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Divisibilité, division euclidienne et congruences — Cours en classe — Terminale mathématiques expertes

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Divisibilité, division euclidienne et congruences

Cours en classe — Terminale générale, Mathématiques expertes.

Fil conducteur. Une égalité du type \(a=bq+r\) relie deux points de vue : les multiples et les restes. Elle permet de dresser une liste de diviseurs, de calculer sans développer une puissance immense, de résoudre des équations entières et de construire un chiffrement simple.

Point de départ. On note \(\mathbb Z\) l'ensemble des entiers relatifs et \(\mathbb N=\{0,1,2,\ldots\}\). Les calculs avec les signes, la distributivité et les identités remarquables sont réutilisés. Le raisonnement par récurrence sera rappelé lorsqu'il intervient. Aucun résultat sur le PGCD, Bézout, Gauss ou Fermat n'est supposé connu ici.

1 Divisibilité dans les entiers relatifs

Définition : Diviseur, multiple et témoin entier

Soient \(d,a\in\mathbb{Z}\). On dit que \(d\) divise \(a\), et on écrit \(d\mid a\), s’il existe un entier \(k\in\mathbb{Z}\) tel que \(a=dk\). On dit aussi que \(d\) est un diviseur de \(a\), ou que \(a\) est un multiple de \(d\). L’entier \(k\) justifie la divisibilité.

Ainsi \(-35=7\times(-5)\) prouve que \(7\mid-35\). En revanche, \(12=5\times2{,}4\) ne prouve pas que \(5\mid12\) : \(2{,}4\notin\mathbb{Z}\).

Propriétés : Zéro, signes et quotient

Pour tout entier \(a\), \(1\mid a\), \(-1\mid a\) et \(a\mid0\). De plus, \(0\mid a\) si et seulement si \(a=0\) : en particulier, \(0\mid0\).

Changer le signe du diviseur ou du dividende ne change pas la divisibilité. Si \(d\ne0\), on dispose du critère

\[d\mid a\quad\Longleftrightarrow\quad \frac ad\in\mathbb{Z}.\]

Démonstration : Revenir à une égalité.

Les égalités \(a=1\times a=(-1)\times(-a)\) et \(0=a\times0\) suffisent pour les trois premières affirmations. Une égalité \(a=0\times k\) impose \(a=0\) ; réciproquement \(0=0\times0\). Enfin \(a=dk\) entraîne \(a=(-d)(-k)\) et \(-a=d(-k)\), et les mêmes changements de signe donnent les réciproques. Si \(d\ne0\), \(a=dk\) équivaut à \(a/d=k\) ; le critère du quotient en découle.

Ne pas confondre. \(0\mid0\) est une affirmation sur une multiplication ; elle ne donne aucun sens à la division \(0/0\). Les multiples de \(0\) forment \(\{0\}\), alors que tous les entiers divisent \(0\).

Lemme : Borner les diviseurs et les rechercher par paires

Si \(a\ne0\) et \(d\mid a\), alors \(d\ne0\) et \(1\leqslant |d|\leqslant |a|\). Pour \(N\geqslant1\), si \(N=de\) avec \(d,e\) positifs, au moins l’un des deux facteurs vérifie \(d\leqslant\sqrt N\) ou \(e\leqslant\sqrt N\).

Démonstration : Pourquoi la recherche est finie.

Dans \(a=dk\ne0\), les entiers \(d\) et \(k\) sont non nuls ; donc \(|k|\geqslant1\) et \(|a|=|d|\,|k|\geqslant|d|\geqslant1\). Si les deux facteurs positifs de \(N\) étaient strictement supérieurs à \(\sqrt N\), leur produit serait strictement supérieur à \(N\), contradiction.

Méthode : Lister tous les diviseurs d’un entier non nul

On travaille d’abord avec \(N=|a|\). Pour chaque entier \(d\geqslant1\) tel que \(d^2\leqslant N\), on teste si \(N/d\) est entier. Dans ce cas, on inscrit les deux partenaires \(d\) et \(N/d\), sans doublon s’ils sont égaux. On range les diviseurs positifs puis on ajoute leurs opposés pour une liste dans \(\mathbb{Z}\). Le lemme garantit qu’aucune paire n’est oubliée.

Exemple : Tous les diviseurs de \(-84\)

Comme \(9^2\leqslant84<10^2\), on teste \(d=1,\ldots,9\). Les paires retenues pour \(84\) sont

\[(1,84),\ (2,42),\ (3,28),\ (4,21),\ (6,14),\ (7,12).\]
Les essais \(5\), \(8\) et \(9\) ne donnent pas de quotient entier. Les diviseurs positifs sont donc \(1,2,3,4,6,7,12,14,21,28,42,84\). Les diviseurs de \(-84\) dans \(\mathbb{Z}\) sont ces douze entiers et leurs opposés.

Contrôle. Chaque paire a pour produit \(84\) ; les signes se vérifient en changeant celui du partenaire. Il y a \(24\) diviseurs entiers, aucun n’est nul.

Cas à isoler : pour \(a=0\), la liste des diviseurs est infinie ; la méthode précédente, qui utilise \(a\ne0\), ne s’applique pas.

2 Combinaisons linéaires et équations entières

Propriétés : Transitivité et produit

Pour des entiers \(a,b,c,d,d_1,d_2,a_1,a_2\) :

  • si \(d\mid a\) et \(a\mid b\), alors \(d\mid b\) ;

  • si \(d\mid a\), alors \(d\mid ca\) ;

  • si \(d_1\mid a_1\) et \(d_2\mid a_2\), alors \(d_1d_2\mid a_1a_2\).

Démonstration : Les témoins se multiplient.

Si \(a=dk\) et \(b=a\ell\), alors \(b=d(k\ell)\). De même, \(ca=d(ck)\). Enfin \(a_1=d_1k_1\) et \(a_2=d_2k_2\) donnent \(a_1a_2=(d_1d_2)(k_1k_2)\). Les nouveaux témoins sont des entiers.

Théorème : Stabilité par combinaison linéaire entière

Si \(d\mid a\) et \(d\mid b\), alors, pour tous \(u,v\in\mathbb{Z}\),

\[d\mid ua+vb.\]
L’expression \(ua+vb\) s’appelle une combinaison linéaire entière de \(a\) et \(b\).

Démonstration : Mettre le diviseur en facteur.

Écrivons \(a=dr\) et \(b=ds\), avec \(r,s\in\mathbb{Z}\). Alors \(ua+vb=udr+vds=d(ur+vs)\), et \(ur+vs\in\mathbb{Z}\).

Corollaire : Enlever un multiple du diviseur

Pour \(a,d,k\in\mathbb{Z}\),

\[d\mid a\quad\Longleftrightarrow\quad d\mid a+kd.\]

Démonstration : Il faut les deux sens.

Si \(d\mid a\), alors \(d\mid a+kd\). Réciproquement, si \(d\mid a+kd\), on soustrait le multiple \(kd\) : \(d\mid(a+kd)-kd=a\).

Piège : Ne pas inverser une implication

\(d\mid(a+b)\) n’impose pas \(d\mid a\) ni \(d\mid b\) : \(3\mid(1+2)\). De même \(6\mid2\times3\), mais \(6\nmid2\) et \(6\nmid3\). Les coefficients de la combinaison doivent être entiers : la moitié d’un multiple de \(2\) n’est pas nécessairement un multiple de \(2\).

Méthode : Une divisibilité contenant l’inconnue

Lorsqu’un diviseur et le nombre à diviser dépendent du même entier \(n\), chercher une combinaison qui supprime \(n\). Transformer par équivalence, puis exploiter une liste finie de diviseurs. Vérifier les valeurs interdites et la réciproque.

Exemple : Résoudre \(n-2\mid3n+4\) dans \(\mathbb{Z}\)

On écrit \(3n+4=3(n-2)+10\). Le corollaire donne

\[n-2\mid3n+4\quad\Longleftrightarrow\quad n-2\mid10.\]
Ainsi \(n-2\in\{-10,-5,-2,-1,1,2,5,10\}\), d’où
\[\boxed{n\in\{-8,-3,0,1,3,4,7,12\}.}\]

Contrôle. Pour chacune de ces valeurs, \(10=(n-2)k\) avec \(k\in\mathbb{Z}\), donc \(3n+4=(n-2)(3+k)\) : toutes conviennent. La valeur \(n=2\) ne convient pas, car \(0\nmid10\).

Méthode : Factoriser une équation à inconnues entières

Une équation diophantienne cherche des solutions entières. Si elle se ramène à \(uv=N\ne0\), les couples ordonnés possibles sont \((u,v)=(d,N/d)\), où \(d\) parcourt tous les diviseurs entiers de \(N\). En effet, \(uv=N\) impose \(u\mid N\) et \(v=N/u\) ; la réciproque est immédiate.

Revenir ensuite aux inconnues initiales et contrôler leur intégralité. Si \(N=0\), il faut traiter séparément \(u=0\) ou \(v=0\) : la liste finie ne s’applique plus.

Exemple : Compléter un produit

Résolvons \(xy-2x+3y=11\) dans \(\mathbb{Z}^2\). Comme

\[(x+3)(y-2)=xy-2x+3y-6,\]
l’équation équivaut à \((x+3)(y-2)=5\).

\(x+3\) \(y-2\) \(x\) \(y\)
1 5 -2 7
5 1 2 3
-1 -5 -4 -3
-5 -1 -8 1

Ce sont les quatre solutions \((-2,7),(2,3),(-4,-3),(-8,1)\).

Contrôle. Toute ligne a un produit égal à \(5\) ; en développant et en ajoutant \(6\), on retrouve \(xy-2x+3y=11\). L’énumération des diviseurs de \(5\) garantit l’exhaustivité.

Exemple : Un retour aux inconnues qui impose la parité

Pour \(x^2-y^2=32\), poser \(u=x-y\) et \(v=x+y\) donne \(uv=32\) et

\[x=\frac{u+v}{2},\qquad y=\frac{v-u}{2}.\]
Ces deux nombres sont entiers si et seulement si \(u\) et \(v\) ont la même parité. Parmi les paires de diviseurs positifs de \(32\), seules \((2,16),(4,8),(8,4),(16,2)\) conviennent ; \((1,32)\) et \((32,1)\) sont rejetées. On ajoute les quatre couples obtenus en changeant simultanément les deux signes. Les solutions sont
\[(9,7),(9,-7),(6,2),(6,-2),(-9,7),(-9,-7),(-6,2),(-6,-2).\]

Contrôle. \(9^2-7^2=81-49=32\) et \(6^2-2^2=36-4=32\) ; les signes ne changent pas les carrés. La restriction à \(\mathbb{N}^2\) ne garderait que \((9,7)\) et \((6,2)\).

3 Division euclidienne : quotient et reste

Théorème : Existence et unicité

Pour tout \(a\in\mathbb{Z}\) et tout entier \(b\geqslant1\), il existe un unique couple \((q,r)\in\mathbb{Z}^2\) tel que

\[\boxed{a=bq+r\qquad\text{et}\qquad 0\leqslant r<b.}\]
\(a\) est le dividende, \(b\) le diviseur, \(q\) le quotient et \(r\) le reste. Le quotient peut être négatif ; le reste ne l’est jamais.

Lecture du schéma : \(-9\) est entre les multiples consécutifs \(-14\) et \(-7\) de \(7\). En partant du multiple inférieur \(-14\), il reste à avancer de \(5\) : \(-9=7(-2)+5\).

Démonstration : Existence : construire le couple.

Si \(a\geqslant0\). Parmi les entiers \(j\in\{0,\ldots,a\}\) pour lesquels \(bj\leqslant a\), il y en a au moins un, \(j=0\). Cette liste finie admet un plus grand élément \(q\). On a \(bq\leqslant a<b(q+1)\) : si \(b(q+1)\leqslant a\), alors \(q+1\leqslant a\) puisque \(b\geqslant1\), ce qui contredirait le choix de \(q\). En posant \(r=a-bq\), on obtient \(0\leqslant r<b\).

Si \(a<0\). On applique le cas précédent à \(-a>0\) : \(-a=bQ+R\) avec \(0\leqslant R<b\). Si \(R=0\), alors \(a=b(-Q)+0\) convient. Si \(R>0\), on réécrit

\[a=-bQ-R=b(-Q-1)+(b-R),\qquad 0<b-R<b.\]
On a donc encore un quotient entier et un reste autorisé.

Lemme : Un petit multiple est nul

Si \(b\geqslant1\), \(b\mid t\) et \(-b<t<b\), alors \(t=0\).

Démonstration : Une borne stricte décisive.

Écrire \(t=bk\) donne \(-1<k<1\). Le seul entier de cet intervalle est \(0\).

Démonstration : Unicité : comparer deux décompositions.

Supposons \(a=bq+r=bq'+r'\) avec \(0\leqslant r,r'<b\). Alors \(b(q-q')=r'-r\) et \(-b<r'-r<b\). Le lemme impose \(r'-r=0\), donc \(r=r'\). On en déduit \(b(q-q')=0\), puis \(q=q'\) car \(b\ne0\).

Corollaire : Divisibilité et reste nul

Pour \(b\geqslant1\), \(b\mid a\) si et seulement si le reste de la division de \(a\) par \(b\) vaut \(0\).

Démonstration : Utiliser l’unicité.

Un reste nul donne \(a=bq\), donc \(b\mid a\). Inversement \(a=bk\) avec \(k\in\mathbb{Z}\) est déjà une division euclidienne de reste \(0\) ; l’unicité permet de conclure.

Méthode : Effectuer puis vérifier une division

Trouver deux multiples consécutifs tels que \(bq\leqslant a<b(q+1)\). Calculer \(r=a-bq\), puis contrôler à la fois l’identité \(a=bq+r\) et les bornes \(0\leqslant r<b\). Pour un dividende négatif, ne pas seulement changer le signe du quotient et du reste.

Exemple : Diviser \(173\), \(-173\) et \(-180\) par \(12\)

\[\begin{array}{rcll} 173&=&12\times14+5,&0\leqslant5<12,\\ -173&=&12\times(-15)+7,&0\leqslant7<12,\\ -180&=&12\times(-15)+0,&0\leqslant0<12. \end{array}\]
L’égalité \(-173=12\times(-14)-5\) est exacte, mais n’est pas la division euclidienne : le reste \(-5\) est interdit. On enlève encore un groupe de \(12\) au multiple choisi : \(-5=-12+7\).

Exemple : Exploiter une contrainte sur quotient et reste

Un entier \(a\) est divisé par \(6\) ; on impose \(q=2r+1\). Écrivons toutes les conditions :

\[a=6q+r=6(2r+1)+r=12r+6+r=13r+6, \quad r\in\{0,1,2,3,4,5\}.\]

\(r\) 0 1 2 3 4 5
\(q=2r+1\) 1 3 5 7 9 11
\(a=13r+6\) 6 19 32 45 58 71

Réciproquement, chaque colonne satisfait \(a=6q+r\) et \(0\leqslant r<6\) ; elle fournit donc une division valable. Sans la borne sur \(r\), on obtiendrait des candidats qui ne répondent pas au problème.

4 Congruences : comparer les restes

Définition : Congruence modulo un entier

On fixe un entier \(n\geqslant2\). Pour \(a,b\in\mathbb{Z}\),

\[\boxed{a\equiv b\pmod n\quad\Longleftrightarrow\quad n\mid(a-b).}\]
On lit « \(a\) est congru à \(b\) modulo \(n\) ». On écrit aussi \(a\equiv b\ [n]\). Ainsi, il existe \(k\in\mathbb{Z}\) tel que \(a-b=nk\). Une congruence n’est pas une égalité : \(-11\equiv10\pmod7\), car \(-11-10=-21=7(-3)\).

Convention. Le parcours utilise \(n\geqslant2\). Modulo \(1\), tous les entiers seraient congrus et le seul reste serait \(0\) ; le module \(0\) n’est pas utilisé.

Théorème : Caractérisation par les restes

Deux entiers sont congrus modulo \(n\) si et seulement si leurs divisions euclidiennes par \(n\) ont le même reste.

Démonstration : Relier divisibilité et division euclidienne.

Écrivons \(a=nq+r\) et \(b=nq'+s\), avec \(0\leqslant r,s<n\). Si \(r=s\), alors \(a-b=n(q-q')\), donc \(a\equiv b\pmod n\). Réciproquement, si \(n\mid(a-b)\), alors

\[n\mid\bigl((a-b)-n(q-q')\bigr)=r-s.\]
Comme \(-n<r-s<n\), le lemme du petit multiple impose \(r-s=0\).

Propriétés : Trois règles de raisonnement

Pour un même module \(n\), \(a\equiv a\) ; si \(a\equiv b\), alors \(b\equiv a\) ; si \(a\equiv b\) et \(b\equiv c\), alors \(a\equiv c\). Ces trois propriétés sont la réflexivité, la symétrie et la transitivité.

Démonstration : Différences nulle, opposée et additionnée.

On utilise successivement \(a-a=0\), \(b-a=-(a-b)\) et \(a-c=(a-b)+(b-c)\), ainsi que la stabilité des multiples de \(n\).

Corollaire : Décrire tous les entiers d’un même reste

Si \(r\) est le reste de \(a\) modulo \(n\), alors

\[x\equiv a\pmod n\quad\Longleftrightarrow\quad x=r+nk\ \text{pour un }k\in\mathbb{Z}.\]
Il n’y a qu’un représentant \(r\) entre \(0\) et \(n-1\), mais une infinité d’entiers congrus à \(a\).

Démonstration : Le reste comme représentant.

Puisque \(a\equiv r\pmod n\), la symétrie et la transitivité donnent \(x\equiv a\pmod n\Longleftrightarrow x\equiv r\pmod n\). La définition transforme cette dernière condition en \(x-r=nk\).

Lecture : les nombres représentés diffèrent de multiples de \(9\) ; ils ont tous le reste \(5\). Le nombre \(-4\) est un représentant possible, mais n’est pas le reste euclidien.

Méthode : Prouver une congruence ou borner ses solutions

Pour comparer deux entiers : tester leur différence ou comparer leurs restes. Pour chercher tous les entiers d’un même reste : écrire \(x=r+nk\). S’il existe des bornes sur \(x\), les traduire en bornes sur l’entier \(k\).

Exemple : \(-58\) et \(23\) modulo \(9\)

La différence vaut \(-81=9(-9)\), donc \(-58\equiv23\pmod9\). On retrouve ce fait par \(-58=9(-7)+5\) et \(23=9\times2+5\).

Pour résoudre \(x\equiv23\pmod9\) avec \(-20\leqslant x\leqslant20\), on écrit

\[x=5+9k,\quad -20\leqslant5+9k\leqslant20 \Longleftrightarrow -25\leqslant9k\leqslant15.\]
Comme \(9>0\), \(-25/9\leqslant k\leqslant15/9\), d’où \(k=-2,-1,0,1\). Les solutions sont \(-13,-4,5,14\).

Contrôle. Elles appartiennent à l’intervalle demandé et chacune a pour reste \(5\).

5 Calculer avec des congruences

Théorème : Compatibilité avec les opérations

Pour un même module \(n\geqslant2\), si \(a\equiv a'\pmod n\) et \(b\equiv b'\pmod n\), alors

\[a+b\equiv a'+b',\qquad a-b\equiv a'-b',\qquad ab\equiv a'b'\pmod n.\]
En particulier, on peut multiplier une congruence par un entier et prendre les opposés.

Démonstration : Les écarts restent des multiples du module.

Écrivons \(a=a'+nu\) et \(b=b'+nv\) avec \(u,v\in\mathbb{Z}\). On a \(a+b=a'+b'+n(u+v)\) et \(a-b=a'-b'+n(u-v)\). Pour le produit, la distributivité donne les quatre termes

\[ab=(a'+nu)(b'+nv)=a'b'+a'nv+nub'+n^2uv =a'b'+n(a'v+ub'+nuv).\]
Les termes entre parenthèses sont entiers, ce qui démontre les trois congruences.

Théorème : Puissances naturelles

Si \(a\equiv b\pmod n\), alors \(a^p\equiv b^p\pmod n\) pour tout entier \(p\geqslant1\). Pour \(p=0\), l’égalité \(a^0=b^0=1\) convient lorsque \(a\) et \(b\) sont non nuls. On ne donne pas ici de sens à \(0^0\).

Démonstration : Une récurrence sur l’exposant.

L’initialisation \(p=1\) est l’hypothèse. Supposons \(a^p\equiv b^p\pmod n\) à un rang \(p\geqslant1\). La règle du produit et \(a\equiv b\pmod n\) donnent \(a^{p+1}=a^pa\equiv b^pb=b^{p+1}\pmod n\). Le principe de récurrence, connu en Terminale, établit donc la propriété à tout rang \(p\geqslant1\) : il ne s’agit pas seulement d’une vérification sur quelques valeurs.

Méthode : Réduire avant de calculer

Remplacer chaque entier par un représentant plus simple pour le même module. Appliquer les règles précédentes et réduire de nouveau les résultats intermédiaires. Si l’on demande le reste, terminer par le représentant compris entre \(0\) et \(n-1\).

Exemple : Reste de \(47\times83-19^2\) modulo \(12\)

On a \(47\equiv-1\), \(83\equiv-1\) et \(19\equiv7\pmod{12}\). Donc

\[47\times83-19^2\equiv(-1)(-1)-7^2=1-49=-48\equiv0\pmod{12}.\]
Le reste est \(0\).

Contrôle. Le calcul direct donne \(47\times83-19^2=3901-361=3540=12\times295\).

Propriété : Passer à un module diviseur

Si \(a\equiv b\pmod n\) et si \(d\geqslant2\) divise \(n\), alors \(a\equiv b\pmod d\).

Démonstration : Appliquer la transitivité de la divisibilité.

On a \(n\mid(a-b)\) et \(d\mid n\), donc \(d\mid(a-b)\). La réciproque n’est pas automatique : \(1\equiv3\pmod2\), mais \(1\not\equiv3\pmod4\).

Théorème : Une simplification qui change aussi le module

Pour \(c\geqslant1\), \(m\geqslant2\) entiers et \(a,b\in\mathbb{Z}\),

\[\boxed{ca\equiv cb\pmod{cm}\quad\Longleftrightarrow\quad a\equiv b\pmod m.}\]

Démonstration : Simplifier une égalité entière, pas seulement des symboles.

La congruence de gauche signifie \(c(a-b)=cmk\) pour un entier \(k\). Comme \(c\ne0\), cette égalité équivaut à \(a-b=mk\), qui est la congruence de droite.

Piège : On ne divise pas librement une congruence

\(3\equiv9\pmod6\) est vraie, mais \(1\equiv3\pmod6\) est fausse. La simplification correcte est \(1\equiv3\pmod2\). De même,

\[4x\equiv8\pmod{12}\quad\Longleftrightarrow\quad x\equiv2\pmod3,\]
et non \(x\equiv2\pmod{12}\) : cette dernière condition perdrait, par exemple, \(x=5\).

On ne peut pas non plus extraire arbitrairement des racines : \(2^2\equiv3^2\pmod5\), alors que \(2\not\equiv3\pmod5\). Enfin un produit nul modulo \(6\) n’impose pas un facteur nul modulo \(6\) : \(2\times3\equiv0\).

6 Grandes puissances et cycles de restes

Méthode : Chercher d’abord \(0\), \(1\) ou \(-1\)

Réduire la base avant toute autre recherche. Pour un exposant entier \(p\geqslant1\), une base congrue à \(0\) donne un reste nul ; une base congrue à \(1\) donne un reste \(1\) ; une base congrue à \(-1\) donne \((-1)^p\), donc dépend de la parité de \(p\). Ces règles découlent du théorème sur les puissances.

Théorème : Réduire l’exposant grâce à un retour à \(1\)

Soient \(a\in\mathbb{Z}\setminus\{0\}\), \(m\geqslant2\) et \(T\geqslant1\) entiers. Si \(a^T\equiv1\pmod m\) et si \(p=Tq+r\) est la division euclidienne de \(p\in\mathbb{N}\) par \(T\), alors

\[\boxed{a^p\equiv a^r\pmod m.}\]

Démonstration : Justifier la répétition.

On a \(q\geqslant0\) et \(0\leqslant r<T\). Les règles des puissances donnent \(a^p=(a^T)^q a^r\equiv1^q a^r=a^r\pmod m\). Les cas \(q=0\) et \(r=0\) utilisent les puissances nulles de nombres non nuls.

Exemple : Reste de \(36^{2027}\) modulo \(11\)

Comme \(36\equiv3\pmod{11}\), on étudie les puissances de \(3\).

\(p\) 0 1 2 3 4 5
reste de \(3^p\) modulo \(11\) 1 3 9 5 4 1

Les étapes se calculent en multipliant le reste précédent par \(3\), puis en réduisant : \(27\equiv5\), \(15\equiv4\), \(12\equiv1\pmod{11}\). En particulier \(3^5=243=11\times22+1\).

\[2027=5\times405+2\quad\Longrightarrow\quad 36^{2027}\equiv3^{2027}\equiv3^2=9\pmod{11}.\]
Le reste demandé est donc \(9\).

Contrôle. L’exposant se divise par \(5\), longueur du retour à \(1\), et non par \(11\). Si son reste avait été \(0\), on aurait obtenu \(3^0=1\), pas \(0\).

Lecture : chaque flèche multiplie par \(3\) puis prend le reste modulo \(11\). Le retour à \(1\) après cinq étapes est établi par le calcul ; le théorème justifie la répétition pour tous les exposants, au-delà des premières valeurs.

Piège : Le retour à \(1\) n’est pas garanti

Modulo \(8\), les restes de \(2^p\) pour \(p=0,1,2,3,\ldots\) sont \(1,2,4,0,0,\ldots\). Pour \(p\geqslant3\), \(2^p=8\times2^{p-3}\), donc le reste vaut \(0\). Il n’y a pas de retour à \(1\) après l’exposant \(0\) : le théorème précédent ne s’applique pas.

Méthode : Variante : les carrés successifs

Si aucun cycle court n’est commode, calculer les restes de \(a,a^2,a^4,a^8,\ldots\) en élevant au carré le représentant précédent. Décomposer ensuite l’exposant en somme de puissances de \(2\) et multiplier les termes utiles. La règle \((a^u)^2=a^{2u}\) et la compatibilité avec le produit justifient la méthode.

Exemple : \(7^{117}\) modulo \(13\)

Les carrés successifs donnent :

exposant 1 2 4 8 16 32 64
reste 7 10 9 3 9 3 9

En effet \(49\equiv10\), \(100\equiv9\), \(81\equiv3\), puis \(9\equiv9\pmod{13}\) ; les carrés suivants redonnent alternativement \(3\) et \(9\). Comme \(117=64+32+16+4+1\),

\[7^{117}\equiv9\times3\times9\times9\times7\pmod{13}.\]
On réduit au fur et à mesure : \(9\times3\equiv1\), puis \(1\times9=9\), \(9\times9\equiv3\), et \(3\times7\equiv8\pmod{13}\). Le reste est \(8\), qui appartient bien à \(\{0,\ldots,12\}\).

7 Résoudre une congruence et trouver un inverse

Dans cette section, le module \(m\) est un entier au moins égal à \(2\) ; \(a\), \(b\), \(c\), les inconnues et les paramètres de solution sont des entiers.

Théorème : Une recherche exhaustive par les restes

Pour résoudre \(ax\equiv b\pmod m\) dans \(\mathbb{Z}\), il suffit de tester \(r=0,1,\ldots,m-1\). Chaque reste \(r\) qui vérifie \(ar\equiv b\pmod m\) fournit toutes les solutions \(x=r+mk\), \(k\in\mathbb{Z}\).

Démonstration : Pourquoi ces essais suffisent.

Tout entier \(x\) possède une unique écriture \(x=mq+r\), \(0\leqslant r<m\). Alors \(ax-b=m(aq)+(ar-b)\), donc \(m\mid(ax-b)\) si et seulement si \(m\mid(ar-b)\). Tous les entiers ont ainsi été pris en compte ; des essais arbitraires n’auraient pas suffi.

Exemple : Plusieurs restes solutions : \(4x\equiv6\pmod{10}\)

\(r\) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
reste de \(4r\) modulo \(10\) 0 4 8 2 6 0 4 8 2 6

Les restes solutions sont \(4\) et \(9\). Par conséquent

\[\boxed{x=4+10k\ \text{ou}\ x=9+10k,\qquad k\in\mathbb{Z}.}\]
On peut aussi réunir les deux familles en \(x=4+5k\), \(k\in\mathbb{Z}\) : les valeurs paires de \(k\) donnent la première famille et les impaires la seconde.

Contrôle. \(4(4+10k)-6=10(1+4k)\) et \(4(9+10k)-6=10(3+4k)\) sont bien des multiples de \(10\).

Définition : Inverse modulo \(m\)

Un entier \(c\) est un inverse de \(a\) modulo \(m\) si \(ac\equiv1\pmod m\). Il ne s’agit pas de la fraction réelle \(1/a\). Pour le déterminer avec un petit module, tester les restes \(0,\ldots,m-1\) et chercher un produit de reste \(1\).

Exemple : Un inverse trouvé et un cas sans inverse

Modulo \(7\), les produits \(3\times1,3\times2,\ldots,3\times5\) ont pour restes \(3,6,2,5,1\). Ainsi \(5\) est un inverse de \(3\) : \(3\times5=15=7\times2+1\).

En revanche, \(4\) n’a pas d’inverse modulo \(10\) : \(4c=1+10k\) serait une égalité entre un entier pair et un entier impair. Cela n’empêche pas \(4x\equiv6\pmod{10}\) d’avoir des solutions, comme on vient de le voir.

Propriété : Unicité du reste de l’inverse

Si \(c\) et \(d\) sont des inverses de \(a\) modulo \(m\), alors \(c\equiv d\pmod m\). Il y a donc au plus un inverse dans \(\{0,\ldots,m-1\}\).

Démonstration : Comparer les deux inverses par le produit.

Les congruences \(ad\equiv1\) et \(ac\equiv1\) donnent \(c\equiv c(ad)=(ca)d\equiv d\pmod m\).

Théorème : Résoudre grâce à un inverse vérifié

Si \(ac\equiv1\pmod m\), alors

\[\boxed{ax\equiv b\pmod m\quad\Longleftrightarrow\quad x\equiv cb\pmod m.}\]
Plus généralement, on peut simplifier un facteur \(a\) sans changer le module si l’on a établi l’existence d’un tel inverse.

Démonstration : Multiplier, puis prouver la réciproque.

Si \(ax\equiv b\), multiplier par \(c\) donne \(cax\equiv cb\), donc \(x\equiv cb\). Inversement, \(x\equiv cb\) donne \(ax\equiv acb\equiv b\). De même, \(au\equiv av\) donne \(u\equiv v\) en multipliant par \(c\) ; la réciproque s’obtient en multipliant par \(a\).

Méthode : Tableau ou inverse ?

Pour un petit module, le tableau des restes est toujours possible et exhaustif. Si l’on repère un inverse, le vérifier d’abord ; multiplier ensuite les deux membres, réduire le résultat, puis écrire toutes les solutions entières. Ne jamais déduire « aucune solution » de la seule absence d’inverse.

Exemple : Une famille ou aucune solution

Pour \(3x\equiv4\pmod7\), l’inverse \(5\) donne \(x\equiv5\times4=20\equiv6\pmod7\). Les solutions sont \(x=6+7k\), \(k\in\mathbb{Z}\).

Contrôle. \(3(6+7k)-4=18+21k-4=14+21k=7(2+3k)\).

En revanche, \(6y\equiv5\pmod9\) n’a aucune solution entière. En effet, \(6y-5=9k\) imposerait \(5=6y-9k=3(2y-3k)\), donc \(3\mid5\), ce qui est faux.

8 Établir des critères de divisibilité

Notation : Écriture décimale et valeur des chiffres

Un entier naturel \(N=\overline{a_sa_{s-1}\ldots a_1a_0}\) s’écrit

\[N=a_s10^s+a_{s-1}10^{s-1}+\cdots+a_1\times10+a_0,\]
où chaque \(a_i\) est un chiffre entre \(0\) et \(9\) et \(a_0\) est le chiffre des unités. La barre désigne une écriture décimale, pas un produit de chiffres. Pour un entier négatif, les tests portent sur sa valeur absolue.

Théorème : Un critère fondé sur les derniers chiffres

Soient \(s\geqslant1\) et \(d\geqslant2\) des entiers. Si \(d\) divise \(10^s\) et si \(N=10^s A+B\), avec \(A,B\in\mathbb{N}\) et \(0\leqslant B<10^s\), alors

\[d\mid N\quad\Longleftrightarrow\quad d\mid B.\]
\(B\) est le nombre constitué des \(s\) derniers chiffres de \(N\), avec des zéros initiaux si nécessaire.

Démonstration : Retirer une partie déjà divisible.

Puisque \(d\mid10^s\), on a \(d\mid10^sA\). On applique le corollaire sur l’ajout ou le retrait d’un multiple du diviseur à \(N=10^sA+B\).

Diviseurs testés Partie décimale à examiner
\(2,5,10\) Le chiffre des unités.
\(4,25,100\) Le nombre formé par les deux derniers chiffres.
\(8,125,1000\) Le nombre formé par les trois derniers chiffres.

Il ne faut pas inventer un test similaire pour tout diviseur : l’hypothèse \(d\mid10^s\) est ce qui justifie cette méthode.

Théorème : Somme des chiffres : critères de \(3\) et de \(9\)

Si \(S=a_0+a_1+\cdots+a_s\), alors \(N\equiv S\pmod3\) et \(N\equiv S\pmod9\). Ainsi \(N\) est divisible par \(3\) (respectivement par \(9\)) si et seulement si \(S\) est divisible par \(3\) (respectivement par \(9\)).

Démonstration : Remplacer chaque puissance de \(10\).

Comme \(10\equiv1\pmod3\) et \(10\equiv1\pmod9\), toutes les puissances \(10^i\) ont pour reste \(1\) pour chacun de ces modules. On remplace chaque terme \(a_i10^i\) par \(a_i\) dans la somme. L’équivalence de divisibilité vient du fait que deux entiers congrus ont le même reste, notamment le même reste nul.

Exemple : \(583\,146\)

La somme des chiffres est \(5+8+3+1+4+6=27\). Comme \(27\) est divisible par \(9\), \(583\,146\) l’est aussi, et donc il est également divisible par \(3\).

Contrôle. \(583\,146=9\times64\,794\). Le critère donne une divisibilité, pas le quotient \(64\,794\).

Théorème : Somme alternée : critère de \(11\)

Soit \(A=a_0-a_1+a_2-a_3+\cdots+(-1)^s a_s\), la somme alternée en commençant par le chiffre des unités. Alors \(N\equiv A\pmod{11}\), donc

\[11\mid N\quad\Longleftrightarrow\quad11\mid A.\]

Démonstration : Utiliser \(10\equiv-1\pmod{11}\).

On a \(10^i\equiv(-1)^i\pmod{11}\). En remplaçant dans l’écriture décimale de \(N\), on obtient la somme alternée \(A\). La caractérisation par le reste nul donne les deux sens du critère.

Exemple : \(604\,879\)

En partant des unités, \(A=9-7+8-4+0-6=0\). Le nombre est donc divisible par \(11\) : \(604\,879=11\times54\,989\). Sa somme de chiffres vaut \(6+0+4+8+7+9=34\) ; il n’est divisible ni par \(3\) ni par \(9\).

Commencer la somme alternée par la gauche peut changer son signe, mais pas sa divisibilité par \(11\). Il faut obtenir un multiple de \(11\), pas nécessairement \(0\). La somme alternée, éventuellement négative, n’est pas toujours le reste euclidien.

9 Démontrer une divisibilité ou une impossibilité

Méthode : Choisir le raisonnement

Une assertion portant sur tous les entiers ne se prouve pas par quelques essais. On peut factoriser, construire un témoin entier ou examiner tous les restes pour un module pertinent. Pour réfuter une assertion universelle, un seul contre-exemple suffit.

Pour prouver une impossibilité, chercher un module pour lequel les deux membres ne peuvent pas avoir le même reste. L’absence de contradiction pour un module ne suffit pas, à elle seule, à établir l’existence d’une solution.

Lemme : De \(2\) et \(3\) à \(6\)

Un entier divisible à la fois par \(2\) et par \(3\) est divisible par \(6\).

Démonstration : Une justification sans théorème ultérieur.

Écrire \(N=3k\). Si \(N\) est pair, alors \(k=N-2k\) est pair, donc \(k=2\ell\) avec \(\ell\in\mathbb{Z}\). Ainsi \(N=3(2\ell)=6\ell\). On ne peut pas remplacer \(2\) et \(3\) par deux nombres quelconques sans justification : \(12\) est divisible par \(4\) et \(6\), mais pas par \(24\).

Propriété : Un produit de trois entiers consécutifs

Pour tout \(n\in\mathbb{Z}\), \(6\mid n^3-n\).

Démonstration : Factoriser, puis combiner deux divisibilités.

On a \(n^3-n=n(n^2-1)=n(n-1)(n+1)\). L’un des deux entiers consécutifs \(n-1\) et \(n\) est pair : si \(n=2k\), c’est \(n\) ; si \(n=2k+1\), c’est \(n-1=2k\).

L’un des trois facteurs est divisible par \(3\). En effet, la division de \(n\) par \(3\) donne exactement l’un des cas :

\[\begin{array}{c|c} n=3q & n\text{ est multiple de }3\\ n=3q+1 & n-1=3q\\ n=3q+2 & n+1=3(q+1) \end{array}\]
Le produit est donc divisible par \(2\) et par \(3\). Le lemme permet de conclure qu’il est divisible par \(6\). Cette preuve vaut aussi pour les entiers négatifs.

Propriété : Restes d’un carré modulo \(4\)

Le carré d’un entier a pour reste \(0\) ou \(1\) modulo \(4\).

Démonstration : Séparer les entiers pairs et impairs.

Si \(x=2k\), alors \(x^2=4k^2\equiv0\pmod4\). Si \(x=2k+1\), alors \(x^2=4k^2+4k+1=4(k^2+k)+1\equiv1\pmod4\).

Corollaire : Une famille d’équations sans solution entière

Pour tout entier \(k\), l’équation \(x^2+y^2=4k+3\) n’a aucune solution dans \(\mathbb{Z}^2\).

Démonstration : Comparer les restes possibles.

Les sommes de deux restes pris dans \(\{0,1\}\) donnent \(0\), \(1\) ou \(2\) modulo \(4\), jamais \(3\). Or \(4k+3\) a pour reste \(3\), contradiction.

Limite. Avoir un reste \(0\), \(1\) ou \(2\) modulo \(4\) n’assure pas qu’un nombre est somme de deux carrés. Par exemple, pour obtenir \(6\), les carrés possibles ne dépassant pas \(6\) seraient \(0\), \(1\) et \(4\) ; aucune somme de deux de ces nombres ne vaut \(6\).

10 Application : un chiffrement affine

Définition : Coder les lettres par des entiers

On associe aux lettres \(A,B,\ldots,Z\) les rangs \(0,1,\ldots,25\). On travaille sans accents ni espaces dans les exemples. Le chiffrement étudié transforme le rang \(x\) en l’unique rang \(y\) tel que

\[y\equiv5x+7\pmod{26},\qquad 0\leqslant y\leqslant25.\]
On calcule donc le reste de \(5x+7\) dans la division par \(26\), puis on revient à une lettre.

Propriété : Déchiffrer grâce à l’inverse de \(5\)

Le rang de départ est l’unique entier \(x\) entre \(0\) et \(25\) vérifiant

\[\boxed{x\equiv21(y-7)\pmod{26}.}\]

Démonstration : Vérifier l’inverse et les deux sens.

On a \(5\times21=105=26\times4+1\), donc \(21\) est un inverse de \(5\) modulo \(26\). Ainsi

\[y\equiv5x+7\ \Longleftrightarrow\ y-7\equiv5x \ \Longleftrightarrow\ 21(y-7)\equiv x\pmod{26}.\]
Réciproquement, multiplier la dernière congruence par \(5\) puis ajouter \(7\) redonne \(5x+7\equiv y\pmod{26}\). L’unicité du reste entre \(0\) et \(25\) assure l’unicité du rang décodé.

Exemple : Chiffrer puis déchiffrer MATH

lettre \(x\) \(5x+7\) reste \(y\) lettre chiffrée
M 12 67 15 P
A 0 7 7 H
T 19 102 24 Y
H 7 42 16 Q

Le message chiffré est PHYQ. Les réductions sont \(67=26\times2+15\), \(102=26\times3+24\) et \(42=26+16\).

Pour déchiffrer, soustraire \(7\) avant de multiplier par \(21\) :

lettre reçue \(y\) \(21(y-7)\) reste \(x\) lettre retrouvée
P 15 168 12 M
H 7 0 0 A
Y 24 357 19 T
Q 16 189 7 H

Contrôle. \(168=26\times6+12\), \(357=26\times13+19\) et \(189=26\times7+7\). Le message initial est retrouvé.

Piège : Reste négatif apparent et coefficient non inversible

Pour déchiffrer F, de rang \(y=5\), on obtient \(21(5-7)=-42\). Il faut prendre \(-42=26(-2)+10\) : le rang \(10\) correspond à K.

Remplacer \(5\) par \(2\) dans la règle de chiffrement détruirait l’unicité : les rangs \(0\) et \(13\) donneraient tous deux le reste \(7\), donc la lettre H. Le nombre \(2\) n’a pas d’inverse modulo \(26\), car \(2c=1+26k\) opposerait un nombre pair à un impair.

Ce modèle sert à comprendre le rôle des congruences et des inverses ; il ne constitue pas une méthode sûre pour protéger des communications réelles.

11 Algorithmes : calculer et justifier

Vocabulaire : Lire un programme entier

Les arguments ci-dessous sont des entiers. Pour \(b>0\), Python donne le quotient euclidien avec a // b et le reste avec a % b. Ainsi \(-47=6(-8)+1\) donne -47 // 6 = -8 et -47 % 6 = 1 : le quotient est arrondi vers le bas, pas vers zéro.

Dans un programme, = est une affectation : on calcule le membre droit avec l’ancienne valeur, puis on remplace la valeur à gauche. == teste une égalité ; ** calcule une puissance ; l’indentation délimite les blocs d’instructions. Une congruence est une relation ; % est une opération qui calcule un reste.

Méthode : Distinguer tests et preuve

Préciser les entrées autorisées, suivre les états dans l’ordre des instructions, puis établir un invariant : une affirmation vraie au départ et après chaque passage complet. Justifier aussi la terminaison et relier le test d’arrêt au résultat attendu. Quelques tests numériques réussis ne remplacent pas cette preuve.

Algorithme : Division par soustractions successives

Entrées : \(a\geqslant0\) et \(b\geqslant1\), entiers. Sortie : quotient \(q\) et reste \(r\). \(q\) compte les groupes de \(b\) retirés ; \(r\) est ce qui reste à répartir.

def division_soustractions(a, b):
    if a < 0 or b <= 0:
        raise ValueError("il faut a >= 0 et b > 0")
    q, r = 0, a
    while r >= b:
        q = q + 1
        r = r - b
    return q, r

Démonstration : Invariant, terminaison, résultat.

Au test de la boucle, l’invariant est \(a=bq+r\), avec \(q,r\geqslant0\). Il est vrai initialement, puisque \(a=b\times0+a\). Si \(r\geqslant b\), les nouvelles valeurs sont \(q'=q+1\) et \(r'=r-b\geqslant0\) ; alors

\[bq'+r'=b(q+1)+(r-b)=bq+b+r-b=bq+r=a.\]
L’égalité est restaurée après les deux affectations, pas nécessairement entre elles. À chaque passage, l’entier naturel \(r\) diminue d’au moins \(1\) : la boucle finit. À l’arrêt, \(r<b\) ; avec l’invariant, on obtient exactement \(a=bq+r\) et \(0\leqslant r<b\).

Exemple : Trace de la division de \(29\) par \(6\)

passages terminés 0 1 2 3 4
\(q\) 0 1 2 3 4
\(r\) 29 23 17 11 5
\(6q+r\) 29 29 29 29 29

Le test \(5\geqslant6\) est faux : la fonction renvoie \((4,5)\). Une soustraction supplémentaire produirait \((5,-1)\), qui n’est pas une division euclidienne. Cette version refuse les dividendes négatifs, contrairement aux opérations // et % avec un diviseur positif. Elle peut être lente si le quotient est grand.

Algorithme : Puissance modulaire par multiplications successives

Entrées : \(a\in\mathbb{Z}\), \(e\in\mathbb{N}\) et \(m\geqslant1\) entiers. Le programme prend le reste après chaque produit ; il ne construit pas d’abord l’entier \(a^e\) tout entier.

def puissance_modulaire(a, exposant, module):
    if exposant < 0 or module < 1:
        raise ValueError("exposant >= 0 et module >= 1 requis")
    produit = 1 % module
    base = a % module
    for _ in range(exposant):
        produit = (produit * base) % module
    return produit
range(exposant) prévoit exactement \(e\) passages ; _ est ici un indice dont on n’utilise pas la valeur. Pour \(e=0\), le programme représente le produit vide, égal à \(1\) ; il renvoie le reste de \(1\), même si \(a=0\). Cette convention algorithmique ne définit pas l’expression mathématique \(0^0\) dans le cours.

Démonstration : Un invariant fondé sur les produits de facteurs.

Après \(j\) passages, produit est le reste du produit de \(j\) facteurs égaux à \(a\). Au départ, \(j=0\) : l’initialisation est le reste de \(1\). Si l’affirmation est vraie après \(j\) passages, la multiplication par base, qui a le même reste que \(a\), puis la prise du reste donnent le produit de \(j+1\) facteurs. La compatibilité des congruences avec le produit justifie ce passage pour \(m\geqslant2\) ; pour \(m=1\), tous les restes valent \(0\). La boucle s’arrête après \(e\) passages et la valeur renvoyée est entre \(0\) et \(m-1\).

Exemple : Trace pour \(5^4\) modulo \(17\)

Les valeurs successives de produit sont

\[1\ \longrightarrow\ 5\ \longrightarrow\ 8\ \longrightarrow\ 6\ \longrightarrow\ 13.\]
En effet, \(25=17+8\), \(8\times5=40=2\times17+6\) et \(6\times5=30=17+13\).

Contrôle. \(5^4=625=17\times36+13\). Avec un exposant nul et un module \(17\), aucun passage n’est exécuté et le résultat est \(1\) ; avec un module \(1\), il est \(0\).

Bon réflexe. Conserver les opérations entières pour les tests de divisibilité. Un quotient en virgule flottante peut être arrondi ; l’apparence de l’affichage ne prouve pas qu’un grand quotient est entier.

12 Synthèse : résultats et premiers gestes

À retenir : Les relations fondamentales et leurs conditions

  • \(d\mid a\Longleftrightarrow a=dk\) pour un \(k\in\mathbb{Z}\). Le critère \(a/d\in\mathbb{Z}\) exige \(d\ne0\).

  • \(d\mid a\) et \(d\mid b\) entraînent \(d\mid ua+vb\) pour \(u,v\in\mathbb{Z}\).

  • Si \(a\in\mathbb{Z}\) et \(b\geqslant1\) entier, il existe un unique couple \((q,r)\in\mathbb{Z}^2\) tel que \(a=bq+r\) et \(0\leqslant r<b\).

  • Pour \(n\geqslant2\), \(a\equiv b\pmod n\Longleftrightarrow n\mid(a-b)\) \(\Longleftrightarrow\) les deux restes euclidiens sont égaux.

  • On peut additionner, soustraire, multiplier et élever à une puissance naturelle positive des congruences de même module. Pas de division arbitraire ni d’extraction de racine.

  • \(ca\equiv cb\pmod{cm}\Longleftrightarrow a\equiv b\pmod m\) pour \(c\geqslant1\), \(m\geqslant2\). Si \(ac\equiv1\pmod m\), alors \(ax\equiv b\pmod m\Longleftrightarrow x\equiv cb\pmod m\).

  • \(x\equiv r\pmod m\) décrit tous les entiers \(x=r+mk\), \(k\in\mathbb{Z}\). Le reste est le représentant vérifiant \(0\leqslant r<m\).

Face à la question… Premier geste et contrôle final Repère
Tous les diviseurs Paires jusqu’à \(d^2\leqslant|a|\) ; opposés si recherche dans \(\mathbb{Z}\), cas \(a=0\) séparé. § 1, p. 1
Divisibilité avec une inconnue Retirer une combinaison entière ; garder des équivalences et vérifier les candidats. § 2, p. 2
Équation entière Factoriser ; lister les couples ordonnés ; contrôler l’intégralité au retour. p. 3
Quotient et reste Écrire l’identité et les deux bornes ; vérifier aussi si le dividende est négatif. § 3, p. 4
Calcul modulaire Réduire les nombres, pas les règles ; terminer par le reste autorisé. § 5, p. 7
Grande puissance Retour à \(1\) justifié ou carrés successifs ; distinguer module et période. § 6, p. 8
Congruence linéaire Tableau exhaustif ou inverse vérifié ; écrire toutes les familles de solutions. § 7, p. 10
Chiffres décimaux Écrire les puissances de \(10\), puis choisir le module ; justifier le critère. § 8, p. 11
Preuve ou impossibilité Factorisation ou liste complète des restes ; ne pas conclure à partir de quelques essais. § 9, p. 13
Chiffrement Rangs, transformation, reste ; déchiffrer avec l’inverse et contrôler en rechiffrant. § 10, p. 14
Algorithme Préconditions, états, invariant, arrêt ; distinguer preuve générale et tests. § 11, p. 15

Savoir produire une rédaction complète : annoncer le domaine des inconnues, justifier les transformations, conclure sur toutes les solutions et effectuer un contrôle adapté. Les restes simplifient le calcul ; ils ne dispensent jamais de vérifier les conditions d’utilisation.