<1\). Ainsi \(|fg-\ell m|<\varepsilon\), donc \(fg\to\ell m\). La preuve reste valable si l’une des limites est nulle.
Une limite positive et une limite \(+\infty\). Supposons \(f\to\ell>0\) et \(g\to+\infty\). Près de l’endroit étudié, \(f>\ell/2\). Pour dépasser un seuil positif \(M\), il suffit aussi que \(g>2M/\ell\). Ces deux conditions finissent par être vraies ensemble ; alors \(fg>(\ell/2)(2M/\ell)=M\). Donc \(fg\to+\infty\). Les changements de signe expliquent les trois cases non nulles voisines.
\(\square\)
Exemple 9.2 — Déterminer le signe de chaque facteur complet
Étudions \((2+1/x)(3-x)\) en \(+\infty\). On a \(2+1/x\to2>0\) et \(3-x\to-\infty\). Ainsi, \[\lim_{x\to+\infty}\left(2+\frac1x\right)(3-x)=-\infty.\] Pour \((1-x)(4+1/x^2)\) en \(-\infty\), c’est différent : \(1-x\to+\infty\) et \(4+1/x^2\to4>0\). La limite est donc \(+\infty\). Dans les deux calculs, on a étudié les facteurs complets, pas simplement le signe de \(x\).
Inverses et quotients : organiser tous les cas
Théorème 9.4 — Limite d’un inverse
On suppose que \(g\) ne s’annule pas dans la zone d’étude. Les règles sont : \[\begin{array}{c|ccc} \lim g&m\ne0&+\infty&-\infty\\\hline \lim(1/g)&1/m&0&0 \end{array}\] Si \(g\to0\), le signe de \(g\) devient indispensable : \[\begin{array}{c|cc} \text{approche de }g&0^+&0^-\\\hline \lim(1/g)&+\infty&-\infty \end{array}\] Ici \(g\to0^+\) signifie que \(g(x)\to0\) et que \(g(x)>0\) dans la zone d’étude. Le signe \(+\) porte sur les valeurs de \(g\), pas automatiquement sur le côté d’où vient \(x\).
Démonstration.
Limite finie non nulle. Si \(g\to m\ne0\), on finit par avoir \(|g-m|<|m|/2\). L’inégalité \(|g|\ge |m|-|g-m|\) donne alors \(|g|>|m|/2>0\). L’inverse est donc défini dans cette zone. En réduisant au même dénominateur, \[\left|\frac1g-\frac1m\right| =\frac{|m-g|}{|g|\,|m|} \le\frac{2|g-m|}{m^2}.\] Pour rendre cette distance inférieure à une précision \(\varepsilon>0\), il suffit d’imposer en plus \(|g-m|<\varepsilon m^2/2\), ce qui est possible puisque \(g\to m\). Donc \(1/g\to1/m\).
Limite infinie ou limite nulle avec un signe fixé. Si \(g\to+\infty\), on peut imposer \(g>1/\varepsilon\) pour n’importe quelle précision \(\varepsilon>0\) ; alors \(0<1/g<\varepsilon\). Si \(g\to0^+\), pour n’importe quel seuil \(M>0\) on peut imposer \(0<g<1/M\) ; alors \(1/g>M\). Les versions négatives s’obtiennent en appliquant ces résultats à \(-g\) puis en changeant le signe de l’inverse.
\(\square\)
Théorème 9.5 — Quotient : dénominateur de limite non nulle
Pour \(g\to m\ne0\), on a : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\lim g&m>0&m<0\\\hline \ell\in\mathbb{R}&\ell/m&\ell/m\\ +\infty&+\infty&-\infty\\ -\infty&-\infty&+\infty \end{array}\] Pour un dénominateur de limite infinie : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\lim g&+\infty&-\infty\\\hline \ell\in\mathbb{R}&0&0\\ +\infty&\mathrm{FI}&\mathrm{FI}\\ -\infty&\mathrm{FI}&\mathrm{FI} \end{array}\]
Ces règles découlent de \(f/g=f\times(1/g)\) et des règles précédentes. Dans la deuxième table, la limite \(0\) est un nombre unique ; les notations \(0^+\) ou \(0^-\) peuvent préciser l’approche, mais ne sont pas deux limites différentes.
Théorème 9.6 — Quotient : dénominateur qui tend vers zéro
On suppose \(g\ne0\) près de l’endroit étudié. Si son signe est fixé : \[\begin{array}{c|cc} \lim f\,\backslash\,\text{approche de }g&0^+&0^-\\\hline \ell>0&+\infty&-\infty\\ \ell<0&-\infty&+\infty\\ +\infty&+\infty&-\infty\\ -\infty&-\infty&+\infty\\ 0&\mathrm{FI}&\mathrm{FI} \end{array}\] Si le signe de \(g\) n’est pas fixé, on ne choisit pas un infini au hasard : on étudie séparément les côtés ou les zones où le signe est connu.
Exemple 9.3 — Une limite nulle de quotient
Pour \(x\to+\infty\), le numérateur \(3+1/x\) tend vers \(3\) et le dénominateur \(x^2+1\) tend vers \(+\infty\). Il est toujours strictement positif. Par quotient, \[\lim_{x\to+\infty}\frac{3+1/x}{x^2+1}=0.\] Il n’y a pas de forme indéterminée : un nombre fini divisé par une expression de valeur absolue arbitrairement grande tend vers zéro.
Exemple 9.4 — Le même zéro, deux signes différents
Soit \(F(x)=(x+1)/(x-2)\), définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{2\}\). Le numérateur tend vers \(3>0\) lorsque \(x\to2\). Pour \(x<2\), \(x-2<0\) ; pour \(x>2\), \(x-2>0\). Donc \[\lim_{x\to2^-}F(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to2^+}F(x)=+\infty.\] Les deux comportements diffèrent : il n’existe pas de limite bilatérale en \(2\), même infinie.
Pour \(G(x)=(x+1)/(x-2)^2\), le dénominateur est positif des deux côtés et tend vers \(0\). Cette fois, les deux limites valent \(+\infty\), donc \(G(x)\to+\infty\) lorsque \(x\to2\).
Piège — Un signe sur l’entrée n’est pas un signe sur la sortie
Lorsque \(x\to2^-\), l’expression \(2-x\) tend vers \(0^+\), et non vers \(0^-\). Pour déterminer le signe d’un quotient, écris le signe de son dénominateur réel : \(x-2\), \(2-x\), \((x-2)^2\) ne jouent pas le même rôle.
Méthode — Quatre lignes qui empêchent la plupart des erreurs
Préciser le domaine et l’approche étudiée.
Calculer la limite de chaque bloc de l’expression.
Pour une division par une expression qui tend vers \(0\), déterminer son signe près du point.
Nommer l’opération utilisée. Si sa case est FI, transformer l’expression avant de conclure.
À toi 9.2 — Essai guidé : un quotient à deux côtés
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Soit \(H(x)=(2x-5)/(x-3)\). Détermine ses limites en \(3^-\) et \(3^+\). Aides à utiliser dans l’ordre : quelle est la limite du numérateur ? Dans quel petit intervalle autour de \(3\) est-il positif ? Quel est le signe de \(x-3\) de chaque côté ?
Correction expliquée.
Le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{3\}\). Le numérateur tend vers \(2\times3-5=1>0\). Il est positif pour \(x>5/2\), donc notamment près de \(3\). À gauche, \(x-3\to0^-\), donc \(H\to-\infty\). À droite, \(x-3\to0^+\), donc \(H\to+\infty\). Les conditions de la table sont toutes vérifiées ; on n’a pas remplacé le dénominateur par zéro dans une division.
À toi 9.3 — Tentative autonome : reconnaître les blocs
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule, en justifiant les opérations et les signes : \[\lim_{x\to-\infty}\left(3-\frac2x\right)(x-4),\qquad \lim_{x\to+\infty}\frac{5-2/x}{1+x^2},\qquad \lim_{x\to1^+}\frac{2x-5}{(x-1)^2}.\] Ne consulte la correction qu’après avoir écrit les limites intermédiaires.
Correction expliquée.
Dans le premier calcul, \(2/x\to0\) ; le premier facteur tend vers \(3>0\) et le second vers \(-\infty\). Par produit, la limite est \(-\infty\).
Dans le deuxième, \(2/x\to0\), donc le numérateur tend vers \(5\), alors que \(1+x^2\to+\infty\). Le dénominateur est non nul. Le quotient tend vers \(0\).
Dans le troisième, \(2x-5\to-3<0\) et \((x-1)^2\to0^+\), puisque \(x\ne1\). La limite est donc \(-\infty\). Le carré imposerait le même signe en \(1^-\) : la limite bilatérale est également \(-\infty\).
Si tu te trompes : réparer le raisonnement sur le signe
L’erreur « le dénominateur tend vers zéro donc le quotient tend vers \(+\infty\) » oublie deux informations : le numérateur peut être négatif et le dénominateur peut approcher zéro par valeurs négatives.
Exemple 9.5 — Un modèle volontairement simple
Pour \(K(x)=-2/(x+1)\), en \(-1^-\) le dénominateur tend vers \(0^-\) : négatif divisé par négatif donne positif, donc la limite est \(+\infty\). En \(-1^+\), le dénominateur tend vers \(0^+\) : négatif divisé par positif donne négatif, donc la limite est \(-\infty\). Un tableau de signes à deux colonnes suffit ; un tableau de variations serait inutile.
À toi 9.4 — Nouvel essai après réparation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Reprends le même raisonnement pour \(J(x)=-4/(1-x)\) en \(1^-\) et \(1^+\). Puis reviens à \(H\) dans l’essai guidé et explique ce qui change.
Correction expliquée.
En \(1^-\), \(1-x\to0^+\), donc \(J\to-\infty\). En \(1^+\), \(1-x\to0^-\), donc \(J\to+\infty\). Pour \(H\), c’est le dénominateur \(x-3\) qui change dans l’autre sens, et son numérateur est positif. Il faut donc repartir des signes de chaque expression ; un schéma mémorisé « gauche négatif, droite positif » n’est pas une règle générale.
Correction expliquée.
Pour \(A\), le numérateur tend vers \(6>0\). En \(2^-\), \(2-x\to0^+\), donc \(A\to+\infty\). En \(2^+\), \(2-x\to0^-\), donc \(A\to-\infty\) ; il n’y a pas de limite bilatérale. Pour \(B\), \(1/x\to0\), donc le premier facteur tend vers \(-2<0\), et \(x^2+1\to+\infty\). La limite du produit est \(-\infty\).
10. Reconnaître et lever une forme indéterminée
Pour démarrer.
Une forme indéterminée décrit une tentative de calcul, pas la réponse finale. Deux expressions ayant les mêmes limites séparées peuvent avoir des sommes, produits ou quotients de limites différentes. Le travail consiste à trouver une écriture exacte qui permet une règle valable.
À toi 10.1 — Diagnostic : trois quotients, trois réponses
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Quand \(x\to+\infty\), les numérateurs et dénominateurs de \(x/x\), \(x/x^2\) et \(x^2/x\) tendent tous vers \(+\infty\). Ces trois quotients ont-ils la même limite ? Justifie sans calculatrice.
Correction expliquée.
Pour \(x>0\), les égalités exactes sont \(x/x=1\), \(x/x^2=1/x\) et \(x^2/x=x\). Les limites sont respectivement \(1\), \(0\) et \(+\infty\). Ainsi, connaître seulement « numérateur \(\to+\infty\), dénominateur \(\to+\infty\) » ne suffit pas. Il n’existe pas de règle « \(\infty/\infty=1\) ».
Définition 10.1 — Les quatre formes indéterminées usuelles
Une forme indéterminée est une situation dans laquelle les limites des éléments d’une opération ne permettent pas, à elles seules, de déterminer la limite du résultat. Dans ce chapitre, les quatre familles usuelles sont notées : \[\infty-\infty,\qquad 0\times\infty,\qquad \frac{\infty}{\infty},\qquad \frac00.\] Ces écritures sont des étiquettes, pas des égalités entre nombres. Le symbole \(\infty\) résume ici une valeur absolue qui devient arbitrairement grande ; les signes précis restent à étudier.
Pour la somme, la forme problématique est une opposition d’infinis : \(+\infty+(-\infty)\) ou \(-\infty+(+\infty)\). En revanche, \(+\infty+(+\infty)\) n’est pas indéterminé.
Pourquoi chaque famille exige un travail supplémentaire
Dans les trois premières familles ci-dessous, on considère \(x\to+\infty\), avec \(x>0\). La quatrième famille sera étudiée en \(0^+\). Chaque exemple donne une fonction différente ; il ne modifie pas les règles de calcul.
Proposition 10.2 — Une différence d’infinis n’impose aucune valeur
Les deux termes de chaque différence ci-dessous tendent vers \(+\infty\), mais leurs différences ont des limites distinctes. \[\begin{array}{c|c|c} \text{expression}&\text{égalité exacte}&\text{limite}\\\hline (x+1/x)-x&1/x&0\\ (x+4)-x&4&4\\ 2x-x&x&+\infty\\ x-2x&-x&-\infty \end{array}\]
Démonstration.
Les égalités de la deuxième colonne résultent de la suppression de deux termes opposés. Leurs limites utilisent seulement \(1/x\to0\), la limite d’une constante et celles de \(x\) et de \(-x\). Ces quatre réponses incompatibles montrent qu’aucune valeur universelle ne peut être attribuée à la forme \(\infty-\infty\).
\(\square\)
Exemple 10.1 — Une différence qui n’a pas de limite
L’expression \((x+\sin x)-x\) vaut exactement \(\sin x\). Pourtant \(x+\sin x\to+\infty\) : en effet \(x+\sin x\ge x-1\), et \(x-1\) finit par dépasser n’importe quel seuil.
La différence n’a pas de limite en \(+\infty\). Aux abscisses \(\pi/2+2k\pi\), elle vaut \(1\) ; aux abscisses \(3\pi/2+2k\pi\), elle vaut \(-1\), pour tout entier \(k\ge0\). Ces deux familles d’abscisses vont aussi loin que l’on veut et imposent deux valeurs différentes. La fonction reste bornée, donc elle ne tend pas non plus vers un infini.
Proposition 10.3 — Un facteur nul et un facteur infini ne fixent pas le produit
Chaque produit comporte un facteur qui tend vers \(0\) et un autre vers \(+\infty\) : \[\begin{array}{c|c|c} \text{expression}&\text{égalité exacte}&\text{limite}\\[4pt]\hline \dfrac1{x^2}\,x&1/x&0\\[6pt] \dfrac1x\,x&1&1\\[6pt] \dfrac1x\,x^2&x&+\infty\\[6pt] -\dfrac1x\,x^2&-x&-\infty \end{array}\]
Démonstration.
On simplifie des facteurs non nuls, puisque \(x>0\). Par exemple \(x/x^2=1/x\) et \(x^2/x=x\). Le facteur \(1/x\) devient petit, mais le second facteur peut devenir grand à des vitesses très différentes. Les quatre calculs exacts donnent les quatre limites indiquées.
\(\square\)
Exemple 10.2 — Transformer un produit en quotient
Calculons la limite de \[\frac1x\left(3x+\frac1x\right) \quad\text{lorsque }x\to+\infty.\] Le premier facteur tend vers \(0\), le second vers \(+\infty\) : FI. Distribuons le facteur \(1/x\) sur chacun des deux termes : \[\frac1x\times3x+\frac1x\times\frac1x =3+\frac1{x^2}.\] Comme \(1/x^2\to0\), la limite cherchée est \(3\). Écrire seulement « \(0\times\infty\) » n’aurait rien démontré sur ce produit.
Proposition 10.4 — Deux infinis dans un quotient : comparer les expressions
Pour \(x\to+\infty\), les trois expressions \[\frac{x}{x^2}=\frac1x,\qquad \frac{5x}{x}=5,\qquad \frac{x^2}{x}=x\] ont pour limites respectives \(0\), \(5\) et \(+\infty\), bien que leurs numérateurs et dénominateurs tendent tous vers \(+\infty\).
Démonstration.
Puisque \(x>0\), la simplification par \(x\) est licite. On applique ensuite les limites de \(1/x\), d’une constante et de \(x\). Si l’on change le signe d’un numérateur, la limite non nulle change de signe ; le sens de l’infini doit donc toujours être suivi.
\(\square\)
Exemple 10.3 — Un quotient d’infinis qui oscille
Considérons \(Q(x)=x(2+\sin x)/x\), pour \(x>0\). Son dénominateur tend vers \(+\infty\). Son numérateur aussi : comme \(2+\sin x\ge1\), il est supérieur ou égal à \(x\).
Après simplification, \(Q(x)=2+\sin x\). Cette expression prend la valeur \(3\) aux abscisses \(\pi/2+2k\pi\) et la valeur \(1\) aux abscisses \(3\pi/2+2k\pi\). Elle n’a donc pas de limite. La même fonction peut aussi s’écrire \((1/x)\times[x(2+\sin x)]\) : elle montre qu’une forme \(0\times\infty\) peut, elle aussi, conduire à une absence de limite.
Proposition 10.5 — Le quotient de deux quantités nulles peut avoir plusieurs issues
Lorsque \(x\to0^+\), les numérateurs et dénominateurs ci-dessous tendent vers \(0\) : \[\begin{array}{c|c|c} \text{expression}&\text{égalité pour }x>0&\text{limite}\\\hline x^2/x&x&0\\ 3x/x&3&3\\ x/x^2&1/x&+\infty\\ -x/x^2&-1/x&-\infty \end{array}\]
Démonstration.
Chaque égalité est obtenue en simplifiant un facteur \(x\ne0\). La limite est étudiée pour \(x\) proche de \(0\), jamais par une division effective par zéro. Puisque \(x>0\), \(1/x\to+\infty\) et \(-1/x\to-\infty\). Les deux premières lignes ont respectivement les limites \(0\) et \(3\).
\(\square\)
Exemple 10.4 — Une forme \(0/0\) sans limite bilatérale
Pour \(x\ne0\), soit \(R(x)=x/|x|\). Le numérateur et le dénominateur tendent tous deux vers \(0\) en \(0\). Si \(x>0\), \(|x|=x\), donc \(R(x)=1\). Si \(x<0\), \(|x|=-x\), donc \(R(x)=-1\). \[\lim_{x\to0^+}R(x)=1\ne-1=\lim_{x\to0^-}R(x).\] Le quotient n’a pas de limite en \(0\). Ici, lever l’indétermination ne signifie pas trouver à tout prix un nombre : cela permet de déterminer correctement le comportement.
Choisir une transformation qui apporte quelque chose
Méthode — Du diagnostic au premier geste
Une somme de puissances à l’infini : mettre en facteur la puissance de plus haut degré.
Un quotient de polynômes à l’infini : diviser numérateur et dénominateur par une même puissance de \(x\), ou factoriser les deux puissances dominantes.
Un quotient \(0/0\) en un point : chercher un facteur commun ; ne simplifier que des produits.
Une différence de racines carrées : multiplier par l’expression conjuguée, en vérifiant qu’elle est non nulle.
Une différence de fractions : réduire au même dénominateur en gardant les parenthèses.
Un produit \(0\times\infty\) : développer si cela simplifie, ou réécrire en quotient.
La question décisive est : après la transformation, quelle règle pourrai-je utiliser ? Une transformation exacte qui reproduit la même difficulté n’a pas encore résolu le problème.
Ces gestes sont des outils de calcul, pas des résultats nouveaux sur les limites. Les rappels algébriques nécessaires sont explicités dans les exemples qui suivent.
Exemple 10.5 — Un facteur commun en un point
Pour \(x\ne2\), calculons la limite en \(2\) de \((x^2-4)/(x-2)\). La substitution dans les deux blocs donne \(0/0\) : aucun quotient de limites n’est utilisable.
L’identité remarquable \(a^2-b^2=(a-b)(a+b)\) donne ici \(x^2-4=(x-2)(x+2)\). Ainsi, pour \(x\ne2\), \[\frac{x^2-4}{x-2}=\frac{(x-2)(x+2)}{x-2}=x+2.\] Les deux expressions coïncident pour tous les \(x\) assez proches de \(2\) et distincts de \(2\) ; elles ont donc la même limite. Comme \(x+2\to4\), la limite cherchée vaut \(4\). La fonction initiale reste non définie en \(2\).
À toi 10.2 — Essai guidé : examiner l’écriture, pas seulement le symbole
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
En \(+\infty\), étudie \(A(x)=2x-x+3\), puis \(B(x)=(2x+3)/x\). Pour chaque expression : repère la FI de la première écriture, effectue une égalité algébrique exacte, puis donne la règle qui permet de conclure.
Correction expliquée.
Pour \(A\), les blocs \(2x\) et \(x\) tendent vers \(+\infty\) ; l’écriture « \(2x-x\) » produit une FI. Mais \(2x-x=x\), donc \(A(x)=x+3\to+\infty\) par somme.
Pour \(B\), les deux blocs tendent vers \(+\infty\). Puisque \(x\ne0\) dans la zone étudiée, \[B(x)=\frac{2x}{x}+\frac3x=2+\frac3x.\] Le premier terme est constant ; le second tend vers \(0\). Par somme, la limite est \(2\). On n’a pas « remplacé \(x\) par l’infini » : on a transformé une fonction.
À toi 10.3 — Tentative autonome : trois premiers gestes
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine les limites de \[\frac{x^2-x}{x}\quad(x\to+\infty),\qquad \frac{x^2-9}{x-3}\quad(x\to3),\qquad \frac1x(x+2)\quad(x\to+\infty).\] Justifie les simplifications et lève chaque FI avant de conclure.
Correction expliquée.
Dans le premier cas, on factorise \(x^2-x=x(x-1)\) et on simplifie par \(x\ne0\). Le quotient vaut \(x-1\), donc sa limite est \(+\infty\).
Dans le deuxième, \(x^2-9=(x-3)(x+3)\). Pour \(x\ne3\), le quotient vaut \(x+3\), dont la limite en \(3\) est \(6\). La fonction initiale n’acquiert pas pour autant une valeur en \(3\).
Dans le troisième, on distribue \(1/x\) : \((1/x)(x+2)=1+2/x\). Comme \(2/x\to0\), la limite vaut \(1\). Cette fois, la FI initiale était un produit et non un quotient.
Une variation qui change réellement la réponse
À toi 10.4 — Un facteur supprimé ne suffit pas toujours
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Remplace le dénominateur \(x-3\) de l’exemple précédent par \((x-3)^2\). Étudie \((x^2-9)/(x-3)^2\) en \(3^-\) et \(3^+\). Explique pourquoi la limite n’est plus \(6\).
Correction expliquée.
Pour \(x\ne3\), \[\frac{x^2-9}{(x-3)^2} =\frac{(x-3)(x+3)}{(x-3)(x-3)} =\frac{x+3}{x-3}.\] Il reste un facteur \(x-3\) au dénominateur. Le numérateur tend vers \(6>0\). Le dénominateur tend vers \(0^-\) en \(3^-\) et vers \(0^+\) en \(3^+\). Les limites sont donc \(-\infty\) à gauche et \(+\infty\) à droite. Le quotient n’a pas de limite bilatérale ; la simplification d’un facteur n’autorise pas à oublier ceux qui restent.
Remédiation : « il y a une FI » n’est pas une conclusion
Si tu t’arrêtes après avoir écrit FI, reprends une expression plus simple. Par exemple, \(x/x\) près de \(0\) donne d’abord \(0/0\), puis vaut exactement \(1\) pour \(x\ne0\). La FI a seulement indiqué que la règle directe ne convenait pas.
À toi 10.5 — Nouvel essai, puis retour au problème
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(2x/x\) puis \(2x^2/x\) pour \(x\ne0\) et leurs limites en \(0\). Reviens ensuite au quotient de la variation précédente : écris ce qu’il reste après simplification.
Correction expliquée.
On a \(2x/x=2\), donc la première limite est \(2\). On a \(2x^2/x=2x\), donc la seconde est \(0\). Les deux formes initiales étaient \(0/0\), mais la première simplification laisse une constante et la seconde laisse un facteur \(x\). Dans la variation, il reste \((x+3)/(x-3)\) : ce reste détermine les limites infinies opposées. Refaire l’écriture intermédiaire permet d’éviter une conclusion fondée sur le seul mot « simplification ».
Correction expliquée.
Le quotient \(x/x=1\) pour \(x\ne0\) contredit l’affirmation en \(0\). Pour le calcul demandé, on factorise \(x^2+2x=x(x+2)\). Pour \(x\ne-2\), le quotient vaut donc \(x\). Sa limite en \(-2\) est \(-2\). Les deux blocs initiaux tendaient pourtant vers \(0\) : l’affirmation n’était pas une règle valide.
11. Polynômes et quotients de polynômes à l’infini
Pour démarrer.
Pour calculer une limite en \(+\infty\) ou en \(-\infty\), on cherche une écriture où chaque facteur possède une limite exploitable. La puissance de plus haut degré fournit un facteur utile, mais les termes restants ne sont jamais supprimés sans justification.
À toi 11.1 — Diagnostic : diviser chaque terme
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne0\), simplifie \(\dfrac{4x^3-2x+7}{x^3}\). Explique en particulier pourquoi le deuxième terme n’est pas \(-2/x\).
Correction expliquée.
On divise chaque terme du numérateur par \(x^3\) : \[\frac{4x^3-2x+7}{x^3} =4-\frac{2x}{x^3}+\frac7{x^3} =4-\frac2{x^2}+\frac7{x^3}.\] Dans \(x/x^3\), on simplifie un facteur \(x\) et il reste \(1/x^2\). Obtenir \(-2/x\) reviendrait à diviser le terme \(-2x\) par \(x^2\), et non par \(x^3\).
Identifier le terme dominant après réduction
Définition 11.1 — Degré et coefficient dominant
Un polynôme non nul s’écrit, après regroupement des termes de même degré, \[P(x)=a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1}+\cdots+a_1x+a_0, \qquad a_n\ne0.\] L’entier \(n\ge0\) est son degré, \(a_n\) son coefficient dominant et \(a_nx^n\) son terme dominant. Un polynôme constant non nul est de degré \(0\). Le polynôme nul est traité séparément.
Par exemple, \(-3x^4+2x-7\) est de degré \(4\) et de coefficient dominant \(-3\). En revanche, \(x^3+2x-x^3=2x\) est de degré \(1\), et non de degré \(3\) : il faut d’abord réduire l’expression.
Proposition 11.2 — Factorisation par la plus haute puissance
Pour \(x\ne0\) et \(n\ge1\), on a l’égalité exacte \[P(x)=x^n\left(a_n+\frac{a_{n-1}}x+\cdots+ \frac{a_1}{x^{n-1}}+\frac{a_0}{x^n}\right).\] Le facteur entre parenthèses tend vers \(a_n\) en chacun des deux infinis.
Démonstration.
En distribuant \(x^n\), le terme \(x^n a_k/x^{n-k}\) redonne \(a_kx^k\) pour chaque \(k<n\), et \(x^na_n\) redonne le terme dominant. L’égalité est donc une simple factorisation, valable pour \(x\ne0\).
Pour chaque entier \(j\ge1\), \(1/x^j\to0\) en \(+\infty\) et en \(-\infty\). En effet, \(|x|^j\) devient arbitrairement grand et \(|1/x^j|=1/|x|^j\) devient arbitrairement petit. Une somme d’un nombre fini de ces termes tend vers \(0\). Le facteur entre parenthèses tend donc vers \(a_n\).
\(\square\)
Théorème 11.3 — Limite d’un polynôme à l’infini
Un polynôme non constant a, en chaque infini, la même limite que son terme dominant. Plus précisément, pour \(P\) de degré \(n\ge1\) : \[\begin{array}{c|cc} &a_n>0&a_n<0\\\hline x\to+\infty&+\infty&-\infty\\ x\to-\infty,\ n\text{ pair}&+\infty&-\infty\\ x\to-\infty,\ n\text{ impair}&-\infty&+\infty \end{array}\] Un polynôme constant \(P(x)=c\) a pour limite \(c\) en chacun des deux infinis, y compris lorsque \(c=0\).
Démonstration.
On utilise la factorisation précédente. Le facteur entre parenthèses tend vers \(a_n\ne0\), donc il a finalement le signe de \(a_n\). En \(+\infty\), \(x^n\to+\infty\). En \(-\infty\), \(x^n\to+\infty\) si \(n\) est pair et \(x^n\to-\infty\) si \(n\) est impair. La règle du produit, avec le signe de \(a_n\), donne toutes les cases du tableau. Pour une fonction constante, la distance à \(c\) vaut toujours zéro, ce qui donne directement la limite \(c\).
\(\square\)
Exemple 11.1 — Un coefficient négatif devant une puissance paire
Soit \(P(x)=-3x^4+2x-7\), définie sur \(\mathbb{R}\). À droite, les limites des termes donnent d’abord \(-\infty+\infty-7\), ce qui ne permet pas de conclure par somme. Pour \(x\ne0\), écrivons \[P(x)=x^4\left(-3+\frac2{x^3}-\frac7{x^4}\right).\] Vérification : \(x^4\times(-3)=-3x^4\), \(x^4\times2/x^3=2x\) et \(x^4\times(-7/x^4)=-7\). La factorisation conserve donc tous les termes.
En chacun des deux infinis, le facteur entre parenthèses tend vers \(-3<0\) et \(x^4\to+\infty\). Ainsi, \[\lim_{x\to+\infty}P(x)=-\infty,\qquad \lim_{x\to-\infty}P(x)=-\infty.\] Le degré pair explique pourquoi les deux limites ont le même signe ; le coefficient négatif explique pourquoi ce signe est négatif.
Exemple 11.2 — Une puissance impaire change le comportement à gauche
Pour \(S(x)=2x^3-5x+1\), on écrit \[S(x)=x^3\left(2-\frac5{x^2}+\frac1{x^3}\right) \quad(x\ne0).\] Le second facteur tend vers \(2>0\). En \(+\infty\), \(x^3\to+\infty\), donc \(S\to+\infty\). En \(-\infty\), \(x^3\to-\infty\), donc \(S\to-\infty\). On ne peut pas déduire la limite en \(-\infty\) en recopiant celle en \(+\infty\) sans examiner la parité.
Quotients : préparer une règle de quotient applicable
Définition 11.4 — Fonction rationnelle
Si \(P\) et \(Q\) sont des polynômes et si \(Q\) n’est pas le polynôme nul, la fonction \(P/Q\) est une fonction rationnelle, définie pour les réels \(x\) tels que \(Q(x)\ne0\).
On n’a pas toujours besoin de résoudre exactement \(Q(x)=0\) pour étudier l’infini : la factorisation de \(Q\) montre qu’il ne s’annule pas pour \(|x|\) assez grand. Il faut toutefois justifier cette affirmation.
Lemme 11.5 — Le dénominateur est non nul assez loin
Si \(Q\) est de degré \(q\) et de coefficient dominant \(b\ne0\), alors \(Q(x)\ne0\) dès que \(|x|\) est assez grand.
Démonstration.
Pour \(q=0\), \(Q\) est une constante non nulle. Pour \(q\ge1\), on écrit \(Q(x)=x^q B(x)\), où \(B(x)\to b\) dans les deux infinis. On peut donc rendre \(|B(x)-b|<|b|/2\). Par l’inégalité triangulaire, \(|B(x)|\ge |b|-|B(x)-b|>|b|/2>0\). Comme \(x^q\ne0\) pour \(x\ne0\), le produit \(Q(x)\) ne s’annule pas assez loin.
\(\square\)
Corollaire 11.6 — Règle des degrés, avec ses signes
Ce résultat découle de la factorisation de la proposition
11.2, du lemme
11.5et des règles de produit et de quotient.
Soient \(P\) et \(Q\) deux polynômes non nuls, de degrés respectifs \(p\) et \(q\), de coefficients dominants \(a\) et \(b\). Alors :
si \(p<q\), \(P(x)/Q(x)\to0\) en chacun des deux infinis ;
si \(p=q\), \(P(x)/Q(x)\to a/b\) en chacun des deux infinis ;
si \(p>q\), le quotient a, en chaque infini, la même limite que \((a/b)x^{p-q}\).
Dans le dernier cas, il faut examiner le signe de \(a/b\) et la parité de \(p-q\). Si \(P\) est le polynôme nul, le quotient vaut \(0\) partout où il est défini et tend vers \(0\).
Démonstration.
On factorise séparément les plus hautes puissances : \[\frac{P(x)}{Q(x)} =\frac{x^p A(x)}{x^q B(x)} =x^{p-q}\frac{A(x)}{B(x)},\] avec \(A(x)\to a\) et \(B(x)\to b\ne0\). Le quotient \(A/B\) tend vers \(a/b\ne0\).
Si \(p<q\), \(x^{p-q}=1/x^{q-p}\to0\) ; par produit, la limite est \(0\). Si \(p=q\), le facteur \(x^{p-q}\) vaut \(1\) ; la limite est \(a/b\). Si \(p>q\), le facteur \(x^{p-q}\) tend vers un infini dont le signe dépend du côté et de la parité ; le facteur \(A/B\) tend vers le nombre non nul \(a/b\). La règle du produit donne exactement le comportement annoncé.
\(\square\)
Méthode — Une rédaction reproductible
Réduire les polynômes et repérer les degrés.
Vérifier le domaine, au moins dans la zone de l’infini étudié.
Diviser tous les termes du numérateur et du dénominateur par une même puissance de \(x\), choisie pour obtenir un dénominateur de limite non nulle. Une autre possibilité est de factoriser séparément les deux puissances dominantes.
Donner les limites des expressions transformées, puis appliquer quotient et éventuellement produit.
Traiter séparément \(+\infty\) et \(-\infty\) lorsqu’un facteur de puissance impaire subsiste.
Exemple 11.3 — Même degré au numérateur et au dénominateur
Soit \(F(x)=(3x^4-x+2)/(x^4+7)\). Le dénominateur est au moins égal à \(7\), donc le domaine est \(\mathbb{R}\). Les deux polynômes tendent vers \(+\infty\) aux deux extrémités : le quotient direct est indéterminé.
Pour \(x\ne0\), on divise tous les termes par \(x^4\) : \[F(x)=\frac{3-x/x^4+2/x^4}{1+7/x^4} =\frac{3-1/x^3+2/x^4}{1+7/x^4}.\] En chacun des deux infinis, \(1/x^3\to0\) et \(1/x^4\to0\). Le numérateur transformé tend vers \(3\) et le dénominateur vers \(1\ne0\). Donc \[\lim_{x\to+\infty}F(x)=\lim_{x\to-\infty}F(x)=3.\] Le fait d’avoir écrit cette égalité pour \(x\ne0\) n’est pas gênant pour une étude à l’infini : cette zone ne contient pas \(0\).
Exemple 11.4 — Degré plus petit au numérateur
Soit \(G(x)=(4x+1)/(2x^2+3)\), définie sur \(\mathbb{R}\) puisque \(2x^2+3>0\). Pour \(x\ne0\), divisons par \(x^2\) : \[G(x)=\frac{4/x+1/x^2}{2+3/x^2}.\] Dans les deux infinis, le numérateur tend vers \(0+0=0\) et le dénominateur vers \(2\ne0\). Par quotient, la limite est \(0\).
Il n’est pas nécessaire de décider si \(G\) arrive au-dessus ou au-dessous de \(0\) pour établir cette limite. Si on veut préciser l’approche, \(4x+1\) est finalement positif à droite et négatif à gauche ; le dénominateur reste positif.
Exemple 11.5 — Degré supérieur : un facteur \(x\) reste présent
Soit \(H(x)=(2x^3+x)/(x^2-x+2)\). On complète le carré : \[x^2-x+2=\left(x-\frac12\right)^2+\frac74>0.\] Ainsi, \(H\) est définie sur \(\mathbb{R}\). Pour \(x\ne0\), on factorise \(x^3\) en haut et \(x^2\) en bas : \[H(x)=\frac{x^3(2+1/x^2)}{x^2(1-1/x+2/x^2)} =x\frac{2+1/x^2}{1-1/x+2/x^2}.\] Le quotient de droite tend vers \(2/1=2>0\). Le facteur restant est \(x\). Ainsi, \[\lim_{x\to+\infty}H(x)=+\infty,\qquad \lim_{x\to-\infty}H(x)=-\infty.\] Le quotient initial n’a pas pour limite \(2\) : ce nombre est seulement la limite du facteur normalisé. Oublier le facteur \(x\) changerait complètement le résultat.
Exemple 11.6 — Degré supérieur, différence paire et coefficient négatif
Pour \(J(x)=(-2x^4+1)/(x^2+3)\), le domaine est \(\mathbb{R}\). Pour \(x\ne0\), \[J(x)=x^2\frac{-2+1/x^4}{1+3/x^2}.\] Le quotient normalisé tend vers \(-2\) et \(x^2\to+\infty\) dans les deux infinis. Les deux limites de \(J\) sont donc \(-\infty\). Ici, la différence des degrés est \(4-2=2\), paire : le signe ne s’inverse pas entre gauche et droite.
À toi 11.2 — Essai guidé : retrouver le facteur oublié
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(K(x)=(-3x^3+2)/(2x^2+1)\) aux deux infinis. Aides : le dénominateur est-il toujours positif ? Factorise \(x^3\) au numérateur et \(x^2\) au dénominateur. Quelle puissance subsiste ?
Correction expliquée.
Le dénominateur \(2x^2+1\) est au moins \(1\), donc \(K\) est définie sur \(\mathbb{R}\). Pour \(x\ne0\), \[K(x)=\frac{x^3(-3+2/x^3)}{x^2(2+1/x^2)} =x\frac{-3+2/x^3}{2+1/x^2}.\] Le quotient normalisé tend vers \(-3/2<0\). En \(+\infty\), le produit tend donc vers \(-\infty\). En \(-\infty\), un facteur tend vers \(-\infty\) et l’autre vers un nombre négatif non nul : la limite est \(+\infty\). Le changement de signe vient du facteur \(x\).
À toi 11.3 — Tentative autonome : choisir sa normalisation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine les limites aux deux infinis de \[A(x)=5x^5-2x^2+8,\qquad B(x)=\frac{6x^2-3x+1}{2x^2+5},\qquad C(x)=\frac{7x+2}{x^4+1}.\] Pour chaque fonction, donne une égalité de factorisation ou de division qui justifie la limite ; l’annonce du seul degré ne suffit pas pour cet entraînement.
Correction expliquée.
Pour \(A\), on a, lorsque \(x\ne0\), \[A(x)=x^5\left(5-\frac2{x^3}+\frac8{x^5}\right).\] Le facteur entre parenthèses tend vers \(5>0\). La puissance \(x^5\) tend vers \(+\infty\) à droite et vers \(-\infty\) à gauche. Les limites de \(A\) sont donc \(+\infty\) et \(-\infty\) respectivement.
Le dénominateur de \(B\) est strictement positif. Pour \(x\ne0\), \[B(x)=\frac{6-3/x+1/x^2}{2+5/x^2}.\] Le numérateur tend vers \(6\) et le dénominateur vers \(2\ne0\) : les deux limites valent \(3\).
Le dénominateur de \(C\) est également strictement positif. En divisant tous les termes par \(x^4\), on obtient \[C(x)=\frac{7/x^3+2/x^4}{1+1/x^4}.\] Le numérateur tend vers \(0\), le dénominateur vers \(1\ne0\) : les deux limites valent \(0\).
Variation : réduire avant de compter les degrés
À toi 11.4 — Une apparence trompeuse
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie en \(+\infty\) \[V(x)=\frac{(x^3+2x)-(x^3-x^2)}{x^2+1}.\] Un élève annonce un degré \(3\) au numérateur. Identifie précisément son erreur.
Correction expliquée.
Le signe moins devant la deuxième parenthèse change les deux signes : \[(x^3+2x)-(x^3-x^2)=x^3+2x-x^3+x^2=x^2+2x.\] Le numérateur réduit est de degré \(2\). Le dénominateur est positif. Pour \(x\ne0\), \[V(x)=\frac{1+2/x}{1+1/x^2}\longrightarrow1.\] Les termes de degré \(3\) s’annulent exactement. La règle des degrés s’applique à un polynôme réduit, pas à la plus grande puissance visible dans une écriture non réduite.
Remédiation : contrôler une factorisation en redéveloppant
Si tu écris \(3x^4-2x=x^4(3-2/x)\), redéveloppe : le membre de droite vaut \(3x^4-2x^3\), qui n’est pas l’expression initiale. La correction est \(x^4(3-2/x^3)\), car \(x^4/x^3=x\).
À toi 11.5 — Nouvel essai après contrôle
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Factorise \(-5x^3+4x^2-6\) par \(x^3\), puis redéveloppe les trois termes. Utilise ensuite ton résultat pour retrouver les limites aux deux infinis. Reviens enfin à \(K\) et vérifie ses deux factorisations de la même manière.
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), \[-5x^3+4x^2-6=x^3\left(-5+\frac4x-\frac6{x^3}\right).\] Les produits sont \(-5x^3\), \(4x^3/x=4x^2\) et \(-6x^3/x^3=-6\) : l’égalité est vérifiée. Le facteur entre parenthèses tend vers \(-5<0\). La limite du polynôme est donc \(-\infty\) en \(+\infty\) et \(+\infty\) en \(-\infty\).
Pour \(K\), \(x^3(-3+2/x^3)=-3x^3+2\) et \(x^2(2+1/x^2)=2x^2+1\). On retrouve exactement les deux polynômes initiaux. Ce contrôle ne prouve pas la limite, mais il sécurise l’égalité sur laquelle la preuve s’appuie.
Correction expliquée.
Le quotient est défini sauf lorsque \(x=\pm\sqrt{3/2}\) ; il est donc défini dans les deux zones infinies. Pour \(x\ne0\), \[\frac{4x^3-7x}{-2x^2+3} =x\frac{4-7/x^2}{-2+3/x^2}.\] Le quotient normalisé tend vers \(4/(-2)=-2<0\). En \(-\infty\), le facteur \(x\) tend vers \(-\infty\) : la limite cherchée est \(+\infty\). En \(+\infty\), le même facteur tend vers \(+\infty\) : la limite est \(-\infty\). Les deux valeurs interdites finies ne gênent pas ces études à l’infini.
12. Lever une indétermination en un point par l’algèbre
Pour démarrer.
Dans cette unité, la limite en \(a\) est étudiée pour \(x\) proche de \(a\) mais distinct de \(a\). Une expression peut donc avoir une limite en un point où elle n’est pas définie. Le premier geste est de calculer séparément les limites du numérateur et du dénominateur ; une factorisation n’est nécessaire que si le calcul direct ne suffit pas.
À toi 12.1 — Diagnostic : simplifier un facteur ou barrer un terme ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne2\), peut-on simplifier par \(x-2\) dans chacune des expressions suivantes ? \[A(x)=\frac{(x-2)(x+3)}{x-2}, \qquad B(x)=\frac{(x-2)+(x+3)}{x-2}.\] Écris la forme exacte de chacune, sans supprimer de terme.
Correction expliquée.
Dans \(A\), le numérateur est un produit contenant le facteur \(x-2\ne0\) ; on obtient \(A(x)=x+3\). Dans \(B\), le numérateur est une somme, pas un produit. On peut distribuer la division : \[B(x)=\frac{x-2}{x-2}+\frac{x+3}{x-2} =1+\frac{x+3}{x-2}.\] Le second quotient reste présent. Une simplification supprime un facteur commun à tout le numérateur et à tout le dénominateur.
Pourquoi on peut calculer avec une autre expression
Proposition 12.1 — Égalité près d’un point et conservation de la limite
Supposons que deux expressions \(f(x)\) et \(g(x)\) soient égales pour tous les \(x\) du domaine étudié suffisamment proches de \(a\), avec \(x\ne a\). Elles ont alors le même comportement limite lorsque \(x\to a\) dans ce domaine, ou du côté considéré.
Démonstration.
Pour imposer que \(f(x)\) appartienne à un intervalle proche d’une limite finie, ou dépasse un seuil pour une limite infinie, on peut se restreindre à une zone encore plus proche de \(a\). Dans cette zone, \(f(x)=g(x)\) : toute condition satisfaite par l’une l’est exactement par l’autre. Leurs éventuelles valeurs en \(a\) ne sont pas utilisées, puisque l’approche exclut \(a\).
\(\square\)
Piège — Une égalité locale ne change pas le domaine initial
La fonction \((x^2-1)/(x-1)\) n’est pas définie en \(1\). L’égalité avec \(x+1\) pour \(x\ne1\) permet de calculer sa limite, mais elle ne lui attribue pas automatiquement la valeur \(2\) en \(1\). Définir une nouvelle valeur serait une modification de la fonction, différente du calcul de limite.
Méthode — Factoriser un quotient \(0/0\)
Écrire le domaine et le point d’approche.
Vérifier que les deux blocs tendent vers \(0\) ; sinon, une autre règle peut suffire.
Factoriser le numérateur et le dénominateur en vérifiant les identités par développement.
Simplifier les facteurs communs uniquement là où ils sont non nuls.
Refaire le diagnostic de limite sur l’expression obtenue. Il peut rester un dénominateur qui tend vers \(0\) ; dans ce cas, étudier son signe.
Exemple 12.1 — Une différence de deux carrés
Calculons la limite en \(3\) de \[F(x)=\frac{x^2-9}{x-3},\qquad x\ne3.\] Le numérateur tend vers \(3^2-9=0\) et le dénominateur vers \(0\) : FI. On utilise \(a^2-b^2=(a-b)(a+b)\) : \[x^2-9=(x-3)(x+3).\] Le développement donne \(x^2+3x-3x-9=x^2-9\), ce qui vérifie l’identité. Pour \(x\ne3\), \[F(x)=\frac{(x-3)(x+3)}{x-3}=x+3.\] Par égalité au voisinage de \(3\), la limite de \(F\) est celle de \(x+3\), donc \(6\). Aucun calcul n’a divisé par zéro.
Exemple 12.2 — Deux polynômes à factoriser
Soit \(G(x)=(x^2-5x+6)/(x^2-4)\). Comme \(x^2-4=(x-2)(x+2)\), son domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{-2;2\}\). En \(2\), les deux blocs tendent vers \(0\).
On vérifie la factorisation du numérateur : \[(x-2)(x-3)=x^2-3x-2x+6=x^2-5x+6.\] Pour \(x\notin\{-2;2\}\), \[G(x)=\frac{(x-2)(x-3)}{(x-2)(x+2)} =\frac{x-3}{x+2}.\] Le numérateur transformé tend vers \(-1\) et le dénominateur vers \(4\ne0\). Par quotient, \[\lim_{x\to2}G(x)=-\frac14.\] La valeur interdite \(-2\) ne gêne pas l’approche de \(2\), mais elle doit rester exclue du domaine initial annoncé.
Quand une puissance reste au dénominateur
Proposition 12.2 — L’effet d’un facteur résiduel
Soit \(r\) un entier strictement positif, donc \(r\ge1\). Supposons \(A(x)\to L\ne0\) lorsque \(x\to a\).
Le produit \((x-a)^rA(x)\) tend vers \(0\).
Pour \(A(x)/(x-a)^r\), le dénominateur tend vers \(0\). À droite de \(a\), il est positif. À gauche, il est positif si \(r\) est pair et négatif si \(r\) est impair.
Le signe de \(L\) et la parité de \(r\) donnent donc les limites infinies du quotient.
Démonstration.
Pour le produit, \((x-a)^r\to0\) et \(A(x)\to L\in\mathbb{R}\) : la limite est \(0\). Pour le quotient, \(A\) a finalement le signe de \(L\). Le signe de la puissance est celui d’une puissance entière d’un réel positif à droite, négatif à gauche. La règle du quotient d’une limite non nulle par une expression tendant vers \(0^+\) ou \(0^-\) donne la conclusion.
\(\square\)
Exemple 12.3 — Après simplification, deux infinis opposés
Soit \(H(x)=(x^2-1)/(x-1)^2\), définie pour \(x\ne1\). L’écriture initiale produit \(0/0\) en \(1\). On factorise puis on simplifie une seule fois : \[H(x)=\frac{(x-1)(x+1)}{(x-1)(x-1)} =\frac{x+1}{x-1}\quad(x\ne1).\] Le numérateur tend vers \(2>0\). Le facteur restant \(x-1\) tend vers \(0^-\) à gauche et \(0^+\) à droite. Ainsi, \[\lim_{x\to1^-}H(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to1^+}H(x)=+\infty.\] La fonction n’a pas de limite bilatérale en \(1\). Le carré du dénominateur initial ne permettait pas de conclure seul : le numérateur changeait lui aussi de signe.
Exemple 12.4 — Le degré du facteur restant change la conclusion
Considérons \(J(x)=(x-2)^2/(x^2-4)\), définie hors de \(-2\) et \(2\). Pour ces valeurs autorisées, \[J(x)=\frac{(x-2)(x-2)}{(x-2)(x+2)} =\frac{x-2}{x+2}.\] En \(2\), le numérateur tend vers \(0\) et le dénominateur vers \(4\ne0\) ; la limite est \(0\). À l’inverse, pour \((x^2-4)/(x-2)^3\), une simplification laisse \((x+2)/(x-2)^2\). Son numérateur tend vers \(4>0\) et son dénominateur vers \(0^+\) des deux côtés : la limite bilatérale vaut \(+\infty\).
Une différence de fractions : rendre le facteur commun visible
Exemple 12.5 — Garder les parenthèses au numérateur
Calculons en \(1\) la limite de \[K(x)=\frac{\dfrac1{x+1}-\dfrac12}{x-1}.\] Le domaine initial exclut \(-1\) et \(1\). La différence du numérateur tend vers \(1/2-1/2=0\) ; le dénominateur tend vers \(0\).
Réduisons d’abord les deux petites fractions au même dénominateur : \[\frac1{x+1}-\frac12 =\frac{2-(x+1)}{2(x+1)} =\frac{1-x}{2(x+1)} =-\frac{x-1}{2(x+1)}.\] Le signe moins devant \((x+1)\) change le signe de \(x\) et celui de \(1\). Ensuite, diviser par \(x-1\) revient à multiplier par son inverse : \[K(x)=-\frac{x-1}{2(x+1)}\times\frac1{x-1} =-\frac1{2(x+1)} \quad(x\notin\{-1;1\}).\] Le dénominateur final tend vers \(2(1+1)=4\ne0\). La limite cherchée vaut \(-1/4\).
Exemple 12.6 — Diviser par une fraction
Soit \(L(x)=(x-2)/(1-2/x)\). Il faut d’abord \(x\ne0\) ; ensuite, \(1-2/x\ne0\) impose \(x\ne2\). Le domaine est donc \(\mathbb{R}\setminus\{0;2\}\).
En \(2\), les deux blocs tendent vers \(0\). Pour \(x\ne0\), \[1-\frac2x=\frac{x-2}{x}.\] Puis, pour \(x\ne0\) et \(x\ne2\), \[L(x)=\frac{x-2}{(x-2)/x} =(x-2)\frac{x}{x-2}=x.\] La limite en \(2\) vaut donc \(2\). On a inversé la fraction entière \((x-2)/x\), pas un seul de ses termes. Cette égalité ne réintègre ni \(0\) ni \(2\) dans le domaine initial.
À toi 12.2 — Essai guidé : un facteur dans le dénominateur
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine la limite en \(2\) de \(M(x)=(x-2)/(x^2-4)\). Indications : annonce les valeurs interdites ; factorise \(x^2-4\) ; précise pour quelles valeurs tu simplifies ; calcule la limite du quotient restant.
Correction expliquée.
Le domaine exclut \(-2\) et \(2\). Les deux blocs tendent vers \(0\) en \(2\). Pour \(x\notin\{-2;2\}\), \[M(x)=\frac{x-2}{(x-2)(x+2)}=\frac1{x+2}.\] Le dénominateur restant tend vers \(4\ne0\) ; par quotient, \(M(x)\to1/4\). Le facteur commun \(x-2\) était non nul pendant la simplification, car l’étude d’une limite n’impose jamais \(x=2\).
À toi 12.3 — Tentative autonome : deux structures différentes
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie en \(-1\) la limite de \(A(x)=(x^2+3x+2)/(x+1)\), puis en \(0\) celle de \[B(x)=\frac{\dfrac1{x+2}-\dfrac12}{x}.\] Écris toutes les égalités de transformation et les exclusions de domaine.
Correction expliquée.
Pour \(A\), le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{-1\}\). On vérifie \[(x+1)(x+2)=x^2+2x+x+2=x^2+3x+2.\] Pour \(x\ne-1\), \(A(x)=x+2\), donc la limite en \(-1\) vaut \(1\).
Pour \(B\), le domaine exclut \(-2\) et \(0\). La réduction au même dénominateur donne \[\frac1{x+2}-\frac12 =\frac{2-(x+2)}{2(x+2)} =-\frac{x}{2(x+2)}.\] Ainsi, pour \(x\notin\{-2;0\}\), \[B(x)=-\frac{x}{2(x+2)}\times\frac1x =-\frac1{2(x+2)}.\] En \(0\), le dénominateur tend vers \(4\ne0\), donc la limite vaut \(-1/4\). La forme initiale \(0/0\) était levée par une réduction de fractions, puis par une simplification de facteurs.
Variation : conserver la fonction, changer le point
À toi 12.4 — Le même quotient près de l’autre valeur interdite
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Reprends \(M(x)=(x-2)/(x^2-4)\), mais étudie cette fois \(-2^-\) et \(-2^+\). La limite \(1/4\) calculée en \(2\) fournit-elle une réponse ici ?
Correction expliquée.
L’égalité \(M(x)=1/(x+2)\) reste valable pour \(x\notin\{-2;2\}\), donc près de \(-2\) dans son domaine. En \(-2^-\), \(x+2\to0^-\) et \(M(x)\to-\infty\). En \(-2^+\), \(x+2\to0^+\) et \(M(x)\to+\infty\). Il n’y a pas de limite bilatérale en \(-2\). La limite calculée en \(2\) ne disait rien du comportement en \(-2\) : le point d’approche fait partie intégrante du problème.
Remédiation : remettre un produit avant de simplifier
Une erreur fréquente consiste à barrer \(x\) dans \((x+2)/x\) pour écrire \(1+2\). Le bon calcul est \((x+2)/x=1+2/x\), pour \(x\ne0\). Le terme \(2\) n’était pas multiplié par \(x\).
Exemple 12.7 — Un modèle simple avec un vrai facteur commun
Pour \(x\ne0\), \((x^2+2x)/x=x(x+2)/x=x+2\). Ici, les deux termes \(x^2\) et \(2x\) contiennent bien un facteur \(x\). On peut le vérifier en redéveloppant \(x(x+2)=x^2+2x\).
À toi 12.5 — Nouvel essai de factorisation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule la limite en \(0\) de \((3x^2-5x)/x\). Puis reviens à \(A\) de la tentative autonome et indique le facteur commun exact, sans barrer des termes dans une somme.
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), \(3x^2-5x=x(3x-5)\), donc le quotient vaut \(3x-5\). Sa limite en \(0\) est \(-5\). Pour \(A\), le facteur commun est \(x+1\) après l’écriture \((x+1)(x+2)/(x+1)\). Il n’apparaît pas comme un facteur de tout le numérateur tant que celui-ci n’a pas été factorisé.
Correction expliquée.
Le domaine exclut \(-3\) et \(3\). Les identités \(x^2-6x+9=(x-3)^2\) et \(x^2-9=(x-3)(x+3)\) donnent \[C(x)=\frac{x-3}{x+3}\quad(x\notin\{-3;3\}).\] En \(3\), le numérateur tend vers \(0\) et le dénominateur vers \(6\), donc la limite vaut \(0\). En \(-3\), le numérateur tend vers \(-6<0\). À gauche, \(x+3\to0^-\) : la limite est \(+\infty\). À droite, \(x+3\to0^+\) : la limite est \(-\infty\). Une unique expression simplifiée peut donc servir à trois calculs, mais les diagnostics de signes ne sont pas les mêmes.
13. Racines carrées, conjuguées et valeur absolue
Pour démarrer.
Trois contrôles précèdent tout calcul avec une racine carrée : son contenu doit être positif ou nul ; la racine elle-même est positive ou nulle ; \(\sqrt{x^2}\) vaut \(|x|\), et non toujours \(x\). Une différence de racines peut souvent être transformée par une conjuguée, mais on ne l’utilise que si cela simplifie réellement la limite.
À toi 13.1 — Diagnostic : le signe caché dans une racine
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\sqrt{(-5)^2}\). Puis complète : \(\sqrt{x^2}=\cdots\) si \(x>0\) ; \(\sqrt{x^2}=\cdots\) si \(x<0\). Que vaut alors \(\sqrt{x^2}/x\) pour \(x<0\) ?
Correction expliquée.
On a \(\sqrt{(-5)^2}=\sqrt{25}=5\), et non \(-5\). Si \(x>0\), \(\sqrt{x^2}=x\) ; si \(x<0\), \(\sqrt{x^2}=-x\). Ainsi, pour \(x<0\), \(\sqrt{x^2}/x=(-x)/x=-1\). Le symbole de racine carrée désigne la racine non négative.
Propriété 13.1 — Racine d’un carré et produit de radicandes
Pour tout réel \(x\), \(\sqrt{x^2}=|x|\), avec \[|x|=\begin{cases}x&\text{si }x\ge0,\\-x&\text{si }x<0.\end{cases}\] Pour tous réels \(A\ge0\) et \(B\ge0\), on a \(\sqrt{AB}=\sqrt A\sqrt B\).
Démonstration.
Le nombre \(|x|\) est non négatif et son carré vaut \(x^2\) : c’est donc la racine carrée de \(x^2\). De même, \(\sqrt A\sqrt B\) est non négatif et son carré vaut \(AB\). Par unicité de la racine carrée non négative, il est égal à \(\sqrt{AB}\). La condition \(A,B\ge0\) est indispensable dans cette écriture réelle.
\(\square\)
Lecture de la figure. La courbe \(y=\sqrt{x^2}\) coïncide avec \(y=-x\) à gauche de zéro et avec \(y=x\) à droite. Ainsi, au voisinage de \(-\infty\), extraire \(x^2\) d’une racine fait apparaître \(-x>0\).
Propriété 13.2 — Les limites utilisées sous une racine
On suppose que \(u(x)\ge0\) dans la zone d’approche étudiée.
Si \(u(x)\to L\) avec \(L\ge0\), alors \(\sqrt{u(x)}\to\sqrt L\).
Si \(u(x)\to+\infty\), alors \(\sqrt{u(x)}\to+\infty\).
Ces résultats valent pour une approche en un point, d’un côté d’un point ou à l’infini. La condition \(u(x)\ge0\) garantit que la racine est définie.
Démonstration.
Si \(L>0\), la somme \(\sqrt{u(x)}+\sqrt L\) est au moins égale à \(\sqrt L>0\). L’identité de différence de carrés donne \[\left|\sqrt{u(x)}-\sqrt L\right| =\frac{|u(x)-L|}{\sqrt{u(x)}+\sqrt L} \leq\frac{|u(x)-L|}{\sqrt L}.\] Le membre de droite tend vers \(0\), ce qui prouve la limite annoncée.
Si \(L=0\), fixons une précision \(\varepsilon>0\). La limite de \(u\) permet d’avoir \(0\le u(x)<\varepsilon^2\) dans une zone suffisamment proche. En prenant les racines de nombres positifs ou nuls, on obtient \(0\le\sqrt{u(x)}<\varepsilon\). La racine tend donc vers \(0\).
Enfin, si \(u(x)\to+\infty\), pour dépasser un seuil \(M>0\) avec sa racine, il suffit d’imposer \(u(x)>M^2\). Cette condition finit par être satisfaite ; alors \(\sqrt{u(x)}>M\). La racine tend donc vers \(+\infty\).
\(\square\)
Exemple 13.1 — Vérifier la destination du radicande
Pour \(x>0\), \(5+2/x>0\) et \(5+2/x\to5\) lorsque \(x\to+\infty\). La propriété donne \(\sqrt{5+2/x}\to\sqrt5\). Ce n’est pas parce que \(x\) tend vers \(+\infty\) que toute racine écrite avec \(x\) tend vers \(+\infty\) : il faut étudier son contenu.
La conjuguée : une identité algébrique exacte
Définition 13.3 — Expression conjuguée
Pour \(A\ge0\) et \(B\ge0\), on appelle ici expression conjuguée de \(\sqrt A-\sqrt B\) l’expression \(\sqrt A+\sqrt B\), et réciproquement.
Propriété 13.4 — Produit de deux expressions conjuguées
Pour \(A,B\ge0\), on a \((\sqrt A-\sqrt B)(\sqrt A+\sqrt B)=A-B\).
Démonstration.
Le produit se développe en quatre termes : \[\begin{align*} (\sqrt A-\sqrt B)(\sqrt A+\sqrt B) &=(\sqrt A)^2+\sqrt A\sqrt B-\sqrt B\sqrt A-(\sqrt B)^2\\ &=A-B. \end{align*}\] Les deux termes mixtes sont opposés, donc leur somme vaut zéro.
\(\square\)
Proposition 13.5 — Rationaliser une différence de racines
Si \(A,B\ge0\) et si \(\sqrt A+\sqrt B\ne0\), alors \[\sqrt A-\sqrt B=\frac{A-B}{\sqrt A+\sqrt B}.\] Si de plus \(C\ne0\), alors \[\frac{\sqrt A-\sqrt B}{C} =\frac{A-B}{C(\sqrt A+\sqrt B)}.\]
Démonstration.
On multiplie l’expression initiale par \(\dfrac{\sqrt A+\sqrt B}{\sqrt A+\sqrt B}=1\). Le numérateur devient \(A-B\) grâce à l’identité précédente. Les conditions de non-nullité permettent les divisions ; elles ne peuvent pas être oubliées.
\(\square\)
Exemple 13.2 — Une racine moins une constante, en un point
Calculons la limite en \(4\) de \[F(x)=\frac{\sqrt{x+5}-3}{x-4}.\] Le radicande impose \(x\ge-5\) ; le dénominateur impose \(x\ne4\). Les deux blocs tendent vers \(0\) en \(4\). La conjuguée \(\sqrt{x+5}+3\) est au moins égale à \(3\), donc non nulle. Pour tout \(x\) du domaine, \[\begin{align*} F(x)&=\frac{(\sqrt{x+5}-3)(\sqrt{x+5}+3)}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)}\\ &=\frac{x+5-9}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)}\\ &=\frac{x-4}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)} =\frac1{\sqrt{x+5}+3}. \end{align*}\] La racine tend vers \(\sqrt9=3\). Le dénominateur final tend vers \(6\ne0\). Ainsi, la limite vaut \(1/6\). La fonction initiale reste non définie en \(4\) ; seule son expression près de \(4\) a été simplifiée.
Exemple 13.3 — Deux racines différentes en un point
Soit \[G(x)=\frac{\sqrt{x+4}-\sqrt{2x+3}}{x-1}.\] Les deux radicandes imposent \(x\ge-4\) et \(x\ge-3/2\), donc \(x\ge-3/2\) ; on exclut aussi \(1\). En \(1\), les deux racines tendent vers \(\sqrt5\), donc le numérateur tend vers \(0\).
La somme des deux racines est strictement positive sur le domaine : le premier radicande y est au moins \(5/2>0\). Par conjugaison, \[\begin{align*} G(x)&=\frac{(x+4)-(2x+3)}{(x-1)(\sqrt{x+4}+\sqrt{2x+3})}\\ &=\frac{1-x}{(x-1)(\sqrt{x+4}+\sqrt{2x+3})}\\ &=-\frac1{\sqrt{x+4}+\sqrt{2x+3}}. \end{align*}\] Le signe moins vient de \(1-x=-(x-1)\) ; il ne disparaît pas lors de la simplification. La limite en \(1\) vaut donc \(-1/(2\sqrt5)\).
À toi 13.2 — Essai guidé : repérer le facteur créé
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to0}\frac{\sqrt{1+2x}-1}{x}\). Aides : donne le domaine ; multiplie par \(\sqrt{1+2x}+1\) ; calcule le numérateur sans sauter l’étape \((1+2x)-1\) ; indique ce qu’il reste après simplification.
Correction expliquée.
Le domaine est \([-1/2;+\infty[\setminus\{0\}\). La conjuguée est au moins \(1>0\). Pour \(x\) du domaine, \[\frac{\sqrt{1+2x}-1}{x} =\frac{(1+2x)-1}{x(\sqrt{1+2x}+1)} =\frac{2x}{x(\sqrt{1+2x}+1)} =\frac2{\sqrt{1+2x}+1}.\] Le dénominateur tend vers \(1+1=2\ne0\), donc la limite vaut \(2/2=1\). Le coefficient \(2\) est créé par l’identité algébrique ; l’oublier donnerait une réponse fausse.
À l’infini : ne pas confondre les deux côtés
Exemple 13.4 — Une différence de racines en \(+\infty\)
Soit \(H(x)=\sqrt{x+1}-\sqrt x\), définie pour \(x\ge0\). Les deux racines tendent vers \(+\infty\), donc la différence est indéterminée. La conjuguée est positive, et \[H(x)=\frac{(x+1)-x}{\sqrt{x+1}+\sqrt x} =\frac1{\sqrt{x+1}+\sqrt x}.\] Le dénominateur tend vers \(+\infty\) par somme. Le numérateur est constant égal à \(1\) ; la limite du quotient est \(0\). Bien que les deux racines augmentent sans borne, leur écart devient arbitrairement petit.
Exemple 13.5 — Une racine contenant \(x^2\), divisée par \(x\)
Considérons \(J(x)=\sqrt{4x^2+1}/x\). Son domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). Pour \(x\ne0\), les deux facteurs \(x^2\) et \(4+1/x^2\) sont positifs, donc \[\sqrt{4x^2+1} =\sqrt{x^2\left(4+\frac1{x^2}\right)} =|x|\sqrt{4+\frac1{x^2}}.\] Ainsi, \[J(x)=\frac{|x|}{x}\sqrt{4+\frac1{x^2}}.\] À droite, \(x>0\), donc \(|x|/x=1\) et \(J(x)\to2\). À gauche, \(x<0\), donc \(|x|/x=-1\) et \(J(x)\to-2\). La même racine positive donne un quotient négatif lorsque son dénominateur est négatif.
Exemple 13.6 — Une différence racine–polynôme aux deux infinis
Soit \(K(x)=\sqrt{x^2+4x}-x\). Le radicande s’écrit \(x(x+4)\). Il est positif ou nul lorsque \(x\le-4\) ou \(x\ge0\) : \[D_K=]-\infty;-4]\,\cup\,[0;+\infty[.\] Les deux infinis sont donc accessibles dans le domaine.
En \(+\infty\). La différence est de forme \(\infty-\infty\). Pour \(x>0\), la conjuguée \(\sqrt{x^2+4x}+x\) est strictement positive. On obtient \[K(x)=\frac{x^2+4x-x^2}{\sqrt{x^2+4x}+x} =\frac{4x}{\sqrt{x^2+4x}+x}.\] Comme \(x>0\), \(\sqrt{x^2+4x}=x\sqrt{1+4/x}\). Donc \[K(x)=\frac{4x}{x(\sqrt{1+4/x}+1)} =\frac4{\sqrt{1+4/x}+1}.\] Le dénominateur tend vers \(1+1=2\), donc \(K(x)\to2\).
En \(-\infty\). Il n’y a pas la même indétermination : le radicande \(x^2+4x=x^2(1+4/x)\) tend vers \(+\infty\), donc sa racine tend vers \(+\infty\), et \(-x\to+\infty\). La somme \(\sqrt{x^2+4x}+(-x)\) tend vers \(+\infty\).
On peut aussi vérifier le signe par une factorisation exacte, valable pour \(x<-4\) : \[K(x)=(-x)\sqrt{1+\frac4x}-x =(-x)\left(\sqrt{1+\frac4x}+1\right).\] Le premier facteur tend vers \(+\infty\) et le second vers \(2>0\). On retrouve \(+\infty\). Recopier l’expression obtenue pour \(x>0\) aurait été une erreur de signe.
Méthode — Racines : une décision en trois questions
Où les radicandes sont-ils positifs ou nuls ? Le point ou l’infini demandé est-il accessible ?
La règle directe donne-t-elle déjà une limite ? Si oui, inutile d’introduire une conjuguée.
En cas de différence indéterminée, la conjuguée crée-t-elle un facteur simplifiable ? À l’infini, faut-il ensuite extraire \(x^2\), donc \(|x|\), de la racine ?
À toi 13.3 — Tentative autonome : un point et deux infinis
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to9}\frac{\sqrt x-3}{x-9}\), puis les limites aux deux infinis de \(\displaystyle R(x)=\frac{\sqrt{9x^2+2}}x\). Indique les domaines et toutes les égalités utilisées.
Correction expliquée.
Le premier quotient est défini sur \([0;+\infty[\setminus\{9\}\). La conjuguée \(\sqrt x+3\) est positive. Pour \(x\) du domaine, \[\frac{\sqrt x-3}{x-9} =\frac{x-9}{(x-9)(\sqrt x+3)} =\frac1{\sqrt x+3}.\] Le dénominateur tend vers \(3+3=6\), donc la limite vaut \(1/6\).
Pour \(R\), le radicande est strictement positif sur \(\mathbb{R}\) et le domaine exclut seulement \(0\). Pour \(x\ne0\), \[R(x)=\frac{|x|}{x}\sqrt{9+\frac2{x^2}}.\] La racine tend vers \(3\). À droite, \(|x|/x=1\), donc \(R\to3\) ; à gauche, \(|x|/x=-1\), donc \(R\to-3\). Le signe est imposé par le quotient \(|x|/x\), pas par la racine.
À toi 13.4 — Variation : changer un signe devant le terme extérieur
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(V(x)=\sqrt{x^2+1}+x\) en \(+\infty\) puis en \(-\infty\). Pour quel côté la conjuguée est-elle utile ?
Correction expliquée.
Le domaine est \(\mathbb{R}\), car \(x^2+1>0\). En \(+\infty\), les deux termes tendent vers \(+\infty\), donc leur somme tend vers \(+\infty\) sans transformation.
En \(-\infty\), on a une opposition d’infinis. La conjuguée \(\sqrt{x^2+1}-x\) est strictement positive : pour \(x<0\), c’est la somme de deux nombres positifs. On écrit \[V(x)=\frac{x^2+1-x^2}{\sqrt{x^2+1}-x} =\frac1{\sqrt{x^2+1}-x}.\] À gauche, le dénominateur tend vers \(+\infty\) par somme de \(\sqrt{x^2+1}\) et de \(-x\). Ainsi, \(V(x)\to0\). Le côté où l’indétermination apparaît dépend du signe placé devant le terme extérieur à la racine.
Remédiation : une racine carrée ne conserve pas un signe négatif
L’égalité erronée \(\sqrt{x^2+1}=x\sqrt{1+1/x^2}\) peut être réfutée en prenant \(x=-1\) : elle donnerait \(\sqrt2=-\sqrt2\). La correction valable pour tout \(x\ne0\) est \(\sqrt{x^2+1}=|x|\sqrt{1+1/x^2}\).
À toi 13.5 — Nouvel essai après cette correction
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x<0\), écris sans valeur absolue \(\sqrt{25x^2+4}\). Calcule ensuite \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}\frac{\sqrt{25x^2+4}}{-x}\). Reviens enfin au quotient \(R\) de la tentative autonome et explique pourquoi son dénominateur change la réponse.
Correction expliquée.
Pour \(x<0\), \[\sqrt{25x^2+4}=(-x)\sqrt{25+\frac4{x^2}}.\] En divisant par \(-x>0\), il reste \(\sqrt{25+4/x^2}\to5\). La limite vaut donc \(5\), et non \(-5\). Dans \(R\), on divisait par \(x<0\), non par \(-x\) : le rapport \((-x)/x\) y introduisait un facteur \(-1\). Reprendre cette division explicitement évite d’appliquer une formule de mémoire avec le mauvais signe.
Correction expliquée.
Le radicande vaut \((x+3)^2+1>0\), donc \(W\) est définie sur \(\mathbb{R}\). En \(+\infty\), la conjuguée est positive et donne \[W(x)=\frac{6x+10}{\sqrt{x^2+6x+10}+x} =\frac{6+10/x}{\sqrt{1+6/x+10/x^2}+1} \quad(x>0).\] Le numérateur tend vers \(6\) et le dénominateur vers \(2\), donc la limite vaut \(3\). En \(-\infty\), la racine tend vers \(+\infty\) et \(-x\to+\infty\) ; leur somme tend vers \(+\infty\). La conjugaison n’était pas nécessaire pour ce second côté.
14. Comparer et encadrer pour trouver une limite
Pour démarrer.
On n’a pas toujours besoin d’une formule exacte pour trouver une limite. Une inégalité bien orientée peut suffire. Les comparaisons utilisées ici doivent être vraies pour tous les \(x\) du domaine assez proches du point étudié, ou assez loin dans l’infini étudié ; quelques valeurs numériques ne suffisent pas.
À toi 14.1 — Diagnostic : quelle inégalité est utile ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On sait que \(F(x)\ge x-2\) pour tout \(x\ge3\). Que peut-on conclure quand \(x\to+\infty\) ? Si l’on savait seulement \(F(x)\le x-2\), la conclusion serait-elle la même ? Propose un contre-exemple pour cette deuxième situation.
Correction expliquée.
La quantité \(x-2\) finit par dépasser n’importe quel seuil. Comme \(F(x)\) est encore plus grande, \(F(x)\to+\infty\). L’inégalité inverse ne suffit pas : la fonction constante \(F(x)=0\) vérifie \(F(x)\le x-2\) pour tout \(x\ge3\), mais elle tend vers \(0\). Être au-dessous d’une expression qui tend vers \(+\infty\) ne contraint pas à la suivre.
Ce qu’une inégalité devient à la limite
Théorème 14.1 — Passage à la limite dans une inégalité
Supposons que \(f(x)\le g(x)\) dans une zone assez proche de l’endroit étudié. Si \(f(x)\to\ell\) et \(g(x)\to m\), avec \(\ell,m\in\mathbb{R}\), alors \(\ell\le m\).
Démonstration.
Supposons au contraire que \(\ell>m\). Choisissons le réel \(c=(\ell+m)/2\), situé strictement entre les deux nombres. Puisque \(f\to\ell>c\), on a \(f(x)>c\) assez près de l’endroit étudié. Puisque \(g\to m<c\), on a \(g(x)<c\) assez près de cet endroit. Dans une zone où ces deux conditions sont simultanément vraies, \(f(x)>c>g(x)\), ce qui contredit \(f(x)\le g(x)\). Donc \(\ell\le m\).
\(\square\)
Exemple 14.1 — Une inégalité stricte peut perdre sa stricte différence
Pour tout \(x>0\), on a \(0<1/x\). Pourtant, en \(+\infty\), la fonction nulle et la fonction inverse ont toutes deux pour limite \(0\). On obtient à la limite \(0\le0\), et non \(0<0\).
Autre lecture utile : si \(2-1/x\le F(x)\le2+1/x\) pour \(x>0\) et si l’on sait déjà que \(F\) possède une limite finie \(L\), le passage à la limite donne \(2\le L\le2\), donc \(L=2\). Mais sans avoir prouvé l’existence de \(L\), il faut employer le théorème d’encadrement ci-dessous : il fournit aussi cette existence.
Faire dépasser tous les seuils
Théorème 14.2 — Comparaison pour une limite infinie
On suppose \(f(x)\le g(x)\) dans la zone d’approche considérée.
Si \(f(x)\to+\infty\), alors \(g(x)\to+\infty\).
Si \(g(x)\to-\infty\), alors \(f(x)\to-\infty\).
Le résultat vaut en chacun des deux infinis et en un point, y compris pour une approche latérale.
Démonstration.
Pour la première affirmation, fixons un seuil réel \(M\). Comme \(f\to+\infty\), on finit par avoir \(f(x)>M\). Dans une zone où l’inégalité est aussi vraie, \(g(x)\ge f(x)>M\). Donc \(g\) dépasse finalement tout seuil : elle tend vers \(+\infty\).
Pour la seconde, fixons un seuil réel \(M\). Comme \(g\to-\infty\), on finit par avoir \(g(x)<M\). Alors \(f(x)\le g(x)<M\). Ainsi, \(f\) finit par être au-dessous de tout seuil : elle tend vers \(-\infty\).
\(\square\)
Exemple 14.2 — Une oscillation ajoutée à \(x\)
Soit \(F(x)=x+\sin x\), définie sur \(\mathbb{R}\). On utilise uniquement l’encadrement \(-1\le\sin x\le1\). En ajoutant \(x\) aux trois membres, \[x-1\le x+\sin x\le x+1.\] En \(+\infty\), la borne inférieure \(x-1\) tend vers \(+\infty\) ; par comparaison, \(F\to+\infty\). En \(-\infty\), la borne supérieure \(x+1\) tend vers \(-\infty\) ; par comparaison, \(F\to-\infty\).
La borne utile n’est pas la même selon le sens de l’infini. On n’a pas eu besoin d’attribuer une limite à \(\sin x\).
Exemple 14.3 — Comparaison au voisinage d’un point
Pour \(x\ne2\), soit \(G(x)=1/(x-2)^2+\cos x\). Comme \(\cos x\ge-1\), \[G(x)\ge\frac1{(x-2)^2}-1.\] Le carré \((x-2)^2\) tend vers \(0^+\) en \(2\) des deux côtés ; son inverse tend vers \(+\infty\), donc la borne inférieure tend vers \(+\infty\). Par comparaison, \(G(x)\to+\infty\) en \(2\). La preuve vaut pour l’approche bilatérale, puisque le carré est positif à gauche comme à droite.
Piège — Une seule borne peut être du mauvais côté
De \(f(x)\le x^2\) en \(+\infty\), on ne déduit pas \(f(x)\to+\infty\) : \(f=0\) et \(f=-x^2\) satisfont cette majoration et ont des comportements différents. De \(f(x)\ge-x^2\), on ne déduit pas \(f(x)\to-\infty\) non plus. Pour forcer \(+\infty\), il faut une borne inférieure qui monte vers \(+\infty\) ; pour forcer \(-\infty\), une borne supérieure qui descend vers \(-\infty\).
Coincer une fonction autour d’un nombre
Théorème 14.3 — Théorème d’encadrement, dit des gendarmes
Supposons que \(f(x)\le g(x)\le h(x)\) dans la zone d’approche étudiée. Si \(f(x)\to L\) et \(h(x)\to L\), avec le même réel \(L\), alors \(g(x)\to L\).
Démonstration.
Fixons une précision \(\varepsilon>0\). La limite de \(f\) assure que \(f(x)>L-\varepsilon\) assez près de l’endroit étudié. Celle de \(h\) assure que \(h(x)<L+\varepsilon\) assez près de cet endroit. Dans une zone où ces deux conditions et l’encadrement sont vrais simultanément, \[L-\varepsilon<f(x)\le g(x)\le h(x)<L+\varepsilon.\] Ainsi \(|g(x)-L|<\varepsilon\). Comme on peut le faire pour toute précision positive, \(g(x)\to L\). La preuve ne suppose pas à l’avance que \(g\) possède une limite.
\(\square\)
Corollaire 14.4 — Contrôler la distance à la limite
Conséquence du théorème d’encadrement
14.3:
Si \(|g(x)-L|\le r(x)\) dans la zone étudiée, avec \(r(x)\ge0\) et \(r(x)\to0\), alors \(g(x)\to L\).
Démonstration.
L’inégalité sur la distance équivaut à \(-r(x)\le g(x)-L\le r(x)\), donc à \[L-r(x)\le g(x)\le L+r(x).\] Les deux bornes tendent vers \(L\) ; le théorème d’encadrement conclut.
\(\square\)
Exemple 14.4 — Un quotient oscillant dans les deux infinis
Pour \(x\ne0\), on sait que \(|\sin x|\le1\). Par conséquent, \[\left|\frac{\sin x}{x}\right| =\frac{|\sin x|}{|x|}\le\frac1{|x|}.\] Dans chacun des deux infinis, \(|x|\to+\infty\), donc \(1/|x|\to0\). Le corollaire précédent, avec \(L=0\), donne \[\lim_{x\to+\infty}\frac{\sin x}{x}=0, \qquad \lim_{x\to-\infty}\frac{\sin x}{x}=0.\] Utiliser \(|x|\) évite une erreur : pour \(x<0\), diviser \(-1\le\sin x\le1\) par \(x\) inverse les inégalités. L’écriture \(-1/x\le\sin x/x\le1/x\) n’est correcte que pour \(x>0\).
Lecture de la figure. Pour \(x>0\), la courbe \(y=\sin x/x\) reste entre \(y=-1/x\) et \(y=1/x\). Les deux bornes se rapprochent de \(0\). La figure aide à lire l’encadrement ; c’est l’inégalité, valable pour tout \(x>0\), qui constitue la preuve.
Exemple 14.5 — Une oscillation de plus en plus rapide, mais de plus en plus petite
Soit \(H(x)=x\sin(1/x)\) pour \(x\ne0\). On n’a besoin d’aucune limite de \(\sin(1/x)\) : pour tous les \(x\) autorisés, \[|H(x)|=|x|\,|\sin(1/x)|\le |x|.\] Lorsque \(x\to0\), \(|x|\to0\). On obtient donc \(H(x)\to0\). Le résultat vaut des deux côtés. Le facteur \(x\) contrôle ici l’amplitude du produit, même si le facteur trigonométrique varie très vite.
Exemple 14.6 — Trouver une limite sans connaître la formule
On ne connaît pas la formule de \(P\), mais on sait que, pour tout \(x\ge1\), \[3-\frac4{x^2}\le P(x)\le3+\frac2x.\] En \(+\infty\), \(4/x^2\to0\) et \(2/x\to0\). Les deux bornes tendent vers \(3\) ; par encadrement, \(P(x)\to3\). Il est inutile d’inventer une formule de \(P\) ou de chercher sa dérivée : l’information fournie suffit exactement à l’objectif.
Corollaire 14.5 — Fonction bornée multipliée par une fonction qui tend vers zéro
Conséquence du corollaire
14.4sur la distance à la limite :
Supposons qu’il existe un réel \(M\ge0\) tel que \(|b(x)|\le M\) dans la zone étudiée. Si \(u(x)\to0\), alors \(b(x)u(x)\to0\), même si \(b\) ne possède pas de limite.
Démonstration.
On a \(|b(x)u(x)|=|b(x)|\,|u(x)|\le M|u(x)|\). Comme \(u(x)\to0\), la distance \(|u(x)|\) tend vers \(0\), donc \(M|u(x)|\to0\). Le corollaire sur la distance à la limite s’applique avec \(L=0\).
\(\square\)
Par exemple, \(\cos(5x)/(x^2+1)\to0\) aux deux infinis : \(|\cos(5x)|\le1\) et \(1/(x^2+1)\to0\). On ne remplace pas \(\cos(5x)\) par une limite qu’elle n’a pas ; on utilise sa borne.
Méthode — Construire l’encadrement utile
Repérer une expression bornée : \(-1\le\sin t\le1\), \(-1\le\cos t\le1\), ou une inégalité fournie par l’énoncé.
Transformer l’inégalité en gardant le sens correct : multiplier ou diviser par un nombre négatif inverse l’ordre.
Pour une limite finie, chercher deux bornes de même limite, souvent en majorant \(|f-L|\).
Pour une limite infinie, choisir la borne utile : inférieure pour \(+\infty\), supérieure pour \(-\infty\).
À toi 14.2 — Essai guidé : un numérateur borné mais non constant
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(F(x)=(2+\sin x)/x^2\) aux deux infinis. Aides : encadre d’abord \(2+\sin x\) ; vérifie le signe de \(x^2\) ; divise les trois membres ; calcule les limites des bornes.
Correction expliquée.
Le domaine exclut \(0\). Puisque \(-1\le\sin x\le1\), on a \(1\le2+\sin x\le3\). Comme \(x^2>0\) pour \(x\ne0\), le sens des inégalités est conservé : \[\frac1{x^2}\le\frac{2+\sin x}{x^2}\le\frac3{x^2}.\] Les deux bornes tendent vers \(0\) dans chacun des deux infinis. Le théorème d’encadrement donne donc \(F(x)\to0\) aux deux extrémités. On a justifié une limite sans prétendre que \(2+\sin x\) possédait une limite.
À toi 14.3 — Tentative autonome : choisir entre comparaison et encadrement
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine, avec une inégalité adaptée : \[\lim_{x\to+\infty}(-x+\cos x),\qquad \lim_{x\to0}x^2\cos(1/x),\qquad \lim_{x\to+\infty}\left(4+\frac{\sin x}{x^2+1}\right).\] Pour la deuxième expression, la fonction est étudiée sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\).
Correction expliquée.
Comme \(\cos x\le1\), on a \(-x+\cos x\le-x+1\). La borne supérieure tend vers \(-\infty\) en \(+\infty\) ; par comparaison, la première limite est \(-\infty\).
Pour \(x\ne0\), \(|x^2\cos(1/x)|\le x^2\). La borne tend vers \(0\) en \(0\) ; le contrôle de la distance à \(0\) donne la deuxième limite, égale à \(0\).
Enfin, \[\left|\left(4+\frac{\sin x}{x^2+1}\right)-4\right| \le\frac1{x^2+1}\longrightarrow0.\] La troisième limite est \(4\). Dans chaque cas, on a identifié une borne et indiqué la règle exacte qui permet de conclure.
Variation : des bornes différentes ne donnent pas une limite
À toi 14.4 — Que permet l’information \(1\le f\le3\) ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On sait que \(1\le f(x)\le3\) pour tout \(x>0\). Peut-on en déduire que \(f(x)\to2\) en \(+\infty\) ? Donne deux fonctions qui respectent cet encadrement et ont des limites différentes, puis une qui n’a pas de limite.
Correction expliquée.
Les constantes \(f(x)=1\) et \(f(x)=3\) respectent l’encadrement et tendent vers \(1\) et \(3\). La fonction \(f(x)=2+\sin x\) le respecte aussi, mais prend alternativement les valeurs \(3\) et \(1\) à des abscisses arbitrairement grandes ; elle n’a pas de limite. Les bornes \(1\) et \(3\) ne tendent pas vers un même nombre. Le théorème des gendarmes n’est donc pas applicable.
Remédiation : une majoration de la distance est plus sûre
Si tu perds le sens des inégalités en divisant par un nombre négatif, commence par des valeurs absolues. Par exemple, de \(|\cos x|\le1\) et \(|x|>0\), on déduit \(|\cos x/x|\le1/|x|\). Aucun sens d’inégalité ne s’inverse puisque le diviseur est positif.
À toi 14.5 — Nouvel essai avec une distance
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(\cos x/(3x)\) en \(-\infty\) par une majoration de sa valeur absolue. Reviens ensuite à \(\sin x/x\) et donne un encadrement correct, sans valeur absolue, valable pour \(x<0\).
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), \[\left|\frac{\cos x}{3x}\right|\le\frac1{3|x|}\longrightarrow0 \quad(x\to-\infty).\] La limite vaut \(0\). Pour \(x<0\), diviser \(-1\le\sin x\le1\) par \(x\) inverse l’ordre : \(-1/x\ge\sin x/x\ge1/x\). Dans l’ordre croissant, cela donne \[\frac1x\le\frac{\sin x}{x}\le-\frac1x.\] Les deux bornes tendent bien vers \(0\) en \(-\infty\). Ce résultat est cohérent avec la majoration par \(1/|x|\).
Correction expliquée.
Le premier produit est défini pour \(x\ne0\) et vérifie \(|x\cos(2/x)|\le|x|\). Comme \(|x|\to0\), sa limite en \(0\) vaut \(0\). Pour le second, \(2\cos x\le2\), donc \(x+2\cos x\le x+2\). La borne supérieure tend vers \(-\infty\) en \(-\infty\), donc la limite cherchée est \(-\infty\). Dans ce deuxième calcul, une borne inférieure qui tendrait vers \(-\infty\) n’aurait pas suffi.
15. Composer des limites en respectant le domaine et le côté
Pour démarrer.
Dans une expression comme \(\sqrt{3+1/x}\), on effectue deux opérations successives : calculer \(3+1/x\), puis prendre sa racine carrée. Le raisonnement sur les limites suit le même trajet. Il faut aussi s’assurer que la valeur intermédiaire appartient au domaine de la fonction extérieure et arrive du bon côté.
À toi 15.1 — Diagnostic : suivre la valeur intermédiaire
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Lorsque \(x\to0^-\), vers quoi tend \(1/x\) ? Vers quoi tend alors \(\mathrm{e}^{1/x}\) ? Réponds ensuite aux mêmes questions pour \(x\to0^+\). Rappel disponible : \(\mathrm{e}^t\to0\) lorsque \(t\to-\infty\) et \(\mathrm{e}^t\to+\infty\) lorsque \(t\to+\infty\).
Correction expliquée.
En \(0^-\), \(x\) est négatif et tend vers zéro, donc \(1/x\to-\infty\). La fonction exponentielle est alors évaluée en un nombre qui tend vers \(-\infty\) : \(\mathrm{e}^{1/x}\to0\). En \(0^+\), \(1/x\to+\infty\), donc \(\mathrm{e}^{1/x}\to+\infty\). Les deux limites de la même expression diffèrent parce que l’entrée de l’exponentielle n’a pas le même comportement.
Nommer les deux fonctions et leur domaine
Définition 15.1 — Composition de fonctions
Si \(u\) est une fonction et si \(v\) peut être appliquée aux valeurs de \(u\), la fonction composée \(v\circ u\) est définie par \[(v\circ u)(x)=v(u(x)).\] Son domaine est l’ensemble des \(x\) du domaine de \(u\) pour lesquels \(u(x)\) appartient au domaine de \(v\). On appelle ici \(u\) la fonction intérieure et \(v\) la fonction extérieure.
On peut noter la valeur intermédiaire \(t=u(x)\). La lettre \(t\) évite de confondre le point où arrive \(x\) avec celui où arrive l’entrée de \(v\).
Exemple 15.1 — Le domaine se construit de l’intérieur vers l’extérieur
Prenons \(u(x)=x^2-1\) et \(v(t)=\sqrt t\). La fonction intérieure est définie sur \(\mathbb{R}\), mais la fonction extérieure exige \(t\ge0\). Il faut donc \(x^2-1\ge0\), ce qui équivaut à \(x\le-1\) ou \(x\ge1\). Ainsi, \[(v\circ u)(x)=\sqrt{x^2-1}, \quad D_{v\circ u}=]-\infty;-1]\cup[1;+\infty[.\] Dans l’autre ordre, \((u\circ v)(x)=(\sqrt x)^2-1=x-1\) est définie seulement pour \(x\ge0\). La simplification ne supprime pas la condition imposée par la racine initiale. Composer n’est pas intervertir librement les fonctions.
Théorème 15.2 — Composition des limites dans un contexte vérifié
On étudie une approche de \(x\) vers un point \(a\) ou vers un infini. On suppose que :
\(u(x)\to b\), où \(b\) peut être réel ou infini ;
\(v(t)\to L\) lorsque \(t\to b\) dans l’approche considérée ;
pour les \(x\) assez proches de l’endroit étudié, \(v(u(x))\) est définie et les valeurs \(u(x)\) arrivent dans le domaine et du côté où la limite de \(v\) est valable.
Si \(b\) est réel et que la limite de \(v\) en \(b\) est comprise hors de \(b\), on vérifie en outre l’une des deux conditions suivantes :
\(u(x)\ne b\) dans la zone d’approche ;
ou bien \(L\) est réel, \(v\) est définie en \(b\) et \(v(b)=L\).
Alors \(v(u(x))\to L\). La valeur \(L\) peut être finie ou infinie, sous les conditions indiquées.
Le résultat est utilisé en contexte au lycée. La précision sur \(u(x)=b\) évite une difficulté liée à la convention de limite hors du point ; avec les fonctions usuelles, dont la valeur au point est leur limite, elle est le plus souvent automatiquement satisfaite.
Démonstration.
Choisissons une exigence sur la sortie : appartenir à un petit intervalle autour de \(L\) si \(L\) est réel, dépasser un seuil si \(L=+\infty\), ou être au-dessous d’un seuil si \(L=-\infty\).
La limite de \(v\) garantit cette exigence dès que son entrée \(t\) est dans une zone suffisamment proche de \(b\), ou suffisamment loin si \(b\) est infini, dans le domaine et du côté appropriés. La limite de \(u\) garantit ensuite que \(u(x)\) entre dans cette zone lorsque \(x\) approche l’endroit étudié. Les conditions de domaine et de côté autorisent donc l’application de la première garantie à \(t=u(x)\).
Si \(b\) est réel, le cas \(u(x)=b\) est soit exclu, soit inoffensif puisque \(v(b)=L\). Ainsi, toutes les valeurs finales \(v(u(x))\) satisfont l’exigence choisie dans une zone suffisamment proche. C’est exactement la définition de leur limite \(L\).
\(\square\)
Les fonctions usuelles nécessaires ici
Propriété 15.3 — Limites de référence rappelées
Pour utiliser les exemples sans chercher un outil ailleurs, on rappelle les faits suivants. Si \(t\to b\ge0\) avec \(t\ge0\), alors \(\sqrt t\to\sqrt b\) ; si \(t\to+\infty\), alors \(\sqrt t\to+\infty\). Si \(t\to b\in\mathbb{R}\), alors \(\mathrm{e}^t\to\mathrm{e}^b\) ; aux deux infinis, \(\mathrm{e}^t\to0\) en \(-\infty\) et \(\mathrm{e}^t\to+\infty\) en \(+\infty\). Enfin, \(1/t\to+\infty\) en \(0^+\) et \(1/t\to-\infty\) en \(0^-\). Ce sont les limites de référence utilisées dans cette unité, non de nouvelles définitions de ces fonctions.
Statut : les résultats sur la racine et l’inverse sont démontrés dans les unités correspondantes. La limite finie de l’exponentielle est un résultat antérieur rappelé ; ses limites aux infinis sont démontrées dans l’unité consacrée à l’exponentielle. La preuve de composition ne prétend pas redémontrer ces faits de référence.
Exemple 15.2 — Une racine après un quotient simple
Étudions \(F(x)=\sqrt{3+1/x}\) en \(+\infty\). Son domaine impose \(x\ne0\) et \(3+1/x\ge0\). L’étude du signe de \((3x+1)/x\) donne \[D_F=]-\infty;-1/3]\cup]0;+\infty[.\] En particulier, toute la zone \(x>0\) est autorisée.
Posons \(t=u(x)=3+1/x\). Lorsque \(x\to+\infty\), \(1/x\to0\) et donc \(t\to3\). Les valeurs \(t\) sont positives dans cette zone ; la fonction extérieure \(v(t)=\sqrt t\) est donc définie. Comme \(\sqrt t\to\sqrt3\) lorsque \(t\to3\), la composition donne \[\lim_{x\to+\infty}F(x)=\sqrt3.\] La limite de \(x\) est \(+\infty\), mais l’entrée de la racine tend vers \(3\) : ce ne sont pas les mêmes informations.
Exemple 15.3 — Une exponentielle d’une expression affine
Soit \(G(x)=\mathrm{e}^{2-3x}\), définie sur \(\mathbb{R}\). Posons \(t=2-3x\). En \(+\infty\), on a \(-3x\to-\infty\), donc \(t\to-\infty\) ; la limite de \(\mathrm{e}^t\) en \(-\infty\) est \(0\). Ainsi, \(G(x)\to0\).
En \(-\infty\), \(-3x\to+\infty\), donc \(t\to+\infty\) et \(G(x)\to+\infty\). Le coefficient négatif inverse le sens du déplacement de la valeur intermédiaire. Il n’inverse pas le signe de l’exponentielle, qui reste toujours strictement positive.
Exemple 15.4 — Une exponentielle près d’un point interdit
Pour \(H(x)=\mathrm{e}^{-1/x}\), le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). En \(0^+\), \(1/x\to+\infty\), donc \(-1/x\to-\infty\) et \(H\to0\). En \(0^-\), \(1/x\to-\infty\), donc \(-1/x\to+\infty\) et \(H\to+\infty\). \[\lim_{x\to0^+}\mathrm{e}^{-1/x}=0, \qquad \lim_{x\to0^-}\mathrm{e}^{-1/x}=+\infty.\] La fonction n’a pas de limite bilatérale en \(0\). Le signe moins dans l’exposant échange les deux conclusions du diagnostic initial, sans produire une exponentielle négative.
Le côté d’arrivée de la valeur intermédiaire
Exemple 15.5 — Une racine dont le domaine n’autorise qu’un côté
Soit \[J(x)=\sqrt{\frac{x-2}{x+1}}.\] On exige \(x\ne-1\) et \((x-2)/(x+1)\ge0\). Les signes sont : \[\begin{array}{c|ccc} x&x<-1&-1<x<2&x>2\\\hline x-2&-&-&+\\ x+1&-&+&+\\\hline (x-2)/(x+1)&+&-&+ \end{array}\] En \(2\), le quotient vaut \(0\) et la racine est autorisée ; en \(-1\), le quotient est interdit. Donc \[D_J=]-\infty;-1[\cup[2;+\infty[.\] Près de \(2\), le domaine ne contient que les points à droite de \(2\), ainsi que \(2\) lui-même. Pour \(x\to2^+\), le quotient intérieur tend vers \(0\) par valeurs positives : \[t=\frac{x-2}{x+1}\longrightarrow0^+.\] Comme \(\sqrt t\to0\) en \(0^+\), on obtient \(J(x)\to0\) en \(2^+\). Il n’existe pas d’approche en \(2^-\) dans le domaine : ce n’est pas une limite latérale différente, c’est une approche indisponible.
Exemple 15.6 — Un carré fait arriver du même côté
Prenons la fonction extérieure \(v(t)=1/t\) et deux fonctions intérieures : \(u_1(x)=x-1\) et \(u_2(x)=(x-1)^2\).
En \(1^-\), \(u_1(x)\to0^-\), donc \(v(u_1(x))=1/(x-1)\to-\infty\). En \(1^+\), \(u_1(x)\to0^+\), donc le même quotient tend vers \(+\infty\).
Pour \(u_2\), dès que \(x\ne1\), on a \((x-1)^2>0\). Des deux côtés, \(u_2(x)\to0^+\) et donc \(v(u_2(x))=1/(x-1)^2\to+\infty\). Connaître seulement \(u_1\to0\) et \(u_2\to0\) n’aurait pas permis de différencier ces comportements ; le côté d’arrivée est déterminant.
Méthode — Rédiger une composition en trois étapes
Domaine et entrée. Nommer \(t=u(x)\) ; vérifier que \(v(u(x))\) est définie près de l’endroit étudié.
Limite intermédiaire. Calculer \(u(x)\to b\), en précisant \(0^+\), \(0^-\) ou un autre côté lorsque la fonction extérieure l’exige.
Sortie. Donner la limite de \(v(t)\) lorsque \(t\to b\) dans ce contexte, puis conclure par composition.
Une ligne du type « \(x\to0\), donc \(\mathrm{e}^{1/x}\to1\) » saute l’étape centrale et confond l’entrée \(x\) avec l’exposant \(1/x\).
À toi 15.2 — Essai guidé : suivre trois valeurs limites
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(P(x)=\sqrt{2+\mathrm{e}^{-x}}\) en \(+\infty\). Aides : quel est le domaine ? Vers quoi tend \(-x\) ? Puis \(\mathrm{e}^{-x}\) ? Puis \(2+\mathrm{e}^{-x}\) ? Termine seulement ensuite par la racine.
Correction expliquée.
L’exponentielle est strictement positive, donc \(2+\mathrm{e}^{-x}>2>0\) pour tout \(x\) ; le domaine est \(\mathbb{R}\). En \(+\infty\), \(-x\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-x}\to0\). Par somme, \(2+\mathrm{e}^{-x}\to2\). La racine est évaluée sur des nombres positifs qui tendent vers \(2\) ; par composition, \(P(x)\to\sqrt2\). Chaque étage de l’expression possède son propre résultat intermédiaire.
À toi 15.3 — Tentative autonome : trois contextes
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine les limites suivantes, avec le domaine utile et le côté d’arrivée : \[\lim_{x\to-\infty}\mathrm{e}^{3x+1},\qquad \lim_{x\to1^-}\mathrm{e}^{1/(x-1)},\qquad \lim_{x\to2^+}\sqrt{\frac{x-2}{x+3}}.\]
Correction expliquée.
La première expression est définie sur \(\mathbb{R}\). En \(-\infty\), \(3x+1\to-\infty\), donc l’exponentielle tend vers \(0\).
La deuxième est définie pour \(x\ne1\). Lorsque \(x\to1^-\), \(x-1\to0^-\) ; son inverse tend vers \(-\infty\). La limite de l’exponentielle est donc \(0\).
Pour la troisième, il faut \((x-2)/(x+3)\ge0\) et \(x\ne-3\). Les signes donnent le domaine \(]-\infty;-3[\cup[2;+\infty[\). En \(2^+\), le quotient intérieur est positif et tend vers \(0/5=0\) ; la racine tend donc vers \(0\). Ici, le côté droit est compatible avec le domaine. Aucune approche à gauche de \(2\) n’est disponible dans un petit voisinage.
Une vigilance logique : la valeur exceptionnelle au point
Cette précision approfondit le sens de la composition, sans introduire une nouvelle technique de calcul exigible. Elle explique pourquoi le théorème ne consiste pas à remplacer mécaniquement les flèches par des égalités.
Exemple 15.7 — Quand la fonction intérieure atteint exactement le point exceptionnel
Définissons \(v\) sur \(\mathbb{R}\) par \[v(t)=\begin{cases}1&\text{si }t\ne0,\\7&\text{si }t=0.\end{cases}\] Avec la convention de limite hors du point, \(v(t)\to1\) lorsque \(t\to0\) et \(t\ne0\). Prenons maintenant \(u(x)=0\) pour tout réel \(x\). Alors \(u(x)\to0\), mais \[v(u(x))=v(0)=7\] pour tout \(x\). La composée tend donc vers \(7\), pas vers \(1\). La fonction intérieure n’approche pas le point exceptionnel par des valeurs distinctes de ce point : elle l’atteint toujours.
Si l’on remplace \(u(x)\) par \(x^2\) et que l’on étudie \(x\to0\), alors \(x^2\ne0\) pour \(x\ne0\). La composée vaut \(1\) dans toute l’approche et tend vers \(1\). La condition supplémentaire du théorème distingue exactement les deux situations.
À toi 15.4 — Variation : réparer la valeur extérieure
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Dans l’exemple précédent, remplace uniquement \(v(0)=7\) par \(v(0)=1\). Que devient la limite de \(v(u(x))\) si \(u(x)\to0\), y compris lorsque \(u(x)=0\) pour une infinité de valeurs de \(x\) ? Justifie.
Correction expliquée.
La fonction \(v\) vaut maintenant \(1\) pour tout réel \(t\), y compris en \(0\). Donc \(v(u(x))=1\) partout où \(u\) est définie et sa limite est \(1\). Le passage par \(u(x)=0\) est devenu sans effet, car la valeur extérieure au point est égale à sa limite. C’est la deuxième possibilité prévue dans le théorème de composition.
Remédiation : écrire une chaîne avec trois objets distincts
Si tu confonds \(x\), \(u(x)\) et \(v(u(x))\), utilise une ligne par transformation. Pour \(\mathrm{e}^{-2/x}\) en \(0^+\) : \(x\to0^+\) ; ensuite \(-2/x\to-\infty\) ; enfin \(\mathrm{e}^{-2/x}\to0\). Le signe négatif agit avant l’exponentielle.
À toi 15.5 — Nouvel essai en inversant le côté
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(\mathrm{e}^{-2/x}\) en \(0^-\) en écrivant les trois étapes. Reviens ensuite à \(\mathrm{e}^{1/(x-1)}\) en \(1^-\) et vérifie que les signes de tes résultats sont cohérents.
Correction expliquée.
En \(0^-\), \(x\) est négatif et tend vers zéro ; le quotient \(-2/x\) est positif et tend vers \(+\infty\) ; donc \(\mathrm{e}^{-2/x}\to+\infty\). Pour \(\mathrm{e}^{1/(x-1)}\) en \(1^-\), le dénominateur \(x-1\) est négatif, son inverse tend vers \(-\infty\), et l’exponentielle tend vers \(0\). Les deux expressions restent positives : l’une devient arbitrairement grande, l’autre arbitrairement petite.
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), l’exponentielle est positive, donc le radicande est strictement supérieur à \(1\) ; le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). En \(0^-\), \(1/x\to-\infty\), puis \(\mathrm{e}^{1/x}\to0\) et \(1+\mathrm{e}^{1/x}\to1\) ; la racine tend vers \(1\). En \(0^+\), \(1/x\to+\infty\), puis \(\mathrm{e}^{1/x}\to+\infty\) et le radicande tend vers \(+\infty\) ; la racine tend vers \(+\infty\). Le changement de côté est transmis successivement à toutes les étapes.
16. Reconnaître une limite de taux d’accroissement
Pour démarrer.
Cette passerelle utilise la définition du nombre dérivé, connue en Première. Elle ne remplace pas le chapitre de dérivation. Son objectif est de reconnaître certaines formes \(0/0\) comme une limite déjà contenue dans cette définition.
À toi 16.1 — Identifier le point et l’écart
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Dans \(\dfrac{(2+h)^2-4}{h}\), quelle fonction reconnaît-on, en quel point, et quelle quantité tend vers \(0\) lorsque \(h\to0\) ?
Correction expliquée.
On reconnaît \(f(t)=t^2\), le point \(a=2\), \(f(2)=4\) et l’écart \(h\) entre \(2+h\) et \(2\). L’expression est donc \([f(2+h)-f(2)]/h\), avec \(h\ne0\). Développer donne \((4+4h+h^2-4)/h=4+h\), qui tend vers \(4\) : le quotient ne tend pas vers \(0\) simplement parce que son numérateur tend vers \(0\).
Le rappel indispensable
Définition 16.1 — Nombre dérivé et taux d’accroissement
Soit \(f\) définie sur un intervalle ouvert contenant \(a\). Si la limite finie \[\lim_{h\to0}\frac{f(a+h)-f(a)}h\] existe, on dit que \(f\) est dérivable en \(a\). Cette limite est le nombre dérivé \(f'(a)\). Le quotient, défini pour \(h\ne0\), est un taux d’accroissement.
La formulation avec \(x\) est la même : en posant \(x=a+h\), les conditions \(h\to0\) et \(h\ne0\) deviennent \(x\to a\) et \(x\ne a\), d’où \[\lim_{x\to a}\frac{f(x)-f(a)}{x-a}=f'(a).\] Ce changement de variable n’autorise aucune simplification de \(h\) avant d’avoir identifié les expressions.
Propriété 16.2 — Valeurs de dérivées utilisées dans cette passerelle
Pour les fonctions déjà étudiées, on rappelle : \[(x^2)'=2x,\qquad (x^m)'=mx^{m-1}\ (m\in\mathbb{N},\ m\geqslant1),\qquad (\mathrm{e}^x)'=\mathrm{e}^x,\] et, pour \(x>0\), \((\sqrt{x})'=1/(2\sqrt{x})\). L’exponentielle est continue en tout réel \(a\) : cela signifie ici que \(\mathrm{e}^x\to\mathrm{e}^a\) lorsque \(x\to a\).
Statut. Les deux règles sur les puissances et l’exponentielle sont des résultats antérieurs de dérivation utilisés ici. La limite associée à la racine est également retrouvée ci-dessous par la conjuguée. On ne prétend pas démontrer à nouveau toute la théorie des dérivées.
Méthode — Reconnaître avant d’utiliser
Nommer une fonction \(f\) et un point \(a\).
Vérifier que le numérateur est exactement \(f(x)-f(a)\) et que le dénominateur est \(x-a\), ou rendre cette forme visible par une égalité.
Vérifier la dérivabilité de \(f\) au point considéré.
Conclure par la définition du nombre dérivé, sans perdre un facteur multiplicatif éventuel.
Lecture de la figure. Sur la parabole \(y=x^2\), la sécante passant par \(A(1;1)\) et \(B(2;4)\) a pour pente \(3\). Lorsque le second point se rapproche de \(A\), la pente des sécantes tend vers \(2\), pente de la tangente. La limite de \(x^2\) en \(1\) est pourtant \(1\) : les deux questions ne portent pas sur la même expression.
Des reconnaissances expliquées
Exemple 16.1 — Une puissance au voisinage d’un réel
Déterminer \(\displaystyle\lim_{x\to2}\dfrac{x^3-8}{x-2}\).
Domaine et diagnostic. Le quotient est défini pour \(x\ne2\). Numérateur et dénominateur tendent vers \(0\) : c’est une forme indéterminée, pas une réponse.
Pourquoi le nombre dérivé ? Avec \(f(x)=x^3\), on a \(f(2)=8\). Le quotient est exactement \([f(x)-f(2)]/(x-2)\). La fonction cube est dérivable en \(2\) et \(f'(2)=3\times2^2=12\). Ainsi \[\boxed{\lim_{x\to2}\frac{x^3-8}{x-2}=12.}\] Contrôle algébrique. Pour \(x\ne2\), \[x^3-8=(x-2)(x^2+2x+4),\qquad \frac{x^3-8}{x-2}=x^2+2x+4\longrightarrow4+4+4=12.\] Les deux méthodes aboutissent au même résultat. La seconde rappelle que la dérivation n’est pas obligatoire lorsqu’une factorisation est immédiate.
Exemple 16.2 — Une racine avec deux justifications
Déterminer \(\displaystyle\lim_{x\to4}\dfrac{\sqrt{x}-2}{x-4}\).
Le domaine est \([0;+\infty[\setminus\{4\}\). Avec \(f(x)=\sqrt{x}\), \(f(4)=2\) et \(f'(4)=1/(2\sqrt4)=1/4\). La reconnaissance du taux d’accroissement donne donc la limite \(1/4\).
Voici le calcul indépendant, utile si la dérivée de la racine n’est pas encore connue. Pour \(x\geqslant0\) et \(x\ne4\), \(\sqrt{x}+2>0\), donc \[\begin{align*} \frac{\sqrt{x}-2}{x-4} &=\frac{(\sqrt{x}-2)(\sqrt{x}+2)}{(x-4)(\sqrt{x}+2)}\\ &=\frac{x-4}{(x-4)(\sqrt{x}+2)} =\frac1{\sqrt{x}+2}. \end{align*}\] Lorsque \(x\to4\), le dernier dénominateur tend vers \(2+2=4\ne0\), donc le quotient tend vers \(1/4\).
Exemple 16.3 — Un facteur d’échelle à préserver
Déterminer \(\displaystyle\lim_{x\to0}\dfrac{\mathrm{e}^{3x}-1}{x}\).
La limite de référence, issue de la dérivée de l’exponentielle en \(0\), est \[\lim_{t\to0}\frac{\mathrm{e}^t-1}{t}=\mathrm{e}^0=1.\] Ici, l’exposant est \(3x\), pas \(x\). Pour \(x\ne0\), on écrit une égalité exacte : \[\frac{\mathrm{e}^{3x}-1}{x}=3\,\frac{\mathrm{e}^{3x}-1}{3x}.\] Comme \(t=3x\to0\) et \(t\ne0\) si \(x\ne0\), le second facteur tend vers \(1\). La limite cherchée est donc \(3\times1=3\).
Point de vigilance. Écrire directement « l’exposant tend vers \(0\), donc le quotient tend vers \(1\) » oublierait le rapport entre l’accroissement dans l’exponentielle et le dénominateur.
Proposition 16.3 — Une limite exponentielle avec coefficient
Pour tout réel \(k\), on a \[\lim_{x\to0}\frac{\mathrm{e}^{kx}-1}{x}=k.\]
Démonstration.
Si \(k=0\), le numérateur vaut \(\mathrm{e}^0-1=0\) ; pour \(x\ne0\), le quotient vaut donc \(0\), de limite \(0\).
Si \(k\ne0\), pour \(x\ne0\), \[\frac{\mathrm{e}^{kx}-1}{x}=k\frac{\mathrm{e}^{kx}-1}{kx}.\] Avec \(t=kx\), \(t\to0\) et \(t\ne0\). Par la définition de la dérivée de l’exponentielle en \(0\), \((\mathrm{e}^t-1)/t\to1\). Multiplier par la constante \(k\) donne la limite \(k\). Le cas \(k=0\) a été traité séparément pour ne jamais diviser par \(k\) lorsqu’il est nul.
\(\square\)
Exemple 16.4 — Un point différent de zéro
Déterminer \(\displaystyle\lim_{x\to2}\dfrac{\mathrm{e}^x-\mathrm{e}^2}{x-2}\). La fonction \(f(x)=\mathrm{e}^x\) est dérivable en \(2\). Le numérateur vaut \(f(x)-f(2)\) et le dénominateur \(x-2\). La limite est donc \(f'(2)=\mathrm{e}^2\).
On peut aussi poser \(h=x-2\) : \(x=2+h\) et \(\mathrm{e}^x-\mathrm{e}^2=\mathrm{e}^2(\mathrm{e}^h-1)\). Pour \(h\ne0\), le quotient devient \(\mathrm{e}^2(\mathrm{e}^h-1)/h\), dont la limite est \(\mathrm{e}^2\times1\).
Piège — Un quotient ressemblant à un taux n’en est pas nécessairement un
Le quotient \((\mathrm{e}^x-2)/x\) lorsque \(x\to0\) n’est pas le taux d’accroissement de l’exponentielle en \(0\), car \(\mathrm{e}^0=1\) et non \(2\). Son numérateur tend vers \(-1\). Ainsi sa limite à droite est \(-\infty\) et sa limite à gauche est \(+\infty\) ; il n’a pas de limite commune en \(0\).
S’entraîner à reconnaître et à justifier
À toi 16.2 — Essai guidé : repérer le facteur manquant
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calculer \(\displaystyle\lim_{x\to0}\dfrac{\mathrm{e}^{-2x}-1}{5x}\). Commencer par faire apparaître le dénominateur \(-2x\).
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), \[\frac{\mathrm{e}^{-2x}-1}{5x} =-\frac25\frac{\mathrm{e}^{-2x}-1}{-2x}.\] En posant \(t=-2x\), on a \(t\to0\) et \(t\ne0\), donc le second facteur tend vers \(1\). La limite vaut \(-2/5\). Le signe négatif provient du rapport des accroissements, non d’une exponentielle négative : une exponentielle est toujours positive.
À toi 16.3 — Chercher sans indication de méthode
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Déterminer les limites suivantes et expliquer pourquoi la méthode choisie s’applique : \[\text{a) }\lim_{x\to1}\frac{x^4-1}{x-1},\qquad \text{b) }\lim_{h\to0}\frac{\sqrt{9+h}-3}{h},\qquad \text{c) }\lim_{x\to0}\frac{\mathrm{e}^{2x}-\mathrm{e}^x}{x}.\]
Correction expliquée.
a) Avec \(f(x)=x^4\), on a \(f(1)=1\) et \(f'(1)=4\). Le quotient est bien le taux d’accroissement en \(1\), donc sa limite vaut \(4\). La factorisation \(x^4-1=(x-1)(x^3+x^2+x+1)\) confirme le résultat.
b) On utilise la racine au point \(9\) : \(f(9+h)-f(9)=\sqrt{9+h}-3\). Elle est dérivable en \(9\) et sa dérivée y vaut \(1/(2\times3)=1/6\). On peut vérifier par la conjuguée : pour \(h\ne0\) et assez proche de \(0\), le quotient vaut \(1/(\sqrt{9+h}+3)\to1/6\).
c) Le numérateur n’est pas directement \(f(x)-f(0)\). On met \(\mathrm{e}^x\) en facteur : \[\mathrm{e}^{2x}-\mathrm{e}^x=\mathrm{e}^x(\mathrm{e}^x-1),\qquad \frac{\mathrm{e}^{2x}-\mathrm{e}^x}{x}=\mathrm{e}^x\frac{\mathrm{e}^x-1}{x}.\] Lorsque \(x\to0\), \(\mathrm{e}^x\to1\) et \((\mathrm{e}^x-1)/x\to1\). Par produit, la limite vaut \(1\).
Remédiation : vérifier chaque pièce du taux
Un élève affirme : « \((x^2-4)/(x-1)\) tend vers \(2\) en \(1\), car la dérivée de \(x^2\) en \(1\) vaut \(2\). » Le premier problème n’est pas la dérivée : c’est le numérateur. Pour utiliser \(f(x)=x^2\) au point \(1\), il faudrait \(x^2-f(1)=x^2-1\), pas \(x^2-4\).
Exemple 16.5 — Comparer deux quotients voisins
Pour \(x\ne1\), \((x^2-1)/(x-1)=x+1\to2\). En revanche, le numérateur de \((x^2-4)/(x-1)\) tend vers \(-3\), donc ce second quotient tend vers \(-\infty\) à droite et \(+\infty\) à gauche. La ressemblance des écritures ne suffit pas.
À toi 16.4 — Nouvel essai après réparation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
En \(x\to3\), lequel des quotients \((x^2-9)/(x-3)\) et \((x^2-6)/(x-3)\) est un taux d’accroissement de la fonction carré ? Donner les limites appropriées des deux quotients.
Correction expliquée.
Le premier utilise \(f(3)=9\) ; il tend vers \(f'(3)=6\). Dans le second, le numérateur tend vers \(9-6=3>0\). Le dénominateur tend vers \(0^+\) à droite, donc le quotient tend vers \(+\infty\), et vers \(0^-\) à gauche, donc le quotient tend vers \(-\infty\). Il n’y a pas de limite commune. Reprendre ensuite l’essai autonome en nommant explicitement \(f\) et le point.
Correction expliquée.
Le premier quotient vaut \((5/2)(\mathrm{e}^{5x}-1)/(5x)\) pour \(x\ne0\). La limite de taux d’accroissement de l’exponentielle en \(0\) vaut \(1\), donc le résultat est \(5/2\). Le second est le taux d’accroissement de la racine en \(9\) ; sa limite vaut \(1/(2\sqrt9)=1/6\).
17. L’exponentielle et les puissances : comparer les croissances
Pour démarrer.
Une limite de la forme \(+\infty/+\infty\) ne se calcule pas en « simplifiant les infinis ». Il faut comparer les fonctions qui deviennent grandes. Dans cette unité, nous démontrons pourquoi l’exponentielle domine toute puissance entière fixée, puis nous apprenons à reconnaître ce résultat derrière une expression transformée.
Un diagnostic avant la démonstration
À toi 17.1 — Quatre réflexes à vérifier
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Sans calculatrice, réponds et justifie en une phrase.
Lorsque \(x\to+\infty\), connaître seulement \(x^2\to+\infty\) et \(\mathrm{e}^x\to+\infty\) suffit-il pour calculer \(x^2/\mathrm{e}^x\) ?
Si \(t=3x\), que deviennent \(x^2\) et \(\mathrm{e}^{3x}\) ?
Lorsque \(x\to-\infty\), vers quoi tend \(-x\) ?
Une fonction qui tend vers \(0\) est-elle nécessairement positive ?
Correction expliquée.
1. Non : le quotient présente la forme indéterminée \(+\infty/+\infty\). Le nom d’une forme ne donne pas sa limite.
2. De \(t=3x\), on déduit \(x=t/3\), donc \(x^2=t^2/9\) et \(\mathrm{e}^{3x}=\mathrm{e}^t\). Le facteur \(1/9\) ne doit pas disparaître.
3. \(-x\to+\infty\). Le changement de variable transforme donc une étude à gauche en une étude à droite.
4. Non. Par exemple, \(-1/x\to0\) quand \(x\to+\infty\), alors que \(-1/x<0\) pour \(x>0\). La limite ne dit pas de quel côté on s’en approche.
Si la deuxième réponse pose problème, refais les substitutions avec \(x=t/3\) avant toute étude de limite. Si la première pose problème, garde le diagnostic « forme indéterminée » séparé du calcul qui va la lever.
Les seuls outils antérieurs nécessaires
Propriété 17.1 — Rappels sur la fonction exponentielle
Pour tous réels \(a,b\), on dispose des résultats suivants : \[\mathrm{e}^0=1,\qquad \mathrm{e}^a>0,\qquad \mathrm{e}^{a+b}=\mathrm{e}^a\mathrm{e}^b,\qquad \mathrm{e}^{-a}=\frac1{\mathrm{e}^a}.\] La fonction exponentielle est dérivable, sa dérivée est elle-même et elle est strictement croissante. En un réel \(a\), \[\lim_{x\to a}\mathrm{e}^x=\mathrm{e}^a.\] Statut : résultats du cours antérieur sur l’exponentielle, rappelés ici. Nous ne reconstruisons pas sa définition dans ce chapitre.
Exemple 17.1 — Distinguer les trois situations
Quand \(x\to2\), l’argument tend vers un réel : \(\mathrm{e}^x\to\mathrm{e}^2\). Quand \(x\to+\infty\) ou \(x\to-\infty\), on ne remplace pas \(x\) par un « nombre infini ». Les deux limites doivent être établies. C’est l’objet du lemme et de la proposition suivants.
Lemme 17.2 — Une minoration élémentaire de l’exponentielle
Pour tout \(t\geq0\), \[\mathrm{e}^t\geq1+t,\] avec égalité seulement pour \(t=0\). En particulier, pour \(t>0\), on a \(\mathrm{e}^t>1+t>t\).
Démonstration.
On pose \(h(t)=\mathrm{e}^t-1-t\) sur \([0;+\infty[\). Cette fonction est dérivable et \[h'(t)=\mathrm{e}^t-1.\] Comme \(t\geq0\) et que l’exponentielle est croissante, \(\mathrm{e}^t\geq\mathrm{e}^0=1\). Ainsi \(h'(t)\geq0\) sur cet intervalle. Le résultat antérieur « dérivée positive ou nulle sur un intervalle, donc fonction croissante » donne \[h(t)\geq h(0)=1-1-0=0.\] C’est exactement \(\mathrm{e}^t\geq1+t\). Pour \(t>0\), la stricte croissance de l’exponentielle donne \(h'(t)>0\) ; \(h\) est strictement croissante à droite de \(0\), donc \(h(t)>h(0)=0\). L’égalité n’a ainsi lieu qu’en \(0\). Enfin, \(1+t>t\), ce qui donne la seconde affirmation. Nous avons utilisé un outil de dérivation déjà connu, pas une règle de comparaison des croissances encore à démontrer.
\(\square\)
Exemple 17.2 — Utiliser une minoration dans le bon sens
Pour \(x\geq0\), \(\mathrm{e}^{2x}\geq1+2x\). Le membre de droite tend vers \(+\infty\), donc le théorème de comparaison donne \(\mathrm{e}^{2x}\to+\infty\).
En revanche, l’inégalité \(0<\mathrm{e}^{-x}\leq1\) ne suffirait pas à établir une limite nulle : le majorant \(1\) ne tend pas vers \(0\).
Proposition 17.3 — Les limites de l’exponentielle aux deux infinis
\[\lim_{x\to+\infty}\mathrm{e}^x=+\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}\mathrm{e}^x=0.\] La seconde limite est obtenue avec des valeurs strictement positives.
Démonstration.
Pour \(x\geq0\), le lemme donne \(\mathrm{e}^x\geq1+x\). Comme \(1+x\to+\infty\), la comparaison prouve la première limite.
Pour la seconde, posons \(t=-x\). Lorsque \(x\to-\infty\), \(t\to+\infty\) et \[\mathrm{e}^x=\mathrm{e}^{-t}=\frac1{\mathrm{e}^t}.\] Le dénominateur est positif et tend vers \(+\infty\) ; son inverse tend vers \(0\).
On peut également rendre le contrôle explicite. Pour \(t\geq0\), \(0<\mathrm{e}^{-t}\leq1/(1+t)\). Étant donné \(\varepsilon>0\), il suffit de choisir \(t>1/\varepsilon\) pour que \(0<\mathrm{e}^{-t}<\varepsilon\). Cette estimation n’est pas optimale, mais elle suffit à garantir la limite.
\(\square\)
Lecture de la figure. La courbe pleine représente \(\mathrm{e}^x\) et la courbe en tirets \(x^3\). Sur une partie de la fenêtre, \(x^3\) dépasse \(\mathrm{e}^x\). La croissance comparée décrit ce qui arrive quand \(x\) devient suffisamment grand ; elle ne prétend pas que \(\mathrm{e}^x>x^3\) pour chaque réel positif. La fenêtre dessinée illustre le phénomène, la démonstration le garantit au-delà de toute fenêtre.
Le théorème de croissance comparée et sa démonstration
Théorème 17.4 — Exponentielle et puissance entière fixée
Pour tout entier \(n\in\mathbb{N}\) fixé, \[\lim_{x\to+\infty}\frac{x^n}{\mathrm{e}^x}=0, \qquad \lim_{x\to+\infty}\frac{\mathrm{e}^x}{x^n}=+\infty.\] Dans la deuxième formule, on travaille avec \(x>0\), ce qui suffit pour étudier la limite en \(+\infty\).
Intuition — Ce que signifie « fixé »
On choisit d’abord \(n\), par exemple \(3\), \(20\) ou \(1000\), puis on fait tendre \(x\) vers \(+\infty\). Le théorème ne permet pas de remplacer \(n\) par une quantité dépendant de \(x\).
Démonstration.
Fixons \(n\in\mathbb{N}\). Pour \(x>0\), le réel \(t=x/(n+1)\) est strictement positif. Le lemme donne \[\mathrm{e}^{x/(n+1)}>\frac{x}{n+1}>0.\] Les deux membres sont positifs. On peut donc les élever à la puissance entière \(n+1\) en conservant l’inégalité : \[\left(\mathrm{e}^{x/(n+1)}\right)^{n+1} > \left(\frac{x}{n+1}\right)^{n+1}.\] La loi de l’exponentielle et celle des puissances donnent \[\mathrm{e}^x>\frac{x^{n+1}}{(n+1)^{n+1}}.\] On inverse des nombres strictement positifs : le sens de l’inégalité change. \[0<\frac1{\mathrm{e}^x}<\frac{(n+1)^{n+1}}{x^{n+1}}.\] On multiplie ensuite par \(x^n>0\) : \[0<\frac{x^n}{\mathrm{e}^x} <\frac{(n+1)^{n+1}x^n}{x^{n+1}} =\frac{(n+1)^{n+1}}x.\] Le nombre \((n+1)^{n+1}\) est constant puisque \(n\) est fixé. Le majorant tend vers \(0\) ; le théorème d’encadrement donne donc \(x^n/\mathrm{e}^x\to0\).
Enfin, \(x^n/\mathrm{e}^x\) est strictement positif pour \(x>0\). Son inverse tend vers \(+\infty\), d’où \[\frac{\mathrm{e}^x}{x^n}=\frac1{x^n/\mathrm{e}^x}\longrightarrow+\infty.\] Cette preuve inclut \(n=0\) : dans ce cas, \(x^0=1\) sur l’intervalle considéré.
\(\square\)
Exemple 17.3 — Deux quotients, deux conclusions
À droite, \[\frac{x^7}{\mathrm{e}^x}\longrightarrow0, \qquad \frac{\mathrm{e}^x}{x^7}\longrightarrow+\infty.\] Pour le premier quotient, le théorème lève la forme \(+\infty/+\infty\) en faveur du dénominateur. Pour le second, il la lève en faveur du numérateur. L’expression « l’exponentielle domine » doit donc être traduite dans le quotient effectivement étudié.
Corollaire 17.5 — Changer l’échelle de l’argument
Conséquence du théorème
17.4: pour \(a>0\) et \(n\in\mathbb{N}\) fixés, \[\lim_{x\to+\infty}\frac{x^n}{\mathrm{e}^{ax}}=0, \qquad \lim_{x\to+\infty}\frac{\mathrm{e}^{ax}}{x^n}=+\infty.\]
Démonstration.
Posons \(t=ax\). Comme \(a>0\), \(x\to+\infty\) entraîne \(t\to+\infty\). De \(x=t/a\), on déduit \[\frac{x^n}{\mathrm{e}^{ax}}=\frac1{a^n}\frac{t^n}{\mathrm{e}^t}.\] Le premier facteur est constant, le second tend vers \(0\). Le quotient tend donc vers \(0\). Il est positif pour \(x>0\) ; son inverse tend vers \(+\infty\).
\(\square\)
Exemple 17.4 — Faire apparaître exactement l’argument de l’exponentielle
Pour \(x\to+\infty\), étudions \(x^2/\mathrm{e}^{3x}\). Avec \(t=3x\), on a \(x=t/3\), donc \[\frac{x^2}{\mathrm{e}^{3x}}= \frac{(t/3)^2}{\mathrm{e}^t}= \frac19\frac{t^2}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] À l’inverse, \[\frac{\mathrm{e}^{3x}}{x^2}=9\frac{\mathrm{e}^t}{t^2}\longrightarrow+\infty.\] Le facteur \(9\) ou \(1/9\) ne change pas ces limites, mais il est indispensable à l’égalité utilisée.
Corollaire 17.6 — Une puissance multipliée par une exponentielle à gauche
Conséquence du théorème
17.4: pour \(a>0\) et \(n\in\mathbb{N}\) fixés, \[\lim_{x\to-\infty}x^n\mathrm{e}^{ax}=0.\]
Démonstration.
Posons \(t=-ax\). Alors \(t\to+\infty\) et \(x=-t/a\). On obtient \[x^n\mathrm{e}^{ax} =\left(-\frac ta\right)^n\mathrm{e}^{-t} =\frac{(-1)^n}{a^n}\frac{t^n}{\mathrm{e}^t}.\] Le facteur \((-1)^n/a^n\) est constant, et \(t^n/\mathrm{e}^t\to0\). La limite est donc \(0\), que \(n\) soit pair ou impair.
\(\square\)
Exemple 17.5 — Une limite nulle obtenue avec des valeurs négatives
Lorsque \(x\to-\infty\), \(x^3\to-\infty\) et \(\mathrm{e}^{2x}\to0\) : le produit est indéterminé. Posons \(t=-2x\) ; il tend vers \(+\infty\) et \[x^3\mathrm{e}^{2x} =\left(-\frac t2\right)^3\mathrm{e}^{-t} =-\frac18\frac{t^3}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] Pour \(x<0\), le produit est négatif. On peut donc préciser que ses valeurs se rapprochent de \(0\) par valeurs négatives, sans confondre cette précision avec une nouvelle valeur de la limite.
Reconnaître la croissance comparée dans une expression composée
Méthode — Choisir le bon premier geste
Un polynôme divisé par une exponentielle : séparer les termes, ou factoriser la puissance dominante avant d’appliquer le théorème.
Une différence entre une exponentielle et un polynôme : factoriser l’exponentielle.
Un quotient où l’exponentielle apparaît en haut et en bas : diviser tout le numérateur et tout le dénominateur par cette exponentielle.
Un produit à gauche : poser une nouvelle variable qui tend vers \(+\infty\).
Chaque transformation conserve ses constantes et n’est écrite que là où les dénominateurs sont non nuls.
Exemple 17.6 — Un polynôme entier, pas seulement un monôme
Étudions \((3x^4-2x+7)\mathrm{e}^{-2x}\) lorsque \(x\to+\infty\). Puisque \(\mathrm{e}^{-2x}=1/\mathrm{e}^{2x}\), \[(3x^4-2x+7)\mathrm{e}^{-2x} =3\frac{x^4}{\mathrm{e}^{2x}} -2\frac{x}{\mathrm{e}^{2x}} +7\frac1{\mathrm{e}^{2x}}.\] Par le corollaire
17.5, chacun des trois quotients tend vers \(0\) (respectivement \(n=4\), \(n=1\), \(n=0\), avec \(a=2\)). Une somme finie de termes qui tendent vers \(0\) tend vers \(0\). La limite cherchée est donc \(0\).
Cette rédaction explique le rôle des trois termes : elle ne suppose pas sans justification que « le terme de degré quatre gagne ».
Exemple 17.7 — Une différence de deux fonctions qui tendent vers l’infini
Calculons \(\lim_{x\to+\infty}(\mathrm{e}^x-5x^3)\). La forme initiale est \(+\infty-(+\infty)\).
L’exponentielle est strictement positive ; on peut factoriser : \[\mathrm{e}^x-5x^3=\mathrm{e}^x\left(1-5\frac{x^3}{\mathrm{e}^x}\right).\] Le quotient \(x^3/\mathrm{e}^x\) tend vers \(0\), donc la parenthèse tend vers \(1\). Elle est en particulier strictement positive à partir d’un certain seuil. Comme \(\mathrm{e}^x\to+\infty\), le produit tend vers \(+\infty\).
Pour voir la comparaison de façon concrète, à partir d’un certain seuil on a \(5x^3/\mathrm{e}^x<1/2\), donc \[\mathrm{e}^x-5x^3>\frac12\mathrm{e}^x\longrightarrow+\infty.\] Cette inégalité justifie la conclusion sans manipulation symbolique des infinis.
Exemple 17.8 — Un quotient dont le numérateur et le dénominateur contiennent une exponentielle
Pour \(x\to+\infty\), considérons \[F(x)=\frac{\mathrm{e}^x-x^2}{\mathrm{e}^x+x}.\] Pour \(x>0\), le dénominateur est positif. Divisons numérateur et dénominateur par le même nombre non nul \(\mathrm{e}^x\) : \[F(x)=\frac{1-x^2/\mathrm{e}^x}{1+x/\mathrm{e}^x}.\] Les deux quotients de croissance comparée tendent vers \(0\). Le numérateur tend donc vers \(1\) et le dénominateur vers \(1\ne0\) ; ainsi \(F(x)\to1\).
On ne peut pas supprimer séparément \(x^2\) et \(x\) dans l’expression initiale. La division commune révèle pourquoi leur influence disparaît dans cette limite.
Exemple 17.9 — Une substitution qui n’est pas linéaire
Calculons la limite de \(x^4\mathrm{e}^{-x^2}\) lorsque \(x\to-\infty\). Posons \(t=x^2\). Alors \(t\to+\infty\), et \(x^4=(x^2)^2=t^2\) : \[x^4\mathrm{e}^{-x^2}=\frac{t^2}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] Le changement de variable n’exige pas ici de résoudre \(x\) en fonction de \(t\) : toutes les occurrences de \(x\) se regroupent déjà en puissances de \(x^2\). La même rédaction fonctionne en \(+\infty\).
Piège — Trois slogans à ne pas apprendre
« Une exponentielle gagne toujours » est imprécis : \(\mathrm{e}^{-x}\to0\) à droite, tandis que \(x^2\mathrm{e}^x\to+\infty\).
« Un produit contenant un facteur qui tend vers \(0\) tend vers \(0\) » est faux : \(x\times(1/x)=1\).
« \(\mathrm{e}^{2x}=2\mathrm{e}^x\) » est faux : la loi correcte est \(\mathrm{e}^{2x}=(\mathrm{e}^x)^2\). Pour appliquer la croissance comparée, le changement de variable \(t=2x\) reste souvent plus transparent.
S’entraîner avec une aide qui diminue
À toi 17.2 — Avec guidage : préparer une comparaison
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(\displaystyle\frac{2x^3+1}{\mathrm{e}^{x/2}}\) lorsque \(x\to+\infty\).
Pose \(t=x/2\) et exprime \(x\) en fonction de \(t\).
Réécris le quotient en conservant tous les coefficients.
Identifie les deux applications du théorème nécessaires.
Correction expliquée.
Comme \(t=x/2\), on a \(x=2t\) et \(t\to+\infty\). Ainsi \[\frac{2x^3+1}{\mathrm{e}^{x/2}} =\frac{2(2t)^3+1}{\mathrm{e}^t} =16\frac{t^3}{\mathrm{e}^t}+\frac1{\mathrm{e}^t}.\] Le premier quotient tend vers \(0\) par croissance comparée pour \(n=3\), le second pour \(n=0\). La limite est donc \(0\).
À toi 17.3 — Sans indication de transformation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine les limites suivantes. Dans chaque cas, annonce la forme initiale puis écris une transformation exacte. \[\text{a) }\lim_{x\to+\infty}(2\mathrm{e}^x-x^4),\qquad \text{b) }\lim_{x\to-\infty}x^2\mathrm{e}^{3x},\qquad \text{c) }\lim_{x\to+\infty}\frac{x^2+1}{\mathrm{e}^{x/2}+3}.\]
Correction expliquée.
a) La forme est \(+\infty-(+\infty)\). On écrit \[2\mathrm{e}^x-x^4=\mathrm{e}^x\left(2-\frac{x^4}{\mathrm{e}^x}\right).\] La parenthèse tend vers \(2>0\) et \(\mathrm{e}^x\to+\infty\) : la limite est \(+\infty\).
b) La forme est \(+\infty\times0\). En posant \(t=-3x\), on obtient \(t\to+\infty\), \(x=-t/3\), puis \[x^2\mathrm{e}^{3x}=\frac19\frac{t^2}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\]
c) La forme est \(+\infty/+\infty\). Puisque \(\mathrm{e}^{x/2}>0\), une division commune donne \[\frac{x^2+1}{\mathrm{e}^{x/2}+3} =\frac{x^2/\mathrm{e}^{x/2}+1/\mathrm{e}^{x/2}} {1+3/\mathrm{e}^{x/2}}.\] Le numérateur tend vers \(0+0=0\) par croissance comparée, le dénominateur vers \(1\ne0\). La limite est \(0\).
À toi 17.4 — Expliquer le rôle d’une hypothèse
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Le corollaire de changement d’échelle suppose \(a>0\). Explique pourquoi on ne doit pas appliquer directement sa conclusion à \(x^2/\mathrm{e}^{ax}\) si \(a=0\) ou si \(a<0\), lorsque \(x\to+\infty\).
Correction expliquée.
Si \(a=0\), le dénominateur est \(\mathrm{e}^0=1\) et le quotient vaut \(x^2\), qui tend vers \(+\infty\).
Si \(a<0\), l’argument \(ax\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{ax}\to0\) avec des valeurs positives. Pour \(x\geq1\), \(x^2/\mathrm{e}^{ax}\geq1/\mathrm{e}^{ax}\) ; le minorant tend vers \(+\infty\). Le quotient tend donc vers \(+\infty\).
La condition \(a>0\) assure que la nouvelle variable \(t=ax\) tend vers \(+\infty\). Elle commande le sens du changement de variable, pas seulement le signe d’une constante.
Réparer une erreur avant de revenir à un calcul complet
À toi 17.5 — Erreur de substitution
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie écrit : « Posons \(t=2x\). Alors \(x^3/\mathrm{e}^{2x}=t^3/\mathrm{e}^t\to0\). » La limite annoncée est-elle correcte ? L’égalité l’est-elle ? Corrige la première étape fautive, puis traite \(\displaystyle x^3/\mathrm{e}^{4x}\) en \(+\infty\).
Correction expliquée.
La limite est bien \(0\), mais l’égalité est fausse. De \(t=2x\) on déduit \(x=t/2\), donc \[\frac{x^3}{\mathrm{e}^{2x}}=\frac18\frac{t^3}{\mathrm{e}^t}.\] Règle à réactiver : remplacer chaque occurrence de \(x\), et pas seulement celle de l’exponentielle.
Exemple plus simple : si \(t=2x\), alors \(x/\mathrm{e}^{2x}=\frac12t/\mathrm{e}^t\).
Nouvel essai corrigé : avec \(s=4x\), \(x=s/4\), d’où \[\frac{x^3}{\mathrm{e}^{4x}}=\frac1{64}\frac{s^3}{\mathrm{e}^s}\longrightarrow0.\] Reviens maintenant au calcul b) de la tâche précédente : vérifie séparément le signe et le facteur \(1/9\). Une bonne limite ne justifie jamais une fausse égalité intermédiaire.
À toi 17.6 — Reprise différée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
\[\text{a) }\lim_{x\to+\infty}\frac{\mathrm{e}^{2x}-3x^2}{\mathrm{e}^{2x}+x^3}, \qquad \text{b) }\lim_{x\to-\infty}x^5\mathrm{e}^{x/2}.\]
Correction expliquée.
a) L’exponentielle apparaît dans les deux parties du quotient. On divise numérateur et dénominateur par \(\mathrm{e}^{2x}>0\) : \[\frac{\mathrm{e}^{2x}-3x^2}{\mathrm{e}^{2x}+x^3} =\frac{1-3x^2/\mathrm{e}^{2x}}{1+x^3/\mathrm{e}^{2x}}\longrightarrow\frac11=1.\] Les quotients \(x^2/\mathrm{e}^{2x}\) et \(x^3/\mathrm{e}^{2x}\) tendent vers \(0\) par croissance comparée.
b) Pour travailler en \(+\infty\), on pose \(t=-x/2\). Alors \(x=-2t\) et \[x^5\mathrm{e}^{x/2}=(-2t)^5\mathrm{e}^{-t}=-32\frac{t^5}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] La limite est nulle, avec des valeurs négatives pour \(x<0\).
18. Oscillations : prouver une limite ou prouver son absence
Pour démarrer.
Une fonction peut ne jamais se stabiliser, même si ses valeurs restent dans un intervalle très étroit. À l’inverse, une fonction peut osciller une infinité de fois tout en ayant une limite. La question décisive n’est donc pas seulement « est-ce que cela oscille ? », mais « quelle est l’amplitude de ces oscillations ? ».
Ce que les premières observations ne permettent pas de conclure
À toi 18.1 — Trois affirmations à examiner
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Décide si chaque affirmation est vraie ou fausse. Un exemple précis suffit pour réfuter une affirmation universelle.
Si \(-1\leq f(x)\leq1\) pour tout \(x\), alors \(f\) a une limite en \(+\infty\).
Si une fonction oscille, elle ne peut pas tendre vers \(0\).
Si \(f(x)\geq0\) et prend des valeurs arbitrairement grandes, alors \(f(x)\to+\infty\).
Correction expliquée.
Les trois affirmations sont fausses.
1. La fonction \(\sin x\) reste entre \(-1\) et \(1\), mais nous allons montrer qu’elle n’a pas de limite en \(+\infty\).
2. Sur \(]0;+\infty[\), la fonction \(\sin x/x\) oscille, mais sa valeur absolue ne dépasse pas \(1/x\), qui tend vers \(0\).
3. La fonction \(x^2(1+\sin x)\) est positive ou nulle. Pour certaines valeurs de \(x\) arbitrairement grandes, elle vaut \(2x^2\) ; pour d’autres, elle vaut \(0\). Elle ne reste donc pas au-dessus de tout seuil. Nous démontrerons ces deux faits précisément.
Si tu pensais que la troisième affirmation était vraie, distingue dès maintenant « dépasser un seuil quelque part » et « rester au-dessus de ce seuil dès que \(x\) est assez grand ».
Propriété 18.1 — Rappels trigonométriques utiles
Pour tout réel \(t\), \[-1\leq\sin t\leq1,\qquad -1\leq\cos t\leq1.\] Pour tout entier \(k\geq0\), \[\begin{aligned} \cos(2k\pi)&=1,&\quad \cos((2k+1)\pi)&=-1,\\ \sin\left(\frac\pi2+2k\pi\right)&=1,& \sin\left(\frac{3\pi}2+2k\pi\right)&=-1. \end{aligned}\] Statut : rappels du cercle trigonométrique et de la périodicité. Seules ces valeurs et ces bornes sont nécessaires ici.
Exemple 18.1 — Une petite amplitude fixe ne suffit pas
La fonction \(f(x)=4+0{,}001\cos x\) reste entre \(3{,}999\) et \(4{,}001\). Cependant, pour des valeurs arbitrairement grandes de \(x\), elle vaut exactement \(4{,}001\), et pour d’autres exactement \(3{,}999\). L’amplitude est petite, mais elle ne diminue pas. La fonction n’a pas de limite en \(+\infty\).
Une fenêtre graphique peu précise peut masquer cette oscillation et donner l’impression d’une droite horizontale. La taille visuelle de l’écart n’est pas une preuve de sa disparition.
Une méthode rigoureuse pour réfuter l’existence d’une limite
Proposition 18.2 — Deux façons d’approcher incompatibles
Supposons que des entrées \(a_k\) et \(b_k\) du domaine de \(f\) approchent la même destination : \(+\infty\), \(-\infty\), ou le même point par le côté étudié.
Si cette destination est un réel \(a\), les entrées choisies sont différentes de \(a\), au moins à partir d’un certain indice, et respectent le côté demandé. Cette condition est nécessaire puisque la limite au point est étudiée hors du point lui-même.
Si \(f(a_k)\) et \(f(b_k)\) ont deux limites différentes, alors \(f\) n’a pas de limite à cette destination.
En particulier, si l’une de ces familles d’images vaut toujours \(1\) et l’autre toujours \(-1\), aucune limite commune n’est possible.
Démonstration.
Supposons au contraire que \(f\) ait une limite \(L\). La définition exige que toutes les images correspondant à des entrées suffisamment proches de la destination satisfassent la même contrainte.
Si \(L\) est réel, pour chaque \(\varepsilon>0\), les images sont à une distance de \(L\) inférieure à \(\varepsilon\) dès que l’entrée est suffisamment proche de la destination. Cela s’applique aux \(a_k\) comme aux \(b_k\) à partir d’un certain indice. Les deux familles d’images doivent donc tendre vers \(L\).
Si \(L=+\infty\), elles doivent toutes deux finir au-dessus de chaque réel fixé. Si \(L=-\infty\), elles doivent toutes deux finir au-dessous de chaque réel fixé. Deux limites différentes sont incompatibles avec une telle limite commune.
Les entrées indexées servent ici à sélectionner des points du domaine. Il ne s’agit pas d’ajouter une théorie des suites à ce chapitre.
\(\square\)
Piège — Ce critère sert à réfuter, pas à tout prouver
Trouver deux familles qui donnent la même limite ne suffit pas à établir la limite de \(f\). D’autres entrées peuvent donner un comportement différent. La définition doit contrôler toutes les entrées assez proches, pas seulement deux chemins que l’on a choisis.
Exemple 18.2 — Pourquoi le cosinus n’a pas de limite à droite
Prenons \(a_k=2k\pi\) et \(b_k=(2k+1)\pi\). Les deux entrées deviennent arbitrairement grandes lorsque \(k\) augmente, mais \[\cos(a_k)=1,\qquad \cos(b_k)=-1.\] Une même limite réelle ne peut donc convenir aux deux familles. D’autre part, \(-1\leq\cos x\leq1\) exclut \(+\infty\) et \(-\infty\) : les images ne peuvent pas, par exemple, rester au-dessus de \(2\) ou au-dessous de \(-2\).
Ainsi \(\cos x\) n’a aucune limite en \(+\infty\), même infinie. La même conclusion vaut en \(-\infty\) en prenant \(-2k\pi\) et \(-(2k+1)\pi\).
Lecture de la figure. Le cosinus atteint à nouveau \(1\) puis \(-1\) dans chaque période. Les deux droites en tirets restent à distance fixe l’une de l’autre. Aucun agrandissement de l’axe horizontal ne peut transformer cette amplitude fixe en une amplitude qui tend vers zéro.
Exemple 18.3 — Des oscillations de plus en plus rapides au voisinage de zéro
Étudions \(f(x)=\sin(1/x)\) lorsque \(x\to0^+\). La fonction est définie pour \(x>0\), mais son argument tend vers \(+\infty\).
Pour obtenir une image égale à \(1\), on choisit \[a_k=\frac1{\pi/2+2k\pi}.\] Le dénominateur est positif et tend vers \(+\infty\), donc \(a_k\to0^+\). Or \[\frac1{a_k}=\frac\pi2+2k\pi, \qquad \sin(1/a_k)=1.\] De même, pour \[b_k=\frac1{3\pi/2+2k\pi},\] on a \(b_k\to0^+\) et \(\sin(1/b_k)=-1\).
Les deux limites d’images sont incompatibles. La fonction \(\sin(1/x)\) n’a donc pas de limite à droite de \(0\). Comme elle est bornée entre \(-1\) et \(1\), aucune limite infinie n’est possible non plus.
Le problème n’est pas une valeur manquante en \(0\) : ajouter n’importe quelle valeur \(f(0)\) ne supprime pas les oscillations autour de \(0\).
Quand les oscillations sont amorties
Lemme 18.3 — Contrôler un écart par une quantité qui tend vers zéro
Au voisinage de la destination étudiée, supposons que \[|f(x)-L|\leq r(x),\qquad r(x)\geq0, \qquad r(x)\longrightarrow0.\] Alors \(f(x)\longrightarrow L\).
Démonstration.
La valeur absolue donne \(-r(x)\leq f(x)-L\leq r(x)\), donc \[L-r(x)\leq f(x)\leq L+r(x).\] Les deux bornes tendent vers \(L\). Le théorème d’encadrement donne la conclusion. Ce lemme est une formulation pratique de ce théorème, et non une propriété particulière des fonctions trigonométriques.
\(\square\)
Corollaire 18.4 — Un facteur borné et un facteur qui tend vers zéro
Conséquence du lemme
18.3: si \(|g(x)|\leq M\) au voisinage étudié pour une constante \(M\geq0\), et si \(h(x)\to0\), alors \[g(x)h(x)\longrightarrow0.\] Il n’est pas nécessaire que \(g\) ait une limite.
Démonstration.
On a \(|g(x)h(x)|=|g(x)|\,|h(x)|\leq M|h(x)|\). Comme \(|h(x)|\to0\), le majorant \(M|h(x)|\) tend vers \(0\). Le lemme s’applique avec \(L=0\).
\(\square\)
Exemple 18.4 — Un quotient oscillant à l’infini
Pour \(x\ne0\), \[\left|\frac{\sin x}{x}\right| =\frac{|\sin x|}{|x|}\leq\frac1{|x|}.\] Lorsque \(x\to+\infty\) ou \(x\to-\infty\), \(|x|\to+\infty\), donc \(1/|x|\to0\). Le lemme donne \[\lim_{x\to+\infty}\frac{\sin x}{x}=0, \qquad \lim_{x\to-\infty}\frac{\sin x}{x}=0.\] Le sinus n’a pas de limite à l’infini, mais cela n’empêche pas le quotient d’en avoir une. Cette question est différente de la limite de \(\sin x/x\) en zéro : la destination compte autant que l’expression.
Lecture de la figure. La courbe pleine représente \(\sin x/x\) pour \(x>0\). Les deux enveloppes en tirets sont \(1/x\) et \(-1/x\). La courbe passe alternativement au-dessus et au-dessous de l’axe, mais tout son écart à cet axe est contrôlé par \(1/x\), qui tend vers zéro.
Exemple 18.5 — Une oscillation rapide, mais une limite au point
Pour \(x\ne0\), posons \(f(x)=x\sin(1/x)\). On a \[|f(x)|=|x|\,|\sin(1/x)|\leq|x|.\] Quand \(x\to0\), le majorant \(|x|\) tend vers \(0\). Par encadrement, \(f(x)\to0\).
La fonction \(\sin(1/x)\) seule n’a pas de limite en \(0^+\), tandis que son produit par \(x\) a une limite bilatérale égale à \(0\). La multiplication ne ralentit pas les oscillations de l’argument ; elle réduit l’amplitude des images.
Exemple 18.6 — Une limite différente de zéro avec des oscillations
Pour \(x\to+\infty\), étudions \[F(x)=3+\frac{2\cos(x^2)}{x^2+1}.\] L’argument \(x^2\) n’a pas besoin d’être analysé : la borne du cosinus vaut pour tout argument réel. Comme \(x^2+1>0\), \[|F(x)-3| =\frac{2|\cos(x^2)|}{x^2+1} \leq\frac2{x^2+1}\longrightarrow0.\] Le lemme donne \(F(x)\to3\). La droite \(y=3\) est donc asymptote horizontale en \(+\infty\), même si la courbe la traverse à de nombreuses reprises.
Oscillation et limite infinie : distinguer deux mécanismes
Exemple 18.7 — Une oscillation bornée ajoutée à une fonction qui diverge
Pour tout réel \(x\), \(-1\leq\sin x\leq1\). En ajoutant \(x\), on obtient \[x-1\leq x+\sin x\leq x+1.\] En \(+\infty\), le minorant \(x-1\) tend vers \(+\infty\) : cela suffit à conclure \(x+\sin x\to+\infty\).
En \(-\infty\), le majorant \(x+1\) tend vers \(-\infty\) : cela suffit à conclure \(x+\sin x\to-\infty\).
On choisit la borne utile selon la direction de divergence. Il serait incorrect d’utiliser une majoration par une fonction qui tend vers \(+\infty\) pour conclure à \(+\infty\).
Exemple 18.8 — Une marge strictement positive change la conclusion
Comparons, en \(+\infty\), \[f(x)=x^2(2+\sin x),\qquad g(x)=x^2(1+\sin x).\] Pour \(f\), on a \(2+\sin x\geq1\), donc \[f(x)\geq x^2\longrightarrow+\infty.\] Ainsi \(f(x)\to+\infty\) malgré les oscillations du facteur entre parenthèses.
Pour \(g\), on a seulement \(1+\sin x\geq0\), donc la minoration disponible est \(g(x)\geq0\). Elle ne garantit aucune divergence.
Prenons \(a_k=\pi/2+2k\pi\) et \(b_k=3\pi/2+2k\pi\). Ces deux familles tendent vers \(+\infty\), mais \[g(a_k)=2a_k^2\longrightarrow+\infty, \qquad g(b_k)=0.\] Il n’y a donc aucune limite en \(+\infty\) pour \(g\). La disparition de la marge \(1\) est essentielle ; ce n’est pas un détail de calcul.
Méthode — Décider avant de calculer
Devant une oscillation, cherche d’abord une borne valable pour toutes les entrées.
Si l’écart à un réel est majoré par une quantité qui tend vers \(0\), utilise un encadrement.
Si une borne utile tend vers \(+\infty\) ou \(-\infty\), utilise une comparaison dans le bon sens.
Si des oscillations d’amplitude non nulle persistent, cherche deux familles d’entrées donnant des images incompatibles.
La calculatrice peut suggérer l’un de ces cas ; elle ne remplace ni la borne ni les deux familles exactes.
Essais, justification et changement de situation
À toi 18.2 — Avec guidage : choisir une amplitude
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(\displaystyle f(x)=\frac{5\sin(3x)}{\sqrt{x}}\) en \(+\infty\).
Sur quel domaine cette expression est-elle définie ?
Majore \(|f(x)|\) par une expression ne contenant plus de sinus.
Termine sans chercher la limite de \(\sin(3x)\).
Correction expliquée.
L’expression est définie pour \(x>0\) : la racine existe et le dénominateur est non nul. On a \[|f(x)|=\frac{5|\sin(3x)|}{\sqrt{x}}\leq\frac5{\sqrt{x}}.\] Le majorant tend vers \(0\) en \(+\infty\), donc \(f(x)\to0\). L’existence d’une limite de \(\sin(3x)\) n’a pas été supposée et n’est pas nécessaire.
À toi 18.3 — Deux destinations, deux réponses
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne0\), on pose \(h(x)=x\sin(1/x)\).
Retrouve sa limite en \(0\) par une majoration de la valeur absolue.
Peut-on utiliser cette même majoration pour trouver une limite en \(+\infty\) ? Explique précisément ce qui échoue.
Correction expliquée.
1. On a \(|h(x)|\leq|x|\), et \(|x|\to0\) en \(0\) : la limite est \(0\).
2. En \(+\infty\), la même borne donne \(|h(x)|\leq x\), mais \(x\to+\infty\). Elle ne serre donc pas les images autour d’un réel. Cela ne prouve pas l’absence de limite ; cela signifie seulement que cet encadrement n’est pas adapté. Un outil local sur \(\sin t/t\) lorsque \(t\to0\) permettrait d’aller plus loin. Il relève du lien avec les taux d’accroissement, pas d’une application de la borne \(|\sin t|\leq1\).
À toi 18.4 — Sans guidage : une limite, une non-limite
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie en \(0^+\) les deux fonctions \[f(x)=2+\sin(2/x),\qquad g(x)=2+x\sin(2/x).\] Pour la fonction qui n’a pas de limite, donne deux familles d’entrées exactes. Pour l’autre, fournis un contrôle valable pour toutes les entrées proches de \(0\).
Correction expliquée.
Pour \(f\), choisissons \[a_k=\frac2{\pi/2+2k\pi},\qquad b_k=\frac2{3\pi/2+2k\pi}.\] Les deux familles tendent vers \(0^+\), mais \(f(a_k)=3\) et \(f(b_k)=1\). La fonction \(f\) n’a donc pas de limite à droite de \(0\).
Pour \(g\), \(|g(x)-2|=|x|\,|\sin(2/x)|\leq|x|\to0\). On conclut \(g(x)\to2\). Une variation du coefficient dans l’argument ne change pas la borne du sinus ; le facteur extérieur \(x\) change, lui, l’amplitude.
À toi 18.5 — Justifier une non-conclusion
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie affirme : « \(0\leq f(x)\leq x^2\) pour \(x>0\). Donc \(f(x)\to+\infty\). » Donne deux fonctions satisfaisant ces inégalités, l’une ayant pour limite \(0\), l’autre \(+\infty\). Explique pourquoi cela suffit à invalider le raisonnement.
Correction expliquée.
Les fonctions \(f_1(x)=0\) et \(f_2(x)=x^2\) vérifient toutes deux \(0\leq f_i(x)\leq x^2\) pour \(x>0\). Pourtant \(f_1\to0\) et \(f_2\to+\infty\).
Les mêmes hypothèses autorisent donc des conclusions différentes. La majoration par une quantité très grande ne force pas une fonction à devenir grande. Pour obtenir \(+\infty\) par comparaison, il faut un minorant qui tende vers \(+\infty\).
Réparer un faux encadrement
À toi 18.6 — Des bornes fixes à une amplitude qui disparaît
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie écrit : « \(-1\leq\sin(1/x)\leq1\), donc, par encadrement, \(\sin(1/x)\to0\) en \(0\). » Trouve la première étape fautive, puis établis la limite de \(x^2\sin(1/x)\) en \(0\).
Correction expliquée.
Les bornes sont correctes, mais leur utilisation est fausse : elles tendent vers \(-1\) et \(1\), pas vers un même réel. Le théorème d’encadrement ne s’applique pas pour conclure à \(0\).
Règle à réactiver : les deux bornes doivent avoir la même limite, ou l’écart à la limite visée doit être majoré par une quantité qui tend vers zéro.
Exemple plus simple : si \(|v(x)|\leq3|x|\), alors \(v(x)\to0\) en \(0\), car \(3|x|\to0\).
Nouvel essai : pour \(x\ne0\), \[|x^2\sin(1/x)|\leq x^2\longrightarrow0.\] La limite vaut donc \(0\). Reviens maintenant à \(2+x\sin(2/x)\) : quelle quantité majore l’écart à \(2\) ? La réponse attendue est \(|x|\), et non une borne fixe.
À toi 18.7 — Reprise différée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine en \(+\infty\) le comportement de \[A(x)=\frac{2+\cos x}{x},\qquad B(x)=x(2+\cos x),\qquad C(x)=x(1+\cos x).\]
Correction expliquée.
Pour \(x>0\), \(1\leq2+\cos x\leq3\), donc \[0\leq A(x)\leq\frac3x\longrightarrow0.\] Ainsi \(A(x)\to0\).
Pour \(B\), la même borne inférieure donne \(B(x)\geq x\to+\infty\). Ainsi \(B(x)\to+\infty\).
Pour \(C\), prenons \(a_k=2k\pi\) et \(b_k=(2k+1)\pi\). On a \(C(a_k)=2a_k\to+\infty\), tandis que \(C(b_k)=0\). La fonction \(C\) n’a pas de limite en \(+\infty\). La borne \(C(x)\geq0\) est trop faible pour imposer une divergence.
19. Relier une formule, une courbe et un tableau de variations
Pour démarrer.
Une formule, une courbe et un tableau ne donnent pas les informations de la même manière. L’objectif est de passer de l’un à l’autre sans confondre la valeur d’une fonction, sa limite et son sens de variation. La limite renseigne sur un comportement à une extrémité ; la variation compare des valeurs prises à l’intérieur d’un intervalle.
Avant de lire : préciser le statut des informations
Définition 19.1 — Valeur, limite et variation : trois lectures distinctes
La valeur \(f(a)\) est l’ordonnée du point de la courbe d’abscisse \(a\), si \(a\) appartient au domaine.
La limite en \(a\), par un côté fixé, décrit les images lorsque les entrées s’approchent de \(a\) par ce côté. Dans ce cours, on considère les entrées différentes de \(a\).
Dire que \(f\) est croissante sur un intervalle signifie que pour tous \(x<y\) dans cet intervalle, \(f(x)\leq f(y)\). Une limite ne suffit pas à vérifier cette comparaison.
Une asymptote verticale \(x=a\) correspond à une limite infinie d’au moins un côté de \(a\). Une asymptote horizontale \(y=L\) à une extrémité correspond à une limite finie \(L\) à cet infini.
À toi 19.1 — Une lecture peut-elle remplacer l’autre ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Vrai ou faux ? Justifie.
Si \(f(x)\to3\) en \(+\infty\), alors \(f(10)=3\).
Si la courbe reste visiblement sous \(y=3\) dans une fenêtre, elle ne peut jamais traverser cette droite.
Si \(f\) est décroissante sur \(]-\infty;1[\) et sur \(]1;+\infty[\), elle est décroissante sur tout son domaine.
Correction expliquée.
1. Faux : \(f(x)=3+1/x\) sur \(]0;+\infty[\) tend vers \(3\), mais \(f(10)=3{,}1\).
2. Faux : une fenêtre ne montre qu’une partie de la courbe. Même une asymptote horizontale peut être traversée, par exemple par \(3+\sin x/x\) pour \(x>0\).
3. Faux en général : les deux intervalles sont séparés par \(1\). Les comparaisons avec une entrée de chaque côté ne sont pas contrôlées par les deux affirmations. L’exemple complet ci-dessous permet de le vérifier.
Méthode — Ce qu’un document permet d’affirmer
Un tableau de variations donné comme exact fournit des informations utilisables comme hypothèses. Une courbe tracée à partir d’une formule peut illustrer les conclusions démontrées avec cette formule.
Une simple image, sans informations exactes sur les branches hors de la fenêtre, permet généralement de conjecturer une limite, non de prouver son existence.
Exemple 19.1 — Adapter les mots au niveau de certitude
À partir d’une fenêtre numérique, on écrit : « La courbe semble se rapprocher de la droite \(y=2\) à droite. »
À partir du calcul \(f(x)=2+3/(x-1)\) et de \(3/(x-1)\to0\), on écrit : « La limite de \(f\) en \(+\infty\) est \(2\) ; la droite \(y=2\) est asymptote horizontale à droite. »
Ces phrases ne sont pas interchangeables : la deuxième s’appuie sur un raisonnement portant sur toutes les entrées suffisamment grandes.
Étude de référence : construire une lecture cohérente
Exemple 19.2 — Une fonction rationnelle, deux branches
On considère \[f(x)=\frac{2x+1}{x-1}.\] 1. Déterminer le domaine. Le dénominateur s’annule seulement pour \(x=1\). Le domaine est donc \(\mathbb{R}\setminus\{1\}\). Les limites en \(1^-\) et \(1^+\) doivent être étudiées séparément.
2. Choisir une écriture utile. On cherche un multiple de \(x-1\) dans le numérateur : \[2x+1=2(x-1)+3.\] Pour \(x\ne1\), \[f(x)=\frac{2(x-1)+3}{x-1} =2+\frac3{x-1}.\] Cette égalité ne rend pas la fonction définie en \(1\) ; elle s’utilise sur le même domaine.
3. Calculer les quatre limites. En \(+\infty\) et en \(-\infty\), \(1/(x-1)\to0\), donc \[\lim_{x\to+\infty}f(x)=2, \qquad \lim_{x\to-\infty}f(x)=2.\] Lorsque \(x\to1^-\), \(x-1\to0\) avec des valeurs négatives, donc \(3/(x-1)\to-\infty\). Lorsque \(x\to1^+\), le même dénominateur tend vers \(0\) avec des valeurs positives : \[\lim_{x\to1^-}f(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to1^+}f(x)=+\infty.\] Il n’existe pas de limite bilatérale en \(1\) puisque les limites à gauche et à droite sont différentes.
4. Traduire en asymptotes. La droite \(x=1\) est asymptote verticale. La droite \(y=2\) est asymptote horizontale aux deux infinis.
5. Situer les branches. On soustrait l’ordonnée de l’asymptote : \[f(x)-2=\frac3{x-1}.\] Pour \(x<1\), cet écart est négatif : la branche est sous \(y=2\). Pour \(x>1\), il est positif : la branche est au-dessus. L’écart n’est jamais nul ; la courbe ne coupe pas cette asymptote.
6. Vérifier deux points. \(f(0)=1/(-1)=-1\) et \(f(2)=5\). Ces valeurs permettent de contrôler l’orientation et la position des branches dans le dessin.
Lecture de la figure. La branche de gauche passe par \((0;-1)\), reste sous \(y=2\), s’en approche en \(-\infty\) et descend vers \(-\infty\) lorsque \(x\) s’approche de \(1\) par la gauche. La branche de droite passe par \((2;5)\), part vers \(+\infty\) près de \(1\) et se rapproche de \(y=2\) par-dessus en \(+\infty\). Les deux morceaux sont tracés séparément : aucun segment ne relie les branches à travers \(x=1\).
Ajouter les variations sans les inventer à partir des limites
Exemple 19.3 — Justifier les flèches du tableau
Pour la fonction précédente, les règles antérieures de dérivation donnent, pour \(x\ne1\), \[f'(x)=\left(2+\frac3{x-1}\right)'=-\frac3{(x-1)^2}.\] Le carré est strictement positif sur le domaine ; ainsi \(f'(x)<0\). La fonction est donc strictement décroissante sur chacun des intervalles \(]-\infty;1[\) et \(]1;+\infty[\).
Les limites calculées donnent les valeurs aux extrémités des flèches. La dérivée donne le sens des flèches. On n’inverse pas ces rôles.
Lecture de la figure. Les valeurs sont placées au-dessus ou au-dessous selon le sens de la variation ; les flèches les relient sans traverser leur écriture. La double barre indique que \(x=1\) est interdit. Les deux « \(2\) » sont des limites aux infinis, pas des valeurs atteintes à des abscisses infinies.
Piège — Décroissante sur chaque intervalle n’est pas décroissante partout
Ici \(0<2\), mais \(f(0)=-1<5=f(2)\). Une fonction décroissante sur tout son domaine devrait vérifier \(f(0)\geq f(2)\) pour ces deux entrées : ce n’est pas le cas.
La formulation exacte est donc : « \(f\) est strictement décroissante sur \(]-\infty;1[\) et sur \(]1;+\infty[\). » La séparation du domaine est une information mathématique, pas seulement un choix de mise en page.
Lire un tableau donné sans connaître la formule
On considère maintenant une fonction \(g\) définie sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). Le tableau suivant est donné comme exact. Ses flèches expriment des variations strictes.
Lecture de la figure. Sur la branche gauche, \(g\) monte de \(-\infty\) jusqu’à la valeur \(-2\) atteinte en \(-1\), puis redescend vers \(-\infty\) près de \(0\). Sur la branche droite, elle descend de \(+\infty\) à la valeur \(2\) atteinte en \(1\), puis remonte vers \(+\infty\). Le niveau haut porte \(+\infty\), le niveau intermédiaire les extrema finis et le niveau bas \(-\infty\) ; ces hauteurs servent à la lecture et ne forment pas une échelle d’ordonnées.
À toi 19.2 — Extraire des informations exactes
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Sans chercher de formule pour \(g\) :
Donne les quatre limites aux bornes des intervalles du domaine.
La fonction admet-elle une limite en \(0\) ? Une asymptote verticale ?
Donne \(g(-1)\) et \(g(1)\).
Que peut-on dire de \(g(x)\) pour \(x<0\) ? Pour \(x>0\) ?
Une asymptote horizontale est-elle possible aux infinis indiqués ?
Correction expliquée.
1. La lecture des extrémités donne \[\lim_{x\to-\infty}g(x)=-\infty, \quad \lim_{x\to0^-}g(x)=-\infty, \quad \lim_{x\to0^+}g(x)=+\infty, \quad \lim_{x\to+\infty}g(x)=+\infty.\] 2. Les limites à gauche et à droite de \(0\) sont différentes : il n’y a pas de limite bilatérale. La droite \(x=0\) est pourtant asymptote verticale, car une limite infinie d’un côté suffit ; ici les deux côtés sont infinis.
3. Les nombres placés aux abscisses du domaine sont des valeurs : \(g(-1)=-2\) et \(g(1)=2\).
4. Le maximum de la branche gauche vaut \(-2\), donc \(g(x)\leq-2\) pour \(x<0\), avec égalité seulement pour \(x=-1\). Le minimum de la branche droite vaut \(2\), donc \(g(x)\geq2\) pour \(x>0\), avec égalité seulement pour \(x=1\).
5. Non, aux deux infinis les limites sont infinies, alors qu’une asymptote horizontale exige une limite réelle finie.
Exemple 19.4 — Vérifier qu’un tableau peut être réalisé
La fonction \(g(x)=x+1/x\), définie pour \(x\ne0\), est un exemple qui réalise ce tableau.
Aux infinis, \(1/x\to0\) tandis que \(x\to\pm\infty\), donc les limites sont respectivement \(-\infty\) et \(+\infty\). En \(0^-\), \(1/x\to-\infty\) et \(x\to0\) ; en \(0^+\), \(1/x\to+\infty\) et \(x\to0\).
Enfin, \(g(-1)=-2\), \(g(1)=2\) et \[g'(x)=1-\frac1{x^2}=\frac{x^2-1}{x^2}.\] Le dénominateur est positif. Le numérateur est positif pour \(x<-1\) ou \(x>1\), négatif pour \(-1<x<1\), et nul pour \(x=\pm1\). On retrouve les quatre flèches sur les intervalles du domaine.
Cette formule est un exemple, pas la seule formule possible. Un tableau de variations ne détermine pas une fonction de manière unique.
Reconstruire une fonction à partir d’informations ciblées
Proposition 19.2 — Une famille simple pour imposer deux asymptotes
Soient \(a,L,c\) trois réels, avec \(c\ne0\). La fonction \[f(x)=L+\frac c{x-a},\qquad x\ne a,\] admet \(y=L\) pour asymptote horizontale aux deux infinis et \(x=a\) pour asymptote verticale.
Le signe de \(f(x)-L\) est celui de \(c/(x-a)\).
Démonstration.
En \(\pm\infty\), \(1/(x-a)\to0\), donc \(f(x)\to L\).
Lorsque \(x\to a\), le dénominateur tend vers \(0\) avec un signe déterminé de chaque côté. Le numérateur \(c\) est une constante non nulle : les deux limites sont infinies et de signes opposés. La droite \(x=a\) est donc asymptote verticale. La dernière affirmation découle de l’égalité exacte \(f(x)-L=c/(x-a)\).
\(\square\)
Exemple 19.5 — Construire puis contrôler, au lieu de deviner
On cherche une fonction ayant pour asymptotes \(x=-2\) et \(y=3\), et dont la courbe passe par \((0;1)\).
Dans la famille précédente, on choisit \(a=-2\) et \(L=3\) : \[f(x)=3+\frac c{x+2}.\] La condition \(f(0)=1\) devient \(3+c/2=1\). On soustrait \(3\), puis on multiplie par \(2\) : \(c=-4\).
Une réponse est donc \[f(x)=3-\frac4{x+2},\qquad x\ne-2.\] Contrôle : \(f(0)=3-2=1\) ; aux infinis, \(f\to3\) ; en \(-2^-\), le quotient \(-4/(x+2)\) tend vers \(+\infty\) ; en \(-2^+\), il tend vers \(-\infty\).
Cette construction répond au cahier des charges. Elle ne prétend pas que toute fonction ayant ces asymptotes appartient à cette famille.
Entraînement autonome
À toi 19.3 — D’une formule aux limites, puis à la position des branches
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On considère \(h(x)=1-2/(x+1)\).
Détermine son domaine et ses quatre limites aux bornes du domaine.
Donne les asymptotes et la position de chaque branche par rapport à l’asymptote horizontale.
Calcule \(h(0)\), puis construis un croquis cohérent avec toutes ces informations. Il ne s’agit pas d’une courbe au millimètre.
Si l’on souhaite ajouter des flèches de variations, quelles informations faut-il encore établir ?
Correction expliquée.
1. Le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{-1\}\). Aux infinis, \(-2/(x+1)\to0\), donc \(h(x)\to1\) des deux côtés.
En \(-1^-\), \(x+1\to0^-\), donc \(-2/(x+1)\to+\infty\) et \(h(x)\to+\infty\). En \(-1^+\), le dénominateur tend vers \(0^+\), donc \(h(x)\to-\infty\).
2. Les asymptotes sont \(x=-1\) et \(y=1\). L’écart \(h(x)-1=-2/(x+1)\) est positif pour \(x<-1\), négatif pour \(x>-1\). La branche gauche est au-dessus de \(y=1\), la branche droite au-dessous ; aucune ne coupe cette droite.
3. \(h(0)=1-2=-1\). Le croquis doit montrer deux branches disjointes, la gauche proche de \(y=1\) par-dessus très à gauche et allant vers \(+\infty\) près de \(-1\), la droite venant de \(-\infty\) près de \(-1\), passant par \((0;-1)\) et se rapprochant de \(y=1\) par-dessous.
4. Les limites ne suffisent pas à établir les variations. Ici, on peut utiliser le rappel de dérivation : \(h'(x)=2/(x+1)^2>0\) sur chaque intervalle du domaine. Les deux branches sont donc strictement croissantes sur leurs intervalles respectifs.
À toi 19.4 — Une fonction imposée par trois informations
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Construis une fonction de la forme \(L+c/(x-a)\) qui admette les asymptotes \(x=2\) et \(y=-1\), et vérifie \(f(3)=4\). Donne ensuite ses limites en \(2^-\) et \(2^+\).
Correction expliquée.
Les asymptotes conduisent à \(a=2\) et \(L=-1\). La condition \(f(3)=4\) donne \[-1+\frac c{3-2}=4, \quad\text{donc}\quad c=5.\] On obtient \(f(x)=-1+5/(x-2)\) pour \(x\ne2\).
En \(2^-\), le quotient \(5/(x-2)\) tend vers \(-\infty\), donc \(f(x)\to-\infty\). En \(2^+\), il tend vers \(+\infty\), donc \(f(x)\to+\infty\). Le contrôle \(f(3)=-1+5=4\) confirme la condition ponctuelle.
Réparer une confusion entre valeur et limite
À toi 19.5 — La limite n’est pas un point situé au bout du tableau
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie conclut de \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=2\) que « \(f(+\infty)=2\), donc la courbe finit au point \((+\infty;2)\) ». Corrige cette phrase, puis donne un exemple de fonction qui tend vers \(2\) sans jamais prendre la valeur \(2\).
Correction expliquée.
La première erreur est de traiter \(+\infty\) comme une abscisse réelle du domaine. Il n’existe pas de point du plan de coordonnées \((+\infty;2)\).
Règle : une limite à l’infini décrit ce qui arrive lorsque les abscisses deviennent aussi grandes que l’on veut ; ce n’est pas une évaluation de la fonction en un nouvel élément du domaine.
Exemple simple : sur \(]0;+\infty[\), \(f(x)=2+1/x\) tend vers \(2\), mais \(f(x)>2\) pour tout \(x>0\).
Nouvel essai : la fonction \(g(x)=2-3/(x+1)\) sur \([0;+\infty[\) tend aussi vers \(2\), mais reste strictement sous \(2\) puisque \(3/(x+1)>0\).
Retour au tableau de l’homographie : ses deux « \(2\) » aux extrémités expriment des limites. L’équation \(2+3/(x-1)=2\) n’a aucune solution dans le domaine, car elle imposerait \(3/(x-1)=0\).
À toi 19.6 — Reprise différée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(f(x)=-2+6/(x-3)\), donne le domaine, les asymptotes et les signes de \(f(x)+2\).
Une fonction \(g\) est croissante sur \(]0;+\infty[\) et sa limite en \(+\infty\) vaut \(4\). Prouve que \(g(10)\leq4\). Peut-on imposer \(g(10)<4\) sans hypothèse supplémentaire ?
Correction expliquée.
1. Le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{3\}\). Aux deux infinis, \(6/(x-3)\to0\), donc l’asymptote horizontale est \(y=-2\). En \(3^-\) et \(3^+\), les limites sont respectivement \(-\infty\) et \(+\infty\), d’où l’asymptote verticale \(x=3\). L’écart \(f(x)+2=6/(x-3)\) est négatif à gauche et positif à droite de \(3\).
2. Supposons \(g(10)>4\) et posons \(m=(g(10)+4)/2\). Alors \(4<m<g(10)\). Puisque \(g(x)\to4\), on a \(g(x)<m\) pour tout \(x\) suffisamment grand. Mais, comme \(g\) est croissante, pour \(x\geq10\) on a \(g(x)\geq g(10)>m\). Contradiction. Donc \(g(10)\leq4\).
L’inégalité stricte n’est pas forcée : la fonction constante \(g(x)=4\) convient. Une fonction croissante au sens large peut aussi devenir constante à partir d’un certain seuil.
20. Interpréter une limite dans un modèle
Pour démarrer.
Une limite calculée correctement peut encore être mal interprétée. Il faut savoir ce que représente l’entrée, ce que représente l’image, sur quel domaine le modèle est utilisé et dans quelle unité le résultat doit être exprimé. Les situations de cette unité sont des modèles mathématiques simplifiés, non des prévisions expérimentales garanties.
Un diagnostic de lecture
À toi 20.1 — Quel objet est réellement étudié ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un coût total vaut \(C(q)=600+15q\) euros. Le coût moyen par objet est-il \(C(q)\) ou \(C(q)/q\) ?
Un volume \(V(t)\) tend vers \(40\) litres lorsque \(t\to+\infty\). Cela signifie-t-il qu’il vaut exactement \(40\) litres au bout d’un temps fini ?
Un modèle défini pour \(t\geq0\) permet-il automatiquement une interprétation physique de sa formule pour \(t<0\) ?
Une fonction tend vers \(0\) à long terme. Est-elle nécessairement décroissante depuis l’instant initial ?
Correction expliquée.
1. Le coût moyen est \(C(q)/q\) pour \(q>0\) ; il s’exprime en euros par objet. \(C(q)\) est le coût total, en euros.
2. Non. Une limite décrit une proximité aussi grande que souhaitée à long terme, pas nécessairement une valeur atteinte.
3. Non. Une expression peut avoir un domaine algébrique plus grand que son domaine de modélisation. La signification de \(t\) impose ici \(t\geq0\).
4. Non. Une quantité peut d’abord augmenter, puis diminuer et tendre vers \(0\). Nous en étudierons un exemple explicite.
Définition 20.1 — Domaine du modèle et domaine de la formule
Le domaine algébrique rassemble les valeurs pour lesquelles la formule est définie. Le domaine de modélisation rassemble les entrées auxquelles on donne une signification dans la situation étudiée.
Une limite doit être calculée dans une direction accessible depuis le domaine considéré. Son interprétation porte sur la grandeur de sortie et conserve son unité.
Exemple 20.1 — Une formule définie hors du modèle
La formule \(V(t)=40(1-\mathrm{e}^{-t/2})\) est définie pour tout réel \(t\). Si elle décrit le volume d’eau ajouté après le début d’un remplissage, on impose \(t\geq0\). Pour \(t<0\), la formule donne un volume négatif : elle ne représente pas un volume physique dans cette situation.
Dans cette unité, \(t\) désigne le nombre d’heures écoulées. L’argument \(t/2\) de l’exponentielle est un rapport à l’échelle de temps de deux heures : l’argument d’une exponentielle ne porte pas une unité de volume ou de coût.
Méthode — Quatre questions avant la première transformation
Que représente la variable, et quelles valeurs peut-elle prendre ?
Quelle grandeur la fonction représente-t-elle, et dans quelle unité ?
Quelle destination correspond à la question : un instant, un seuil du domaine, le long terme ?
Quel est l’écart utile : \(f(x)\), \(f(x)-L\), un coût moyen, une erreur relative ?
On calcule ensuite la limite, puis on la traduit par une phrase qui ne promet pas plus que le modèle.
Modèle de saturation : se rapprocher d’une capacité
Exemple 20.2 — Un réservoir idéal de quarante litres
On modélise le volume d’eau, en litres, par \[V(t)=40(1-\mathrm{e}^{-t/2}),\qquad t\geq0,\] où \(t\) est le nombre d’heures depuis le début du remplissage.
Situation initiale. \(V(0)=40(1-1)=0\) : le modèle commence avec un volume nul.
Limite à long terme. Lorsque \(t\to+\infty\), \(-t/2\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-t/2}\to0\). Par les opérations sur les limites, \[V(t)\longrightarrow40(1-0)=40.\] Le modèle prévoit que le volume se rapproche de \(40\) litres à long terme. Sur le graphique temps–volume, la droite horizontale d’ordonnée \(40\) est asymptote.
Position par rapport à la capacité. Pour tout temps fini, l’exponentielle est strictement positive : \[40-V(t)=40\mathrm{e}^{-t/2}>0.\] Ainsi \(V(t)<40\) pour tout \(t\geq0\). Le modèle n’atteint jamais exactement la capacité en un temps fini.
Évolution. Si \(0\leq t_1<t_2\), alors \(-t_1/2>-t_2/2\). L’exponentielle étant strictement croissante, \[\mathrm{e}^{-t_1/2}>\mathrm{e}^{-t_2/2}, \quad\text{donc}\quad V(t_1)<V(t_2).\] Le volume augmente. Cette dernière affirmation est justifiée séparément ; elle ne découle pas à elle seule de la limite \(40\).
Lecture de la figure. Le temps est compté en heures et le volume en litres. La courbe part de \((0;0)\), augmente et reste sous la droite d’ordonnée \(40\). L’écart vertical au niveau de saturation est exactement \(40\mathrm{e}^{-t/2}\) ; c’est cet écart qui permet de quantifier la proximité.
Proposition 20.2 — Décrire une proximité durable à un plateau
Dans le modèle précédent, pour toute tolérance \(\varepsilon>0\) exprimée en litres, il existe un temps \(T\) tel que \[t\geq T\quad\Longrightarrow\quad 0<40-V(t)<\varepsilon.\] Statut : conséquence directe de la limite \(V(t)\to40\), avec la position sous le plateau déjà établie.
Démonstration.
La définition de la limite finie donne \(|V(t)-40|<\varepsilon\) pour tout \(t\) assez grand. Comme \(V(t)<40\), cette valeur absolue vaut \(40-V(t)\), d’où l’inégalité annoncée.
\(\square\)
Exemple 20.3 — Garantir une erreur inférieure à un litre sans chercher le meilleur temps
On veut garantir \(40-V(t)<1\) litre pour tout \(t\) au-delà d’un certain seuil.
Le lemme exponentiel \(\mathrm{e}^s\geq1+s\) pour \(s\geq0\) donne \(\mathrm{e}\geq2\), donc \(\mathrm{e}^6\geq2^6=64\). Pour \(t\geq12\), on a \(t/2\geq6\) et, par croissance de l’exponentielle, \[40-V(t)=\frac{40}{\mathrm{e}^{t/2}} \leq\frac{40}{\mathrm{e}^6} \leq\frac{40}{64} =\frac58<1.\] Le seuil de douze heures est donc garanti. Ce n’est pas nécessairement le premier instant où l’écart passe sous un litre. Une estimation suffisante et un seuil optimal sont deux objectifs distincts.
Le logarithme permettrait d’exprimer un seuil exact, mais il n’est pas nécessaire à cette preuve ni à l’objectif de cette unité.
Coût total et coût moyen : deux limites différentes
Exemple 20.4 — Répartir un coût fixe
Une fabrication est modélisée par le coût total \[C(q)=600+15q,\] en euros, où \(q\) est la quantité fabriquée. Le terme \(600\) représente un coût fixe et \(15q\) un coût proportionnel.
Pour \(q>0\), le coût moyen par objet est \[M(q)=\frac{C(q)}q =\frac{600+15q}{q} =\frac{600}{q}+15.\] Lorsque \(q\to+\infty\), \(600/q\to0\), donc \(M(q)\to15\) euros par objet. Le coût fixe réparti par objet devient aussi petit que l’on veut dans le modèle.
En revanche, \(C(q)=600+15q\to+\infty\) : le coût total ne tend pas vers \(15\). Il continue d’augmenter avec la quantité produite.
Pour chaque quantité finie positive, \(M(q)-15=600/q>0\). Le coût moyen reste donc strictement supérieur à \(15\) euros par objet ; il s’en rapproche par valeurs supérieures.
À toi 20.2 — Transformer une tolérance en quantité minimale
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Avec \(M(q)=15+600/q\) et \(q>0\) :
Résous \(M(q)<15{,}50\).
Si la quantité est un nombre entier d’objets, donne la plus petite quantité qui convient.
Compare avec la condition \(M(q)\leq15{,}50\).
Correction expliquée.
1. En soustrayant \(15\), \[15+\frac{600}{q}<15{,}50 \quad\Longleftrightarrow\quad \frac{600}{q}<0{,}50.\] Comme \(q>0\), multiplier par \(q\) conserve l’inégalité : \[600<0{,}50q \quad\Longleftrightarrow\quad q>1200.\] 2. La plus petite quantité entière est \(1201\) objets. Pour \(1200\) objets, le coût moyen vaut exactement \(15{,}50\) euros, ce qui ne satisfait pas une inégalité stricte.
3. Avec \(M(q)\leq15{,}50\), on obtient \(q\geq1200\) ; la quantité minimale devient \(1200\) objets. Le symbole de l’inégalité a donc un effet concret.
Exemple 20.5 — Une limite algébrique qui demande une interprétation prudente
Si l’on considère \(M(q)=15+600/q\) comme une fonction d’une variable réelle positive, alors \[\lim_{q\to0^+}M(q)=+\infty.\] Le coût fixe par unité devient très grand lorsque la quantité réelle modélisée devient très petite.
Si l’on fabrique des objets indivisibles, les quantités autorisées sont les entiers positifs : on ne peut pas fabriquer \(0{,}01\) objet. La limite en \(0^+\) appartient alors au prolongement réel du modèle, et non à une succession de productions entières réellement accessibles. Il faut annoncer cette distinction, pas la masquer.
Un effet transitoire qui finit par s’effacer
Exemple 20.6 — Tendre vers zéro ne signifie pas diminuer depuis le début
On modélise l’intensité d’un effet transitoire par \[E(t)=t^2\mathrm{e}^{-t}=\frac{t^2}{\mathrm{e}^t},\qquad t\geq0,\] dans une unité d’intensité choisie ; \(t\) est le temps rapporté à une unité de référence.
Le théorème de croissance comparée pour la puissance entière \(2\) donne \[\lim_{t\to+\infty}E(t)=0.\] Pourtant, \(E(0)=0\) et \(E(1)=\mathrm{e}^{-1}>0\). L’intensité n’est donc pas décroissante dès le départ.
Pour justifier le profil de la figure, on utilise seulement les règles de dérivation déjà connues : \[E'(t)=2t\mathrm{e}^{-t}-t^2\mathrm{e}^{-t} =t\mathrm{e}^{-t}(2-t).\] Sur \(]0;+\infty[\), \(t\) et \(\mathrm{e}^{-t}\) sont positifs. Le signe de \(E'(t)\) est donc celui de \(2-t\). L’effet augmente jusqu’à \(t=2\), puis diminue ; son maximum vaut \(E(2)=4/\mathrm{e}^2\).
Ce calcul des variations sert à distinguer le comportement initial de la limite à long terme. La limite nulle avait été obtenue indépendamment, par croissance comparée.
Lecture de la figure. La courbe représente \(t^2\mathrm{e}^{-t}\) pour \(t\geq0\). Elle part de zéro, atteint son maximum en \(t=2\), puis se rapproche de zéro sans redevenir nulle à temps fini. Le symbole \(t\) désigne un temps exprimé dans l’unité de référence du modèle.
À toi 20.3 — Changer l’échelle de temps
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une autre intensité est modélisée par \(R(t)=t^3\mathrm{e}^{-2t}\) pour \(t\geq0\). Détermine sa limite à long terme en écrivant le changement de variable complet. La limite suffit-elle à donner l’instant du maximum ?
Correction expliquée.
Posons \(s=2t\). Lorsque \(t\to+\infty\), \(s\to+\infty\) et \(t=s/2\). Ainsi \[R(t)=\left(\frac s2\right)^3\mathrm{e}^{-s} =\frac18\frac{s^3}{\mathrm{e}^s}\longrightarrow0.\] L’effet s’éteint progressivement selon le modèle. La limite ne donne pas l’instant du maximum : cet instant concerne les variations sur le domaine, pas seulement les valeurs à long terme. Il faudrait une autre étude pour le déterminer.
Interpréter une asymptote sans surinterpréter le réel
Piège — Ce que la limite ne garantit pas
Une limite calculée dans un modèle ne prouve pas que le phénomène réel restera décrit par la même formule pour une durée illimitée. Une capacité peut changer, une ressource peut manquer, un dispositif peut s’arrêter.
La phrase correcte est donc : « Selon ce modèle, la grandeur se rapproche de… ». Elle ne transforme pas une propriété mathématique en certitude expérimentale.
De même, un plateau n’indique à lui seul ni une vitesse de rapprochement ni un instant d’atteinte. Il faut étudier un écart pour quantifier la proximité.
À toi 20.4 — Deux modèles ayant la même limite
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(t\geq0\), comparons les deux modèles \[P(t)=20-\frac6{t+1},\qquad Q(t)=20-6\mathrm{e}^{-t}.\]
Donne leur valeur initiale, leur limite et leur position par rapport à \(20\).
Ces informations suffisent-elles à dire qu’ils donnent la même valeur à chaque instant ?
Compare leurs écarts à \(20\) pour \(t\geq0\) à l’aide de \(\mathrm{e}^t\geq1+t\).
Correction expliquée.
1. \(P(0)=Q(0)=14\). À long terme, \(6/(t+1)\to0\) et \(6\mathrm{e}^{-t}\to0\), donc les deux limites valent \(20\). Pour chaque \(t\geq0\), les deux écarts retranchés sont positifs : \(P(t)<20\) et \(Q(t)<20\).
2. Non. Une même valeur initiale et une même limite ne déterminent pas toute la fonction. Par exemple \(P(1)=17\), tandis que \(Q(1)=20-6/\mathrm{e}\), qui est différent de \(17\) puisque \(\mathrm{e}>2\).
3. Les nombres \(\mathrm{e}^t\) et \(1+t\) sont positifs. En inversant la minoration, on obtient \[\mathrm{e}^{-t}\leq\frac1{1+t}.\] En multipliant par \(6\), \[20-Q(t)=6\mathrm{e}^{-t}\leq\frac6{1+t}=20-P(t).\] Le modèle \(Q\) reste donc au moins aussi proche du plateau que \(P\) à chaque instant considéré. Cette conclusion est plus précise que la seule égalité de leurs limites.
Réparer une confusion sur la grandeur de sortie
À toi 20.5 — Le coût fixe ne disparaît pas du coût total
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie écrit : « Quand la production devient grande, les \(600\) euros sont négligeables, donc \(C(q)=600+15q\) tend vers \(15\). » Identifie l’erreur, répare le raisonnement, puis applique la distinction à \(K(q)=250+8q\).
Correction expliquée.
La copie confond le coût total avec le coût moyen. Le terme \(600\) ne disparaît pas de l’égalité \(C(q)=600+15q\) ; c’est son quotient par la quantité qui tend vers zéro.
Règle : écrire d’abord la grandeur demandée. Le coût moyen par objet vaut \(C(q)/q\) et n’a pas la même unité que le coût total.
Exemple plus simple : si le coût total est \(10q\), il tend vers \(+\infty\) lorsque \(q\to+\infty\), mais le coût moyen vaut exactement \(10\) pour tout \(q>0\).
Nouvel essai : \(K(q)=250+8q\to+\infty\), tandis que \[\frac{K(q)}q=\frac{250}{q}+8\longrightarrow8.\] Le coût total est en euros ; le coût moyen tend vers \(8\) euros par objet. Reviens au modèle \(600+15q\) et formule les deux conclusions avec leurs deux unités.
À toi 20.6 — Reprise différée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un volume, en litres, est modélisé par \(W(t)=25-4\mathrm{e}^{-t/3}\) pour \(t\geq0\), en heures. Donne sa limite et décide si \(25\) litres sont atteints à temps fini.
Un coût total est \(A(q)=900+6q\) euros. Trouve la limite du coût moyen et la plus petite quantité entière assurant un coût moyen strictement inférieur à \(6{,}75\) euros par objet.
Un signal est \(S(t)=2+t^4\mathrm{e}^{-t/2}\) pour \(t\geq0\). Quelle est sa limite ? L’effet transitoire peut-il être identifié dans la formule ?
Correction expliquée.
1. Lorsque \(t\to+\infty\), \(-t/3\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-t/3}\to0\). Ainsi \(W(t)\to25\) litres. Pour chaque temps fini, \(25-W(t)=4\mathrm{e}^{-t/3}>0\) : le volume reste strictement inférieur à \(25\) litres.
2. Pour \(q>0\), \(A(q)/q=6+900/q\to6\) euros par objet. L’inégalité demandée devient \[6+\frac{900}{q}<6{,}75 \quad\Longleftrightarrow\quad 900<0{,}75q \quad\Longleftrightarrow\quad q>1200.\] La plus petite quantité entière est donc \(1201\) objets.
3. Posons \(u=t/2\), donc \(t=2u\) et \(u\to+\infty\). Alors \[t^4\mathrm{e}^{-t/2}=16\frac{u^4}{\mathrm{e}^u}\longrightarrow0.\] Ainsi \(S(t)\to2\). Le terme \(t^4\mathrm{e}^{-t/2}\) est l’effet transitoire qui s’efface ; la constante \(2\) est le niveau de fond qui subsiste à long terme.
21. Adapter la méthode lorsqu’un paramètre intervient
Pour démarrer.
Cette unité approfondit des méthodes du chapitre, sans introduire une nouvelle théorie. Un paramètre, souvent noté \(a\) ou \(m\), est un réel fixé pendant que \(x\) varie. Il faut repérer les valeurs pour lesquelles un coefficient dominant ou un dénominateur s’annule.
Définition 21.1 — Famille de fonctions et paramètre
Une écriture comme \(f_a(x)=ax^2+x\) décrit une famille de fonctions : à chaque réel \(a\) correspond une fonction \(f_a\). Étudier \(\lim_{x\to+\infty}f_a(x)\) signifie fixer d’abord \(a\), puis faire tendre \(x\) vers \(+\infty\).
Exemple 21.1 — Le paramètre n’est pas une seconde variable qui tend vers l’infini
Pour \(a=2\), la fonction est \(f_2(x)=2x^2+x\) ; pour \(a=0\), elle est \(f_0(x)=x\) ; pour \(a=-1\), elle est \(f_{-1}(x)=-x^2+x\). On ne peut pas dire « \(a\) devient négligeable » : \(a\) reste fixé. En revanche, \(a/x\to0\) pour tout réel fixé \(a\).
À toi 21.1 — Repérer la valeur exceptionnelle
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(P_a(x)=(a-1)x^2+2x-3\), à quelle condition le terme de degré \(2\) disparaît-il ? Quelle expression reste-t-il alors ?
Correction expliquée.
Le terme de degré \(2\) disparaît si \(a-1=0\), c’est-à-dire \(a=1\). Dans ce cas, \(P_1(x)=2x-3\). On doit étudier cette expression réelle, et non remplacer \(a-1\) par \(0\) dans une règle de signe supposant le coefficient dominant non nul.
Méthode — Découper les cas à partir du calcul
Faire apparaître le coefficient qui gouverne le comportement, ou la limite du dénominateur.
Chercher les valeurs du paramètre qui annulent ce coefficient ou cette limite.
Traiter séparément ces valeurs avant de diviser ou d’appliquer une règle nécessitant un nombre non nul.
Dans les autres cas, distinguer les signes lorsque la limite est infinie.
Conclure avec des cas disjoints qui couvrent toutes les valeurs permises du paramètre.
Une baisse de degré change parfois toute la conclusion
Exemple 21.2 — Le coefficient du plus haut degré peut s’annuler
Déterminer les limites de \(P_a(x)=(a-1)x^2+2x-3\) en \(+\infty\) et en \(-\infty\).
Pour \(x\ne0\), \[P_a(x)=x^2\left(a-1+\frac2x-\frac3{x^2}\right).\] Aux deux infinis, \(x^2\to+\infty\) et la parenthèse tend vers \(a-1\).
Si \(a>1\), cette limite est strictement positive. La parenthèse est donc positive et éloignée de \(0\) pour \(|x|\) assez grand ; le produit tend vers \(+\infty\) aux deux infinis.
Si \(a<1\), la limite de la parenthèse est strictement négative. Le produit tend vers \(-\infty\) aux deux infinis.
Si \(a=1\), la factorisation présente un produit de type \(+\infty\times0\), donc elle ne donne pas la réponse. On revient à \(P_1(x)=2x-3\) : cette fonction tend vers \(+\infty\) en \(+\infty\) et vers \(-\infty\) en \(-\infty\).
| Valeur du paramètre | \(a<1\) | \(a=1\) | \(a>1\) |
|---|---|---|---|
| Limite en \(+\infty\) | \(-\infty\) | \(+\infty\) | \(+\infty\) |
| Limite en \(-\infty\) | \(-\infty\) | \(-\infty\) | \(+\infty\) |
Les deux lignes différentes pour \(a=1\) viennent du degré \(1\) et de son coefficient positif.
Exemple 21.3 — Un coefficient nul ne crée pas toujours un obstacle
Soit \(Q_a(x)=\dfrac{(a-2)x^2+3x+1}{x^2+x+1}\). Déterminer sa limite en \(+\infty\).
Le dénominateur est toujours positif, car \(x^2+x+1=(x+1/2)^2+3/4>0\). Pour \(x\ne0\), diviser numérateur et dénominateur par \(x^2\) donne \[Q_a(x)=\frac{a-2+3/x+1/x^2}{1+1/x+1/x^2}.\] Le numérateur tend vers \(a-2\) et le dénominateur vers \(1\ne0\). Le théorème du quotient donne donc, pour tout réel fixé \(a\), \[\lim_{x\to+\infty}Q_a(x)=a-2.\] Pour \(a=2\), le résultat vaut \(0\) et reste parfaitement justifié. Ce n’est pas l’annulation de n’importe quel coefficient qui impose une nouvelle méthode : c’est l’échec d’une condition du raisonnement.
Au voisinage d’un point, commencer par le numérateur
Exemple 21.4 — La valeur qui rend une limite finie possible
Pour \(x\ne1\), on pose \(F_a(x)=\dfrac{x^2-a}{x-1}\). Étudier ses limites en \(1\) selon \(a\).
Le numérateur tend vers \(1-a\). Trois cas sont nécessaires.
Si \(a=1\), pour \(x\ne1\), \[F_1(x)=\frac{x^2-1}{x-1}=\frac{(x-1)(x+1)}{x-1}=x+1\longrightarrow2.\] Les limites gauche et droite sont donc toutes deux \(2\).
Si \(a<1\), le numérateur tend vers \(1-a>0\) ; il est donc positif au voisinage de \(1\). À droite, \(x-1\to0^+\), donc \(F_a(x)\to+\infty\). À gauche, \(x-1\to0^-\), donc \(F_a(x)\to-\infty\).
Si \(a>1\), le numérateur tend vers \(1-a<0\) ; il est négatif au voisinage de \(1\). À droite, le quotient tend vers \(-\infty\) et, à gauche, vers \(+\infty\).
| Valeur du paramètre | \(a<1\) | \(a=1\) | \(a>1\) |
|---|---|---|---|
| Limite à gauche de \(1\) | \(-\infty\) | \(2\) | \(+\infty\) |
| Limite à droite de \(1\) | \(+\infty\) | \(2\) | \(-\infty\) |
La seule valeur donnant une limite commune est \(a=1\), et cette limite est finie. Pour \(a\ne1\), la droite \(x=1\) est une asymptote verticale, mais il n’existe pas de limite bilatérale commune.
Proposition 21.2 — Condition nécessaire pour une limite finie de ce type
Supposons \(u(x)\to L\) et \(v(x)\to0\) lorsque \(x\to b\), avec \(v(x)\ne0\) au voisinage considéré. Si \(u(x)/v(x)\) possède une limite finie, alors nécessairement \(L=0\).
Démonstration.
Notons \(q(x)=u(x)/v(x)\). Si \(q(x)\to\ell\in\mathbb{R}\), l’égalité \(u(x)=q(x)v(x)\) et la règle du produit donnent \(u(x)\to\ell\times0=0\). Par unicité de la limite, \(L=0\).
\(\square\)
Piège — Nécessaire ne signifie pas suffisant
Annuler la limite du numérateur est une condition nécessaire dans la proposition précédente, mais ne prouve pas l’existence d’une limite finie. En \(x\to0^+\), \(x/x^2=1/x\to+\infty\), alors que le numérateur et le dénominateur tendent tous deux vers \(0\). Après avoir trouvé la valeur candidate du paramètre, il reste un vrai calcul à effectuer.
Le signe d’un coefficient devant une croissance rapide
Exemple 21.5 — Exponentielle et cas où elle disparaît
Déterminer \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}(a\mathrm{e}^x-x)\) selon \(a\).
Pour tout réel \(x\), \(\mathrm{e}^x>0\) et \[a\mathrm{e}^x-x=\mathrm{e}^x\left(a-\frac{x}{\mathrm{e}^x}\right).\] On utilise la croissance comparée \(x/\mathrm{e}^x\to0\). La parenthèse tend donc vers \(a\), tandis que \(\mathrm{e}^x\to+\infty\).
Si \(a>0\), le produit tend vers \(+\infty\). Si \(a<0\), il tend vers \(-\infty\). Si \(a=0\), la fonction initiale vaut exactement \(-x\) et tend aussi vers \(-\infty\).
Ainsi la limite vaut \(+\infty\) pour \(a>0\) et \(-\infty\) pour \(a\leqslant0\). Le regroupement de la conclusion ne dispense pas d’avoir justifié le cas frontière \(a=0\).
Exemple 21.6 — Un paramètre qui n’affecte pas la limite
Soit \(a\in\mathbb{R}\) fixé. Étudier \(R_a(x)=\sqrt{x^2+a}/x\) aux deux infinis.
Domaine près des infinis. Dès que \(|x|>\sqrt{|a|}+1\), on a \(x^2>|a|\), donc \(x^2+a>0\) et \(x\ne0\). Les deux approches sont possibles, même si le domaine complet dépend de \(a\).
Pour de tels \(x\), \[R_a(x)=\frac{\sqrt{x^2(1+a/x^2)}}x =\frac{|x|}{x}\sqrt{1+\frac a{x^2}}.\] Comme \(a\) est fixé, \(a/x^2\to0\) aux deux infinis et la racine tend vers \(1\). En \(+\infty\), \(|x|/x=1\), donc \(R_a(x)\to1\). En \(-\infty\), \(|x|/x=-1\), donc \(R_a(x)\to-1\).
Le paramètre change éventuellement le domaine près de l’origine, mais il ne change pas ici les limites aux infinis.
Essais progressifs
À toi 21.2 — Essai guidé : examiner la valeur frontière
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Déterminer la limite de \(G_m(x)=(m+2)x^2-3x+1\) en \(+\infty\). Chercher d’abord la valeur de \(m\) qui annule le coefficient de \(x^2\).
Correction expliquée.
Le coefficient s’annule pour \(m=-2\). Si \(m>-2\), la factorisation \(x^2(m+2-3/x+1/x^2)\) donne un produit d’une quantité tendant vers \(+\infty\) et d’une quantité tendant vers un réel positif ; la limite est \(+\infty\). Si \(m<-2\), la parenthèse a une limite négative ; le produit tend vers \(-\infty\). Si \(m=-2\), \(G_{-2}(x)=-3x+1\to-\infty\). Conclusion : \(+\infty\) pour \(m>-2\), \(-\infty\) pour \(m\leqslant-2\).
À toi 21.3 — Chercher les cas sans les recevoir
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour quelle valeur de \(m\) la fonction \(H_m(x)=(x^2-m)/(x-2)\) possède-t-elle une limite finie en \(2\) ? Déterminer ensuite les limites latérales pour les autres valeurs.
Déterminer \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\dfrac{mx+1}{x+2}\) pour tout réel fixé \(m\). Faut-il exclure \(m=0\) ?
Correction expliquée.
1. Le dénominateur tend vers \(0\), le numérateur vers \(4-m\). Une limite finie nécessite donc \(m=4\). Pour cette valeur, \[\frac{x^2-4}{x-2}=\frac{(x-2)(x+2)}{x-2}=x+2\longrightarrow4\quad(x\ne2).\] Le candidat est donc bien valable. Si \(m<4\), le numérateur est positif près de \(2\) : les limites gauche et droite sont respectivement \(-\infty\) et \(+\infty\). Si \(m>4\), le numérateur est négatif près de \(2\) : elles sont respectivement \(+\infty\) et \(-\infty\).
2. Pour \(x\ne0\) et \(x\ne-2\), \[\frac{mx+1}{x+2}=\frac{m+1/x}{1+2/x}\longrightarrow\frac m1=m.\] Le dénominateur transformé tend vers \(1\ne0\), donc la règle vaut pour tout \(m\), y compris \(0\). Aucune division par \(m\) n’a été effectuée.
Remédiation : ne pas diviser avant de séparer les cas
Un élève transforme \(x/(ax+1)\) en \(\dfrac1a\dfrac1{1+1/(ax)}\) puis conclut \(1/a\) « pour tout \(a\) ». Le premier geste a déjà introduit la condition \(a\ne0\). La conclusion ne peut donc pas inclure \(a=0\).
Exemple 21.7 — Une écriture qui garde le cas nul visible
Pour \(x\ne0\) et \(ax+1\ne0\), \[\frac{x}{ax+1}=\frac1{a+1/x}.\] En \(+\infty\), si \(a\ne0\), le dénominateur tend vers \(a\ne0\) et la limite est \(1/a\). Si \(a=0\), l’expression initiale vaut \(x\), donc sa limite est \(+\infty\). Pour un \(a\) fixé non nul, l’éventuel point interdit \(-1/a\) est un réel fixe et ne gêne pas l’étude en \(+\infty\).
À toi 21.4 — Nouvel essai après réparation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calculer \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\dfrac{2x}{bx+3}\) selon le réel fixé \(b\), puis revenir à l’essai autonome en vérifiant toutes les divisions.
Correction expliquée.
Pour \(x\ne0\), le quotient vaut \(2/(b+3/x)\) lorsque son dénominateur est non nul. Si \(b\ne0\), la limite est \(2/b\). Si \(b=0\), le quotient initial vaut \(2x/3\), dont la limite est \(+\infty\). Le nombre \(2/b\) n’a pas de sens pour \(b=0\) : cette valeur doit rester un cas distinct.
Correction expliquée.
La factorisation \(x^2(c-3-1/x)\) donne \(+\infty\) si \(c>3\), \(-\infty\) si \(c<3\). Pour \(c=3\), l’expression vaut \(-x\to-\infty\). Dans le second problème, le numérateur tend vers \(1-c\) et le dénominateur vers \(0\) : une limite finie impose \(c=1\). Alors, pour \(x\ne-1\), \((x^2-1)/(x+1)=x-1\to-2\).
22. Trouver un seuil et utiliser le numérique avec discernement
Pour démarrer.
Une calculatrice ou un logiciel aide à explorer et à contrôler une réponse. Une limite concerne pourtant une infinité de valeurs et une condition qui doit rester vraie au-delà d’un seuil ou assez près d’un point. Cette unité transforme ce sens en calculs concrets. Elle peut être travaillée entièrement sur papier.
À toi 22.1 — Ce qu’un tableau permet de conclure
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On calcule \(f(10)=2{,}1\), \(f(100)=2{,}01\) et \(f(1\,000)=2{,}001\). Peut-on en déduire avec certitude que \(f(x)\to2\) en \(+\infty\) ? Que peut-on dire honnêtement ?
Correction expliquée.
Ces trois valeurs suggèrent une convergence vers \(2\), mais elles ne disent rien de certain sur toutes les autres valeurs de \(x\), notamment au-delà de \(1\,000\). On peut formuler une conjecture, puis rechercher une expression de \(f\), une majoration de \(|f(x)-2|\) ou un théorème qui la prouve. Une liste finie de valeurs ne vérifie pas une condition portant sur tous les \(x\) assez grands.
Un écart, une précision, un seuil
Définition 22.1 — Erreur absolue par rapport à une limite proposée
Si l’on compare \(f(x)\) à un réel \(\ell\), l’erreur absolue est le nombre \(|f(x)-\ell|\). Garantir une précision \(\varepsilon>0\) signifie ici imposer \(|f(x)-\ell|<\varepsilon\).
Définition 22.2 — Seuil garantissant une précision à l’infini
Un réel \(A\) garantit la précision \(\varepsilon\) à l’approche de \(+\infty\) si, pour tout \(x\) du domaine tel que \(x>A\), on a \(|f(x)-\ell|<\varepsilon\). C’est une garantie pour tous les \(x\) au-delà du seuil, pas seulement pour une valeur testée.
Exemple 22.1 — Calculer un seuil exact
On étudie \(f(x)=3+\dfrac2{x+1}\) pour \(x\geqslant0\). Sa limite en \(+\infty\) est \(3\). À partir de quand l’erreur est-elle strictement inférieure à \(0{,}02\) ?
Premier geste. On calcule l’écart plutôt que de résoudre une inégalité sur toute la fonction : \[|f(x)-3|=\left|\frac2{x+1}\right|=\frac2{x+1},\] car \(x+1>0\). Comme \(0{,}02=1/50\), on a les équivalences \[\begin{align*} |f(x)-3|<0{,}02 &\iff \frac2{x+1}<\frac1{50}\\ &\iff 100<x+1\qquad\text{(multiplication par $50(x+1)>0$)}\\ &\iff x>99. \end{align*}\] Le seuil réel \(A=99\) convient donc dans la formulation « pour tout \(x>A\) ». Si l’on veut un entier \(N\) tel que la précision soit garantie pour tout \(x\geqslant N\), le plus petit est \(N=100\). À \(x=99\), l’erreur vaut exactement \(0{,}02\) : l’inégalité stricte n’est pas satisfaite.
Proposition 22.3 — Une garantie pour toute précision
Pour \(f(x)=3+2/(x+1)\) sur \([0;+\infty[\) et tout \(\varepsilon>0\), on a \[|f(x)-3|<\varepsilon\quad\Longleftrightarrow\quad x>\frac2\varepsilon-1.\] En particulier \(A=\max(0,2/\varepsilon-1)\) est un seuil admissible pour la définition de la limite en \(+\infty\).
Démonstration.
Pour \(x\geqslant0\), l’erreur vaut \(2/(x+1)\). Multiplier \(2/(x+1)<\varepsilon\) par \(x+1>0\), puis diviser par \(\varepsilon>0\), donne successivement \(2<\varepsilon(x+1)\), \(2/\varepsilon<x+1\), puis \(x>2/\varepsilon-1\). Toutes les étapes sont réversibles. Si \(x>A\), cette dernière condition est satisfaite. Comme on peut donner un tel \(A\) pour toute précision positive, la définition de la limite \(3\) est vérifiée.
\(\square\)
Piège — Seuil valable et meilleur seuil sont deux questions différentes
Pour la précision \(0{,}02\) précédente, \(A=200\) est aussi un seuil valable, mais il n’est pas optimal. Pour prouver une limite, il suffit de produire un seuil qui marche ; il n’est pas nécessaire de trouver systématiquement le plus petit. Si l’énoncé demande le plus petit entier, en revanche, la frontière et le caractère strict doivent être examinés.
Garantir le dépassement d’un niveau
Exemple 22.2 — Une preuve de limite infinie par majoration du seuil
Montrer que \(g(x)=x^2-x\) tend vers \(+\infty\) en donnant un seuil pour dépasser un niveau \(M>0\).
Pour \(x\geqslant2\), on a \(1/x\leqslant1/2\), donc \[g(x)=x^2\left(1-\frac1x\right)\geqslant\frac{x^2}{2}.\] Si, en outre, \(x>\sqrt{2M}\), alors \(x^2/2>M\). Ainsi, pour tout \[x>\max\bigl(2,\sqrt{2M}\bigr),\qquad g(x)>M.\] Tout niveau positif peut donc être dépassé définitivement. Les niveaux négatifs le sont aussi, puisque dépasser un niveau positif suffit à les dépasser. Cela démontre \(g(x)\to+\infty\).
Pour \(M=100\), le seuil \(\max(2,\sqrt{200})=10\sqrt2\) convient. Le seuil entier \(15\) convient également, sans être le plus petit possible. Le raisonnement porte sur toutes les valeurs au-delà du seuil choisi.
Lire un tableau près d’un point
Exemple 22.3 — Deux côtés et une valeur interdite
Pour \(x\ne1\), on pose \(q(x)=(x^2-1)/(x-1)\).
| \(x\) | \(0{,}9\) | \(0{,}99\) | \(1{,}01\) | \(1{,}1\) |
|---|---|---|---|---|
| \(q(x)\) | \(1{,}9\) | \(1{,}99\) | \(2{,}01\) | \(2{,}1\) |
Les deux côtés suggèrent une limite \(2\). Mais le tableau seul n’est pas la preuve. Pour \(x\ne1\), \[q(x)=\frac{(x-1)(x+1)}{x-1}=x+1\longrightarrow2.\] La simplification fournit la justification exacte et conserve l’exclusion de \(x=1\). Obtenir une erreur de calcul en entrant exactement \(1\) dans l’expression initiale n’invalide donc pas sa limite.
Exemple 22.4 — Même trois valeurs parfaites ne constituent pas une preuve
Considérons \(h(x)=2+(x-1)(x-2)(x-3)\). On trouve exactement \(h(1)=h(2)=h(3)=2\) : dans chaque cas, l’un des facteurs est nul.
Cependant, pour \(x\to+\infty\), chacun des trois facteurs tend vers \(+\infty\). Leur produit tend vers \(+\infty\), donc \(h(x)\to+\infty\). Des valeurs qui semblent même parfaitement stabilisées sur un échantillon ne disent pas ce qui arrivera ensuite.
Quand une formule exacte devient un mauvais calcul approché
Exemple 22.5 — Soustraire deux grands nombres presque égaux
On cherche \(r(x)=\sqrt{x^2+1}-x\) pour de grands \(x>0\). Le numérateur apparent est une différence de deux grands nombres très proches. Avec une précision finie, les deux valeurs calculées peuvent être arrondies au même nombre : leur différence affichée devient alors \(0\).
L’expression exacte ne vaut pourtant jamais \(0\). Pour \(x>0\), \(x^2+1>x^2\), donc \(\sqrt{x^2+1}>x\) et \(r(x)>0\).
La conjuguée évite la soustraction délicate. Comme \(\sqrt{x^2+1}+x>0\), \[\begin{align*} r(x)&=\frac{(\sqrt{x^2+1}-x)(\sqrt{x^2+1}+x)}{\sqrt{x^2+1}+x}\\ &=\frac{x^2+1-x^2}{\sqrt{x^2+1}+x} =\frac1{\sqrt{x^2+1}+x}. \end{align*}\] Le dénominateur tend vers \(+\infty\), donc \(r(x)\to0\). Cette écriture est aussi numériquement préférable : pour \(x=10^8\), elle donne une valeur voisine de \(5\times10^{-9}\), sans soustraire deux nombres voisins de \(10^8\).
La transformation a donc deux utilités différentes : prouver la limite et mieux calculer une valeur approchée. La preuve ne dépend pas de l’affichage obtenu sur une machine particulière.
Exemple 22.6 — Éviter de calculer une exponentielle gigantesque
Pour \(s(x)=\dfrac{\mathrm{e}^x}{1+\mathrm{e}^x}\), le calcul direct de \(\mathrm{e}^x\) peut dépasser la capacité d’une machine lorsque \(x\) est grand. Pourtant la fonction reste bien définie, entre \(0\) et \(1\).
Diviser numérateur et dénominateur par \(\mathrm{e}^x>0\) donne \[s(x)=\frac1{\mathrm{e}^{-x}+1}.\] Lorsque \(x\to+\infty\), \(-x\to-\infty\), donc \(\mathrm{e}^{-x}\to0\) et \(s(x)\to1\). La nouvelle formule utilise une petite exponentielle au lieu d’une très grande. Si une machine arrondit cette petite quantité à \(0\), elle peut afficher exactement \(1\) alors que, pour tout réel \(x\), on a encore \(s(x)<1\).
Un algorithme de seuil dont la réponse est justifiée
Pour \(f(x)=3+2/(x+1)\) sur \([0;+\infty[\), cherchons le plus petit entier \(n\geqslant0\) tel que l’erreur soit strictement inférieure à \(p/q\), avec \(p\) et \(q\) entiers strictement positifs.
On veut \(2/(n+1)<p/q\), ce qui équivaut à \(2q<p(n+1)\), puisque les dénominateurs sont positifs. Le test peut donc être effectué avec des entiers, sans arrondir de nombres décimaux.
Méthode — Une boucle à comprendre sur papier
Commencer à \(n=0\). Tant que \(2q\geqslant p(n+1)\), augmenter \(n\) de \(1\). Renvoyer le premier entier pour lequel l’inégalité échoue.
La boucle finit, car le membre \(p(n+1)\) devient plus grand que le nombre fixé \(2q\). Le premier entier renvoyé est minimal puisque tous les précédents ont été testés et refusés.
Une traduction Python possible, pour \(p,q\) entiers strictement positifs, est :
def seuil(p, q):
n = 0
while 2*q >= p*(n+1):
n = n + 1
return n
Pour \(p=1\) et \(q=50\), la boucle refuse encore \(n=99\) car \(100\geqslant100\), puis s’arrête en \(n=100\) car \(100<101\). Elle renvoie donc \(100\).
Pourquoi cela garantit-il aussi tous les réels suivants ? Pour \(x\geqslant n\), on a \(x+1\geqslant n+1>0\), donc \(2/(x+1)\leqslant2/(n+1)<p/q\). Sans cette décroissance de l’erreur, trouver une première valeur favorable ne garantirait pas toutes les suivantes.
Piège — Un premier passage n’est pas toujours une stabilisation
Pour \(u(x)=1+\sin x\), on a \(u(0)=1\). Pourtant les valeurs suivantes ne restent pas toutes proches de \(1\) : \(u(\pi/2)=2\) et le même écart se reproduit indéfiniment. Une boucle qui s’arrête au premier \(|u(x)-1|<\varepsilon\) ne prouve donc pas \(u(x)\to1\).
Essais et décisions
À toi 22.2 — Essai guidé : travailler sur l’écart
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(v(x)=5-3/(x+2)\) et \(x\geqslant0\), déterminer quand \(|v(x)-5|<0{,}01\), puis donner le plus petit entier \(N\) garantissant cette précision pour tout \(x\geqslant N\).
Correction expliquée.
Le dénominateur est positif et \(|v(x)-5|=3/(x+2)\). Comme \(0{,}01=1/100\), \[\frac3{x+2}<\frac1{100} \iff300<x+2 \iff x>298.\] Le plus petit entier recherché est donc \(N=299\). À \(x=298\), l’erreur vaut exactement \(0{,}01\), ce qui est insuffisant pour l’inégalité stricte.
À toi 22.3 — Choisir une vérification pertinente
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une calculatrice affiche \(0\) pour \(\sqrt{x^2+4}-x\) à une très grande valeur positive de \(x\). Montrer que la valeur exacte est positive, transformer l’expression et calculer sa limite en \(+\infty\).
Pour \(w(x)=2+1/x\) et \(x>0\), trouver le plus petit entier \(N\geqslant1\) tel que \(|w(x)-2|<1/10\) pour tout \(x\geqslant N\).
Expliquer pourquoi une erreur de la calculatrice pour \(\mathrm{e}^{1000}\) ne signifie pas que la fonction exponentielle n’est pas définie en \(1000\).
Correction expliquée.
1. Pour \(x>0\), \(x^2+4>x^2\), donc \(\sqrt{x^2+4}>x\). La différence est strictement positive. En multipliant par la conjuguée et en simplifiant le numérateur, \[\sqrt{x^2+4}-x =\frac{(x^2+4)-x^2}{\sqrt{x^2+4}+x} =\frac4{\sqrt{x^2+4}+x}.\] Le dénominateur tend vers \(+\infty\) ; la limite est donc \(0\). Un affichage nul à précision finie est compatible avec une valeur exacte positive très petite.
2. L’erreur vaut \(1/x\). Pour \(x>0\), \(1/x<1/10\iff x>10\). Il faut donc \(N=11\), et non \(10\). Pour tous les \(x\geqslant11\), l’inégalité est bien vraie.
3. L’exponentielle est définie et positive pour tout réel, dont \(1000\). Une machine stocke seulement des nombres représentables dans un format de taille finie. Son incapacité à représenter une très grande valeur est une limite de l’outil, pas du domaine mathématique de la fonction.
Remédiation : corriger le signe strict au seuil
Un élève résout \(1/x<1/100\) sur \(]0;+\infty[\) et répond « \(x\geqslant100\) ». Le passage fautif est le remplacement d’une inégalité stricte par une large. Le calcul donne \(x>100\) ; vérifier \(x=100\) fournit l’égalité \(1/x=1/100\), qui ne satisfait pas la consigne.
Exemple 22.7 — Repartir de petits nombres
Sur \(]0;+\infty[\), \(2/x<1\) équivaut à \(2<x\), donc à \(x>2\). Le plus petit entier admissible est \(3\). Si la consigne était \(2/x\leqslant1\), la réponse serait \(x\geqslant2\) et le plus petit entier serait \(2\).
À toi 22.4 — Nouvel essai après réparation
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\geqslant0\), résoudre \(4/(x+1)<1/5\), puis donner le plus petit entier \(N\) tel que tous les \(x\geqslant N\) conviennent. Reprendre ensuite l’essai guidé.
Correction expliquée.
Multiplier par \(5(x+1)>0\) donne \(20<x+1\), donc \(x>19\). Le plus petit entier est \(20\). Le contrôle en \(19\) donne \(4/20=1/5\), égalité exclue par la consigne.
Correction expliquée.
L’erreur vaut \(5/(x+1)\). Comme \(0{,}05=1/20\), \(5/(x+1)<1/20\iff100<x+1\iff x>99\). Le plus petit entier de départ est \(100\). Le calcul prouve une propriété pour tous les \(x\) concernés, alors qu’un tableau ne teste qu’un nombre fini de valeurs.
23. Pour aller plus loin : asymptotes obliques et branches infinies
À retenir — Un approfondissement facultatif
Cette unité prolonge l’étude des asymptotes parallèles aux axes. Elle peut être lue après la maîtrise du cours central et n’est pas nécessaire pour comprendre les unités précédentes. Elle ne demande ni développement limité, ni règle de l’Hôpital, ni calcul intégral.
Pour démarrer.
Une fonction peut tendre vers \(+\infty\) tout en se rapprochant d’une droite. Ce n’est alors pas la valeur \(f(x)\) qui devient petite, mais l’écart entre \(f(x)\) et l’ordonnée de cette droite. Nous allons rendre cette idée précise et apprendre à distinguer un écart absolu qui s’efface d’un simple quotient qui tend vers \(1\).
À toi 23.1 — Quel écart faut-il regarder ?
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x>0\), on pose \(f(x)=2x+1+1/x\) et \(g(x)=2x+1+\sqrt{x}\).
Calcule les limites de \(f(x)-(2x+1)\) et \(g(x)-(2x+1)\) en \(+\infty\).
Calcule les limites de \(f(x)/x\) et \(g(x)/x\).
Le quotient par \(x\) permet-il à lui seul de distinguer les deux comportements ?
Correction expliquée.
1. Les écarts valent respectivement \(1/x\to0\) et \(\sqrt{x}\to+\infty\).
2. On a \[\frac{f(x)}x=2+\frac1x+\frac1{x^2}\longrightarrow2, \qquad \frac{g(x)}x=2+\frac1x+\frac1{\sqrt{x}}\longrightarrow2.\] 3. Non : les deux quotients ont la même limite. Pourtant seule la première fonction a un écart à la droite \(y=2x+1\) qui tend vers zéro. Cette différence commande la définition suivante.
Définir une droite asymptote par un écart
Définition 23.1 — Asymptote oblique à une extrémité
Soient \(a,b\in\mathbb{R}\), avec \(a\ne0\). La droite d’équation \(y=ax+b\) est une asymptote oblique à la courbe de \(f\) en \(+\infty\) si \[\lim_{x\to+\infty}\bigl(f(x)-(ax+b)\bigr)=0.\] La définition est analogue en \(-\infty\). Les deux extrémités sont étudiées séparément.
Si \(a=0\), la même condition décrit une asymptote horizontale ; on n’emploie alors pas le mot « oblique ».
Exemple 23.1 — Vérifier une droite proposée
Pour \(x>0\), soit \(f(x)=3x-2+4/x\). Pour la droite \(d\) d’équation \(y=3x-2\), \[f(x)-(3x-2)=\frac4x\longrightarrow0.\] Ainsi \(d\) est asymptote oblique en \(+\infty\). Comme \(4/x>0\), la courbe est au-dessus de \(d\) pour \(x>0\).
La limite de \(f\) est pourtant \(+\infty\) : \(3x-2\to+\infty\) et \(4/x\to0\). Il n’y a aucune contradiction. Les deux affirmations concernent deux expressions différentes.
Proposition 23.2 — La position par rapport à une droite
Pour une droite \(d:y=ax+b\), le signe de \[r(x)=f(x)-(ax+b)\] donne la position de la courbe par rapport à \(d\) : au-dessus si \(r(x)>0\), au-dessous si \(r(x)<0\), intersection si \(r(x)=0\).
Cette lecture est valable que la droite soit asymptote ou non.
Démonstration.
À une même abscisse \(x\), les ordonnées comparées sont \(f(x)\) et \(ax+b\). Leur différence est exactement \(r(x)\). Le signe de cette différence traduit donc les trois comparaisons annoncées.
\(\square\)
Exemple 23.2 — Une asymptote que l’on peut traverser
Sur \(]0;+\infty[\), posons \(f(x)=x+\sin x/x\). Alors \[|f(x)-x|=\left|\frac{\sin x}{x}\right|\leq\frac1x\longrightarrow0.\] La droite \(y=x\) est donc asymptote en \(+\infty\). Pour chaque entier \(k\geq1\), \(f(k\pi)=k\pi\) : la courbe rencontre la droite une infinité de fois. Entre ces points, le signe de l’écart change avec celui du sinus.
Une asymptote n’est donc pas une barrière que la courbe ne pourrait jamais franchir.
Faire apparaître une droite dans une fonction rationnelle
Exemple 23.3 — Décomposer le numérateur, puis contrôler le reste
Considérons \[f(x)=\frac{x^2+1}{x-1},\qquad x\ne1.\] On cherche une écriture de la forme \(ax+b+r(x)\), où le reste \(r(x)\) tend vers \(0\) aux infinis.
Le produit \((x-1)(x+1)\) vaut \(x^2-1\). Pour obtenir \(x^2+1\), il manque \(2\) : \[x^2+1=(x-1)(x+1)+2.\] En divisant chaque terme par \(x-1\ne0\), \[f(x)=x+1+\frac2{x-1}.\] Aux deux infinis, \(2/(x-1)\to0\). La droite \(y=x+1\) est donc asymptote oblique en \(+\infty\) et en \(-\infty\).
L’écart \(f(x)-(x+1)=2/(x-1)\) est négatif pour \(x<1\), positif pour \(x>1\). La branche gauche est sous la droite, la branche droite au-dessus.
En \(1^-\), le reste tend vers \(-\infty\) et \(x+1\to2\) ; en \(1^+\), le reste tend vers \(+\infty\). La droite \(x=1\) est aussi asymptote verticale. Les asymptotes oblique et verticale décrivent des extrémités différentes de la même courbe.
Lecture de la figure. La courbe représente \((x^2+1)/(x-1)\), et la droite en tirets représente \(y=x+1\). Leur écart vertical est \(2/(x-1)\) : négatif sur la branche gauche, positif sur la branche droite, et de plus en plus proche de zéro aux deux infinis. La droite verticale \(x=1\) sépare les deux branches.
Méthode — Chercher une écriture exacte avant de prendre la limite
Pour un quotient de polynômes où le numérateur a un degré de plus que le dénominateur, on peut chercher une identité \[P(x)=Q(x)(ax+b)+R(x).\] Elle doit être vérifiée par développement. Si \(R(x)/Q(x)\to0\), on obtient l’asymptote \(y=ax+b\).
La différence des degrés suggère une démarche ; elle ne remplace ni l’identité algébrique ni la vérification de la limite du reste.
Retrouver les coefficients sans les deviner
Théorème 23.3 — Caractérisation d’une asymptote oblique
À une extrémité fixée, \(+\infty\) ou \(-\infty\), la droite \(y=ax+b\), avec \(a\ne0\), est asymptote à la courbe de \(f\) si et seulement si \[\frac{f(x)}x\longrightarrow a \quad\text{et}\quad f(x)-ax\longrightarrow b.\] La première limite permet de chercher la pente. La seconde permet de chercher l’ordonnée à l’origine et confirme que l’écart à la droite tend vers zéro.
Démonstration.
Sens direct. Supposons que \(y=ax+b\) soit asymptote. Posons \[r(x)=f(x)-(ax+b),\qquad r(x)\to0.\] Pour \(x\) non nul, ce qui est le cas suffisamment loin aux infinis, \[\frac{f(x)}x=a+\frac bx+\frac{r(x)}x.\] On a \(b/x\to0\). De plus, \(r(x)/x=r(x)\times(1/x)\to0\times0=0\). Le quotient tend donc vers \(a\).
Par ailleurs, \(f(x)-ax=b+r(x)\to b\).
Sens réciproque. Si \(f(x)-ax\to b\), alors \[f(x)-(ax+b)=(f(x)-ax)-b\longrightarrow b-b=0.\] La droite est donc asymptote. Une fois \(a\) connu, cette seconde limite suffit à la vérification ; la première sert à identifier la pente candidate.
\(\square\)
Corollaire 23.4 — Une seule droite asymptote à une extrémité donnée
Conséquence du théorème
23.3et de l’unicité d’une limite : si une droite asymptote de la forme \(y=ax+b\) existe à une extrémité donnée, ses coefficients \(a\) et \(b\) sont uniques.
Démonstration.
Si deux droites de coefficients \((a,b)\) et \((a',b')\) sont asymptotes à la même extrémité, alors \(f(x)/x\) tend à la fois vers \(a\) et \(a'\). L’unicité d’une limite donne \(a=a'\).
L’expression \(f(x)-ax\) tend ensuite à la fois vers \(b\) et \(b'\), donc \(b=b'\). On ne peut donc pas choisir arbitrairement une autre droite parallèle.
\(\square\)
Exemple 23.4 — La pente seule ne suffit pas
Sur \([0;+\infty[\), posons \(f(x)=x+\sqrt{x}\). Pour \(x>0\), \[\frac{f(x)}x=1+\frac1{\sqrt{x}}\longrightarrow1.\] Toute éventuelle droite asymptote devrait donc avoir pour pente \(1\). Mais \[f(x)-x=\sqrt{x}\longrightarrow+\infty,\] et non vers un réel \(b\). Aucune droite \(y=x+b\) ne peut être asymptote ; aucune autre pente n’est possible. Il n’y a donc pas d’asymptote oblique en \(+\infty\).
La courbe a une direction de plus en plus proche de celle d’une droite de pente \(1\), mais son écart vertical à toute droite de cette pente continue de grandir. Une proximité relative ne suffit pas à fournir une asymptote.
Exemple 23.5 — Un reste borné, mais qui ne tend pas vers zéro
Pour \(f(x)=2x+\sin x\), on a \[\frac{f(x)}x=2+\frac{\sin x}{x}\longrightarrow2.\] La seule pente candidate est \(2\). Cependant, \(f(x)-2x=\sin x\) n’a pas de limite en \(+\infty\) : ses valeurs sont \(1\) pour \(x=\pi/2+2k\pi\) et \(-1\) pour \(x=3\pi/2+2k\pi\).
Il n’existe donc aucun réel \(b\) tel que \(y=2x+b\) soit asymptote. Le fait que la courbe reste dans une bande de largeur constante autour d’une droite ne suffit pas : l’écart doit tendre vers zéro pour une droite précise.
Une branche infinie n’a pas forcément de droite asymptote
Définition 23.5 — Une branche étudiée à l’infini
Dans cette unité, on appelle branche à l’infini la partie de la courbe étudiée lorsque \(x\to+\infty\) ou \(x\to-\infty\). L’existence d’une telle étude n’implique pas l’existence d’une droite asymptote.
Le quotient \(f(x)/x\) renseigne sur une direction possible ; la différence \(f(x)-(ax+b)\) décide si une droite précise est asymptote.
Exemple 23.6 — Une parabole n’a pas d’asymptote oblique
Pour \(f(x)=x^2\) en \(+\infty\), \(f(x)\to+\infty\) : il n’y a pas d’asymptote horizontale. De plus, \[\frac{f(x)}x=x\longrightarrow+\infty.\] Il n’y a donc pas de pente réelle finie \(a\) susceptible de convenir au théorème précédent. La branche de la parabole ne possède pas d’asymptote oblique.
Cette conclusion ne signifie pas que la courbe est mal définie ou que sa limite est inconnue. Elle signifie seulement que le rapprochement d’une droite n’est pas le bon outil géométrique pour la décrire.
Construire une preuve, puis choisir ce qui est nécessaire
À toi 23.2 — Avec guidage : trouver le quotient et le reste
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne-1\), on pose \(f(x)=(2x^2+3x+4)/(x+1)\).
Développe \((x+1)(2x+1)\) et compare avec le numérateur.
Déduis une décomposition exacte de \(f\).
Donne une asymptote oblique aux deux infinis et la position de la courbe par rapport à elle.
Correction expliquée.
1. On distribue chacun des deux termes du premier facteur : \[\begin{aligned} (x+1)(2x+1) &=x\times2x+x\times1+1\times2x+1\times1\\ &=2x^2+x+2x+1=2x^2+3x+1. \end{aligned}\] Il manque \(3\) pour obtenir \(2x^2+3x+4\).
2. Pour \(x\ne-1\), \[f(x)=\frac{(x+1)(2x+1)+3}{x+1} =2x+1+\frac3{x+1}.\] 3. Comme \(3/(x+1)\to0\) aux deux infinis, la droite \(y=2x+1\) est asymptote aux deux extrémités. Le reste est négatif pour \(x<-1\), positif pour \(x>-1\) : la courbe est respectivement au-dessous et au-dessus de la droite.
À toi 23.3 — Sans décomposition proposée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne1\), soit \(g(x)=(3x^2-2x+5)/(x-1)\). Détermine une asymptote oblique aux deux infinis. Justifie aussi l’existence d’une asymptote verticale et les deux signes des limites près de celle-ci.
Correction expliquée.
On vérifie le produit en conservant le signe de chaque terme : \[\begin{aligned} (x-1)(3x+1) &=x\times3x+x\times1-1\times3x-1\times1\\ &=3x^2+x-3x-1=3x^2-2x-1. \end{aligned}\] Par conséquent, \[3x^2-2x+5=(x-1)(3x+1)+6,\] et, pour \(x\ne1\), \[g(x)=3x+1+\frac6{x-1}.\] Aux deux infinis, le reste tend vers \(0\). L’asymptote oblique est \(y=3x+1\).
Lorsque \(x\to1^-\), \(3x+1\to4\) et \(6/(x-1)\to-\infty\), donc \(g(x)\to-\infty\). Lorsque \(x\to1^+\), le même quotient tend vers \(+\infty\), donc \(g(x)\to+\infty\). La droite \(x=1\) est asymptote verticale.
À toi 23.4 — Justifier pourquoi une droite candidate échoue
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x>0\), une fonction vérifie \(f(x)=4x-7+\sqrt{x}\). Une copie affirme que \(y=4x-7\) est asymptote parce que \(f(x)/(4x-7)\to1\). Sans chercher à contester cette limite du quotient, explique pourquoi la conclusion est fausse.
Correction expliquée.
L’écart à la droite vaut \[f(x)-(4x-7)=\sqrt{x}\longrightarrow+\infty,\] et non \(0\). La définition d’une asymptote n’est donc pas satisfaite.
Le quotient peut tendre vers \(1\) parce que \(\sqrt{x}\) devient petit relativement à \(4x-7\), tout en devenant très grand en valeur absolue. Le critère pertinent est une différence, pas ce quotient.
Réparer une preuve incomplète
À toi 23.5 — Il manque le second test
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie écrit : « \(f(x)/x\to3\), donc \(y=3x\) est asymptote. » Complète le protocole et donne deux fonctions pour lesquelles \(f(x)/x\to3\), mais dont une seule admet \(y=3x\) pour asymptote.
Correction expliquée.
La première limite fournit seulement une pente candidate. Il faut encore calculer \(f(x)-3x\). Pour que \(y=3x\) soit asymptote, cette différence doit tendre vers \(0\) ; si elle tend vers un réel \(b\) différent de \(0\), la droite correcte est \(y=3x+b\).
Exemple simple : \(f_1(x)=3x+1/x\) sur \(x>0\). Son quotient par \(x\) vaut \(3+1/x^2\to3\), et son écart à \(3x\) vaut \(1/x\to0\). La droite convient.
Nouvel essai : \(f_2(x)=3x+\sqrt{x}\). Son quotient par \(x\) vaut \(3+1/\sqrt{x}\to3\), mais son écart vaut \(\sqrt{x}\to+\infty\). La droite ne convient pas, et aucune droite parallèle ne convient non plus.
Retour à la copie : remplace « donc » par « la seule pente possible est \(3\) ; étudions maintenant \(f(x)-3x\) ».
À toi 23.6 — Reprise différée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne1\), décompose \(p(x)=(2x^2-x+3)/(x-1)\) et donne sa droite asymptote aux infinis.
Pour \(x>0\), décide si \(q(x)=x+2+\cos x/x\) possède une asymptote oblique en \(+\infty\).
Correction expliquée.
1. On développe d’abord : \[\begin{aligned} (x-1)(2x+1) &=x\times2x+x\times1-1\times2x-1\times1\\ &=2x^2+x-2x-1=2x^2-x-1. \end{aligned}\] Le numérateur vaut donc ce produit augmenté de \(4\), et \[p(x)=2x+1+\frac4{x-1}.\] Le reste tend vers \(0\) aux deux infinis ; l’asymptote est \(y=2x+1\). La courbe est sous cette droite pour \(x<1\) et au-dessus pour \(x>1\).
2. On a \[|q(x)-(x+2)|=\left|\frac{\cos x}{x}\right|\leq\frac1x\longrightarrow0.\] La droite \(y=x+2\) est donc asymptote en \(+\infty\). Le cosinus n’a pas de limite, mais l’amplitude de l’écart à la droite tend vers zéro.
24. Atelier : choisir une démarche sans méthode annoncée
Pour démarrer.
Dans un exercice de synthèse, la difficulté est souvent le premier geste. Les dossiers ci-dessous ne donnent pas le nom de la méthode à employer. Pour chacun, commence par le domaine utile et la destination, puis écris ce que donnent les limites immédiates. Choisis ensuite une transformation ou un théorème, et justifie ce choix avant de calculer.
Les outils disponibles, sans recette automatique
À retenir — Rappels locaux pour travailler sans feuille supplémentaire
Une limite de quotient se calcule directement lorsque les limites sont réelles et que celle du dénominateur est non nulle. Les formes \(0/0\), \(\infty/\infty\), \(0\times\infty\) et \(\infty-\infty\) ne donnent pas une conclusion.
On peut utiliser une identité exacte sur un voisinage où elle est définie : facteur commun, division commune du numérateur et du dénominateur, ou multiplication par une conjuguée. Pour tout réel \(x\), \(\sqrt{x^2}=|x|\).
Pour un entier \(n\geq1\), \(x^n\to+\infty\) en \(+\infty\) ; en \(-\infty\), la parité de \(n\) décide du signe. Les inverses \(1/x^n\) tendent vers \(0\) aux deux infinis. Si une expression positive tend vers \(+\infty\), sa racine tend vers \(+\infty\) ; si une expression positive ou nulle tend vers un réel \(L\geq0\), sa racine tend vers \(\sqrt L\).
L’exponentielle tend vers \(0\) lorsque son argument tend vers \(-\infty\), et vers \(+\infty\) lorsque son argument tend vers \(+\infty\). Pour une composition, on étudie d’abord la destination de l’expression intérieure, puis on applique le résultat concernant la fonction extérieure en vérifiant son domaine.
Pour \(n\in\mathbb{N}\) et \(a>0\) fixés, \(x^n/\mathrm{e}^{ax}\to0\) en \(+\infty\) et \(x^n\mathrm{e}^{ax}\to0\) en \(-\infty\).
Les bornes \(|\sin t|\leq1\) et \(|\cos t|\leq1\) valent pour tout réel \(t\). Un encadrement par deux fonctions de même limite donne cette limite ; un minorant qui tend vers \(+\infty\) force la limite \(+\infty\).
Si un dénominateur tend vers \(0\), son signe de chaque côté doit être étudié. Si les deux limites latérales diffèrent, il n’y a pas de limite bilatérale.
Enfin, une courbe ou quelques valeurs numériques peuvent suggérer un résultat, mais une preuve doit porter sur toutes les entrées suffisamment proches de la destination.
Méthode — Une trace de recherche en quatre lignes
Pour chaque dossier, conserve ces quatre lignes dans ta recherche :
Où ? Domaine utile et destination, avec un côté si nécessaire.
Que sait-on immédiatement ? Limites des morceaux et éventuelle forme indéterminée.
Quel premier geste ? Transformation exacte ou théorème choisi, avec sa raison.
Que conclut-on ? Limite, justification du signe et éventuelle interprétation graphique demandée.
Cette organisation aide à choisir ; elle ne force pas tous les dossiers à se résoudre de la même manière.
Les dossiers à résoudre avant de regarder les corrections
À toi 24.1 — Dossier 1
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}\bigl(\sqrt{x^2+4}+x\bigr)\).
À toi 24.2 — Dossier 2
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{\mathrm{e}^{2x}+x^3}{3\mathrm{e}^{2x}-2x}\) et justifie que le quotient est défini pour toutes les entrées suffisamment grandes.
À toi 24.3 — Dossier 3
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne2\), on pose \(f(x)=(x^2-5x+6)/(x-2)\). Détermine sa limite en \(2\). La droite \(x=2\) est-elle asymptote verticale ?
À toi 24.4 — Dossier 4
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\ne1\), on pose \(g(x)=\exp\bigl((x+1)/(x-1)\bigr)\). Étudie ses limites en \(1^-\) et en \(1^+\). Donne une conclusion sur l’existence d’une limite bilatérale et sur une éventuelle asymptote verticale.
À toi 24.5 — Dossier 5
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{3+\sin x}{\sqrt{x}}\).
À toi 24.6 — Dossier 6
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}(-x^5+4x^2-7)\).
À toi 24.7 — Dossier 7
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie les limites à gauche et à droite de \(1\) de \(\displaystyle h(x)=\frac{|x-1|}{x-1}\). Existe-t-il une limite en \(1\) ?
À toi 24.8 — Dossier 8
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to4}\frac{\sqrt{x+5}-3}{x-4}\) en précisant le domaine de l’expression et les conditions de la transformation utilisée.
À toi 24.9 — Dossier 9
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}x(2+\sin x)\). Explique pourquoi l’absence de limite de \(\sin x\) ne bloque pas la résolution.
À toi 24.10 — Dossier 10
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x\notin\{-1;1\}\), on pose \(p(x)=(2x+1)/(x^2-1)\). Détermine les quatre limites en \(-1^-\), \(-1^+\), \(1^-\) et \(1^+\).
À toi 24.11 — Dossier 11
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
La fonction \(x\mapsto\sin(1/x)\) a-t-elle une limite en \(0^+\) ? Une réponse uniquement fondée sur un dessin ou sur le mot « oscillation » ne suffit pas.
À toi 24.12 — Dossier 12
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}x^4\mathrm{e}^{x/3}\) en conservant tous les coefficients du changement de variable éventuel.
Faire relire sa décision, pas seulement sa réponse
Avant les corrections, choisis deux dossiers que tu as résolus de façons différentes. Pour chacun, écris :
une phrase qui explique pourquoi ton premier geste est adapté ;
une condition sans laquelle une de tes égalités ou un de tes théorèmes ne serait pas valide ;
un contrôle simple de cohérence : signe, valeur approchée, domaine, ou comparaison avec une expression plus simple.
Un contrôle numérique n’est pas une preuve de la limite. Il sert seulement à détecter une erreur éventuelle dans une preuve déjà proposée.
Corrections complètes
Correction expliquée.
Dossier 1. La fonction est définie pour tout réel \(x\) puisque \(x^2+4>0\). En \(-\infty\), la racine tend vers \(+\infty\) et \(x\to-\infty\) : la somme présente une forme indéterminée.
La différence de deux carrés suggère la conjuguée. Le nombre \(\sqrt{x^2+4}-x\) est strictement positif : on a \(\sqrt{x^2+4}>|x|\geq x\). Il est donc non nul, et l’on peut multiplier par son quotient avec lui-même : \[\begin{aligned} \sqrt{x^2+4}+x &=\frac{(\sqrt{x^2+4}+x)(\sqrt{x^2+4}-x)}{\sqrt{x^2+4}-x}\\ &=\frac{(x^2+4)-x^2}{\sqrt{x^2+4}-x} =\frac4{\sqrt{x^2+4}-x}. \end{aligned}\] En \(-\infty\), \(\sqrt{x^2+4}\to+\infty\) et \(-x\to+\infty\), donc le dénominateur tend vers \(+\infty\). La limite cherchée est \(0\), avec des valeurs positives.
Le premier geste est adapté parce qu’il transforme une somme indéterminée en un quotient à numérateur constant. Remplacer \(\sqrt{x^2+4}\) par \(x\) aurait été particulièrement faux à gauche, où \(\sqrt{x^2}=|x|=-x\).
Correction expliquée.
Dossier 2. Les termes exponentiels et les puissances tendent vers \(+\infty\). Une lecture directe ne permet pas de conclure. On divise tout le numérateur et tout le dénominateur par \(\mathrm{e}^{2x}>0\) : \[\frac{\mathrm{e}^{2x}+x^3}{3\mathrm{e}^{2x}-2x} =\frac{1+x^3/\mathrm{e}^{2x}}{3-2x/\mathrm{e}^{2x}}.\] Par croissance comparée, \(x^3/\mathrm{e}^{2x}\to0\) et \(x/\mathrm{e}^{2x}\to0\). Le dénominateur transformé tend vers \(3\). Il est donc, par exemple, supérieur à \(1\) à partir d’un certain seuil : il est non nul. Le dénominateur initial, produit de ce facteur par \(\mathrm{e}^{2x}>0\), est lui aussi non nul au-delà de ce seuil.
Le quotient tend finalement vers \(1/3\). L’éventuelle présence de zéros du dénominateur avant ce seuil ne gêne pas l’étude de limite en \(+\infty\).
Correction expliquée.
Dossier 3. En \(2\), le numérateur et le dénominateur tendent vers \(0\). On cherche un facteur commun : \[x^2-5x+6=(x-2)(x-3),\] car le développement donne \(x^2-3x-2x+6=x^2-5x+6\). Pour \(x\ne2\), \[f(x)=\frac{(x-2)(x-3)}{x-2}=x-3.\] Les deux fonctions coïncident pour toutes les entrées proches de \(2\) autres que \(2\), donc elles ont la même limite : \(f(x)\to2-3=-1\).
La droite \(x=2\) n’est pas asymptote verticale, car la limite est finie. Le fait que l’expression initiale ne soit pas définie en \(2\) ne suffit pas à produire une asymptote.
Correction expliquée.
Dossier 4. On étudie d’abord la fonction intérieure \[u(x)=\frac{x+1}{x-1}=1+\frac2{x-1},\qquad x\ne1.\] En \(1^-\), \(x-1\to0^-\), donc \(u(x)\to-\infty\). Or \(\mathrm{e}^t\to0\) quand \(t\to-\infty\). Par composition dans ce contexte, \(g(x)=\mathrm{e}^{u(x)}\to0\) en \(1^-\).
En \(1^+\), \(x-1\to0^+\), donc \(u(x)\to+\infty\) et \(\mathrm{e}^{u(x)}\to+\infty\).
Les deux limites latérales diffèrent : aucune limite bilatérale n’existe en \(1\). Cependant, la limite infinie à droite suffit à faire de \(x=1\) une asymptote verticale pour la branche droite. Une asymptote verticale n’exige pas que les deux limites latérales soient infinies.
Correction expliquée.
Dossier 5. Le domaine est \(]0;+\infty[\). Comme \(-1\leq\sin x\leq1\), \[2\leq3+\sin x\leq4.\] Pour \(x>0\), le dénominateur \(\sqrt{x}\) est positif. On peut donc diviser les trois membres sans changer le sens des inégalités : \[\frac2{\sqrt{x}} \leq\frac{3+\sin x}{\sqrt{x}} \leq\frac4{\sqrt{x}}.\] Les deux bornes tendent vers \(0\) en \(+\infty\). Le théorème d’encadrement donne une limite égale à \(0\).
Il n’est pas nécessaire de connaître une limite du numérateur ; sa borne uniforme suffit.
Correction expliquée.
Dossier 6. En \(-\infty\), les deux termes \(-x^5\) et \(4x^2\) tendent tous deux vers \(+\infty\), donc on peut déjà conclure à \(+\infty\) après ajout de la constante \(-7\).
Une factorisation permet aussi de contrôler systématiquement le signe : pour \(x\ne0\), \[-x^5+4x^2-7=x^5\left(-1+\frac4{x^3}-\frac7{x^5}\right).\] La parenthèse tend vers \(-1\) et \(x^5\to-\infty\). Le produit d’une quantité qui tend vers \(-\infty\) par une quantité qui tend vers un réel négatif tend vers \(+\infty\).
Les deux méthodes sont correctes. La première est plus courte ici parce que les signes des termes sont déjà compatibles : il ne faut pas forcer une factorisation si aucune indétermination ne la rend nécessaire.
Correction expliquée.
Dossier 7. Le quotient est défini pour \(x\ne1\). À gauche, \(x-1<0\), donc \(|x-1|=-(x-1)\) et \[h(x)=\frac{-(x-1)}{x-1}=-1.\] Ainsi \(h(x)\to-1\) en \(1^-\). À droite, \(x-1>0\), donc \(|x-1|=x-1\) et \(h(x)=1\) ; la limite en \(1^+\) vaut \(1\).
Les deux limites latérales étant différentes, la limite en \(1\) n’existe pas. Aucune des limites n’est infinie : il n’y a pas d’asymptote verticale en \(1\).
Correction expliquée.
Dossier 8. Le domaine est \([-5;+\infty[\setminus\{4\}\). Au voisinage de \(4\), le numérateur et le dénominateur tendent vers \(0\).
La quantité \(\sqrt{x+5}+3\) est strictement positive sur tout le domaine. Pour \(x\ne4\), on peut multiplier numérateur et dénominateur par cette même quantité : \[\begin{aligned} \frac{\sqrt{x+5}-3}{x-4} &=\frac{(\sqrt{x+5}-3)(\sqrt{x+5}+3)}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)}\\ &=\frac{x+5-9}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)}\\ &=\frac{x-4}{(x-4)(\sqrt{x+5}+3)} =\frac1{\sqrt{x+5}+3}. \end{aligned}\] La simplification est permise parce que \(x-4\ne0\). La nouvelle expression tend vers \(1/(3+3)=1/6\). Le dénominateur final tend vers \(6\ne0\), ce qui autorise l’opération sur les limites.
Correction expliquée.
Dossier 9. Pour tout réel \(x\), \(2+\sin x\geq1\). Pour \(x>0\), multiplier par \(x\) conserve l’inégalité : \[x(2+\sin x)\geq x.\] Le minorant tend vers \(+\infty\). La comparaison donne donc \(x(2+\sin x)\to+\infty\).
L’absence de limite du sinus ne bloque pas l’étude parce que nous n’utilisons pas une règle de produit de limites. Nous utilisons une borne inférieure valable pour toutes les entrées, avec une marge strictement positive.
Correction expliquée.
Dossier 10. On factorise le dénominateur : \(x^2-1=(x-1)(x+1)\).
Près de \(1\), le numérateur \(2x+1\) tend vers \(3>0\) et \(x+1\) reste positif. Le signe du dénominateur est donc celui de \(x-1\). Il tend vers \(0^-\) à gauche, vers \(0^+\) à droite. Ainsi \[\lim_{x\to1^-}p(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to1^+}p(x)=+\infty.\] Près de \(-1\), le numérateur tend vers \(-1<0\) et \(x-1\) reste négatif. À gauche de \(-1\), \(x+1<0\), donc le produit \((x-1)(x+1)>0\) : un numérateur négatif non nul divisé par un dénominateur qui tend vers \(0^+\) donne \(-\infty\).
À droite de \(-1\), \(x+1>0\), donc le dénominateur est négatif et tend vers \(0^-\). Le quotient d’un numérateur proche de \(-1\) par ce dénominateur tend vers \(+\infty\). Finalement, \[\lim_{x\to-1^-}p(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to-1^+}p(x)=+\infty.\] Les deux droites \(x=-1\) et \(x=1\) sont asymptotes verticales. Le signe du numérateur doit être vérifié près de chacune ; il n’est pas le même aux deux points.
Correction expliquée.
Dossier 11. Pour des entiers \(k\geq0\), choisissons \[a_k=\frac1{\pi/2+2k\pi}, \qquad b_k=\frac1{3\pi/2+2k\pi}.\] Les deux dénominateurs sont positifs et tendent vers \(+\infty\), donc \(a_k\to0^+\) et \(b_k\to0^+\). Cependant, \[\sin(1/a_k)=1,\qquad \sin(1/b_k)=-1.\] Si la fonction avait une limite à droite de \(0\), les images des deux familles devraient avoir cette même limite. Les valeurs constantes \(1\) et \(-1\) l’interdisent. La fonction, bornée entre \(-1\) et \(1\), ne peut pas davantage avoir une limite infinie. Elle n’a donc aucune limite en \(0^+\).
Correction expliquée.
Dossier 12. La forme initiale est \(+\infty\times0\). Posons \(t=-x/3\).Comme \(x\to-\infty\), on a \(t\to+\infty\) et \(x=-3t\). Par conséquent, \[x^4\mathrm{e}^{x/3}=(-3t)^4\mathrm{e}^{-t} =81\frac{t^4}{\mathrm{e}^t}.\] Le quotient tend vers \(0\) par croissance comparée, donc l’expression tend vers \(0\). Le facteur \(81\) vient de \((-3)^4\) ; l’oublier ne changerait pas cette limite, mais rendrait l’égalité fausse.
Choisir une autre méthode : quand est-ce une bonne idée ?
À toi 24.13 — Comparer deux rédactions possibles
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour le dossier 5, une copie utilise l’encadrement par \(2/\sqrt{x}\) et \(4/\sqrt{x}\). Une autre écrit \[\left|\frac{3+\sin x}{\sqrt{x}}\right|\leq\frac4{\sqrt{x}}.\] Les deux méthodes sont-elles valides ? Pour le dossier 9, pourquoi une majoration par \(3x\) ne suffirait-elle pas à elle seule ?
Correction expliquée.
Les deux méthodes du dossier 5 sont valides. La première serre la fonction entre deux bornes de limite \(0\). La seconde majore sa distance à \(0\) par une quantité qui tend vers \(0\). Elles établissent le même contrôle sous deux formes.
Dans le dossier 9, une simple majoration par \(3x\to+\infty\) n’oblige pas la fonction à devenir grande : la fonction nulle est elle aussi inférieure à \(3x\) pour \(x>0\). C’est la minoration par \(x\to+\infty\) qui donne la conclusion.
Le choix d’une borne dépend donc de la conclusion visée, et pas seulement de la facilité à écrire une inégalité.
Réparer avant de recommencer un dossier entier
À toi 24.14 — Trois erreurs, trois petits essais
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour chaque erreur, indique la première étape fausse, puis résous le petit essai associé.
« En \(-\infty\), \(\sqrt{x^2}=x\). » Petit essai : limite de \(\sqrt{x^2+1}/x\) en \(-\infty\).
« Un dénominateur nul en \(a\) donne toujours une asymptote verticale. » Petit essai : limite de \((x^2-4)/(x-2)\) en \(2\).
« Si le facteur oscillant n’a pas de limite, le produit n’en a pas. » Petit essai : limite de \(x^2\cos(1/x)\) en \(0\).
Correction expliquée.
1. La règle correcte est \(\sqrt{x^2}=|x|\), et \(|x|=-x\) lorsque \(x<0\). Pour \(x<0\), \[\frac{\sqrt{x^2+1}}x =\frac{|x|\sqrt{1+1/x^2}}x =-\sqrt{1+1/x^2}\longrightarrow-1.\] Retour au dossier 1 : identifie le signe de \(x\) avant toute extraction d’un carré.
2. Le dénominateur nul crée une question, pas une conclusion. Pour \(x\ne2\), \[\frac{x^2-4}{x-2}=\frac{(x-2)(x+2)}{x-2}=x+2\longrightarrow4.\] La limite est finie, donc \(x=2\) n’est pas asymptote verticale. Retour au dossier 3 : cherche le facteur qui disparaît seulement hors du point.
3. La règle de produit de limites est inapplicable, mais un autre théorème peut résoudre le problème. Pour \(x\ne0\), \[|x^2\cos(1/x)|\leq x^2\longrightarrow0.\] La limite est \(0\) par encadrement. Retour aux dossiers 5 et 9 : demande-toi quelle borne est utile, au lieu de chercher la limite du facteur oscillant.
À toi 24.15 — Reprise différée mélangée
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Détermine la limite de \(\sqrt{9x^2+1}+3x\) en \(-\infty\).
Étudie \(\exp\bigl(-1/(x+2)^2\bigr)\) en \(-2\). Y a-t-il une asymptote verticale ?
La fonction \(x\cos x\) a-t-elle une limite en \(+\infty\) ?
Deux fonctions \(f\) et \(g\) tendent vers \(+\infty\) en \(+\infty\). Donne des exemples pour lesquels \(f/g\) tend respectivement vers \(0\), vers \(2\) et vers \(+\infty\).
Correction expliquée.
1. La conjuguée \(\sqrt{9x^2+1}-3x\) est positive. En multipliant par elle au numérateur et au dénominateur, on obtient \[\sqrt{9x^2+1}+3x =\frac{9x^2+1-9x^2}{\sqrt{9x^2+1}-3x} =\frac1{\sqrt{9x^2+1}-3x}.\] En \(-\infty\), la racine et \(-3x\) tendent vers \(+\infty\). Le dénominateur tend donc vers \(+\infty\), et la limite vaut \(0\).
2. Pour \(x\ne-2\), \((x+2)^2>0\) et tend vers \(0\) quand \(x\to-2\), des deux côtés. Ainsi \(-1/(x+2)^2\to-\infty\), puis l’exponentielle tend vers \(0\). La limite bilatérale est finie ; \(x=-2\) n’est pas asymptote verticale, bien que l’expression ne soit pas définie au point.
3. Pour \(a_k=2k\pi\), \(a_k\cos a_k=a_k\to+\infty\). Pour \(b_k=(2k+1)\pi\), \(b_k\cos b_k=-b_k\to-\infty\). Les deux comportements sont incompatibles : aucune limite n’existe en \(+\infty\).
4. Sur \(x>0\), on peut choisir : \[\begin{array}{c|c|c|c} &f(x)&g(x)&f(x)/g(x)\\\hline \text{limite }0&x&x^2&1/x\\ \text{limite }2&2x&x&2\\ \text{limite }+\infty&x^2&x&x \end{array}\] Dans les trois cas, \(f\) et \(g\) tendent vers \(+\infty\). Leurs quotients ont des limites différentes, ce qui explique le caractère indéterminé de \(\infty/\infty\).
25. Synthèse et test final de maîtrise
Pour démarrer.
Cette unité clôt le cours central. Elle rassemble les repères nécessaires à la révision, puis propose un test où les méthodes sont mélangées. L’approfondissement sur les asymptotes obliques n’est pas requis. Une réponse juste sans justification ne suffit pas à montrer que l’on sait traiter une situation voisine.
Le sens avant les techniques
Définition 25.1 — Les trois questions d’une limite
Une limite met en relation :
une fonction et son domaine ;
une destination pour l’entrée : \(+\infty\), \(-\infty\), un réel \(a\), éventuellement par un côté ;
un comportement des images : proximité d’un réel \(L\), dépassement durable de tout seuil, ou absence d’un tel comportement.
Une limite finie \(L\) signifie que l’écart \(|f(x)-L|\) peut être rendu inférieur à toute tolérance positive, pour toutes les entrées suffisamment proches de la destination.
Une limite \(+\infty\) signifie que les images finissent par rester au-dessus de chaque seuil réel. Une limite \(-\infty\) signifie qu’elles finissent par rester au-dessous de chaque seuil réel.
Au voisinage d’un point \(a\), ce cours étudie les entrées différentes de \(a\). La limite ne dépend donc pas de la valeur éventuellement donnée à \(f(a)\).
Propriété 25.2 — Les distinctions qui organisent le chapitre
Une limite, si elle existe à une destination donnée, est unique.
Une limite finie n’est pas nécessairement une valeur atteinte.
Une fonction bornée n’a pas nécessairement de limite.
Une fonction qui tend vers \(+\infty\) n’est pas nécessairement croissante.
Des limites latérales différentes interdisent une limite bilatérale.
Une limite infinie d’un seul côté d’un réel suffit à obtenir une asymptote verticale à cet endroit.
Une limite réelle \(L\) à un infini correspond à une asymptote horizontale \(y=L\) à cette extrémité.
Statut : résultats et contre-exemples établis dans le cours ; ils sont rappelés ici pour la révision.
Exemple 25.1 — Un seul écart permet plusieurs lectures
Pour \(x>0\), soit \(f(x)=3-2/x\). L’écart à \(3\) vaut \(f(x)-3=-2/x\).
Comme \(-2/x\to0\), la limite en \(+\infty\) vaut \(3\). Comme cet écart est négatif, la courbe reste sous la droite \(y=3\). Comme il n’est jamais nul, la valeur \(3\) n’est jamais atteinte. Enfin, \(|f(x)-3|=2/x\) permet de calculer une proximité chiffrée.
Ces conclusions se complètent, mais aucune ne doit être remplacée par l’expression incorrecte « \(f(+\infty)=3\) ».
Une boîte à outils compacte, avec ses conditions
À retenir — Avant d’appliquer une règle
Opérations. Pour un quotient de limites réelles, vérifier que la limite du dénominateur est non nulle. Si un dénominateur tend vers \(0\), préciser son signe. Les quatre formes indéterminées usuelles sont \(0/0\), \(\infty/\infty\), \(\infty-\infty\) et \(0\times\infty\).
Algèbre. Une simplification par un facteur exige que ce facteur soit non nul sur les entrées considérées. Une conjuguée se multiplie en haut et en bas. La bonne identité est \(\sqrt{x^2}=|x|\).
Comparaison. Pour conclure à \(+\infty\), chercher un minorant qui tend vers \(+\infty\). Pour conclure à \(-\infty\), chercher un majorant qui tend vers \(-\infty\). Pour une limite réelle, chercher deux bornes de même limite, ou contrôler une valeur absolue.
Exponentielle. \(\mathrm{e}^t\to0\) en \(-\infty\) et \(\mathrm{e}^t\to+\infty\) en \(+\infty\). Pour \(n\in\mathbb{N}\) et \(a>0\) fixés, \(x^n/\mathrm{e}^{ax}\to0\) en \(+\infty\). Une substitution complète traite les arguments et les constantes.
Composition. Étudier d’abord la destination de l’expression intérieure, puis vérifier que la fonction extérieure est définie du bon côté. Une valeur intérieure au point limite ne remplace pas cette étude.
Taux d’accroissement. Si une fonction \(F\) est dérivable en \(a\), alors \((F(x)-F(a))/(x-a)\to F'(a)\). C’est un résultat antérieur rappelé ; on ne l’utilise que si la dérivabilité et la dérivée sont connues.
Non-existence. Deux familles d’entrées du domaine approchant la même destination avec des images de limites différentes suffisent à réfuter une limite. Au voisinage d’un réel \(a\), on choisit des entrées différentes de \(a\) et respectant le côté étudié. Quelques valeurs concordantes ne suffisent pas à prouver une limite.
Le test : chercher avant de consulter les réponses
Tu peux répartir ce test en deux séances. À la première tentative, conserve tes erreurs : elles serviront à choisir une reprise ciblée. Pour chaque calcul, donne une justification qui fait apparaître la condition décisive.
À toi 25.1 — Question 1
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour \(x>0\), on pose \(f(x)=3-2/x\). Étant donné \(\varepsilon>0\), propose un réel \(A>0\) tel que \[x>A\quad\Longrightarrow\quad |f(x)-3|<\varepsilon.\] Explique ce que cela prouve.
À toi 25.2 — Question 2
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
On définit \(g\) par \(g(x)=(x^2-4)/(x-2)\) lorsque \(x\ne2\), et \(g(2)=9\). Détermine \(\lim_{x\to2}g(x)\) et compare cette limite à \(g(2)\).
À toi 25.3 — Question 3
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une fonction vérifie \(\lim_{x\to0^-}f(x)=+\infty\) et \(\lim_{x\to0^+}f(x)=-\infty\). Peut-on écrire \(\lim_{x\to0}f(x)=\infty\) ? La droite \(x=0\) est-elle asymptote verticale ?
À toi 25.4 — Question 4
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}\frac{2x^3-x+1}{x^2+3}\).
À toi 25.5 — Question 5
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule les limites à gauche et à droite de \(2\) de \(f(x)=(x+1)/(x-2)\). Précise les signes utiles.
À toi 25.6 — Question 6
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule, en \(+\infty\) puis en \(-\infty\), la limite de \(\displaystyle\frac{\sqrt{4x^2+9}}x\).
À toi 25.7 — Question 7
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to0}\frac{\sqrt{x+9}-3}{x}\).
À toi 25.8 — Question 8
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\bigl(\sqrt{x^2+x}-x\bigr)\).
À toi 25.9 — Question 9
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Étudie les limites en \(-1^-\) et en \(-1^+\) de \(\displaystyle f(x)=\exp\!\left(-\frac1{x+1}\right)\).
À toi 25.10 — Question 10
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{x^4}{\mathrm{e}^{3x}}\) en écrivant un changement de variable qui ramène au théorème \(t^n/\mathrm{e}^t\to0\).
À toi 25.11 — Question 11
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}(\mathrm{e}^x-2x^3)\).
À toi 25.12 — Question 12
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}\frac{\cos x}{x}\) sans supposer que le cosinus ait une limite.
À toi 25.13 — Question 13
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
La fonction \(f(x)=2+\sin x\) possède-t-elle une limite en \(+\infty\) ? Donne une preuve exacte de ta réponse.
À toi 25.14 — Question 14
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Réfute l’affirmation suivante par un contre-exemple : « Si \(0\leq f(x)\leq x^2\) pour tout \(x>0\), alors \(f(x)\to+\infty\). » Indique ensuite quelle sorte de borne permettrait réellement de prouver \(+\infty\).
À toi 25.15 — Question 15
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un tableau numérique de \(f(x)=\sin(\pi x)\), établi seulement pour des valeurs entières positives de \(x\), affiche toujours \(0\). Peut-on en déduire une limite nulle en \(+\infty\) ? Justifie en choisissant d’autres entrées exactes.
À toi 25.16 — Question 16
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Un coût total est modélisé par \(C(q)=300+10q\) euros pour une quantité positive \(q\). Donne la limite du coût moyen par objet lorsque \(q\to+\infty\), puis la plus petite quantité entière pour laquelle ce coût moyen est strictement inférieur à \(10{,}25\) euros.
À toi 25.17 — Question 17
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Pour un réel \(a\) fixé, détermine selon les valeurs de \(a\) la limite en \(+\infty\) de \[F_a(x)=(a-1)x^2+4.\] Explique pourquoi le cas \(a=1\) doit être traité explicitement.
À toi 25.18 — Question 18
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
En utilisant la dérivée connue de l’exponentielle en \(0\), calcule \[\lim_{x\to0}\frac{\mathrm{e}^{3x}-1}{x}.\] Écris la transformation qui fait apparaître un taux d’accroissement.
Corrigé expliqué du test
Correction expliquée.
Question 1. Pour \(x>0\), \[|f(x)-3|=\left|-\frac2x\right|=\frac2x.\] On choisit \(A=2/\varepsilon\), qui est positif. Si \(x>A\), alors \(x>2/\varepsilon\). En inversant des nombres positifs, puis en multipliant par \(2\), on obtient \(2/x<\varepsilon\).
Cela prouve \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=3\) : quelle que soit la tolérance positive, toutes les images sont assez proches de \(3\) dès que l’entrée dépasse le seuil choisi. Le seuil dépend de \(\varepsilon\), ce qui est attendu.
Correction expliquée.
Question 2. Pour \(x\ne2\), \[\frac{x^2-4}{x-2}= \frac{(x-2)(x+2)}{x-2}=x+2.\] Lorsque \(x\to2\) avec \(x\ne2\), cette expression tend vers \(4\). Ainsi \(\lim_{x\to2}g(x)=4\), tandis que \(g(2)=9\).
La limite et la valeur sont différentes. Selon la convention du cours, la limite au point est étudiée hors du point ; la valeur isolée \(9\) ne modifie pas le comportement des images autour de \(2\).
Correction expliquée.
Question 3. On ne peut pas écrire une limite non signée « \(\infty\) » pour fusionner les deux comportements. Les limites \(+\infty\) et \(-\infty\) sont différentes : il n’y a pas de limite bilatérale en \(0\).
En revanche, la droite \(x=0\) est bien asymptote verticale, car au moins une limite latérale est infinie ; ici, les deux le sont, avec des signes opposés. L’existence d’une asymptote verticale et l’existence d’une limite bilatérale sont deux questions distinctes.
Correction expliquée.
Question 4. Le dénominateur \(x^2+3\) est toujours positif. Pour \(x\ne0\), on factorise \(x^3\) en haut et \(x^2\) en bas : \[\frac{2x^3-x+1}{x^2+3} =x\frac{2-1/x^2+1/x^3}{1+3/x^2}.\] Le quotient entre parenthèses tend vers \(2/1=2>0\). Comme \(x\to-\infty\), le produit tend vers \(-\infty\).
Le signe de \(x\) est essentiel : la différence des degrés suggère une croissance linéaire, mais ne détermine pas à elle seule le signe de la limite à gauche.
Correction expliquée.
Question 5. Le domaine exclut \(2\). Lorsque \(x\to2\), le numérateur \(x+1\) tend vers \(3>0\) ; il reste donc positif dans un voisinage de \(2\).
À gauche, le dénominateur \(x-2\) tend vers \(0^-\) ; le quotient tend vers \(-\infty\). À droite, il tend vers \(0^+\) ; le quotient tend vers \(+\infty\). Ainsi \[\lim_{x\to2^-}f(x)=-\infty, \qquad \lim_{x\to2^+}f(x)=+\infty.\] La droite \(x=2\) est asymptote verticale, sans limite bilatérale en \(2\).
Correction expliquée.
Question 6. Pour \(x\ne0\), \[\frac{\sqrt{4x^2+9}}x =\frac{\sqrt{x^2(4+9/x^2)}}x =\frac{|x|}{x}\sqrt{4+\frac9{x^2}}.\] En \(+\infty\), \(x>0\) à partir d’un certain seuil, donc \(|x|/x=1\). La limite vaut \(\sqrt4=2\).
En \(-\infty\), \(x<0\), donc \(|x|/x=-1\). La limite vaut \(-\sqrt4=-2\).
La racine est positive dans les deux cas ; c’est la division par \(x\), négatif à gauche, qui change le signe du quotient.
Correction expliquée.
Question 7. Le domaine est \([-9;+\infty[\setminus\{0\}\). En \(0\), on rencontre la forme \(0/0\). La conjuguée \(\sqrt{x+9}+3\) est positive ; pour \(x\ne0\), \[\begin{aligned} \frac{\sqrt{x+9}-3}{x} &=\frac{(\sqrt{x+9}-3)(\sqrt{x+9}+3)}{x(\sqrt{x+9}+3)}\\ &=\frac{x+9-9}{x(\sqrt{x+9}+3)} =\frac1{\sqrt{x+9}+3}. \end{aligned}\] Le dénominateur final tend vers \(6\), non nul. La limite est donc \(1/6\).
Correction expliquée.
Question 8. Pour \(x>0\), le radicande \(x^2+x\) est positif et la conjuguée \(\sqrt{x^2+x}+x\) est strictement positive. On écrit \[\sqrt{x^2+x}-x =\frac{(x^2+x)-x^2}{\sqrt{x^2+x}+x} =\frac{x}{\sqrt{x^2+x}+x}.\] Comme \(x>0\), \(\sqrt{x^2+x}=x\sqrt{1+1/x}\). On simplifie alors par \(x\ne0\) : \[\frac{x}{x\sqrt{1+1/x}+x} =\frac1{\sqrt{1+1/x}+1}\longrightarrow\frac12.\] La différence de deux fonctions qui tendent vers \(+\infty\) possède ici une limite finie non nulle. Cela illustre une issue possible de la forme indéterminée \(\infty-\infty\).
Correction expliquée.
Question 9. La fonction intérieure est \(u(x)=-1/(x+1)\), définie pour \(x\ne-1\).
En \(-1^-\), \(x+1\to0^-\), donc \(-1/(x+1)\to+\infty\). Par la limite de l’exponentielle en \(+\infty\), \(f(x)\to+\infty\).
En \(-1^+\), \(x+1\to0^+\), donc \(-1/(x+1)\to-\infty\). L’exponentielle tend alors vers \(0\). On obtient \[\lim_{x\to-1^-}f(x)=+\infty, \qquad \lim_{x\to-1^+}f(x)=0.\] Le signe moins placé devant l’inverse change le côté qui donne la divergence. Il faut étudier l’argument avant d’appliquer l’exponentielle.
Correction expliquée.
Question 10. Posons \(t=3x\). Alors \(t\to+\infty\) et \(x=t/3\), d’où \[\frac{x^4}{\mathrm{e}^{3x}} =\frac{(t/3)^4}{\mathrm{e}^t} =\frac1{81}\frac{t^4}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] La puissance \(4\) est fixée ; le théorème de croissance comparée s’applique. Le facteur \(1/81\) est conservé dans la transformation exacte.
Correction expliquée.
Question 11. La forme initiale est \(+\infty-(+\infty)\). On factorise \(\mathrm{e}^x>0\) : \[\mathrm{e}^x-2x^3=\mathrm{e}^x\left(1-2\frac{x^3}{\mathrm{e}^x}\right).\] Par croissance comparée, \(x^3/\mathrm{e}^x\to0\), donc le second facteur tend vers \(1>0\). Le premier tend vers \(+\infty\), d’où une limite \(+\infty\).
On peut contrôler le sens par une minoration : à partir d’un certain seuil, la parenthèse dépasse \(1/2\), donc l’expression dépasse \(\mathrm{e}^x/2\), qui tend vers \(+\infty\).
Correction expliquée.
Question 12. Pour \(x\ne0\), \[\left|\frac{\cos x}{x}\right| =\frac{|\cos x|}{|x|} \leq\frac1{|x|}.\] En \(-\infty\), \(|x|\to+\infty\), donc \(1/|x|\to0\). La distance du quotient à \(0\) est majorée par une quantité qui tend vers \(0\) : la limite vaut \(0\).
Utiliser la valeur absolue évite d’inverser incorrectement des inégalités lorsqu’on divise par un \(x\) négatif.
Correction expliquée.
Question 13. Pour \(a_k=\pi/2+2k\pi\), on a \(a_k\to+\infty\) et \(f(a_k)=3\). Pour \(b_k=3\pi/2+2k\pi\), on a \(b_k\to+\infty\) et \(f(b_k)=1\).
Si une limite existait, les images des deux familles devraient avoir la même limite. Les valeurs constantes \(3\) et \(1\) l’interdisent. La fonction étant bornée entre \(1\) et \(3\), aucune limite infinie n’est possible. Elle n’a donc aucune limite en \(+\infty\).
Correction expliquée.
Question 14. La fonction nulle \(f(x)=0\) vérifie \(0\leq f(x)\leq x^2\) pour \(x>0\), mais sa limite est \(0\), pas \(+\infty\).
Pour prouver \(f(x)\to+\infty\) par comparaison, il faudrait une fonction \(u\) telle que \(u(x)\leq f(x)\) pour toutes les entrées assez grandes et \(u(x)\to+\infty\). Un majorant qui devient grand ne fournit pas cette garantie.
Correction expliquée.
Question 15. Pour tout entier \(k\), \(\sin(\pi k)=0\). Mais l’échantillon ne contient que des zéros de la fonction.
Choisissons \(a_k=2k\) et \(b_k=2k+1/2\). Les deux familles tendent vers \(+\infty\) ; pourtant \[f(a_k)=\sin(2k\pi)=0, \qquad f(b_k)=\sin(2k\pi+\pi/2)=1.\] Ces valeurs sont incompatibles avec une limite commune. Il n’y a donc pas de limite en \(+\infty\). Le tableau numérique avait masqué les oscillations en choisissant toujours la même position dans chaque période.
Correction expliquée.
Question 16. Pour \(q>0\), le coût moyen vaut \[M(q)=\frac{300+10q}{q}=\frac{300}{q}+10\longrightarrow10\] euros par objet. Le coût total, lui, tend vers \(+\infty\).
Pour la condition stricte, on écrit \[10+\frac{300}{q}<10{,}25 \quad\Longleftrightarrow\quad \frac{300}{q}<0{,}25.\] Comme \(q>0\), on peut multiplier par \(q\) sans changer le sens : \(300<0{,}25q\), soit \(q>1200\). La plus petite quantité entière est donc \(1201\) objets.
Correction expliquée.
Question 17. Le paramètre \(a\) est fixé pendant que \(x\to+\infty\).
Si \(a>1\), le coefficient \(a-1\) est positif, donc \((a-1)x^2\to+\infty\) et \(F_a(x)\to+\infty\).
Si \(a<1\), le coefficient est négatif, donc \((a-1)x^2\to-\infty\) et \(F_a(x)\to-\infty\).
Si \(a=1\), le terme de degré deux est nul pour tout \(x\) et \(F_1(x)=4\). La limite vaut \(4\).
Le cas \(a=1\) change le degré effectif de l’expression. On ne peut pas conserver un « terme dominant » dont le coefficient est nul.
Correction expliquée.
Question 18. La fonction exponentielle est dérivable en \(0\), de dérivée \(\mathrm{e}^0=1\). Par définition du nombre dérivé, \[\lim_{t\to0}\frac{\mathrm{e}^t-\mathrm{e}^0}{t-0}=1.\] Posons \(t=3x\). Lorsque \(x\to0\) avec \(x\ne0\), \(t\to0\) et \(t\ne0\). Comme \(x=t/3\), \[\frac{\mathrm{e}^{3x}-1}{x} =3\frac{\mathrm{e}^t-1}{t}\longrightarrow3.\] Le facteur \(3\) vient du changement de dénominateur. La croissance comparée aux infinis n’est pas l’outil adapté ici, puisque la destination est \(0\).
Lire ses erreurs pour choisir la prochaine action
Une erreur n’a pas toujours la même origine. Utilise la première étape incorrecte de ta copie, plutôt que la seule dernière réponse, pour choisir une reprise.
| Questions | Si l’erreur porte sur… | Reprise utile |
|---|---|---|
| 1 à 3 | le sens d’une limite, le point ou le côté | réécrire une phrase complète « quand l’entrée…, les images… » |
| 4 à 8 | les facteurs, les signes, une racine | refaire une identité avec ses conditions avant d’y mettre une limite |
| 9 à 11 | l’argument exponentiel ou un facteur manquant | écrire séparément la nouvelle variable, sa destination et l’expression transformée |
| 12 à 15 | une borne ou un échantillon | choisir une majoration de l’écart, une minoration utile ou deux entrées incompatibles |
| 16 à 18 | le modèle, le paramètre ou l’outil local | nommer la grandeur, le cas du paramètre ou le résultat antérieur réellement utilisé |
Une boucle de réparation complète
À toi 25.19 — Une bonne réponse peut cacher une mauvaise raison
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Une copie écrit : « \(\sin x/x\to0\) en \(+\infty\) parce que \(\sin x\to0\). »
La conclusion est-elle correcte ? Quelle est la première affirmation fausse ?
Remplace le faux argument par une preuve valide.
Résous ensuite \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{\cos(2x)}{x+1}\) sans reproduire la même erreur.
Correction expliquée.
1. La conclusion est correcte, mais \(\sin x\) ne tend pas vers \(0\) en \(+\infty\). Une bonne valeur finale ne valide pas le raisonnement.
2. Le rappel nécessaire est \(|\sin x|\leq1\). Pour \(x>0\), \[\left|\frac{\sin x}{x}\right|\leq\frac1x\longrightarrow0.\] La limite est donc nulle par encadrement de la valeur absolue.
3. Pour \(x>0\), \(x+1>0\) et \(|\cos(2x)|\leq1\), donc \[\left|\frac{\cos(2x)}{x+1}\right|\leq\frac1{x+1}\longrightarrow0.\] La limite est \(0\). Reviens maintenant à la question 12 : à gauche, quel changement faut-il apporter au dénominateur de la borne ? Il faut utiliser \(|x|\).
À toi 25.20 — Dernière reprise autonome
Cherche avant de consulter les indications et la correction.
Calcule la limite de \((x^2+2x-3)/(x-1)\) en \(1\).
Calcule la limite de \(\sqrt{x^2+2x}-x\) en \(+\infty\).
Calcule la limite de \(x^3\mathrm{e}^{2x}\) en \(-\infty\) et précise le signe des valeurs proches de cette destination.
Étudie en \(0\) les fonctions \(x\sin(1/x)\) et \(\sin(1/x)\), définies hors de \(0\).
Correction expliquée.
1. \(x^2+2x-3=(x-1)(x+3)\). Pour \(x\ne1\), le quotient vaut \(x+3\), donc la limite est \(4\).
2. Pour \(x>0\), la conjuguée est positive et \[\sqrt{x^2+2x}-x =\frac{2x}{\sqrt{x^2+2x}+x} =\frac2{\sqrt{1+2/x}+1}\longrightarrow1.\] La simplification utilise \(x\ne0\) et l’égalité \(\sqrt{x^2}=x\) uniquement parce que \(x>0\) dans cette étude.
3. Avec \(t=-2x\), on a \(t\to+\infty\) et \(x=-t/2\). Alors \[x^3\mathrm{e}^{2x}=-\frac18\frac{t^3}{\mathrm{e}^t}\longrightarrow0.\] Pour \(x<0\), \(x^3<0\) et \(\mathrm{e}^{2x}>0\) : les valeurs sont négatives.
4. Pour le premier produit, \(|x\sin(1/x)|\leq|x|\to0\), donc la limite bilatérale vaut \(0\).
Pour le sinus seul, les entrées \(a_k=1/(\pi/2+2k\pi)\) et \(b_k=1/(3\pi/2+2k\pi)\) tendent toutes deux vers \(0^+\), mais donnent des images \(1\) et \(-1\). Il n’existe même pas de limite à droite, donc pas de limite bilatérale. La multiplication par \(x\) change la conclusion parce qu’elle amortit l’amplitude.
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