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Dénombrement — Cours en classe — Terminale spécialité
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Dénombrement — Cours en classe — Terminale spécialité
Terminale spécialité · Dénombrement · Cours en classe
DÉNOMBREMENT
Cours en classe
Terminale générale · Spécialité mathématiques · 2026–2027
À retenir · Objectifs du chapitre
Définir les objets à compter ; choisir une représentation et justifier un dénombrement ; distinguer listes, permutations et combinaisons ; démontrer les identités essentielles ; traduire ces raisonnements par des algorithmes.
Prérequis. Calculs de produits, puissances entières et fractions ; vocabulaire élémentaire des ensembles, réactivé ci-dessous. Pour la partie algorithmique : variables, listes et boucles Python, rappelées à leur utilisation. \(\mathbb{N}\) contient \(0\) ; \(n\) et \(k\) désignent des entiers dans les formules de dénombrement.
Parcours. Ensembles et cas disjoints ; listes et produits ; parties et codages ; permutations et combinaisons ; Pascal ; méthodes ; algorithmes ; synthèse.
1 Ensembles finis et principe additif
Définition 1.1 — Élément, ensemble fini et cardinal
Un ensemble regroupe des objets appelés ses éléments. \(x\in E\) signifie que \(x\) appartient à \(E\) ; \(x\notin E\) signifie le contraire. Pour un ensemble fini \(E\), son cardinal \(\operatorname{Card}\left(E\right)\) est son nombre d’éléments.
L’ordre d’écriture ne compte pas et un élément répété n’est compté qu’une fois : \(\{2;5;8\}=\{8;2;5\}\), mais \(\operatorname{Card}\left(\{2;2;5\}\right)=2\). L’ensemble vide \(\varnothing\) a pour cardinal \(0\) ; un singleton a un seul élément. Deux ensembles sont égaux lorsqu’ils possèdent les mêmes éléments.
Définition 1.2 — Partie, réunion, intersection et complémentaire
Une partie \(A\) de \(E\) est un ensemble dont tous les éléments appartiennent à \(E\). On écrit \(A\subset E\), en autorisant l’égalité. Pour \(A,B\subset E\) :
\(A\cap B\) contient les éléments de \(A\) et de \(B\) ;
\(A\cup B\) contient les éléments de \(A\) ou de \(B\), éventuellement des deux ;
\(E\setminus A\) est le complémentaire de \(A\) dans \(E\) ;
\(A\setminus B\) contient les éléments de \(A\) qui ne sont pas dans \(B\).
\(A\) et \(B\) sont disjoints lorsque \(A\cap B=\varnothing\). Ne pas confondre un élément \(x\in A\) et une partie \(\{x\}\subset A\).
Exemple 1.1 — Lire les opérations
Avec \(E=\{1;2;3;4;5;6\}\), \(A=\{2;4;6\}\) et \(B=\{1;2;3\}\), \[A\cap B=\{2\},\quad A\cup B=\{1;2;3;4;6\},\quad E\setminus A=\{1;3;5\}.\] Le \(2\) ne compte qu’une fois dans la réunion. De plus, \(A\setminus B=\{4;6\}\) : ce n’est pas le complémentaire de \(A\) dans \(E\).
Définition 1.3 — Partition
Une partition d’un ensemble est un découpage en parties non vides, deux à deux disjointes, dont la réunion est l’ensemble entier. Dans un calcul, un cas vide peut être gardé : il contribue pour zéro.
Théorème 1.4 — Principe additif
Si les ensembles finis \(E_1,\ldots,E_r\) sont deux à deux disjoints et ont pour réunion \(E\), alors \[\operatorname{Card}\left(E\right)=\operatorname{Card}\left(E_1\right)+\cdots+\operatorname{Card}\left(E_r\right).\] En particulier, si \(A\cap B=\varnothing\), alors \(\operatorname{Card}\left(A\cup B\right)=\operatorname{Card}\left(A\right)+\operatorname{Card}\left(B\right)\).
Démonstration 1.1 — Ni oubli ni double compte
Chaque élément de \(E\) appartient à un cas, car les cas couvrent \(E\), et à un seul, car ils sont disjoints. L’addition compte donc chaque élément exactement une fois. Les deux conditions sont nécessaires : sans couverture on omettrait des éléments, sans disjonction on en compterait plusieurs fois.
Corollaire 1.5 — Compter par complément
Si \(E\) est fini et \(A\subset E\), alors \(\operatorname{Card}\left(E\setminus A\right)=\operatorname{Card}\left(E\right)-\operatorname{Card}\left(A\right)\).
Démonstration 1.2 — Retirer les cas non retenus
Les ensembles \(A\) et \(E\setminus A\) sont disjoints et leur réunion est \(E\). Ainsi \(\operatorname{Card}\left(E\right)=\operatorname{Card}\left(A\right)+\operatorname{Card}\left(E\setminus A\right)\), d’où la formule par soustraction.
Proposition 1.6 — Réunion de deux ensembles finis
Pour deux ensembles finis \(A\) et \(B\), \[\operatorname{Card}\left(A\cup B\right)=\operatorname{Card}\left(A\right)+\operatorname{Card}\left(B\right)-\operatorname{Card}\left(A\cap B\right).\]
Démonstration 1.3 — Les trois régions de la réunion
Notons \(x=\operatorname{Card}\left(A\setminus B\right)\), \(y=\operatorname{Card}\left(A\cap B\right)\) et \(z=\operatorname{Card}\left(B\setminus A\right)\). Ces régions sont disjointes ; la réunion contient \(x+y+z\) éléments. Or \(\operatorname{Card}\left(A\right)+\operatorname{Card}\left(B\right)-\operatorname{Card}\left(A\cap B\right)=(x+y)+(y+z)-y=x+y+z\). On retire donc l’intersection une seule fois.
Exemple 1.2 — Réunion, complémentaire et « exactement un »
Parmi \(50\) photographies, \(23\) montrent un paysage, \(18\) un animal et \(7\) les deux. On obtient :
| Animal | Pas d’animal | Total | |
|---|---|---|---|
| Paysage | 7 | 16 | 23 |
| Pas de paysage | 11 | 16 | 27 |
| Total | 18 | 32 | 50 |
Au moins un thème : \(23+18-7=34\).
Aucun des deux : \(50-34=16\).
Exactement un des deux : \((23-7)+(18-7)=27\).
Le contraire de « au moins un » est « aucun », et non « les deux ». Les quatre cases intérieures sont disjointes ; leur somme vaut bien \(50\).
2 Listes, produits cartésiens et répétitions
Définition 2.1 — Couple, triplet et k-uplet
Un couple \((a,b)\) est ordonné : ses deux places sont distinguées. Un triplet \((a,b,c)\) possède trois places. Un \(k\)-uplet, ou \(k\)-liste, est une liste ordonnée de \(k\) éléments. Deux listes sont égales si elles ont les mêmes composantes à chaque place.
Une paire \(\{a,b\}\) est au contraire un ensemble de deux éléments distincts : \(\{a,b\}=\{b,a\}\). Si \(a\ne b\), les couples \((a,b)\) et \((b,a)\) sont différents. Le couple \((a,a)\) existe, mais \(\{a,a\}\) est un singleton.
Les composantes peuvent appartenir à des ensembles différents, finis ou non. Les formules de dénombrement suivantes concernent les ensembles finis.
Exemple 2.1 — Deux fonctions ou un binôme ?
Avec trois badges distincts L, M et N, choisir un responsable et un adjoint différents donne six couples : LM, LN, ML, MN, NL, NM. Choisir un binôme sans fonction donne seulement trois paires : \(\{L,M\}\), \(\{L,N\}\), \(\{M,N\}\). Chaque paire correspond à deux couples ; les deux questions ne comptent pas les mêmes objets.
Définition 2.2 — Produit cartésien et puissance d’un ensemble
\(A\times B\) est l’ensemble des couples \((a,b)\) avec \(a\in A\) et \(b\in B\). De même, \(A_1\times\cdots\times A_k\) est l’ensemble des listes \((a_1,\ldots,a_k)\) telles que \(a_i\in A_i\) à chaque place.
Pour \(k\geq1\), on note \(A^k=A\times\cdots\times A\) (\(k\) facteurs). Une même valeur peut y être utilisée plusieurs fois. La notation \(A^k\) ne désigne pas les puissances des éléments de \(A\).
Exemple 2.2 — Deux tailles et trois couleurs
Pour \(A=\{S;M\}\) et \(B=\{\text{bleu};\text{vert};\text{or}\}\), on obtient les six couples suivants :
| bleu | vert | or | |
|---|---|---|---|
| S | \((S,\text{bleu})\) | \((S,\text{vert})\) | \((S,\text{or})\) |
| M | \((M,\text{bleu})\) | \((M,\text{vert})\) | \((M,\text{or})\) |
Chaque ligne contient trois couples ; les deux lignes sont disjointes. Le tableau tient ici lieu de représentation du produit cartésien.
Théorème 2.3 — Cardinal d’un produit cartésien
Pour tout entier \(k\geq1\) et des ensembles finis \(A_1,\ldots,A_k\), \[\operatorname{Card}\left(A_1\times\cdots\times A_k\right)=\operatorname{Card}\left(A_1\right)\times\cdots\times\operatorname{Card}\left(A_k\right).\] En particulier, \(\operatorname{Card}\left(A\times B\right)=\operatorname{Card}\left(A\right)\times\operatorname{Card}\left(B\right)\).
Démonstration 2.1 — Compter les lignes, puis prolonger
Pour chaque \(a\in A\), il y a exactement \(\operatorname{Card}\left(B\right)\) couples commençant par \(a\). Deux valeurs différentes de \(a\) donnent des groupes disjoints. On additionne donc \(\operatorname{Card}\left(A\right)\) fois \(\operatorname{Card}\left(B\right)\). Pour une troisième composante, chacun des couples se prolonge de \(\operatorname{Card}\left(C\right)\) façons ; le raisonnement se répète pour les facteurs suivants. Si un facteur est vide, aucun résultat ne peut être construit et les deux membres valent zéro.
Proposition 2.4 — Principe multiplicatif par étapes
Supposons qu’une construction comporte \(r\) étapes. À l’étape \(i\), il y a exactement \(m_i\) prolongements autorisés pour chaque début admissible. Si chaque résultat final correspond à une seule construction, le nombre de résultats vaut \[m_1m_2\cdots m_r.\] Les choix disponibles peuvent changer selon le début ; c’est leur nombre qui doit rester le même à l’étape considérée. Il ne s’agit pas d’indépendance probabiliste.
Démonstration 2.2 — Prolonger chaque début
Après la première étape, il existe \(m_1\) débuts. Chacun en fournit \(m_2\) à l’étape suivante, soit \(m_1m_2\). À chaque étape, le nombre de constructions est multiplié par le nombre commun de prolongements. Les constructions complètes sont donc au nombre de \(m_1\cdots m_r\) ; l’unicité de la construction d’un résultat permet de compter les résultats par ce même produit.
Méthode · Justifier chaque facteur
Décrire une issue, distinguer ses places, puis annoncer ce que compte chaque facteur. Vérifier les places particulières, les répétitions autorisées et le nombre de choix après chaque début. Enfin, vérifier que deux constructions différentes ne produisent pas le même résultat final.
Exemple 2.3 — Des choix dépendants, mais un nombre constant
Parmi quatre personnes, on choisit celle qui présente, puis une autre qui commente. La première fonction a \(4\) possibilités ; il en reste toujours \(3\) pour la seconde. Il existe donc \(4\times3=12\) couples. Les trois personnes restantes dépendent du premier choix, sans empêcher le produit. Si le cumul des fonctions était autorisé, on obtiendrait \(4^2=16\) couples.
Exemple 2.4 — Un arbre irrégulier : additionner les branches
Un badge commence par A ou B. Après A, on peut écrire 1, 2 ou 3 ; après B, seulement 1 ou 2. Les résultats sont A1, A2, A3, B1, B2.
On compte \(3+2=5\) badges. Le produit \(2\times3\) serait faux : il ajouterait B3, qui est interdit. Lorsque le nombre de prolongements varie, on sépare d’abord les cas.
Théorème 2.5 — Nombre de k-uplets avec répétition possible
Si \(A\) possède \(n\geq1\) éléments, alors, pour tout entier \(k\geq1\), \[\operatorname{Card}\left(A^k\right)=n^k.\]
Démonstration 2.3 — Une place, un facteur
Chacune des \(k\) places peut recevoir n’importe lequel des \(n\) éléments, même s’il a déjà été utilisé. Les choix d’une place ne retirent donc aucun élément pour les suivantes. Chaque remplissage correspond à une liste unique ; le principe multiplicatif donne \(k\) facteurs égaux à \(n\), soit \(n^k\).
Convention 2.6 — La liste vide
Il existe une seule liste de longueur zéro : la liste vide. Pour \(n\geq1\), cela correspond à \(n^0=1\). Si aucun élément n’est disponible alors qu’une place doit être remplie, il n’y a aucune liste. Il n’est pas nécessaire de calculer \(0^0\).
Exemple 2.5 — Code ou entier à quatre chiffres
Un code de quatre chiffres, de 0 à 9, peut commencer par 0 : il y en a \(10^4=10\,000\), dont 0027. Un entier écrit avec exactement quatre chiffres ne commence pas par 0 : sa première place a \(9\) choix et les trois autres \(10\). Il y en a \(9\times10^3=9\,000\). On interdit zéro à la première place seulement.
3 Parties d’un ensemble et codages binaires
Propriété 3.1 — Compter par une correspondance bijective
Une correspondance bijective associe à chaque objet d’un premier ensemble un unique objet d’un second, de sorte que chaque objet du second ait lui aussi un unique partenaire. Deux ensembles finis ainsi associés ont le même cardinal.
Démonstration 3.1 — Remplacer les objets par leurs partenaires
Énumérons le premier ensemble sans oubli ni répétition, puis remplaçons chaque objet par son partenaire. Tous les objets du second apparaissent exactement une fois : la longueur de la liste ne change pas. Si le premier ensemble est vide, le second l’est aussi, puisqu’aucun élément ne pourrait y avoir de partenaire.
Définition 3.2 — Partie et code binaire
L’ensemble des parties de \(E\) contient tous ses sous-ensembles, quelle que soit leur taille, y compris \(\varnothing\) et \(E\). Si \(E=\varnothing\), ces deux noms désignent la même partie.
Fixons un ordre de présentation des \(n\) éléments de \(E\). Une partie est codée par un mot binaire, liste de \(n\) symboles 0 ou 1 : 1 indique un élément retenu, 0 un élément absent. L’ordre de codage est fixé une fois pour toutes ; la partie elle-même n’est pas ordonnée.
Théorème 3.3 — Nombre de parties d’un ensemble fini
Pour tout entier \(n\geq0\), un ensemble de \(n\) éléments possède \(2^n\) parties.
Démonstration 3.2 — Coder, puis décoder
Pour chacun des \(n\) éléments, on décide s’il est présent ou absent : deux choix. Si \(n\geq1\), le principe multiplicatif donne \(2^n\) codes.
Une partie donne un code unique ; inversement, un code redonne la partie en retenant exactement les éléments marqués 1. Ces deux opérations sont inverses : c’est une correspondance bijective. Il y a donc autant de parties que de codes.
Pour \(n=0\), l’ensemble vide possède une seule partie, lui-même, et \(2^0=1\). Ce cas est bien inclus dans le résultat.
Méthode · Repérer des choix oui/non
La phrase « pour chaque élément, je décide s’il est retenu » conduit à \(2^n\) lorsque toutes les tailles sont autorisées et qu’aucune contrainte ne relie les décisions. Une décision imposée n’offre qu’une seule possibilité.
Exemple 3.1 — Configurer six modules
Un appareil possède six modules distincts, chacun activé ou désactivé sans restriction : \(2^6=64\) configurations. Si deux modules précis doivent être activés, seules quatre décisions restent libres : \(2^4=16\) configurations. On ne calcule pas \(64-2\), car on fixe des décisions, on ne retire pas simplement deux configurations.
Si l’on exige exactement trois modules actifs, la taille est fixée : il faudra choisir trois éléments parmi six, ce qui relève des combinaisons étudiées à la section 5.
Remarque · Mots, chemins et épreuves à deux issues
Les parties d’un ensemble à \(n\) éléments, les \(n\)-uplets de \(\{0;1\}\), les mots binaires de longueur \(n\) et les chemins complets d’un arbre à \(n\) étapes, avec deux branches à chaque étape, se correspondent.
Dans une succession de \(n\) épreuves à deux issues, on peut coder un succès par 1 et un échec par 0 : il existe \(2^n\) suites formelles. Ce dénombrement ne dit pas que ces suites ont toutes la même probabilité ; certaines peuvent même avoir une probabilité nulle. À taille fixée, on comptera les positions des succès avec un coefficient binomial.
4 Listes sans répétition, factorielles et permutations
Définition 4.1 — Liste d’éléments distincts
Une liste de longueur \(k\), ou \(k\)-uplet, est à éléments distincts si aucun élément n’y figure à deux positions. L’ordre compte : affecter des personnes à des fonctions différentes, sans cumul, revient à former une telle liste. Une liste de \(k\) éléments distincts parmi \(n\) est aussi appelée un arrangement ; aucune notation supplémentaire n’est nécessaire.
Théorème 4.2 — Compter les listes sans répétition
Soit \(E\) un ensemble à \(n\) éléments. Pour des entiers \(1\leq k\leq n\), le nombre de listes de \(k\) éléments distincts de \(E\) est \[\underbrace{n(n-1)\cdots(n-k+1)}_{k\text{ facteurs}}.\] Pour \(k=0\), il existe une seule liste, la liste vide. Pour \(k>n\), il n’existe aucune liste à éléments tous distincts.
Démonstration 4.1 — Remplir successivement les positions
La première position offre \(n\) choix. Quelle que soit la valeur choisie, la deuxième en offre \(n-1\). Avant la \(k\)-ième position, \(k-1\) objets différents ont été utilisés ; il reste donc \(n-(k-1)=n-k+1\) choix. Le principe multiplicatif donne le produit annoncé. Chaque liste est obtenue une seule fois, car ses positions déterminent les choix successifs.
Pour \(k=0\), aucune place n’est à remplir : il n’y a qu’une liste sans composante. Pour \(k>n\), après l’utilisation des \(n\) objets, aucune nouvelle position ne peut recevoir un objet différent : le nombre de listes est nul.
Définition 4.3 — Factorielle
Pour un entier \(n\geq1\), on note \(n!=n(n-1)\cdots2\times1\) et on lit factorielle \(n\). Par exemple, \(1!=1\), \(4!=24\) et \(5!=120\).
Convention 4.4 — Au rang zéro
On pose \(0!=1\). Il s’agit d’une convention, cohérente avec l’unique façon de ranger zéro objet. Le produit sans facteur vaut également 1 ; il ne s’agit pas d’un produit contenant le facteur zéro.
Propriété 4.5 — Calculer de proche en proche
Pour tout entier \(n\geq1\), \(n!=n(n-1)!\). De façon équivalente, pour tout entier \(n\geq0\), \((n+1)!=(n+1)n!\).
Démonstration 4.2 — Isoler un facteur
Pour \(n\geq2\), \(n!=n\underbrace{(n-1)\cdots2\times1}_{(n-1)!}\). Pour \(n=1\), \(1\times0!=1=1!\). Remplacer \(n\) par \(n+1\) donne la seconde écriture.
Exemple 4.1 — Simplifier avant de calculer
Les premières valeurs sont \(2!=2\), \(3!=6\), \(4!=24\), \(5!=120\), \(6!=720\). On simplifie le facteur commun, non les termes d’une somme : \[\frac{8!}{6!}=\frac{8\times7\times6!}{6!}=56, \qquad \frac{8!+6!}{6!}=\frac{(8\times7+1)6!}{6!}=57.\] La division est possible car \(6!\ne0\) ; la différence entre les deux résultats vaut bien 1.
Propriété 4.6 — Une écriture abrégée
Pour des entiers \(0\leq k\leq n\), le nombre de listes de \(k\) éléments distincts parmi \(n\) est \(\displaystyle\frac{n!}{(n-k)!}\).
Démonstration 4.3 — Retirer les facteurs communs
Pour \(1\leq k\leq n\), on a \(n!=n(n-1)\cdots(n-k+1)(n-k)!\). Diviser par \((n-k)!\), strictement positif, laisse exactement les \(k\) facteurs voulus. Pour \(k=0\), le quotient vaut \(n!/n!=1\) ; pour \(k=n\), il vaut \(n!/0!=n!\).
Définition 4.7 — Permutation
Une permutation d’un ensemble à \(n\) éléments est une liste de longueur \(n\) dans laquelle chaque élément figure exactement une fois. Elle représente un rangement de tous les objets dans des places numérotées. L’ensemble vide possède l’unique liste vide.
Corollaire 4.8 — Ranger tous les objets
Pour tout entier \(n\geq0\), un ensemble à \(n\) éléments possède \(n!\) permutations.
Démonstration 4.4 — Prendre \(k=n\)
Dans la propriété précédente, on utilise tous les objets : le nombre vaut \(n!/(n-n)!=n!/0!=n!\). Pour \(n=0\), on retrouve bien une seule permutation.
Vigilance · Respecter le sens et le domaine
\(5!=120\) n’est pas \(5^2=25\) ; on n’a pas, en général, \((a+b)!=a!+b!\). Si \(k>n\), le choix sans répétition est impossible : on répond zéro sans écrire une factorielle négative.
Méthode · Nommer les places avant de compter
Décrivez les positions ou fonctions, vérifiez l’interdiction de réutiliser un objet, puis comptez les possibilités à chaque place. Multipliez seulement après avoir justifié ces nombres. L’écriture factorielle vient ensuite ; la conclusion précise ce que le résultat compte.
Exemple 4.2 — Trois distinctions différentes
Onze projets distincts peuvent recevoir les distinctions conception, réalisation et présentation, sans cumul. Un résultat est une liste de trois projets dans cet ordre. Il y a 11 choix pour la conception, puis 10 pour la réalisation, puis 9 pour la présentation, donc \[11\times10\times9=990\text{ attributions}.\] L’écriture \(11!/8!\) donne le même nombre. Il est inférieur à \(11^3\) : interdire le cumul retire des listes.
Exemple 4.3 — Quatre chiffres distincts : la première place est particulière
On forme un entier à quatre chiffres avec \(0,1,2,3,4,5\), sans répétition. Le premier chiffre ne peut pas être zéro : il a 5 valeurs possibles. Après ce choix, zéro est autorisé ; il reste successivement 5, 4 puis 3 chiffres disponibles. On obtient \[5\times5\times4\times3=300\text{ entiers}.\] Contrôle : parmi les \(6\times5\times4\times3=360\) codes, les \(5\times4\times3=60\) qui commencent par zéro sont à retirer. Ainsi \(360-60=300\). Le code \(0123\) n’est pas un entier à quatre chiffres.
5 Choisir sans ordre : les combinaisons
Définition 5.1 — Combinaison et coefficient binomial
Pour des entiers \(0\leq k\leq n\), une combinaison de \(k\) éléments parmi \(n\) est une partie à \(k\) éléments d’un ensemble à \(n\) éléments. L’ordre n’intervient pas : \(\{A,C,D\}\) et \(\{D,A,C\}\) sont la même combinaison.
Le nombre de ces parties est le coefficient binomial \(\binom{n}{k}\), lu \(k\) parmi \(n\). \(n\) est la taille du réservoir et \(k\) la taille de la sélection. Ce symbole n’est pas une fraction. On l’utilise ici seulement pour \(0\leq k\leq n\).
Lemme 5.2 — Compter par paquets de même taille
Si \(N\) représentations sont réparties en paquets disjoints de même taille \(m\geq1\), et si chaque objet recherché correspond à un seul paquet, le nombre d’objets recherchés est \(N/m\).
Démonstration 5.1 — Justifier une division
Si \(q\) est le nombre de paquets, leur réunion contient \(q\times m=N\) représentations. Comme \(m\ne0\), on obtient \(q=N/m\). La même taille pour tous les paquets est indispensable.
Théorème 5.3 — Calcul d’un coefficient binomial
Pour des entiers \(0\leq k\leq n\), \[\boxed{\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!(n-k)!}}.\] Pour \(1\leq k\leq n\), on peut aussi écrire \(\displaystyle\binom{n}{k}=\frac{n(n-1)\cdots(n-k+1)}{k!}\), avec \(k\) facteurs au numérateur.
Démonstration 5.2 — Passer des listes aux parties
Pour \(1\leq k\leq n\), il existe \(n!/(n-k)!\) listes de \(k\) éléments distincts. Un groupe fixé de \(k\) éléments fournit exactement \(k!\) listes, en permutant ses éléments. Deux groupes différents ne produisent aucune liste commune : oublier l’ordre d’une liste donne un unique groupe.
Les listes sont donc réparties en paquets disjoints de taille constante \(k!\). Le lemme donne \[\binom{n}{k}=\frac{\dfrac{n!}{(n-k)!}}{k!} =\frac{n!}{k!(n-k)!}.\] Pour \(k=0\), l’unique partie vide donne \(\binom{n}{0}=1\), et la formule donne aussi \(n!/(0!n!)=1\). Pour \(k\geq1\), simplifier \((n-k)!\) après avoir développé les \(k\) premiers facteurs de \(n!\) donne la seconde écriture.
Vigilance · Diviser par \(k!\), sous une condition précise
Trois objets distincts ont \(3!=6\) ordres, et non trois. La division par \(k!\) est justifiée seulement si chaque objet final a été compté exactement \(k!\) fois. Des répétitions ou des contraintes de position peuvent empêcher cette uniformité.
Corollaire 5.4 — Valeurs à connaître
\[\begin{array}{ll} \binom{n}{0}=\binom{n}{n}=1 &\text{pour }n\geq0,\\[2mm] \binom{n}{1}=n &\text{pour }n\geq1,\\[2mm] \binom{n}{2}=\dfrac{n(n-1)}2 &\text{pour }n\geq2. \end{array}\]
Démonstration 5.3 — Compter directement les cas simples
Choisir aucun élément donne la seule partie vide ; choisir tous les éléments donne l’ensemble entier. Choisir un élément offre \(n\) possibilités. Pour deux éléments, les \(n(n-1)\) couples distincts représentent chaque paire exactement deux fois, d’où \(n(n-1)/2\). Pour \(n=0\), les deux coefficients de bord désignent le même nombre : \(\binom{0}{0}=1\).
Proposition 5.5 — Symétrie
Pour des entiers \(n\geq0\) et \(0\leq k\leq n\), \[\boxed{\binom{n}{k}=\binom{n}{n-k}}.\] Choisir les éléments retenus revient à choisir ceux qui sont laissés de côté.
Démonstration 5.4 — Associer une partie à son complémentaire
Dans un ensemble \(E\) à \(n\) éléments, à chaque partie \(A\) de taille \(k\), on associe \(E\setminus A\), de taille \(n-k\). Prendre une seconde fois le complémentaire redonne \(A\) : deux parties différentes ont donc des complémentaires différents. De plus, toute partie \(B\) de taille \(n-k\) est obtenue à partir de \(E\setminus B\), de taille \(k\). La correspondance est une bijection ; les deux collections ont le même cardinal.
Méthode · Choisir, simplifier, conclure
Nommez la partie recherchée : \(k\) objets distincts parmi \(n\), sans ordre. Vérifiez \(0\leq k\leq n\). Utilisez éventuellement la symétrie pour diminuer le nombre de facteurs, simplifiez avant de multiplier, puis concluez. Le résultat doit être un entier.
Exemple 5.1 — Trois projets retenus ou trois projets exclus
Parmi douze projets différents, on en retient trois pour une exposition, sans rang ni rôle. Un résultat est une partie de taille trois ; il y a \[\binom{12}{3}=\frac{12\times11\times10}{3\times2\times1}=220\] sélections. Le produit \(12\times11\times10=1\,320\) compterait six fois chaque groupe, une fois par ordre.
Pour retenir neuf projets, on peut choisir les trois exclus : \(\binom{12}{9}=\binom{12}{3}=220\).
Exemple 5.2 — Calcul court et cas limites
Choisir dix photographies distinctes parmi douze, sans ordre, revient à choisir les deux écartées : \[\binom{12}{10}=\binom{12}{2}=\frac{12\times11}{2}=66.\] Conserver toutes les photographies donne un seul choix ; n’en conserver aucune donne aussi un choix, la sélection vide. En choisir treize distinctes parmi douze est impossible : on répond zéro, sans écrire \((-1)!\).
6 Relation de Pascal et somme des coefficients binomiaux
Théorème 6.1 — Relation de Pascal
Pour des entiers \(n\geq1\) et \(1\leq k\leq n\), \[\boxed{\binom{n+1}{k}=\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}}.\] Les bords se traitent séparément : \(\binom{n+1}{0}=\binom{n+1}{n+1}=1\).
Démonstration 6.1 — Par dénombrement
Dans un ensemble de \(n+1\) éléments, distinguons un élément \(z\). Classons les parties de taille \(k\) en deux catégories.
Celles qui contiennent \(z\) sont déterminées par le choix de \(k-1\) autres éléments parmi les \(n\) éléments différents de \(z\) : il y en a \(\binom{n}{k-1}\).
Celles qui ne contiennent pas \(z\) sont des parties de taille \(k\) parmi ces \(n\) autres éléments : il y en a \(\binom{n}{k}\).
Ces catégories sont disjointes et couvrent toutes les parties de taille \(k\). Le principe additif donne \(\binom{n+1}{k}=\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}\). Aucune place n’est à choisir pour \(z\) : une partie n’est pas ordonnée.
Démonstration 6.2 — Par calcul
Les hypothèses \(1\leq k\leq n\) garantissent que toutes les factorielles suivantes sont définies et non nulles. En mettant au même dénominateur, \[\begin{align*} \binom{n}{k-1}+\binom{n}{k} &=\frac{n!}{(k-1)!(n-k+1)!}+\frac{n!}{k!(n-k)!}\\ &=\frac{k\,n!}{k!(n-k+1)!} +\frac{(n-k+1)n!}{k!(n-k+1)!}\\ &=\frac{[k+(n-k+1)]n!}{k!(n-k+1)!}\\ &=\frac{(n+1)n!}{k!(n+1-k)!} =\frac{(n+1)!}{k!(n+1-k)!} =\binom{n+1}{k}. \end{align*}\] Le premier quotient a été multiplié en haut et en bas par \(k\), le second par \(n-k+1\). On a ensuite utilisé \(k+(n-k+1)=n+1\) et \((n+1)n!=(n+1)!\).
Définition 6.2 — Triangle de Pascal
Le triangle de Pascal range les coefficients binomiaux par lignes d’indice \(n\) et positions d’indice \(k\). La ligne \(n\) contient les \(n+1\) nombres \(\binom{n}{0},\binom{n}{1},\ldots,\binom{n}{n}\). La première ligne et la première position portent l’indice 0.
| \(n\backslash k\) | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0 | 1 | ||||||
| 1 | 1 | 1 | |||||
| 2 | 1 | 2 | 1 | ||||
| 3 | 1 | 3 | 3 | 1 | |||
| 4 | 1 | 4 | 6 | 4 | 1 | ||
| 5 | 1 | 5 | 10 | 10 | 5 | 1 | |
| 6 | 1 | 6 | 15 | 20 | 15 | 6 | 1 |
Dans cette présentation alignée à gauche, un coefficient intérieur est la somme du coefficient juste au-dessus et de celui situé au-dessus à gauche. Les cases vides sont hors du domaine \(0\leq k\leq n\), et ne représentent pas des zéros.
Corollaire 6.3 — Construire toutes les lignes
On part de la ligne 0, réduite à 1. Chaque ligne suivante commence et finit par 1 ; entre ces bords, on place les sommes de deux coefficients voisins de l’ancienne ligne.
Démonstration 6.3 — Pourquoi la construction est correcte
Les coefficients de bord valent 1. Pour chaque position intérieure, Pascal donne le coefficient de la ligne \(n+1\) à partir de deux coefficients de la ligne \(n\). La ligne initiale étant correcte, toutes les lignes suivantes le sont aussi. À la ligne \(n\), les indices vont de 0 à \(n\), soit \(n+1\) termes.
Théorème 6.4 — Somme des coefficients d’une ligne
Pour tout entier \(n\geq0\), \[\boxed{\binom{n}{0}+\binom{n}{1}+\cdots+\binom{n}{n}=2^n} \qquad\text{ou encore}\qquad \sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=2^n.\] Le symbole \(\sum\) demande d’additionner les termes pour \(k=0,1,\ldots,n\).
Démonstration 6.4 — Compter les parties de deux façons
Un ensemble à \(n\) éléments possède \(2^n\) parties. Classons-les selon leur taille : 0, 1, …, \(n\). Chaque partie a une seule taille ; ces catégories sont donc disjointes et couvrent toutes les parties. La catégorie de taille \(k\) contient \(\binom{n}{k}\) parties.
Par le principe additif, le nombre total vaut aussi \(\binom{n}{0}+\binom{n}{1}+\cdots+\binom{n}{n}\). Les deux expressions comptent les mêmes parties, d’où l’égalité. Le terme \(\binom{n}{0}=1\) compte la partie vide ; pour \(n=0\), on retrouve \(\binom{0}{0}=1=2^0\).
Méthode · Passer à la ligne suivante sans se décaler
Écrivez le 1 de gauche, les sommes de voisins de l’ancienne ligne dans leur ordre, puis le 1 de droite. Conservez l’ancienne ligne jusqu’à la fin du calcul. Contrôlez le nombre de termes, la symétrie et la somme, qui double à chaque nouvelle ligne.
Exemple 6.1 — De la ligne 5 à la ligne 6
À partir de \((1,5,10,10,5,1)\), les sommes de voisins sont \(6,15,20,15,6\). En ajoutant les deux bords, on obtient \[(1,6,15,20,15,6,1).\] Il y a sept termes et leur somme vaut \(64=2^6\). Ce contrôle global ne suffit pas à prouver que chaque terme est juste : deux erreurs pourraient se compenser.
Exemple 6.2 — Classer les mots de cinq bits
Un mot de cinq bits possède \(2^5=32\) valeurs possibles. Les effectifs selon le nombre de bits égaux à 1 sont \[\left(\binom{5}{0},\binom{5}{1},\binom{5}{2},\binom{5}{3},\binom{5}{4},\binom{5}{5}\right) =(1,5,10,10,5,1).\] Leur somme vaut \(32\). Pour exactement deux bits égaux à 1, on choisit leurs deux positions : \(\binom{5}{2}=10\). Les trois autres positions sont imposées à 0, sans facteur supplémentaire.
Vigilance · Ne pas sortir du domaine
Pour \(k=0\), on écrit directement le coefficient de bord égal à 1 : on ne fait pas apparaître \(\binom{n}{-1}\). Dans Pascal, on n’additionne pas les indices : \(\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}\) n’est pas \(\binom{2n}{2k-1}\) en général.
7 Appliquer les modèles dans une situation
Méthode · Décrire une issue avant de calculer
Écrire d’abord : Une issue est… Puis vérifier si échanger deux éléments change le résultat, si un même élément peut être réutilisé, et quelles contraintes s’ajoutent. Un tirage successif ne conduit pas forcément à conserver l’ordre ; deux dés repérés, même lancés ensemble, donnent au contraire un couple.
Méthode · Placer les éléments imposés, écarter les interdits
Pour former un groupe de \(k\) objets parmi \(n\) objets distincts, on impose \(f\) objets et on interdit \(b\) autres objets. Les deux ensembles doivent être disjoints. Il reste \(k-f\) objets à choisir parmi \(n-f-b\), d’où \[\binom{n-f-b}{k-f}\qquad\text{si }0\leq k-f\leq n-f-b.\] Justification. Retirer les \(f\) objets imposés d’un groupe admissible donne exactement un choix dans ce réservoir. Réciproquement, compléter ce choix par les objets imposés redonne un unique groupe admissible.
Si trop d’objets sont imposés, si le réservoir ne suffit pas ou si un objet est à la fois imposé et interdit, le nombre vaut \(0\) : on ne calcule pas de factorielle négative.
Exemple 7.1 — Un membre imposé et un membre exclu
Une équipe de cinq personnes est choisie parmi douze. Salma doit être présente, Victor est exclu. Salma occupe déjà une place ; on choisit les quatre autres membres parmi les dix personnes restantes : \[\binom{10}{4}=\frac{10\times9\times8\times7}{4\times3\times2\times1}=210.\] Retirer Salma permet de retrouver l’unique choix des quatre autres membres. Aucun facteur \(5\) n’est à ajouter : une équipe sans fonctions n’a pas de places distinguées.
Méthode · Distinguer « exactement », « au moins » et « au plus »
Supposons que les objets soient répartis en deux catégories disjointes, de tailles \(a\) et \(b\). Un groupe de taille \(k\) comportant exactement \(r\) objets de la première catégorie se construit par deux choix : \[\binom{a}{r}\binom{b}{k-r},\qquad 0\leq r\leq a,\quad 0\leq k-r\leq b.\] Dans le groupe final, la catégorie de chaque objet permet de retrouver les deux choix : le produit ne crée ni oubli ni double compte. Si les conditions ne sont pas satisfaites, ce cas est impossible et compte pour \(0\).
Chaque groupe possède un unique nombre d’objets de la première catégorie : les cas selon ce nombre sont disjoints et couvrent tous les groupes. Pour un entier \(r\) tel que \(0\leq r\leq k\), on peut donc additionner les cas demandés ou retirer les autres du total.
Au moins \(r\) : retenir les nombres admissibles \(r,r+1,\ldots,k\) ; le contraire est moins de \(r\). Pour \(r=0\), on garde tous les groupes.
Au plus \(r\) : retenir \(0,1,\ldots,r\) ; le contraire est plus de \(r\).
En particulier, le contraire de au moins un est aucun. Le contraire de tous est pas tous, et non aucun. Le mot et ne suffit jamais, à lui seul, à justifier un produit.
Exemple 7.2 — Une équipe de quatre et deux catégories
Neuf illustrateurs et six programmeurs, tous distincts et appartenant chacun à une seule catégorie, peuvent former une équipe de quatre.
Exactement deux programmeurs. Il faut aussi deux illustrateurs : \[\binom{6}{2}\binom{9}{2}=15\times36=540.\]
Au moins un programmeur. Parmi les \(\binom{15}{4}=1365\) équipes, on retire les \(\binom{9}{4}=126\) équipes sans programmeur : \[1365-126=1239.\]
Au moins deux programmeurs. On retire les cas disjoints aucun et exactement un : \[1365-\binom{9}{4}-\binom{6}{1}\binom{9}{3}=1365-126-6\times84=735.\] On pourrait aussi additionner les cas de deux, trois ou quatre programmeurs ; le complément utilise ici moins de cas.
Proposition 7.1 — Dénombrer des chemins par leurs pas
Un chemin croissant sur une grille n’utilise que des pas d’une unité vers la droite (D) ou vers le haut (H). Pour aller de \((0,0)\) à \((a,b)\), avec \(a,b\in\mathbb{N}\), il comporte exactement \(a\) pas D et \(b\) pas H. Le nombre de chemins est \[\binom{a+b}{a}=\binom{a+b}{b}.\] Si \(a=0\) ou \(b=0\), un seul chemin est possible ; pour \(a=b=0\), c’est le chemin sans déplacement.
Démonstration 7.1 — Choisir les positions des pas H
Chaque chemin est codé par un mot de \(a+b\) lettres D et H. Choisir les \(b\) positions des H détermine le mot entier, donc le chemin ; inversement, lire le chemin restitue un seul choix de ces positions. Il y a donc \(\binom{a+b}{b}\) chemins. Choisir les positions des D donne de même \(\binom{a+b}{a}\).
Exemple 7.3 — Le départ n’est pas l’origine
On va de \(A(2,1)\) à \(B(6,4)\), uniquement par pas D ou H. Les déplacements nécessaires sont \(6-2=4\) pas D et \(4-1=3\) pas H, et non les coordonnées de B. Il existe donc \[\binom{7}{3}=\frac{7\times6\times5}{3\times2\times1}=35\text{ chemins}.\] Le mot HDDHDHD possède quatre D et trois H ; il décrit l’un de ces chemins. Ce mot illustre le codage, tandis que la démonstration précédente justifie le nombre total.
Proposition 7.2 — Rappel : dénombrer pour calculer une probabilité
L’univers \(\Omega\) est l’ensemble des issues distinguées ; un événement \(A\) est une partie de \(\Omega\). Dans un univers fini non vide, l’équiprobabilité signifie que toutes les issues ont la même probabilité. Sous cette hypothèse, \[P(A)=\frac{\operatorname{Card}\left(A\right)}{\operatorname{Card}\left(\Omega\right)},\qquad P(\overline A)=1-P(A),\qquad \overline A=\Omega\setminus A.\] Énumérer des issues ne suffit pas à établir leur équiprobabilité : celle-ci doit être donnée ou justifiée.
Démonstration 7.2 — Additionner les probabilités des issues
Posons \(N=\operatorname{Card}\left(\Omega\right)\geq1\) et notons \(q\) la probabilité commune. Les \(N\) issues sont disjointes et couvrent l’univers, donc \(Nq=1\) et \(q=1/N\). Si A contient \(m\) issues, leurs probabilités s’ajoutent : \(P(A)=m/N\). Le complémentaire contient \(N-m\) issues, d’où \(P(\overline A)=(N-m)/N=1-P(A)\). Cette dernière égalité reste vraie sans équiprobabilité, par additivité des probabilités de A et de son contraire.
Exemple 7.4 — Deux jetons d’une même couleur : deux univers cohérents
Une boîte contient quatre jetons verts et trois jetons orange, tous physiquement distincts. On en tire deux successivement sans remise, chaque jeton restant ayant la même chance d’être choisi.
Avec l’ordre. Une issue est un couple de jetons distincts. Les \(7\times6=42\) couples ont chacun la probabilité \(\frac17\times\frac16=\frac1{42}\). Parmi eux, \(4\times3=12\) donnent deux verts et \(3\times2=6\) deux orange ; ces cas sont disjoints. Ainsi, \[P(\text{même couleur})=\frac{12+6}{42}=\frac37.\] Sans l’ordre. Les \(\binom{7}{2}=21\) paires sont également équiprobables : chacune regroupe exactement deux couples équiprobables. Les paires de même couleur sont \(\binom{4}{2}+\binom{3}{2}=6+3=9\), d’où \(9/21=3/7\).
Le quotient \(9/42\) serait faux : il mélangerait des paires au numérateur et des couples au dénominateur. Passer d’un univers à l’autre divise ici les deux effectifs par la même multiplicité \(2\).
8 Programmer un dénombrement
Remarque · Prérequis Python
Une liste conserve l’ordre. Les indices commencent à \(0\) : pour L = [1, 4, 6, 4, 1], L[2] vaut \(6\). len(L) donne sa longueur ; L.append(x) ajoute x à la fin. range(a, b) parcourt les entiers de a inclus à b exclu. Si a >= b, la boucle ne s’exécute pas.
Définition 8.1 — Valider un algorithme
Un algorithme transforme des données d’entrée en une sortie par des instructions précises. Pour le valider, on vérifie sa terminaison et la correction du résultat, pour toutes les entrées autorisées. Un invariant de boucle est une affirmation vraie au départ et conservée à chaque passage ; on l’interprète à la fin pour conclure. Une trace suit un exemple particulier : des tests réussis ne remplacent pas une preuve générale.
8.1 Construire une ligne du triangle de Pascal
Proposition 8.2 — Entrée et sortie
Pour un entier \(n\geqslant0\), ligne_pascal(n) renvoie, dans l’ordre, les \(n+1\) coefficients \(\binom{n}{0},\binom{n}{1},\ldots,\binom{n}{n}\). La ligne de numéro \(0\) est [1].
def ligne_pascal(n):
if type(n) is not int or n < 0:
raise ValueError("n doit etre un entier positif ou nul")
ligne = [1]
for r in range(n):
suivante = [1]
for k in range(1, len(ligne)):
suivante.append(ligne[k - 1] + ligne[k])
suivante.append(1)
ligne = suivante
return ligne
Démonstration 8.1 — La ligne correcte à chaque passage
Au départ, ligne contient bien la ligne \(0\). Supposons qu’avant un passage elle contienne la ligne \(r\), de longueur \(r+1\). La nouvelle liste commence par \(1=\binom{r+1}{0}\) ; pour \(1\leqslant k\leqslant r\), la boucle intérieure ajoute \[\binom{r}{k-1}+\binom{r}{k}=\binom{r+1}{k}.\] Le dernier \(1=\binom{r+1}{r+1}\) complète la ligne \(r+1\). Après \(n\) passages, on obtient donc la ligne \(n\). Les deux boucles sont finies. Si \(n=0\), aucun passage n’a lieu et la sortie est [1].
Exemple 8.1 — Suivre les deux boucles
À partir de [1, 2, 1], la liste suivante prend les valeurs [1], [1, 3], [1, 3, 3], puis [1, 3, 3, 1]. Les premiers passages extérieurs donnent :
| Passages effectués | ligne |
|---|---|
| 0 | [1] |
| 1 | [1, 1] |
| 2 | [1, 2, 1] |
| 3 | [1, 3, 3, 1] |
| 4 | [1, 4, 6, 4, 1] |
Créer suivante préserve les anciennes valeurs pendant toutes les additions.
8.2 Énumérer les parties à deux ou trois éléments
Méthode · Une représentation unique par indices croissants
La liste E contient des objets tous distincts. Pour coder une partie à deux éléments, on impose \(i<j\) ; pour trois éléments, \(i<j<k\). On écarte ainsi les répétitions d’un objet et les différents ordres d’une même partie.
def paires(E):
resultat = []
n = len(E)
for i in range(n):
for j in range(i + 1, n):
resultat.append([E[i], E[j]])
return resultat
def triplets(E):
resultat = []
n = len(E)
for i in range(n):
for j in range(i + 1, n):
for k in range(j + 1, n):
resultat.append([E[i], E[j], E[k]])
return resultat
Proposition 8.3 — Ni oubli, ni doublon
Si les objets de E sont tous distincts, ces programmes énumèrent chaque partie de la taille demandée exactement une fois. Ils se terminent ; si la liste contient trop peu d’éléments, ils renvoient [].
Démonstration 8.2 — Justifier les bornes des boucles
Une sortie utilise des indices distincts compris entre \(0\) et \(n-1\) : elle représente donc une partie valide. Toute partie possède un unique rangement croissant de ses indices ; les boucles visitent ce rangement, donc aucune partie n’est oubliée. Deux sorties représentant la même partie auraient exactement ces mêmes indices croissants : elles proviendraient du même passage, donc il n’y a pas de doublon. Les boucles sont finies. Si \(n<2\) ou \(n<3\), selon le programme, aucune chaîne d’indices de la longueur requise n’existe.
Exemple 8.2 — Avec quatre objets distincts
Pour E = ["A", "B", "C", "D"], on obtient les six paires \(AB,AC,AD,BC,BD,CD\) et les quatre parties \(ABC,ABD,ACD,BCD\). On retrouve \(\binom{4}{2}=6\) et \(\binom{4}{3}=4\). Les listes Python codent ici des parties : leur ordre d’écriture n’est pas un nouveau choix.
Vigilance · L’hypothèse sur les données est indispensable
Avec E = ["A", "A", "B"], paires donne ["A", "A"] et deux fois ["A", "B"]. Des indices distincts ne suffisent pas si les objets mémorisés ne le sont pas.
8.3 Construire une permutation aléatoire
Méthode · Choisir parmi les objets encore disponibles
On part d’une liste E d’objets tous distincts. E[:] en fait une copie ; pop(i) retire l’objet d’indice i et renvoie sa valeur. Dans le modèle utilisé, randrange(m) choisit uniformément un indice parmi \(0,\ldots,m-1\), conditionnellement aux choix déjà effectués.
from random import randrange
def permutation_aleatoire(E):
restants = E[:]
resultat = []
while len(restants) > 0:
i = randrange(len(restants))
resultat.append(restants.pop(i))
return resultat
Proposition 8.4 — Chaque objet apparaît exactement une fois
Pour \(n\) objets distincts, le programme se termine après \(n\) passages, conserve la liste d’entrée et renvoie une permutation de ses objets.
Démonstration 8.3 — Retirer puis ajouter le même objet
Après \(j\) passages, resultat contient \(j\) objets et restants les \(n-j\) autres : les deux listes sont disjointes et leur réunion est l’ensemble initial. C’est vrai au départ. À chaque passage, le retrait d’un objet disponible et son ajout au résultat conservent cette affirmation. La longueur restante diminue de \(1\) ; après \(n\) passages, elle est nulle, et le résultat contient tous les objets exactement une fois. Seule la copie de E a été modifiée.
Propriété 8.5 — Pourquoi le modèle est uniforme
Sous l’hypothèse de choix uniformes parmi les objets encore disponibles, conditionnellement à tout début de tirage, chaque permutation a la probabilité \(1/n!\).
Justification. Pour obtenir un ordre fixé de \(n\geqslant1\) objets, les probabilités successives sont \(1/n\), \(1/(n-1)\), jusqu’à \(1\) ; leur produit vaut \(1/n!\), indépendamment de l’ordre fixé. Pour \(n=0\), le programme renvoie directement [] : c’est l’unique permutation, de probabilité \(1=1/0!\).
Exemple 8.3 — Les indices changent après un retrait
Avec E = ["A", "B", "C"], choisir l’indice \(1\) retire B et laisse ["A", "C"]. Choisir encore l’indice \(1\) retire alors C. Il reste A : la sortie est ["B", "C", "A"]. Dans le modèle uniforme, sa probabilité est \(\frac13\times\frac12\times1=\frac16\), comme pour chacun des six ordres possibles.
9 Synthèse : savoir choisir et savoir justifier
À retenir · Choisir un modèle, vérifier ses conditions
Dans les formules ci-dessous, \(n\) et \(k\) sont des entiers naturels : \(n\) désigne le nombre d’objets disponibles et \(k\) la taille de la liste ou du groupe. Les objets disponibles sont distincts.
| Objet ou situation | Conditions à vérifier | Nombre ou opération |
|---|---|---|
| Cas alternatifs | Disjoints deux à deux et complets | Somme des effectifs |
| Construction par étapes | Nombre de prolongements annoncé valable pour chaque début ; construction unique | Produit des nombres de choix |
| Liste de \(k\) éléments | Ordre conservé ; \(n\) possibilités à chaque place ; répétition autorisée | \(n^k\) (\(n\geq1\)) |
| Liste de \(k\) éléments distincts | Ordre conservé ; \(0\leq k\leq n\) | \(\dfrac{n!}{(n-k)!}\) |
| Permutation de \(n\) objets | Tous les objets sont ordonnés une seule fois | \(n!\) |
| Groupe de \(k\) éléments | Sans ordre ; \(0\leq k\leq n\) | \(\displaystyle\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!(n-k)!}\) |
| Partie de taille libre | Chacun des \(n\) objets peut être retenu ou non | \(2^n\) |
| Condition au moins un | Le contraire est aucun | Total moins aucun |
| Probabilité d’un événement A | Univers fini non vide équiprobable | \(\operatorname{Card}\left(A\right)/\operatorname{Card}\left(\Omega\right)\) |
Vigilance · Ne pas perdre les cas limites
\(0!=1\) ; il existe une seule liste vide et une seule partie vide. Pour \(k>n\), une liste de \(k\) éléments distincts ou une partie de taille \(k\) est impossible : le nombre est \(0\), sans factorielle négative. Les répétitions autorisées ne sont pas imposées.
Une sélection sans ordre, avec répétition n’est décrite ni par \(n^k\) ni par \(\binom{n}{k}\) : ce cas ne fait pas partie du présent cours central.
À retenir · Les identités et leur sens
Pour \(n\in\mathbb{N}\) et \(0\leq k\leq n\), \[\binom{n}{0}=\binom{n}{n}=1,\qquad \binom{n}{k}=\binom{n}{n-k}.\] Pour \(n\geq1\), \(\binom{n}{1}=n\) ; pour \(n\geq2\), \(\binom{n}{2}=n(n-1)/2\). La symétrie correspond au passage d’une partie à son complémentaire.
Pour \(n\geq1\) et \(1\leq k\leq n\), la relation de Pascal est \[\binom{n+1}{k}=\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}.\] On sépare les groupes qui contiennent un élément fixé et ceux qui ne le contiennent pas. Dans le triangle, les bords valent \(1\) et la ligne \(n\) contient \(n+1\) coefficients.
Pour \(n\geq0\), \[\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=2^n.\] La somme classe toutes les parties selon leur taille, de \(0\) à \(n\).
Méthode · Construire une justification
Coder : décrire le passage de l’objet au code et sa reconstruction, sans perte ni doublon. Découper : choisir un critère qui produit des cas disjoints et couvre tous les objets. Compter deux fois : nommer le même ensemble et vérifier l’exhaustivité et l’unicité dans chaque comptage. Calculer : utiliser une formule établie, avec ses domaines, en explicitant les simplifications.
Les trois démonstrations du chapitre explicitement citées au programme sont celles de la somme des coefficients par dénombrement et de la relation de Pascal par calcul puis par dénombrement. Elles figurent intégralement dans la section 6.
Méthode · Rédiger une réponse complète en quelques phrases
Modèle : définir une issue ; préciser ordre, répétitions et contraintes. Construction : expliquer chaque facteur, chaque cas ou le complémentaire choisi. Vérification : montrer qu’il n’y a ni oubli ni double compte et que les conditions des formules sont satisfaites. Conclusion : annoncer ce que compte le nombre obtenu.
À retenir · À savoir et savoir faire
Nommer et représenter les objets ; additionner ou multiplier à bon escient ; utiliser un complémentaire ; distinguer listes, permutations et combinaisons ; expliquer \(2^n\) parties et les identités binomiales ; traiter une contrainte, un chemin et une probabilité avec un univers cohérent ; lire et suivre une boucle, contrôler une sortie et un cas limite.
Repères de programme
Repères de programme
Texte applicable en 2026–2027 : BO spécial no8 du 25 juillet 2019, annexe, pages 6–7. Le programme publié au BO no14 du 2 avril 2026 s’applique en 2027–2028.
Les combinaisons avec répétition (approfondissement facultatif), le binôme de Newton et le principe des tiroirs restent dans le cours en autonomie, hors du présent parcours.
Source : rédaction originale du cours en autonomie de Faire les , V2, documentée avec les chapitres fournis de LeLivreScolaire.fr, Bordas et Sésamath.
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